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Images Aléatoires

Musique

Fleur



 













Dimanche 23 septembre 2007
Anamaria Marinca
© Bac Films Galerie complète sur AlloCiné
Un film de Cristian Mongiu, palme d’or à Cannes.
 

Dans la Roumanie de Ceaucescu, à Bucarest deux ans avant la chute du tyran. Gabila et Otilia sont étudiantes et partagent une chambre dans un foyer. Gabila est enceinte et ne veut pas garder l’enfant. L’avortement est interdit de puis 1966, et la contraception semble difficile dans un monde corrompu où l’on achète une absence aux cours par des paquets de cigarettes, où dans les hôtels règne une surveillance policière constante. Gabila a rendez-vous avec un avorteur, « monsieur Bébé ». Otilia a réuni l’argent qu’il demande et veut aider son amie dans ce moment difficile. Mais elle va de mauvaises surprises en mauvaises surprises. Gabila n’a pas réussi à retenir de chambre, elle oblige son amie à rencontrer l’avorteur à sa place… une fois dans la chambre, monsieur Bébé constate qu’elle est enceinte de quatre mois, fait la morale et force les deux filles à se prostituer. Quatre mois, comme le titre l’indique, elles ne peuvent plus reculer…

 
 
 

Ce film dénonce une société policière et corrompue. Il repose aussi sur le personnage d’Otilia, qui domine le film. Cette belle jeune fille à la forte personnalité, voit son existence chavirer en l’espace d’un jour et d’une nuit. Tandis que son amie se comporte de façon passive, elle vit à fond toutes les expériences pénibles, Une soirée dans la famille beauf de son ami, une course éperdue dans la nuit avec le fœtus dans son sac cherchant un endroit où se défaire du fardeau au milieu de quartier miteux et délabrés, stressée par des lumières violentes, des recoins sinistres, des passants douteux. Cette déambulation angoissée est un moment de cinéma très réussi.

 

 On n’oubliera pas non plus le regard d’Otilia qui découvre le fœtus et l’observe longuement, ce mélange de détresse, de sidération et de pitié contenues.

 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 8 août 2007
Persona.jpgPersona ( Ingar Bergmann, 1966) trente cinq ans après.
 

Lorsque je l’ai vu pour la première fois( mai 1971) , j’ai été fort impressionnée par le prologue : un tourbillon de visions de cauchemars, une bobine de film qui brûle, un squelette dans un film muet qui se précipite sur une femme alitée, un insecte bourdonnant, le dépeçage en gros plan partiels d’un animal ( ?), un clou que l’on enfonce dans une paume de main, un garçonnet aux lèvres pleines avec de grandes lunettes qui promène ses mains sur un écran où se dessine un visage de femme ( celui de la mère) flou, et en suit les contours…

 J’osais à peine regarder et dans le même temps je prenais cela tellement au sérieux, j’avais tellement l’impression d’assister à des moments sacrés rares et qui devaient magnifier ma médiocre existence, que chaque image était un cadeau que l’on observe à peine comme si l’on n’avait pas le droit à la vue pleine et entière. Et je croyais aussi qu’Elisabeth, la comédienne , qui, un jour en scène jouant Electre, est prise d’un fou rire et demeure silencieuse, s’était trouvée littéralement sans voix, et que si, par la suite, elle ne reparlait pas ou presque jamais, c’ait que, matériellement, elle en était devenue incapable. Que les sons ne sortaient plus de sa bouche.

 On peut penser qu’ Elisabeth Vogler cesse de parler délibérément : elle s’est vue en train de jouer la comédie, s’est vue d’un peu trop loin et n’a pu réinvestir ce rôle. Ni les autres, ceux qu’elle jouait sans conviction dans la vie. Persona, c’est le masque endossé pour la comédie sociale.

Une amie « psychologue » lui dit je vous comprends Elisabeth mais, refuser de parler et de jouer réagir par l’inertie et l’apathie, c’est une façon de jouer un autre rôle. Vous ne ferez impression à personne de cette manière. «  Personne, à part vous, ne se demande si vous êtes vraie ou fausse »

Cette femme a raison, à tel point que le film pourrait s’arrêter là.

