Derniers Commentaires

Présentation

Images Aléatoires

Musique

Fleur



 













Lundi 21 janvier 2008

1993:
Dans «  L’Age du rock » un documentaire illustré paru chez Gallimard (Découvertes), que j’ai acheté pour me remettre à niveau, je lis l’extrait d’un article paru dans Libé en 1990, à propos de Dylan.  

L’article est signé « Daniel Dobbels » on en donne des extraits :

 

 « Il faudrait quand on pense à Bob Dylan se rappeler ceci (…) :

 

« Oui je suis un voleur de pensées, non pas , je vous prie, un preneur d’âmes…ce n’est pas mon affaire, m’asseoir et méditer à perte et contemplation de temps pour penser des pensées qui ne furent pas du pensé, pour penser des rêves qui ne furent pas rêvés… »

Qui a écrit cela ? je ne le sais toujours pas…

 et ne plus chercher à instruire une sorte de faux recours en grâce où l’image fixe d’un homme se ranimerait au gré d’un souffle ou d’une vague déjà morts.

Dylan est ce voleur de pensées, toujours dans les parages et n’occupant un lieu, avant-scène ou studio, qu’accidentellement, jalousement, juste pour s’entendre sur un point, un seul, et qui, lui, doit être clair : «  Tu te perds toi-même, tu réapparais, tu découvres soudain qu’il n’y a rien à craindre seul debout avec personne autour quand une voix lointaine, tremblante, indistincte, tressaille et t’éveille et te force à écouter… » (It’s Alright Ma)

Ce point là, c’est ce tressaillement, une voix indistincte, qui ne se laisse entendre qu’à ce moment incontrôlable d’une réapparition, réelle comme un rêve et dont sa voix, sa propre voix, doit enregistrer, traduire et produire l’écho. Dylan sait que lorsqu’il chante il est déjà pris entre deux feux qui ne brûlent pas les mêmes matières, les mêmes sens et les mêmes raisons. Il n’a rien à espérer de leurs lumières. Ou elles frappent trop fort, ou elles le noircissent.

 

Sa seule tâche, son unique travail, c’est de faire que cette voix tremblante (qui n’est pas la sienne) ne disparaisse absolument ni ne devienne l’inquiétante intimité de son chant. Il y a toujours dans uns chanson de Dylan interprétée par lui, le double mouvement d’une invocation et d’une révocation.

 

Que cette voix distante soit faible ou forte, rien ne justifiera jamais qu’il lui laisse toute mesure. L’une de ses chansons les plus énigmatiques le répète à l’envi : «  I’m going, I’m going, I’m gone ». Et pourtant au moment même où le texte creuse une séparation irréparable, la voix maintient en elle une présence sans lendemain, sans fuite possible, lancinante. C’est ça qui rend – et uniquement en ce sens- la voix de Dylan inimitable : cette double injonction, ces deux lignes si profondément antagonistes qu’elle ne peuvent au mieux qu’endurer (…) leur malentendu. »

 
  Comme  c’est bien écrit me suis-je dit,  enfin la vérité sur Dylan !

  Ça nous fait un Dylan hégélien pensai-je.  Rien de moins !

A vrai dire ce texte  ressemblait  à ce que j’avais déjà pensé mais en beaucoup mieux. Et je l’ai recopié de ma main car je n’avais pas d’ordinateur et j’étais mauvaise en dactylo. Du coup, je réécoute les chansons citées et je me procure Going going gone, qui figure sur un album qui ne me disait rien qui vaille.

De temps à autre j’écoute un peu de Dylan, mais je ne vais plus aux nouvelles. Daniel Dobbels a eu le dernier mot.

 

Mais voilà, on dit que Dylan est presque mort ; on entend ça un matin de mai, à la fin des années 90, en 1997 à la radio.

Le soleil brille désespérément.

