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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 13:19

Agée à présent de 48 ans, et devenue éditrice comme sa mère, Vanessa relate sa liaison avec Gabriel Matzneff ; elle s’est laissée séduire à l’âge d’à peine 14 ans par cet auteur qui en avait déjà 50. Autour d’elle les adultes de sa famille et amis de sa mère ont accepté la situation, voire s’en sont trouvés flattés ! Surtout la mère de Vanessa, dont les sentiments ne sont pas très clairs...

les proches de l’écrivain trouvant, en gros, cela normal.

Vanessa se croyait la seule élue, elle découvrit ensuite que son vieil amant courtisait d’autres adolescentes et qu’il allait aussi draguer les préadolescents à Manille. Puis, elle se rend compte qu’il la met en scène dans des romans très peu fictifs où elle se reconnaît facilement : elle comprend qu’il noue des relations amoureuses avec des très jeunes pour en faire des récits plus ou moins romancés.

A l’âge de 15 ans elle réussit à rompre, Matzneff continue à la harceler.

L’auteure interroge la notion de consentement : que vaut-il lorsque la personne séduite n’a pas sa majorité sexuelle ?

Et dans un contexte plus large que signifie consentir ?

Il est aussi question dans ce récit, de ce qu’on peut ressentir lorsqu’on est ramené à un personnage de fiction.

Et que penser de ce groupe d’intellectuels exagérément permissif dans les années 80-90 et jusque récemment puisque Matzneff était loué et a reçu un prix pour des récits où il fait l’apologie de la pédophilie ?

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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 13:06

Flammarion, 2019

Mon père, c’est le plus fort, et ma mère, la plus belle. Mais à vivre, ils sont impossibles, compliqués à mourir. Virginie Linhart, douze ans après avoir brossé le portrait de son père mélancolique, dresse celui de sa mère abandonnique et maltraitante. La position qu’adopte l’auteure vis-à-vis d’elle est étonnante : elle nage entre plusieurs eaux, mêle dans son texte un témoignage (intéressant) sur une époque et un jugement sévère fait d’admiration et de mimétisme sur sa mère. Parfois elle retombe en enfance, multipliant les occurrences du mot «maman».

Son père s’appelle Robert Linhart. Normalien, militant, il s’établit en usine au nom de son engagement maoïste en 1967. En 1981, après une tentative de suicide, il cesse de parler. Virginie Linhart l’a raconté dans le Jour où mon père s’est tu (Seuil, 2008), qui était aussi le tableau triste et perspicace d’une génération. En envoyant promener bien des obligations et des hiérarchies, notamment celle qui règle les relations entre les enfants et les adultes, certains soixante-huitards ont abîmé leur progéniture en la laissant pousser comme on tolère la mauvaise herbe.

(site Next-libération)

L’expérience de Virginie concerne principalement sa mère, adepte d’une totale liberté sexuelle, comme l’ont pratiquée certaines femmes, devenues adultes dans les années 1970, surtout dans le milieu de la bourgeoisie intellectuelle.  

Dès l’adolescence Virginie a partagé des hommes avec sa mère, c’était difficilement évitable dans le contexte qu’elle nous relate, et cela ne l’a guère épanouie : cette belle maison de vacances familiale «  c’est moi qui l’ai payée « dit l’auteure avec amertume ;  sa mère n’ayant pas les moyens de l’acquérir, a en quelque sorte jeté Virginie  dans les bras d’un possible donateur à qui elle plaisait. La fille est « manipulée «  par la mère… en même temps, elles s’adorent,  se détestent parfois…et passent de bons moments ensemble ! Une configuration complexe, et Virginie se bat pour trouver son indépendance, financière et affective. C’est le sujet du récit et il est plutôt bien traité…

Au milieu de toutes ces intrigues, Virginie se retrouve enceinte d’un homme plus âgé, qui ne veut pas de sa paternité. Elle l’assume, mais cela se révèle plus difficile qu’elle ne l’aurait cru : des jumeaux dont l’un, malformé et n’ayant aucune chance de survie doit être euthanasié au sixième mois.