 

Et pourtant, c’est là qu’il commence. Elisabeth se voit attribuer une infirmière Alma, l’âme, en attendant qu’elle guérisse. Dès sa prise de contact, Alma est impressionnée par sa patiente et la décrit : visage doux et enfantin mais regard dur. Elle déborde d’admiration pour cette grande artiste avec qui elle a l’honneur de se trouver en tête à tête.

Ses dispositions vis à vis d’Elisabeth confortent l’artiste dans sa position de mutisme.,.

Elle partent au bord de mer dans l’île de Farö,  magnifiquement photographiée, se baignent, chantent ensemble, épluchent des champignons, se caressent.

Alma fait la lecture à Elisabeth, et, autant pour remplir le vide de la non parole, que parce qu’elle perçoit de l’intérêt dans les mimiques de sa malade, commence à raconter sa vie, confiante, et se prenant au jeu avec des détails que l’on ne confie qu’à une intime. Elle  croit  

Entretenir avec elle une relation privilégiée

La pluie arrive, et Alma, postant les lettres de sa compagne ne peut résister à en lire une, adressée à l’amie psychologue. C’est Psyché (l’âme)  qui cherche à voir Amour.

Alma lit  une suite de commentaires ironiques à propos de ses confessions, apprend  qu’Elisabeth se moque d’elle.

 La période suivante est celle du conflit ouvert.

Trouver des défauts physiques à son amie qu’elle regarde dormir (comme Psyché regarde Amour),  lui faire mal physiquement, lui raconter son histoire, qui semble correspondre trop exactement à ce qu’Elisabeth aurait pu dire elle-même (A propos de la maternité mal vécue, de l’enfant qu’elle repousse) prendre sa place auprès de l’époux aveugle d’Elisabeth...
il la prend pour elle, ne saisit pas que c’est la voix d’une autre : un aveugle ne devrait pas s’y tromper…

Mais peut-être joue t’il aussi la comédie ?

Les propos tenus sont inutilement sentimentaux : que penser d’un conjoint qui dit «  nous sommes des enfants tourmentés ; pleins de bonne volonté, portés par des forces qui nous dépassent » ils ont plus de trente ans, voire quarante !

Elisabeth ne reparlera pas, mais un jour,  l’amour et la haine auront pris fin, Alma aura obtenu d’Elisabeth qu’elle recolle la photographie déchirée de son fils. Elles cesseront de se dédoubler et de se prendre l’une pour l’autre.

Nous auront été gratifiés du visage en gros plan d’Elisabeth muette, mimant la surprise, l’étonnement, la peur, la frayeur, la joie, dans l’espoir d’y croire à nouveau. Et des deux visages superposés.

J’avoue qu’à présent je suis gênée, voire irritée  par l’usage du gros plan des visages et de leur utilisation à des fins dramatiques et immédiatement émotionnelles. Ainsi qu’à cette avalanche d’effets …

Je ne  suis plus sous le charme !

 
 
 .
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (1)    ajouter un commentaire
Jeudi 8 février 2007

La-Vie-des-autres.jpg   En 1984 la RDA est dirigée par Erich Honecker c’est la fin d’un long règne de dictature. Georg Dreymann , dramaturge à priori au-dessus de tous soupçons, va toutefois faire l’objet d’une surveillance par la Stasidont le nom officiel est Ministerium für Staatssicherheit « Ministère pour la sécurité d'État ». Ce service de  police politique, de renseignement et d’espionnage du régime de la  République démocratique allemande existe depuis 35 ans.

 

 Si Dreymann intéresse Hempf, le   ministre chargé de la culture, c’est que ce monsieur veut s’approprier sa maîtresse, l’actrice  Christa-Maria Sieland et, pour ce faire, il doit l’éliminer. Dreymann est un intellectuel, on ne doute pas de trouver un manquement au régime qui serait suffisant pour le mettre en difficulté.

 

 Le lieutenant Grubitz chargé de l’exécution du plan espère monter en grade. C’est à son officier le plus zélé, Gerd Wiesler, qu’il confie la tâche ingrate de mettre les appareils dans l’appartement et d’écouter jour et nuit avec l’aide d’un employé, ce qui se dit dans  ces lieux ainsi que ce qui s’y fait d’après les bruits entendus ; cette entreprise de déchiffrement réussit au-delà de toute mesure.