 Je me dis tiens, il vit donc encore ? J’achète Libé le soir : rien. Le lendemain et encore : toujours rien. Après tout me dis-je, il est peut-être tombé dans l’oubli. Sauf pour cette chaîne de radio,  que je cherche en vain. En septembre, au JT, on aperçoit Dylan, tout de blanc vêtu, à côté du pape quelque part dans une cérémonie. Le pape a l’air surpris, on le serait à moins. Un album est sorti «  Times going wrong » des chansons du folklore : assez agréables.

 

Lorsque François Bon préparait son livre sur Dylan, j’ai pensé «  quel dommage que ce ne soit pas Daniel Dobbels qui l’écrive, ce bouquin ! » car le texte de l’article que j’ai recopié plus haut me parle davantage, même si je ne saurais pas l’expliquer (je n’ai jamais eu autre chose que ce fragment).

 

Quant à cette chanson «  I’m not there », dont il parle, c’est à présent le titre d’un film. J’ai vu des extraits de Cate Blanchett interprétant dylan ; C’est elle le clou du spectacle. Les postures dylaniennes ont été minutieusement reproduites et la comédienne (que j’avais vue pour la dernière fois dans un film d’intérêt moyen « Chronique d’un scandale »), fait un travail de mime qui paraît réussi. Une femme pour jouer le Dylan de Blonde On Blonde, voilà qui fait monter la mayonnaise du fantasme.

Il me plaît de penser que cet androgyne là était en 1966, marié de fraîche date et venait d’être père…

 

Jamais, peut-être, n’en aurais-je fini avec dylan ! C’est pour moi, un peu  comme l’Italie pour Stendhal ou la madeleine pour Proust.

Je ne pense pas pouvoir me faire comprendre ; aussi cet article restera t’il « caché », encore que publié,  antidaté.

LF, 8 février 2008.

D.

par Dominique Poursin publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 26 septembre 2006
Les années 80 se terminent : à l’école que fréquentent mes enfants, un petit garçon s’appelle Dylan. Je demande à sa mère si c’est à cause du chanteur qu’elle l’a ainsi nommé.
« Quel chanteur ? » me répond-elle avec stupéfaction.
Je me sens intimidée. Alors lui dis-je, à voix basse, vous avez pensé à Dylan Stark le valeureux soldat sang mêlé pendant la guerre de Sécession, héros que l’infatigable Pierre Pelot reconduit vaillamment sur plusieurs romans historiques ?
Non, celui-là elle ne le connaît pas non plus. Elle m’explique quelque chose à propos d’une bande dessinée...

C’est une époque troublée. Mon fils aîné veut absolument un blouson de 600 fr qu’on ne peut pas payer et sans lequel il ne lui est manifestement plus possible de vivre. Il porte des tee-shirts noirs avec pour décor de sinistres individus qui boivent dans des crânes, ou des signes obscurs. On croit y reconnaître la croix gammée. Il ne porte pas l’uniforme spécifique « hard rock » peut-être le souhaite t’il ? mais un foulard gris sombre semé de têtes de mort. Je l’ai gardé pour m’en couvrir la tête à l’occasion d’une manifestation contre le port du voile islamique. La circonstance a manqué.
Le son qui envahit le premier étage est signé Metallica, Anthrax, Scorpions, les Kinks et Judas Priest (ces derniers ont sans doute pris leur nom dans une chanson de Dylan mais la musique n’a rien de commun). Ceux-là nous paraissent très agressifs mais d’une façon primaire.
Moi je continue à écouter Dylan dans mon coin. Chaque membre de la famille est pourvu d’un walkman, bientôt les lecteurs de CD arrivent.
Un scribouillard excité, dans Télérama, me convainc de me procurer les Bootlegs et c’était un bon legs en effet pour ce qui est du premier disque. Assez de bonnes chansons pour faire un disque de « protest-songs » supplémentaires tout aussi bonnes que les premières. Cela nous ramenait aux débuts. Le même journaliste réussit à me faire acheter dans la foulée Oh Mercy, malgré le titre qui ne me disait rien de bon. Et j’ai regretté cet autre achat.
Tout au plus dans ce « Oh Mercy » me suis-je fait la réflexion à propos d’ « Everything is broken » où le chanteur répète « broken » avec insistance en énumérant une somme considérables de choses qui auraient subi ce dommage, que c’était la voix de Dylan qui était « broken » ; elle l’était de fait et pour la première fois je l’entendais ainsi. L’homme avec qui il avait travaillé pour ce disque avait œuvré pour que cette broken voice soit entourée d’un son et d’une atmosphère qui, sans vraiment masquer la défectuosité, la rendent plausible. Le résultat c’est que le chanteur avait l’air d’enregistrer à cent pieds sous terre dans un caveau avec une voix d’outre-tombe. Lui donner l’esthétique d’une sorte de fantôme, c’était sûrement le pari de Daniel Lanois ( dont Dylan parle beaucoup). Et ce n’était pas une mauvaise idée. Daniel Lanois avait sûrement ressenti le côté unheimlich. Sauf que Dylan gâche l’entreprise parce que ses textes puent la bondieuserie et la morale à bon marché. Et ce sera presque toujours comme cela à l’avenir, quoique les journalistes ou certains fans aveuglés aient pu prétendre.
 