L’auteure se retrouve à patienter les trois derniers  mois avec un fœtus mort et un autre vivant et en bonne santé. Elle donne naissance à Lune, à la vie, et au petit garçon, à la mort…

C’est sa première expérience maternelle et elle sait trouver les mots pour nous intéresser.

 

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 22:41

 

Point 2004, 214 pages (édition originale 1999)

Voici le roman d’apprentissage de l’écrivain israélien décédé en janvier ; sa prime enfance en Bucovine, territoire roumain à l’époque, ukrainien par la suite ; les souvenirs de ses parents, de ses grands parents, et des langues dans lesquelles il fut élevé (l’allemand qu’il parlait avec sa mère, le yiddish de ses grands parents) sa première année d’école, puis la guerre, la séparation d’avec la mère ( tuée dans les premiers mois du conflit) le ghetto, la disparition de son père, le camp de déportés dont il s’échappe, la vie dans les forêts d’Ukraine, il se cache et travaille plusieurs mois par ci par là au service de personnes marginales vivant dans des conditions précaires  ; enfin la rencontre d’autres enfants réfugiés et le départ clandestin pour la Palestine, la vie en Israël, les études, ses apprentissages d’écritures, ses déboires entre plusieurs langues ( l’allemand, le yiddish, l’hébreu qu’il apprend avec peine …) ses relations avec ses mentors, vivants et morts :  les écrivains Agnon, Gershom Sholem, Kafka, Schulz, et les russes.

Les souvenirs de son enfance perturbée sont livrés par bribes  (il explique comment il a réussi à en écrire petit à petit mais pas sous la forme d’une narration…) ;

« Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le cœur a beaucoup oublié principalement des lieux des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, chaque fois qu’il fait froid, , où que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, où dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire s’avère –t-il  a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou dur cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur.

Je dis à l’intérieur, bien que je n’ai pas encore trouvé de mots pour ces violentes taches de mémoire. Au fil des années j’ai tenté plus d’une fois de toucher les châlits du camp et de goûter la soupe claire qu’on y distribuait. Tout ce qui ressortait de cet effort était un magma de mots ou plus précisément des mots inexacts, des rythmes faussés, des images faibles ou exagérées. Une épreuve profonde ai-je appris peut être faussée facilement.  «

C’est un récit passionnant dans sa première partie, lorsque l’auteur retrouve des moments de son enfance tragique et aventureuse. Sa formation d’écrivain, m’intéresse aussi, notamment ses problèmes avec les langues : celle qu’il veut repousser et qui insiste ( l’allemand) celle qu’il apprend avec peine, l’hébreu, et j’ai aimé un peu moins ses relations avec les mentors mentionnés plus haut ; cet aspect est plus conventionnel. Pourtant, c’est un récit essentiel, à lire et relire…

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 10:14
Paul Veyne Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas ****

Albin Michel, 260 pages

C’est l’autobiographie d’un archéologue et historien, spécialiste de l’histoire romaine, âgé de 84 ans, dont le moment est venu de faire le point.

Né près de Cavaillon où il a passé ses jeunes années, c’est en découvrant un morceau d’amphore romaine que sa vocation lui est venue. Très jeune. Sa famille n’étant ni intellectuelle ni bourgeoise, il s’est élevé seul grâce à l’école vers les sommets de l’intelligentsia. Il commence à espérer croire en l’au(delà, sans avoir de religion, et c’est cet espoir que le livre porte , avec une foi déjà bien ancrée : il utilise le futur .

Chose amusante il déclare ses revenus et ses biens dans la première page !