 

Gerd Wiesler est différent de Grubitz et Hempf : il n’est pas « corrompu ». Il croit à ce qu’il fait et le fait pour servir l’idéologie du parti, qui, pense-t’il, est aussi la sienne. Ce fonctionnaire ne vit que pour bien accomplir sa tâche, et satisfaire sa conscience éprise de justice. A l’écoute de Dreymann, ses problèmes, ses proches,  il se rend compte que cet individu n’est pas l’ennemi qu’il pensait : Dreymann entretient une liaison avec  Christa-Maria, ils s’aiment. Dreymann joue et compose de la musique. Son ami, un dramaturge  dissident, a été évincé parle parti. Dreymann prends conscience que le parti brise des hommes et des artistes, et dans le même temps, son espion participe à cette prise de conscience. 

 

 Après la chute du Mur, il recevra un signe de reconnaissance de la part de Dreymann qui, lui-même, a refait le parcours de son histoire qu’il ignorait en consultant les archives.

 

Les pontes corrompus de RDA continuent leur carrière à l’ouest en beauté.

 
 
 

Wiesler, personnage-clef sur qui l’intrigue repose, est un individu discret qui parle peu : on prend  la  mesure de son émotion à l’écoute des affaires de Dreymann, en étant attentif à ses gestes, la façon dont il retire ses écouteurs plus ou moins vite, les mimiques du visage qui sont extrêmement discrètes ; quelques pleurs qui peuvent passer inaperçus.

 

Le traitement du film est sobre, voire  ascétique, comme le personnage  de Wiesler ; on n’utilise pas le gros plan, on ne montre que le minimum des événements les plus dramatiques. Le fonctionnement de la Stasi, organe redoutable du parti, est montré à travers les pratiques de torture « morales », des  exposés  de psychologie sommaire (lorsque le suspect répète toujours les mêmes phrases  pour narrer son emploi du temps c’est qu’il ment !), et la façon vicieuse de transformer un honnête citoyen en « informateur ».   

 
  Dans son site le Désordre , (voir l'article), philippe de jonckheere dit que ce film est franchement nul et que l'on a tort d'appeler cela "renouveau du cinéma allemand". Il est vrai qu'on ne peut pas le comparer à ceux de Wim Wenders ni de Werner Herzog ( voilà qui ne me serait pas venu à l'esprit! ); il s'agit ici d'une mise en scène très classique,
"académique" peut-être, qui ne cherche pas l'innovation. On aurait pu comme il le suggère confronter le spectateur, comme Wiesler,  aux seules informations auditives, et que l'on en aurait tiré des effets plus intéressants. Est-ce une raison pour déclarer le film nul et " bourré de clichés éculés"? je ne crois pas.
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 6 février 2007
Parle-avec-elle.gifLe troisième opus d’Almodovar  qui a retenu mon attention( " Parle avec elle", film sorti en 2002), met en scène des couples hommes/ femmes.

Deux couples suivent des destins  séparés qui vont se rejoindre.

 Veuf de sa mère, Benignio  se réconforte   en suivant par sa fenêtre les évolutions d’Alicia, qui prend des cours de danse dans un local en face de chez lui. Il  la suit dans la rue, fait des avances répétées. Contrariée, elle traverse une rue trop vite et se fait renverser par une auto.

Marco, journaliste, interviewe une autre danseuse, Lydia, qui se produit dans les arènes aux côtés des taureaux.  Marco et Lydia entament une liaison houleuse. Troublée, Lydia est victime de la bête.

Les deux femmes tombent dans  un coma profond.
 L’accident met fin à la liaison de Marco et Lydia, tandis que celle de Benignio et Alicia commence.

Devenu son infirmier, Benignio s’occupe d’elle enfin et en priorité ; la nettoie lui enduit le corps de crème… non seulement il lui parle ( titre) mais il ( se ) lui répond.

Il parle à Alicia de ce qu’il croit savoir lui plaire, lui raconte en détail le film muet qu’il a vu,  l’Amant qui rétrécissait ; ce film dans le film est aussi d’Almodovar : un homme qui a pris un breuvage de drogues devient semblable à Gulliver, escalade les mamelons d’une géante, entre dans son sexe pour y passer le reste de son âge.