« Good as I Been To You » un album de chansons folkloriques avec juste la guitare. Ce n’est pas mal, sauf que Dylan a perdu sa voix, qui était déjà bien fragile. Il y a des gens que ça émeut, moi pas.
La toute dernière, la comptine « Frog Went-A-Courting » m’enchante. Je me dis aussi que la dernière phrase « If you want any more, then sing it yourself » est le chant du cygne.
 
par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Jeudi 24 août 2006

 

  Je ne pouvais cependant m‘empêcher de lire tout ce qui traînait sur Dylan. On en disait beaucoup de mal. Ou des anecdotes. Dylan aurait eu cinq enfants et « on « aurait fait disparaître le cinquième. Il ne s’occupait pas de sa progéniture. (On pense à Rousseau)

Il écrivait ses textes à la machine sur du papier-cul.

Comme le disait Jacques à son Maître « tout est écrit sur le Grand Rouleau ».

On dit des trucs de plus en plus désolants : voilà que Dylan s’est converti au christianisme et qu’il a vu Dieu. Il ne chante plus que du gospel. Le personnage devient de plus en plus conformiste. Je n’ai surtout pas envie d’entendre ces chansons –là : d’ailleurs, je me suis lassée d’écouter les émissions de « jeunes » telles que « Campus » sur Europe 1. Maintenant je préfère France culture, et, à cette époque là, je ne risque pas d’ y entendre Dylan.

On ne veut plus rien en savoir, mais c’est plus fort que nous…

La biographie de Robert Shelton me vient entre les mains, ( No Direction Home : 1985) traduite en partie par Jacques Vassal spécialiste du folk song. Rien de pire que cet ouvrage pour vous dégoûter de Dylan. RS voulant paraître intello fait des tonnes de citations d’auteurs divers en y mêlant des phrases ou des bribes de chansons de Dylan. Puis il le compare à diverses divinités : Orphée tout d’abord, puis Pan parce que sa petite amie de collège s’appelait Echo. L’infortunée nymphe eut aussi à en découdre avec Narcisse. Mais Robert Shelton ne retient pas Narcisse. Voilà qui étonne !

« I can’t see my reflection in the water

I can’t a word to show no pain

I can’t hear the echo of my footsteps

Or remember the sound of my own name”

 

(Tomorrow Is A Long Time( 1963)
Vous pouvez entendre cette chanson  en activant  le compteur Deezer dans la marge de gauche.

Adepte des interprétations sauvages, Robert Shelton tient pour sûre que dans Like A Rolling Stone, c’est de sa mère que Dylan veut parler, laquelle a nom Béatrice Stone. Et, ajoute Shelton, elle a roulé (en voiture) dès l’âge de seize ans.
Après son mariage, (1934) il lui fallut sept ans pour accoucher de notre héros.

 ça ne m'étonne pas !