Son parcours est intéressant ; agrégé de lettres classiques puis historien, il se tient à l’égard de l’Ecole des Annales et donc de l’histoire des mentalités très prisée à l’époque. Il s’engage dans la défense de l’Algérie libre, milite une bonne dizaine d’années au pc sans y croire, mais pour rattraper semble-t-il la conduite douteuse de ses parents ardents pétainistes, et dont il avait épousé les idées adolescent ( il est né en 1930, la seconde guerre mondiale ne lui fut pas inconnue). Il nous fait croiser des personnalités avec lesquelles il s'entendit très bien ( Michel Foucauld par exemple) et d'autres moins. Nous en apprenons davantage sur ces intellectuels. Paul Veyne sait dépasser l'anecdote.

On reste stupéfait à la lecture de son passage au PCF. Cette façon qu'eurent les militants d'ignorer les exactions staliniennes tout en étant parfaitement au courant!

Il revient souvent sur l’importance de se livrer à des activités (professionnelles ou non) mues par la curiosité intellectuelle, et le désir de se cultiver, de ne pas chercher à être utile.

Le livre s’achève par des propos confidentiels : la vie privée de cet homme fut mouvementée et il connut des deuils (un fils, un beau-fils, une femme) et une vie conjugale désorganisée.

Ces derniers propos ne nous interpellent pas forcément. Il en dit à la fois trop et pas assez !

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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 14:30

POL, 630 pages.

Il y a un an et demi de cela, en visitant l’église St Eustache, à Paris, je me suis surprise à écrire dans un gros livre, où des gens avaient exprimé des souhaits. J’ai demandé à dieu que nos filles nous donnent un petit enfant… je ne me suis pas adressé au Saint, dont j’ignore s’il était qualifié pour cela, car dans la religion protestante où l’on m’a élevée, il n’y a pas de saint, on ne s’adresse qu’à Dieu. Puis j’ai allumé un cierge. Et pendant un certain temps, j’ai demandé à dieu ( mais plus par écrit) dans les églises qui me plaisaient, des trucs genre que mes enfants me donnent des nouvelles toutes les quinzaines, voire m’écrivent, et d’autres choses encore, sans oublier le cierge … en même temps je m’inquiétais, ayant l’impression qu’une tumeur divine proliférait sournoisement dans ma pauvre cervelle. En effet, je ne m’adressais plus à dieu depuis l’âge de 14 ans, et il me semblait bien avoir cessé d’être croayante , au premier degré en tout cas. Je crois être tirée d’affaire à présent, mais j’étais impatiente de lire le témoignage d’Emmanuel Carrère, certes plus atteint que moi…

Je ne l’ai pas lu depuis longtemps. J’avais aimé des récits déjà anciens, tels que la Moustache, et la Classe de neige, un peu moins l’Adversaire, et le Roman russe m’était tombé des mains…

A la fois autobiographie, documentaire historique romancé, et essai, c’est là un objet hybride en quatre parties dont la première est justement autobiographique. L’auteur y raconte trois ans de son existence pendant lesquelles, atteint de dépression, ne pouvant plus écrire, il s’investit dans la foi chrétienne version catholique romaine, de façon très poussée, allant prier et communier tous les jours et commentant des textes sacrés. Cette ferveur décline alors que la dépression le quitte et qu’il se remet à l’écriture. Cette partie pourrait être ennuyeuse, mais Carrère la commente avec ironie et une certaine légèreté. Certaines péripéties intéressent comme celle de la baby-sitter personnage qui dégage un mélange de tristesse et de loufoquerie. En revanche, je n’ai pas aimé sa marraine, ni même son ami Hervé, tels qu’il les présente…

Actuellement agnostique, Carrère rouvre le dossier « christianisme » dans un esprit critique : il se veut historien et romancier : pour nous, il va relire les Actes des apôtres et les lettres de Paul. Et même les Evangiles …

Paul est le véritable inventeur du christianisme. En suivant son parcours, Carrère fait œuvre d’historien vulgarisateur ( parfois trop : lorsqu’il fait des transpositions comparant Paul à des figures de dictateurs modernes, on sourit , parfois on s’amuse, mais on n’est pas très convaincu ). Néanmoins il compose un personnage ambigu intéressant avec Paul, et il va récidiver avec Luc l’Evangéliste, épisodique compagnon du prédicateur. Je n’aurais jamais cru pouvoir m’intéresser à cette partie de la Bible : beaucoup de récit de l’Ancien Testament ont toujours retenu mon attention, ainsi que les Evangiles, même sans avoir, en temps normal, de goût spécial pour ma religion. Cependant le Nouveau Testament m’a toujours ennuyée, bien que j’ai suivi les émissions de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat qui ont interrogé un certain nombre d’ecclésiastiques et théologiens … et je ne me souvenais de rien, ou presque !