Dans la chambre contiguë, Marco reste prostré devant  le corps inerte de la belle torera. A observer Benigno au service d’Alicia, il ressent curiosité, répugnance, admiration. Benignio est un homme heureux : «  Alicia et moi, formons un couple parfait »

Le couple idéal : jamais la moindre querelle…

Dans les arts   de l’image, l’attrait pour le corps inanimé est une évidence et il a suscité de très belles œuvres. Mais lorsque je cherche à me repasser le film, je n’ai qu’un vague souvenir d’Alicia .

Lorsque la belle au bois dormant se réveille, Benignio n’est plus à son chevet. Son infirmier lui ayant fait subir quelques sévices, elle a fait une fausse couche, et il a été interné. On ne saura jamais ce qu’elle en a perçu ou conclu. Alicia n’a pas la parole.

 Le film est, dans une première approche,  une variante radicale du « sois belle et tais-toi ». C’est un penchant typiquement masculin : que pourrait faire une femme d’un homme dans le coma, je vous le demande !

On laisse entendre que Benignio a vécu un grand amour, qu’il a sauvé Alicia, et en est mal récompensé ! Marco, devenu son ami, se sent coupable de la mort de Lydia parce qu’il n’a pas eu les « qualités nécessaires » pour supporter le corps comateux et s’entretenir avec lui !

  

Le vrai message du film ( Almodovar l’a pressenti…mais en est-il conscient ?) c’est que l’on ne peut s’adresser à un interlocuteur en disant « tu » sauf à passer par soi-même, et que l’interlocuteur fait toujours le mort ; cette situation de communication entre Benignio et Alicia gisante est le lot quotidien que vit chacun de nous.

Ce qui fausse le jugement du spectateur c’est que cette situation est ici présentée comme exceptionnelle alors qu’elle est commune.

 
 
  
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (1)    ajouter un commentaire
Dimanche 4 février 2007

La-Mauvaise---ducation.jpg La critique a opposé les deux derniers films d’Almodovar ; Volver met en scène le monde féminin, la mauvaise éducation celui des hommes.

   Les femmes dans Volver sont des ménagères de choc, astucieuses, héroïques.

 Qui sont les hommes dans la Mauvaise éducation ?

Des artistes


   Les années 80 sont difficiles pour Enrique, cinéaste en mal d'inspiration, qui découpe des articles de journaux morbides à la recherche d’une  idée de film ;il reçoit la visite d'un acteur barbu, son ancien ami d’internat, Ignacio,  qu’il n’a connu qu’imberbe et prépubère.  Ignacio lui  propose sa nouvelle, «  La Visite » qui, dit-il, s'inspire de leur jeunesse dans le collège, et dont Enrique pourrait tirer  un scénario,  ainsi que sa personne, pour jouer dans le futur film.

Enrique commence à lire d’où s’ensuivent  deux flash-back : l’un porte sur Ignacio devenu transsexuel et actrice sous le nom deZahara, dans les années 70,  et qui drague un jeune homme saoul après une représentation  (c’était lui, Enrique, mais il ne l’a pas su) ; Zahara fait chanter le père Manolo qui, jaloux, s’est interposé entre Enrique et Ignacio au collège. L’autre flash-back nous entraîne dans les années 60, au collège, et met en scène le trio amoureux.

Très ému, Enrique fait revenir Ignacio-Zahara,  en vue d’une poursuite de leur relation amoureuse autrefois interrompue et d’une collaboration artistique. Mais Ignacio et lui ne s’entendent pas aussi bien que prévu. Intrigué, Enrique lui fauche son briquet où figure le nom de son village natal et s’y rend : des surprises l’y attendent.


 

Les nombreuses intrigues rebondissements, dévoilements de  faits occultés qui en dissimulent toujours d’autre,  sont un atout ; le film ne nous ennuie pas.

 La temporalité est morcelée, porte sur plusieurs tranches de vie, alterne sans cesse entre passé et présent,  l’exercice de virtuosité est assez réussi.

La beauté plastique de certaines scènes peut séduire : le personnage de Zahara domine la distribution, burlesque, tragi-comique, émouvante. Gaël Bernal qui joue ce rôle (et deux autres fort différents) est excellent.