Sur le Net (depuis un ou deux ans ?) on trouve l’intégralité des interviews effectuées par Shelton auprès des parents de Dylan en 1968.
C’est long et ennuyeux ; quand on aime, décidément on ne recule devant rien car je les ailues ( élu?) toout de même...  on croit saisir que ces braves gens, les Zimmermann, des provinciaux sans histoire, n’ont rien compris de ce qui arrivait, et tentent à la sauvette de faire coller le passé de leur fils (ce dont ils se souviennent) avec cette soudaine célébrité.

Les éléments biographiques continuent de m’ennuyer sans que je puisse éviter de lire n’importe quoi sur Dylan.

La relation que Shelton entretient avec Dylan, faite tantôt de dévotion naïve tantôt d’une sorte de paternalisme, irrite, de sorte qu’on survole l’ouvrage, et l’on ne retient pas toutes les informations, assez nombreuses soit qu’on hésite à les croire soit qu’on n’aime pas la manière dont elle sont présentées.

J’ai juste retenu l’existence de disques tels que « Blood on the tracks » ( aussi bon que ceux des années 60) et « Desire »dans une moindre mesure. Dans ces deux derniers, j’ai surtout aimé les chansons narratives « « Lily Rosemary and the Jack of the Hearts » et « Black Diamond Bay ». Cette dernière chanson est une histoire loufoque, pince sans rire, de gens qui viennent chercher fortune sur une île perdent tout au jeu, l’un d’eux se pend (des pendaisons il y en a beaucoup dans ses chansons, peut-être est-ce simplement une constante du répertoire folklorique) juste avant que l’île n’explose, n’a guère attiré l’attention des critiques. Non plus que « Going Going Gone » étrange petite pièce que j’ai trouvé dans un autre enregistrement ( je n'en ai pas la date) le chanteur n’y fait que dire qu’il s’en va, qu’il est déjà parti avec une voix singulière ( comme toujours) presque désincarnée et d’une forte présence.

Forte présence pour dire l'absence.

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Jeudi 10 août 2006

 

Louise et moi étions installées devant le poste puis Jérôme vint nous rejoindre. Jacques voulut l’envoyer au lit. Louise protesta.

 

« Taisez-vous, le film est déjà commencé ! Je n’ai encore jamais vu de western.»

Sur l’écran, un grand type à la mine patibulaire était assis à une table dans un affreux saloon. En face de lui, un blond plus jeune, l’air gai et débordant de vitalité buvait son énième whisky. Je suis devenu shérif disait le grand type, je suis plus de ton côté Billy. Maintenant je… il avala le contenu de son verre, je fais régner l’ordre.

 

Quoi fit l’autre. Suivit une bordée de jurons…t’es dingue ?

Non sérieux marre de jouer les vanupieds je chasse tous les hors la loi à présent, tu ferais mieux de rentrer dans le rang sinon mes hommes te flingueront

 

Billy haussa les épaules et éclata de rire. J’m’en fous hors la loi c’est ma vie je veux rien faire d’autre. Pas question de faire partie de ta police. La vie c’est pas fait pour s’ennuyer.

 

Tant pis pour toi fait le grand mec tu fais pas le poids

 

Je sais ce que j’ai à faire je fais ce que j’aime dit Bill lui tapant sur l’épaule. Rit

 

Bravo ! Approuva Louise.

Jérôme regardait de tous ses yeux : une bande de cavaliers chapeautés et armés de fusils foulards rouges autour du cou, arrivaient à toute allure laissant derrière eux une épaisse fumée de sable qui masqua les cactus au premier plan. Un peu plus loin les drôles s’arrêtèrent s’observèrent goguenards mâchouillant des cigarettes jaunes. « Je ne vois plus Billy » s’inquiéta Jérôme. « T’en fais pas il ne mourras pas avant le fin puisque c’est le héros » dis-je.

 

- Si tu lui dit tout c’est pas marrant, je te reconnais bien là.