Cette partie de la Bible ( les origines du christianisme) est souvent considérée comme austère. L’auteur note avec juste raison que l’iconographie religieuse ne représente que rarement cette époque riche en événements. Il espère y remédier en relatant les faits de façon vivante : dialogues, et monologues des protagonistes, scènes de cinéma, théâtralité, présent de narration, toutes les ficelles classiques…

Avec moi, ça a fonctionné ! j’ai appris pas mal de choses, qui sont bonnes à savoir, quand on veut se cultiver un peu, et pourquoi pas avec Emmanuel Carrère ? Son enquête est sérieuse, ses sources me semblent fiables. Il ne se saisit pas de l’affaire en tant que théologien ou philosophe (pas d’interrogation sur le sens de certains concepts comme « résurrection ») mais il compose des personnages : Luc et Paul, avec il est vrai une certaine redondance, pose des questions concrètes parfois originales( qui a réellement fait condamner Jésus ? Quant sont apparu certains mythes, tels que la virginité de Marie ? Paul et Luc ont-il lu les récits d’Homère, et qu’en ont-il tiré ?...) et fait œuvre d’historien ; Les récits concernant Rome, les personnages de Néron et Sénèque, par exemple, sont très bons.

L’auteur veut être honnête : il ne va pas forcer sur le romanesque facile « on aimerait croire les romans selon lesquels il couchait avec Marie de Magdala ou avec son disciple bien aimé, malheureusement on n’y croit pas. Il ne couchait avec personne. On peut même dire qu’il n’aimait personne au sens où aimer quelqu’un c’est le préférer, et donc être injuste avec les autres ». Même constat en ce qui concerne Luc et Paul. Carrère les ressent incurablement vertueux ; il en est désespéré au point de faire figurer dans son livre des scènes érotiques le concernant !

Même si elles ne sont pas forcément bien venues, je n’ai pas sauté les digressions nombreuses de l’auteur, qui raconte sa vie, entre deux tronçons d’enquêtes.

L’épilogue nous montre un auteur resté tout de même très proche du fait religieux, au point de se livrer à la cérémonie du lavement de pieds… je n’aime guère cet épilogue. Pourtant, mon ressenti du livre est globalement positif.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 22:46

LP, 1970, 610 pages

1ere publication en 1964

C’est un roman autobiographique car si Violette écrit à la première personne et se désigne par ses prénoms et patronyme authentiques, elle change les noms de certaines des personnes qu’elle met en scène. Elle écrit ce livre en 1963 dans un village du Vaucluse où elle s’est retirée et relate sa vie de la naissance en 1907 jusqu’en 1944, à la Libération, avec de fréquents retour à son quotidien de femme seule écrivant et vivant en milieu rural.

Elle est donc née d’une très jeune fille, servante dans une maison bourgeoise, et du fils de famille, qui ne la reconnut pas. La mère de Violette, femme débrouillarde et pleine de ressources, obtient une pension de la part de la famille du garçon pour l’éducation de l’enfant illégitime. Plus tard elle se mariera et réussira dans le domaine de la couture et du prêt-à -porter. Violette ne connut pas son père, mais elle put fantasmer sur son compte, voire l’imiter, tant sa mère en était amoureuse. Outre ces deux personnages, c’est sa grand-mère « Fidéline » qui lui a laissé, dans son enfance, un souvenir impérissable. Evoquer cette femme sous diverses appellations « l’ange Fidéline » ; « ma vieille pomme ratatinée » est un soutien pour Violette dans les heures sombres.