  Les amours enfantines sont d’une facture plus classique mais  on apprécie  la voix superbe  d’Ignacio enfant en train de chanter. Le match de football entre  les collégiens est filmé d’une façon passionnante.

En dépit du titre, on n’assiste pas à une charge contre l’éducation dans les collèges religieux. Les amours enfantines, rendues possibles par la concentration en internat  catholique, sont magnifiées. Le personnage du père Manolo  dépasse en  complexité le rôle du pédophile pervers.  Tous les rôles  sont ambigus.

Le message du film  semble assez banal mais on peut y souscrire; il rend hommage à la beauté, et à l’art, (l’art entendu comme une somme d’artifices bien arrangés) qui seuls rendent la vie supportable.

 
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (1)    ajouter un commentaire
Mardi 23 janvier 2007
Volver.jpgJ’entends dire ici et là que c’est le film de l’année 2006.
Alors …j’y cours.
 

Un cimetière dans la banlieue de Madrid des femmes astiquent les tombes de leurs époux. Contrairement à leurs condisciples, Raimonda et Soledad font le ménage de celle de leur mère disparue dans un incendie quatre ans plus tôt. Raimonda est grande et pulpeuse Soledad triste et simplette. Elles se font aider de Paula, fille de Raimonda, adolescente de quatorze ans.

Augustina, cancéreuse, voit sa mort venir, et  nettoie sa propre tombe. Elle aussi regrette la disparition de sa mère «  la seule hippie » du village.

 

Les trois femmes vont rendre visite à tante Paula, qui a recueilli Raimonda enceinte lorsque sa mère ne voulait plus d’elle. Quelqu’un  prend soin   activement de la vieille dame on ne sait qui. On croit à un esprit. Ce fantôme s’occupe des rentrées d’argent de la vieille, de sa santé, et de la sienne propre. Il fait du vélo d’appartement.

Raimonda  a un mari bon à rien, Paco, tandis que Soledad, célibataire,  est coiffeuse à domicile. Alcoolique, porté sur les violences sexuelles, Paco  tente de  s’en prendre à Paula  qui le tue avec un couteau de cuisine.

Raimonda considère  ce drame avec  le pragmatisme et  l’énergie qui lui sont habituels. C’est un problème domestique difficile à gérer mais elle va s’en tirer ; lavage du corps, transport de celui-ci dans le frigo du restaurant  dont elle possède les clefs ayant accepté de surveiller l’endroit en l’absence du propriétaire. Puis transport en camion avec une voisine complice ; toutes deux creusent avec un entrain de terrassiers une tombe dans un sous-bois, à un endroit que Raimonda désigne comme significatif et sur lequel on en saura davantage plus tard.

Enterrement du congélocercueil.

Le fantôme qui s’occupe de la vieille  Paula lui  survit  et se rend chez Soledad, se faisant transporter clandestinement dans son coffre de voiture : terreur de la pauvre femme ; l’esprit ressemble comme un frère à sa mère défunte et revendique cette identité sans dire pourquoi il est revenu hanter les lieux. Soledad la voit boire manger s’habiller lui fait une coupe et un brushing la prend à son service… mais le fantôme craint et espère rencontrer sa fille Raimonda avec qui elle doit s’expliquer à propos de graves secrets familiaux qui ont contraint la mère à disparaître…

Raimonda ouvre le restaurant pour reprendre du service et assurer les repas d’une équipe de tournage. Le soir c’est la fête et elle chante «  volver » une chanson inspirée d’un tango que sa mère lui fit autrefois chanter à l’occasion d’un radio crochet qui malheureusement ne lui valut pas d’être embauchée. Pendant ce petit récital émouvant le « fantôme » en pleurs de la mère l’écoute au loin…


 

Cette comédie dramatique  est moins sophistiquée que « La Mauvaise éducation ».

L’intrigue est simple, on devine très vite de quoi il retournera.

La présence d’un fantôme laisse espérer une atmosphère fantastique mais l’esprit ne terrifie que la pauvre Soledad. 

La plongée frontale brusque sur les seins généreux de Pénélope Cruz en train de laver  la vaisselle ainsi que son interprétation que l’on a comparée aux meilleures actrices italiennes défuntes  ont  fait l’admiration de la critique.