- On ne sait jamais avec les films de maintenant dit Louise, c’est tellement tarabiscoté…

 

- Un western c’est tout ce qu’il y a de simple fit Jacques supérieur. Y’a ceux qui ont des flingues et ceux qui n’en ont pas. Les premiers tuent les seconds. Ceux qui ont gagné prennent les femmes.

Les cactus réapparurent.

 

Des balles claquèrent et Jérôme et Louise sursautèrent . Se passait-il quelque chose ? Une vieille boîte de conserve bondit entre deux cactus. Trois poules blanches filérent en caquetant vers un tas de rochers un essaim de guêpes tomba à terre et les insectes se répartirent en vrombissant sur l’écran. Un bandit s’inscrivit dans le cadre et les chassa en ricanant. « Qui est mort ? « S’enquit Jérôme. Trois coquelicots apparurent, gracieux avec leurs fragiles tiges, un individu s’écroula dessus avec cette maladresse que donne la chute non désirée. Les pauvres fleurs furent écrabouillées et l’hémoglobine se mêla à leur couleur. Le bandit ne bougeait plus et les guêpes le prirent d’assaut.

Ce n’est pas Billy, estima Jérôme.

Billy fit une entrée remarquée dans sa famille par un clair matin au son d’une musique langoureuse qui contrastait avec sa vigueur. Cinq femmes de treize à soixante-dix ans étaient assises autour de la table et plusieurs hommes ; Billy prit place devant un bol de café au lait. Certains pleuraient, d’autres se fâchaient et Jérôme demandait qu’est-ce qui se passe.

 

- Enfin, voyons, dit Jacques c’est un western, c’est pas bien compliqué…

 

- Billy fait ses adieux à toute la famille car il est coincé , il sait qu’il n’en a plus pour longtemps.

De fait, c’était triste. Billy embrassa plusieurs femmes d’âges et de couleurs différents et le bébé. Les jeunes enfants pleuraient. Une petite fille tentait de se moucher avec la nappe qui paraissait en toile cirée.

 

-Ses enfants tout ça ?

 

Il est trop jeune pour regarder ça dit Louise.

 

-Je lui explique.

Le ciel plongea de nouveau sur l’écran sa bleuité et y précipita les spectateurs. Horizons immenses et monotones fourrés buissons, monticules rocheux. Bill se sauve au galop avec quelques amis. Il n’est plus qu’un point à l’horizon. La chanson du film annonce sa fin prochaine à moins qu’elle ne l’encourage à suivre sa route avec un genre de mélancolie country.

 

Une nouvelle scène de violence menaçait : des individus tenaient en joue un jeune cow-boy novice devant un comptoir où le patron , mine de rien, servait des alcools courants. L’intérieur était sombre, le patron chauve et faisait mine de ne pas voir que les canon pointaient en brillant dans la pénombre. Il essuyait les verres avec un zèle joué. Un silence de mort . Les individus forcèrent le jeune à lire ce qui était écrit sur les boîtes de conserves rangées sur l’étagère.

 

- Après il vont le tuer, regretta Jérôme.

 

Le jeune sortit une paire de lunettes . Louise s’esclaffa. « C’est la première fois que je vois un type mettre des lunettes dans un western. Comment dirais-tu, Dominique ? Que c’est surréaliste ? »

 

- je ne dis rien. J’attends.

 

- Qu’en savez-vous Louise , fit Jacques, vous avez dit que c’était votre premier western ?

 

- Beans … beans . Beans…

 

- Ça veut dire quoi ?

 

- Que c’est la fin des haricots s’exclame Louise triomphante.

 

- Ce n’est pas ça chuchotai-je.

 

Le soleil couchant s'étalait avec un maximum d'indiscrétion.

 

-Idiot ce film déclara Jacques tu n’aurais jamais dû laisser Jérôme devant. Encouragement à la violence et à la brutalité. Louise vous auriez pu intervenir…

 

Tout à coup Billy poussa la porte d’une salle de bain et bondit dans une baignoire mousseuse où une femme déjà clapotait.

- C’est bientôt la fin, annonce encore Louise sinistre et encourageante.