Après l’enfance, nous avons les années de pensionnat, où elle connut des amours homosexuelles, une longue liaison avec une femme, un mariage raté, une alliance longue et conflictuelle avec Maurice Sachs écrivain et organisateur de trafics en tout genres. Les personnages sont mis en scène sous un angle qui les rend ambigus, insaisissables, attachants et détestables, toujours singuliers.

A Paris, Violette a de multiples occupations professionnelles toutes en rapport avec l’édition, la littérature, le journalisme. Elle fréquente des écrivains et des artistes. Pendant la guerre, elle se révèle très douée pour le marché noir.

Si ce récit nous intéresse, c’est que l’auteur a une écriture très personnelle, où l’on reconnaît d’emblée un écrivain. Ce qui frappe, c’est son talent inépuisable pour inventer des métaphores originales.

Je cite au hasard :

« Toute une saison d’ouragan et de tempêtes voulait naître dans ma gorge. Je soulevai mon rideau de percale, la soirée par la fenêtre était un défi de douceur. »

« Elle s’est levée, elle s’est occupée de son bébé ; il dormait de ce sommeil idéal : celui d’une pâquerette en plein champ dans la fraîcheur de sept heures du soir »

Ce ne sont pas les meilleures, mais elles sont plaisantes et justes malgré leur excentricité. Et dans le roman, il n’y en a pas qui sonnent faux, en dépit de leur abondance.

La narration est souple vivante, les dialogues, les descriptions nous plongent immédiatement dans le monde de l’auteur. Tout en maintenant le registre de la confidence au lecteur, elle n’est pas pour autant sentimentale, et se tient dans une familiarité humoristique. Elle nous fait aimer aussi bien la ville que la campagne, les cheminements sous la pluie, les querelles d’amoureux déçus, les comptes d’apothicaire. .. Un véritable écrivain.

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 20:59

Seuil, 2014, 220 pages

En commençant ce récit, je croyais que « Bellegueule » était un patronyme inventé par l’auteur pour rendre son propos ironique ; mais il semble que ce soit là le nom véritable de sa famille qu’il a utilisé pour ce qui est tout de même une œuvre de fiction, dans la mesure où il est écrit « roman » et non « autobiographie » sur la 1ere de couverture. J’ai peine à y croire !

C’est un nom difficile à porter …

Le narrateur commence avec un chapitre intitulé « Rencontre »

Lorsqu’il entre au collège à dix ans, deux garçons plus âgés qu’il ne connaît pas, le coincent dans un couloir pour lui cracher dessus, l’insulter et le persécuter physiquement, au motif qu’il s’appelle « Bellegueule et qu’il est pédé ». A peine à l’école, il a déjà une réputation. Seul contre deux plus grands, Eddy ne peut se défendre ; il ne supplie pas qu’on arrête, et n’en parle à personne. Ce serait une humiliation supplémentaire. Le scénario se répète de nombreuses fois, et Eddy aura conscience d’une sorte de complicité avec ses bourreaux. Mais comment faire autrement ?

D’une manière générale, les enfants sont battus. Ainsi que les animaux, les femmes, et les hommes qui se battent entre eux, ivres, à la sortie du bistrot. On baigne dans un climat de violence généralisée. Les Bellegueule , comme toutes les familles alentour, sont tout en bas de l’échelle sociale. Les hommes travaillent à l’usine les femmes sont hôtesses de caisse, ou « lavent le cul des vieux ». Les familles souffrent de malnutrition, les logements sont sommaires, la chambre des enfants est séparée par un rideau de celle des parents, et ils ne sont pas discrets. Misère sociale, matérielle, on se console avec la télé, les boissons fortes, le football, la violence.

Eddy traverse ses quinze premières années à devoir se défendre dans ce monde hostile ; surtout contre les garçons et les hommes. Avec la gent masculine, impossible de discuter. Il a des échanges de propos, et des relations correctes, quoique souvent difficiles, avec sa mère (« Ma mère et ses histoires »), ses sœurs, et cette fille de son âge qu’il appelle Amélie. On saisit qu'il a toujours plus ou moins été le confident de sa mère, rôle qui favorise l'homosexualité chez les garçons.