 Je ne la trouve pas érotique le moins du monde.

Voilà une société de femmes où les hommes sont tous des violeurs incestueux abrutis alcooliques criminels : les femmes doivent faire leur justice et éliminer ces crapules.

Hélas, rarement aussi simple que cela !
Du moins ces femmes délurées et débordantes d’énergie contredisent-elles cette fameuse « décadence » que l’on continue de déplorer en occident.
 
par Dominique Poursin publié dans : autres films commentaires (2)    ajouter un commentaire
Mardi 22 août 2006

 

  Une génération de trois femmes en Géorgie, de nos jours. Eka, déjà nonagénaire, pleine d’énergie, qui vit dans la célébration de Staline, pour elle, grand bienfaiteur de l’humanité, honnête et héroïque, incapable des crimes dont on l’a accusé. Marina, sa fille, née à la mort du dictateur, et qui a connu une histoire bien différente. Ada, fille de Marina, étudiante, a  vécu, enfant, la fin du communisme.  Les trois femmes vivent chichement dans un appartement, vendent  périodiquement  leurs biens aux fins de mois difficiles.  Ada ne connaît pas son père, a un flirt médiocre, Marina un ami cher qui l’aide à vivre humainement et économiquement, mais elle s’ennuie avec lui « ne parvient pas à en être amoureuse ». Eka, la vieille dame  vit pour son fils Otar, parti à Paris pour y  tenter sa chance avec son ami Niko. Otar a fait des études de médecine.  La famille parle français depuis longtemps et Ada lit Proust à sa grand-mère, le soir pour l’endormir.

 

Un jour  les plus jeunes des trois femmes reçoivent une mauvaise nouvelle. Otar, malgré son diplôme, n’a trouvé qu’un travail au noir dans la maçonnerie et sa chute d’un échafaudage lui a coûté la vie. Ni Marina ni Ada ne se décident à annoncer à Eka la terrible vérité. Ada écrit des lettres censées venir d’Otar, imite son écriture et lui invente une existence parisienne tout entière sortie de ses rêves ( Otar fréquente le café du Flore, rencontre des artistes et des écrivains…). Les voisins jouent aussi le jeu et Niko venu de France annoncer la nouvelle et rendre les maigres effets de son ami, doit se résigner lui aussi à feindre et emporter le colis que la mère attentionnée « lui » destine.

 

Eka profite de la vie qui lui reste, quoique courbée de rhumatisme : toujours élégante, chemisiers, tailleurs et foulard aux vives couleurs, coiffure impeccable, elle monte dans la Grande Roue, fume des cigarettes,mange des sucreries avec entrain, affiche en toutes circonstances une mine épanouie et une attitude volontaire.

 

Mais Eka, s’ennuie de son fils, qui ne téléphone plus et  profite d’une absence des deux  autres femmes pour prendre trois billets  pour Paris et obtenir des visas. Elle a vendu toute sa bibliothèque française pour payer le voyage. Ada et Marina ne peuvent toujours rien dire, enferrées qu’elles sont dans le mensonge. Installées à l’hôtel, Ada et Marina sortent pour aller au cimetière de Thiais, retrouver la tombe dans un quartier réservé aux indigents. Ignorante de leur destination, Eka se rend à l’adresse où Otar est supposé vivre. Un voisin lui apprend ce qu’elle devrait savoir  «  le toubib ? il est mort depuis plusieurs mois » et lui rend la lettre qu’elle lui avait écrite…

 

Eka retrouve Ada et Marina au café.  Devant le trouble de ses fille et petite fille elle leur apprend tranquillement qu’elle sait tout : « Otar est parti sans laisser d’adresse ; il a dit aux voisins qu’il partait pour l’Amérique, Otar, il est comme ça, j’ai toujours pensé qu’il partirait… » le jeu vicieux  qu’avait adopté la fille et la mère  se retourne contre elles. Plus Otar est introuvable, plus il est magnifié gagne un statut de personnage imaginaire.

 

Toutes trois regagnent l’avion avec un Otar  mort pour toutes les  trois et que chacune devra feindre de croire vivant pour les autres.  Au moment du départ, Ada les quitte pour vivre sa vie à Paris. Elle et sa mère se parlent à travers des vitres épaisses un langage muet.