- Il fait la bringue, Billy ? demande Jérôme.

- C’est un homme libre ! apprécie louise.

- Louise ! Suppliai-je comment ose-tu dire de pareilles sottises ? Serais-tu contente d’avoir un mari qui a plusieurs femmes et se fait pourchasser par la police ?

- Ta pauvre vieille tante est d’un romanesque usé !

- Qui es-tu étranger ? aske Billy à un mec en face de lui.
Il était de nouveau à boire un coup à une taverne en terrasse. L’étranger a l’air réservé, sourit pourtant.

- Je m’appelle Alias.

 

- Alias quoi ? fit Jacques.

- C’est qui ? dit Jérôme.

- Autrefois, on aurait dit un interlude, dit Louise.

- C’est son double, hasardai-je.

- Jamais de psychologie dans un western informe Jacques connaisseur.
A vrai dire Billy n’aurait peut-être pas compris lui non plus.

 

Billy l’observe avec un sourire intrigué et par monosyllabes cherche à savoir si c’est ami ou ennemi. Sans compter qu'il le connait peut-être? Il conclut qu’il était opportun de trinquer. Je suis allée chercher du whisky et du coca pour me faire un cuba libre. Louise eut l’air horrifié et se versa de l’eau d’une carafe. Le couchant tombait sur Billy et Alias qui ne se disaient rien. ça rougeoyait avec insistance.

- Il n’est pas taillé pour l’ouest, celui-là fait Louise.

 

- Qu’en savez-vous, ma chère, vous avez dit que c’était votre premier…

 

Billy était à nouveau en galante compagnie avec une mexicaine dans une chambre d’hôtel minuscule qui contenait tout juste un lit et une armoire. Champ de bataille. En bas la bande du vieux chérif attend.

 

-Billy est un homme libre renchérit Louise, il a choisi sa vie

 

- c’est idiot, personne ne choisit sa vie : autrefois les indiens étaient pourchassés, ensuite certains blancs se sont sentis coupables. Ceux qui l’éprouvèrent le plus voulurent se faire tuer pour éprouver la même chose que les indiens et laver dans le sang la faute de leurs ancêtres en versant le leur. Ce n’est pas un choix. Mais plutôt un destin. Et il n’en sait rien.

 

J’étais seule ; ils étaient déjà montés.

 

"There was nothing at the edge of the river

But dry grass and cotton candy

"Alias, Isaid to him. 'Alias,

Sombody there make us want to drink the river

Sombody want to thirst us"

"Kid, he said, " no river

Wants to trap men. There ain't no malice in it. Try

To understand."

We stood there, by that little river and Alias took off his shirt

and I took off my shirt

I was never real. Alias was never real.

Or that big cotton tree or the ground.

Or the little river;"

 

Jack Spicer "Billy The Kid" III , 1975.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 26 juillet 2006

1969 (suite)

Au lycée je ne parlais pas de mon entreprise, n’ayant trouvé personne qui s’intéressât à Dylan comme il convenait. Si j’avais dit que je le trouvais émouvant avec le nez de travers, le visage long, cette manière de faire la gueule sur les pochettes de disques à compter du troisième LP ( on disait « LP », par snobisme même les plus sobres s’y sont risqués au moins une fois) mais avec un rendu si naturel, les tempes très serrées comme si on l’avait sorti aux forceps… et d’autres bizarreries de ce genre , c’est moi que l’on aurait regardée de travers. Où peut-être aurait-on voulu communier dans le même esprit et ç’eut été pire.

 

Les autres filles écoutaient de « la musique pop » en privilégiant les nouveautés ; je ne parvins jamais à m’y intéresser. Même les autres folk singer, dont Dylan s’étaient un temps inspirés ne me convenaient pas le temps d’un disque : ils ne savaient ni éviter la rengaine, ni jouer de la monotonie, et n’avaient guère d’intensité dramatique.