Très tôt, avant de se rendre compte qu’il était homosexuel, Eddy, selon son entourage se comportait « comme une gonzesse ». Il a fait son possible pour le dissimuler sans y parvenir. C’est l’école, où il craignait d’aller, à cause de ses persécuteurs, qui l’a tiré d’affaire.

En effet, avoir des attitudes considérées comme ressortissant du genre féminin, n'a pas que des inconvénients.Eddy avait des aptitudes pour jouer des rôles, et fait du théâtre ; lui sur scène, ses persécuteurs ne peuvent plus le tabasser, ils sont obligés de l'applaudir. C'est par le biais du théâtre qu'il va rejoindre le lycée d'Amiens.

Le récit est parsemé de réflexions qui témoignent de la capacité aiguë de l’auteur à analyser les situations. Il a fait le choix de rendre les propos des gens en italique, dans un langage argotique familier, pour nous mettre dans l’ambiance, et, ma fois, c’est réussi.

Je regrette cette effervescence médiatique autour d’Édouard Louis qui aurait pu me détourner de son livre et contente qu’il n’en ait rien été. Pour certains lecteurs, ce livre est un règlement de comptes. Je n'en crois rien. Les lecteurs choqués ne savent tout simplement pas comment vit une partie non négligeable de la population dans les campagnes, les cités des villes dortoirs, et les quartiers défavorisés des grandes villes. Ils ignorent les méfaits de l'alcoolisme, et de la grande précarité sociale.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 12:28

Gallimard, 121 pages.

La narratrice a onze ans. Elle apprend le français à La Plata. Nous sommes sous la dictature, en 1978. Ses parents, opposants actifs au régime, anciens compagnons du Che, ont été poursuivis. Son père est en prison, sa mère déjà réfugiée en France.

La fillette rejoint sa mère ; elles vivent dans une cité HLM au Blanc Mesnil et survivent vaillamment ; d’autres réfugiés les aident, on a procuré un emploi à la maman, pas facile et peu rémunérateur.

La fillette raconte un an de son existence ; ses lettres à son père, dans lesquelles on apprend la signification du titre Le Bleu des abeilles ( un ouvrage de Maeterlink que je ne connaissais pas) l’école où elle se fait des camarades, une semaine de vacances dans les Alpes, la langue française à laquelle elle s’accoutume plutôt bien, et qu’elle décrit de façon amusante et judicieuse.

L’auteur réussit bien à se remettre dans la peau de la fillette qu’elle fut. Elle trouve le ton juste pour parler d’un quotidien difficile à vivre mais qu’elle affronte avec calme et intelligence, dans un esprit de découverte, attentive aux épisodes de sa nouvelle vie, avide de communiquer avec les gens qui l’entourent. Car ses camarades de la cité HLM ont aussi leurs problèmes qu’elle partage pleinement.

Je lirai bien « les Passagers de l’Anna C. », dans lequel elle raconte l’expérience de ses parents au service d’une action politique combative.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 23:52

Une année studieuse 159194

C’est l’année 66-67 ; Anne a 19 ans, elle doit passer son oral de bac en septembre 66 et persuade Francis Jeanson de lui donner des cours de philo, pendant les vacances. Elle a aussi écrit à Godard aux Cahiers pour lui dire qu’elle aimait ses films «  et l’homme qui les avait tournés ». Elle a déjà tourné elle-même avec Bresson «  Au hasard Balthasar », l’an passé.

Godard et elle se sont croisés sans se rencontrer vraiment. Ils sont chacun tombés amoureux d’une image, d’une représentation fantasmatique de l’autre…

Cela ne va pas nuire à la rencontre réelle.  La réalité rejoint la fiction.

On assiste alors à cette idylle, pendant un an, une année qui sera bien peu studieuse, en fait !