 

Le film génère une certaine angoisse. Les trois femmes sont malheureuses dans  leur pays : les conditions économiques précaires  y sont patentes à travers de petits faits : Marina prend une douche, et l’eau est brusquement coupée. Ada court longuement après un tramway qui  reste à sa hauteur sans pour autant s’arrêter pour la prendre. A l’hôpital, Marina doit demander une forte somme à son mai pour payer le cardiologue qui s’occupe de sa mère ; lequel est pressé de retourner dans on cabinet poursuivre une partie d’échecs avec son confrère. Ada fait un job de guide dans un musée où elle sert d’interprète ;elle reçoit pour sa journée  5% de ce que l’on a dû payer au cardiologue pour la vieille dame.

 

 

 

Que va devenir Ada à Paris ? Qui peut dire qu’elle aura plus de chance qu’Otar ?

 

 

 

 

par domiwind publié dans : autres films commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 13 juin 2006

le-vent-nous-emportera.jpgEt le vent nous emportera.

Abbas Kiarostami.

Film iranien.

 

Bezhouz part dans la montagne vers un petit village au bout du monde pour lui qui est citadin avec une équipe de travail pour photographier l’agonie d’une centenaire ; et surtout la cérémonie de deuil qui s’en suivra afin de faire une étude sur les rites funéraires. C’est un travail professionnel mais, pour ne pas dévoiler ce qui passerait aux yeux des villageois pour un inacceptable exhibitionnisme, il se fait appeler « l’ingénieur » et loge dans la famille d’un petit garçon Farhaz avec qui il communique en priorité pour se mettre en contact avec les gens du coin.

Disons : c’est ce que j’ai compris ; car c’est très elliptique.

 

 

 

 

Les manœuvres d’approches restent délicates. Il fait demander des nouvelles de la vieille dame (on ne lui dit pas d’entrer…) par Farhaz, comme s’il s’intéressait à elle, non sans avoir l’air d’attendre sa mort. Enchanté et méfiant, l’enfant lui sert d’intermédiaire en diverses occasions. Bezhouz ne ressemble pas au père qu’il aurait pu avoir, cependant des liens se créent.

Lorsqu’il est prié d’aller chercher son lait dans une famille du village, Bezhouz a l’occasion de faire la connaissance d’une jeune fille voilée, terrée dans une cave, consignée là pour traire les vaches. L’homme n’a pas le droit de voir son visage, et lui parle pendant la traite, recueillant quelque parole hésitante de femme traquée, déjà fiancée, qui ne voit guère la lumière du jour. Il lui lit des poèmes pendant qu’elle tire sur les pis. L’un de ces poèmes sur le temps qui passe et la mort, comporte le vers qui donne son titre au film.

 

 

Tous les jours, Bezhouz grimpe sur la colline à proximité du village et appelle au téléphone une femme responsable principale du film documentaire qui doit être tourné à l’occasion des obsèques de la doyenne du village, pour lui donner des nouvelles. Des nouvelles, il n’y en a pas puisque la vieille dame tarde à décéder et que l’équipe cinématographique est regardée bizarrement par ces villageois qui ne vivent pas tout à fait dans le même monde.

Berzhouz s’entretient avec un homme qui travaille au fond d’un puits (fiancé de la jeune fermière) et qu’il ne voit pas davantage qu’elle. Il connaîtra visuellement son interlocuteur lorsque celui-ci, victime d’un éboulement dans le puits où il travaille, sera ramené à l’air libre inconscient mais vivant. Bezhouz part alors en tournée avec le médecin en moto à travers la montagne pour apprendre quelque chose sur les mentalités des villageois et rendre quelques services. Belle équipée durant laquelle ils devisent sur la vie et la mort. Bezhouz apprend en outre que l’état de la centenaire s’améliore et que l’on ne peut prévoir l’issue fatale à brève échéance.

Film beau et habile où l’on réussit à marier l’esthétique et les préoccupations sociales le documentaire et la fiction, la beauté de la photographie (qui vise à la transcendance) et le réalisme.

par domiwind publié dans : autres films commentaires (0)    ajouter un commentaire
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