Anne a des problèmes avec sa mère et son grand-père (François Mauriac) pour faire accepter sa liaison avec Godard, se faire procurer la pilule etc.…

La famille finira par accepter le cinéaste et la différence d’âge (16 ans) avec Anne, car même s’il est très différent d’eux comme famille de pensée, il est de la même classe sociale, ce qui est très important. Ils ont aussi vécu dans des lieux identiques, durant leur enfance (notamment la Suisse).

On aime cette lecture qui se fait rapidement (le récit est simple, sans apprêt, agréable, souvent humoristique) mais dans la seconde partie, Anne et Jean-Luc attaquent une existence très mondaine, tourbillonnante, moins intéressante qu’au début. Ils se sont mariés, ce qu’Anne ne voulait pas, car elle n’a que vingt ans, et ne compte pas passer toute son existence avec cet homme.

A propos du tournage de la Chinoise, Anne ne comprend vraiment pas l’engouement de Godard pour Mao (non plus que les autres jeunes gens qui tournent avec elle), ni la signification du maoïsme.  Ils trouvent les préceptes de Mao assez tartes. Mais cela semble n’avoir qu’une importance moindre. L’important est de tourner !! Le Godard que l’on découvre est complètement immature, facétieux, sentimental, utopique, bien que son intelligence et sa culture (disons son habitude de parler par citations, son sens de la formule brillante,  et son art de mêler littérature et cinéma à la vie courante) soit fort séduisante pour une jeune fille, de 19-20 ans, encore scolarisée et avide d’apprendre. Et l’on comprend qu’Anne s’en laisse conter.

On est bien loin du Godard des « Histoires du cinéma », mais assez proche d’un personnage comme celui de Ferdinand -Pierrot le fou.

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 13:50

Extinction die AuslöschungGallimard (L’Imaginaire) 509 pages

Le dernier roman de Bernhard publié en 1986.

 

      Franz-Josef Murau professeur à Rome, doit rejoindre ses sœurs à Wolfsegg en Autriche. Il a reçu un télégramme l’informant du décès de ses parents et de son frère dans un accident de voiture.

Il ne s’est jamais senti bien avec sa famille, et regrette d’avoir à se rendre là-bas, assister à des funérailles, et régler les histoires d’héritage.

 

      Riche, mais sans culture, inintelligente, ne songeant qu’à faire fructifier ses possessions, sa famille lui déplaisait au point de la haïr. En outre il s’est toujours profondément ennuyé en leur compagnie, lorsqu’il ne se révoltait pas. Car cette famille a des accointances politiques particulièrement détestables, dans un pays, qui plus qu’un autre, est constamment dirigé par des hauts fonctionnaires qui ne dissimulent même pas leur penchant pour le national socialisme.

 

Deux longs monologues (Le Télégramme et le Testament) nous enlisent  dans les pensées pessimistes du narrateur, nous fouettent de ses invectives, accompagnent, sans l’accomplir, son deuil particulier mais réel.  Son arrivée à Wolfsegg le pays détesté, lui permet d’évoquer son apprentissage d’une espèce de vraie vie, et de s’acheminer vers une décision à propos de l’emploi de son héritage.

 

Pendant 500 pages le narrateur explique pourquoi il déteste autant sa famille et son pays, comment il a découvert une autre façon de vivre, une vraie façon de vivre, grâce à son oncle Georg, comment il a pu se sortir de ce pétrin où l’avait plongé sa lamentable famille et aussi comment il ne s’en est pas vraiment sorti… à quel point il aime sa famille, tout en la détestant ( ces derniers temps c’est la haine qui prévaut). D’un sujet à l’autre, il va  et vient et revient, critique radical et corrosif, loufoque parfois, lucide souvent.

 

C’est un livre important, qui se lit petit à petit, vingt pages de temps en temps, le type même du livre de chevet, que l’on garde toujours à portée de main.Aussi suis-je loin de l'avoir terminé, d'en avoir pris toute la mesure, et je ne suis pas pressée non plus d'en avoir fini.

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