Je n’ai pas de goût pour le « rock » ; pour moi c’est juste un procédé qui peut se révéler utile pour faire de bonnes chansons. Le folk ne signifie rien de plus. Ni l’un ni l’autre ne sont pour moi des valeurs. Il est vrai que le folk se chante au coin du feu ou autour d’un feu de bois ( même s’il manque ce feu de bois, on ne peut que l’imaginer) et ça peut être sympathique ou horripilant. Horripilant si on le revendique comme une idéologie ; ce que fait Joan Baez par exemple. Dans le DVD de Scorsese, Joan Baez apparaît dans un décor « feu de bois ». Les folk singer sont pavés de bonnes intentions comme l’enfer.

Le rock , ça se joue en concert, ça ne se chante pas vraiment, ça se danse, ça se hurle, ça rassemble des grandes foules ( et le folk des petites), ça peut être excitant. Le feu y existe aussi pour détruire et s’autodétruire. Incendie, électrocution…les rockers se prennent volontiers pour Prométhée.

 

Mais ça favorise l’instinct grégaire. Le folk aussi. Il est dangereux de les prendre au sérieux.

Dylan n’a pas une voix taillée dans le rock. Sur l’album « Bringing It All Back Home » la seule chanson de rock réussie c’est « Subterreanean Homesick Blues » parce que c’est un blues comme son titre l’indique. « Stuck Inside Of Mobile… »( sur B.O.B) est aussi très bonne pour la même raison : c’est le blues qui en est le fondement. D’autres chansons qui ont reçu un traitement rock sont catastrophiques à mes yeux ( « One two many morning » sur « Live 66 »).

Le blues c’est autre chose ; le blues a une histoire, c’est celle d’un peuple déraciné et persécuté ; d’autres qui sont dans le même cas peuvent s’y reconnaître et aussi des individus solitaires. A l’origine ce n’est pas une musique commerciale. Dylan est un chanteur de blues ; et aussi un chanteur de ballades. Les ballades ont souvent pour origine l’amour courtois ; Dylan en récupère les codes à sa manière ( « Sad-eyed lady… » ; « Tomorrow is a long time »…) On dit qu’il a inventé l’anti-chanson d’amour ; non, bien sûr ! la plupart des chansons d’amour courtois sont extrêmement discourtoises…)

Un mois plus tard, à peine venais-je de découvrir Dylan jusque dans ses textes, il fallait déjà l’enterrer. Ce fut ce concert de l’île de Wight, ainsi que le disque « Nashville Skyline » dont parlèrent certains magazines, que je feuilletais à l’époque (Rock and Folk, Actuel Nova Press…). Dylan y apparaissait dans un nouveau déguisement insolite vêtu d’un complet blanc, pourvu d’une barbiche et les traits figés, prêt à intégrer un cercueil. Les commentaires lus dans ces revues, ainsi que le contenu du nouveau disque ne laissaient pas de doute : le chanteur ne pouvait ou ne voulait plus s’adresser à la fraction cultivée de son public, et se contenterait désormais d’être un artiste de variétés sans prétention. Ce message tout à fait clair et qui se révéla juste à quelques albums près, tomba dans beaucoup d’oreilles sourdes et malentendantes ; plus de trente ans se sont écoulés et l’on peut toujours lire à intervalles réguliers dans des magazines éclairés et des revues fort sérieuses, des commentaires dithyrambiques à propos du dernier « Dylan ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 26 juillet 2006

 

C’est quelques temps auparavant (à Minneapolis, où il ne réussissait pas à chanter dans les »bons » clubs ni à se faire des relations utiles) que Bob avait trouvé un recueil de poésies de Dylan Thomas ; le prénom lui plaît pour ses sonorités et sa graphie et il songe à utiliser Allen (son deuxième prénom) pour se faire un nouveau nom :

« Dès que j’aurais quitté la maison, j’allais me faire appeler Robert Allen. C’était bien moi après tout mes parents me les avaient donnés ces prénoms… je me doutais que Dylan avait dû un jour être Dillon, que l’intéressé avait lui aussi changé l’orthographe de son nom... »

Dylan Thomas s’est toujours appelé ainsi. Originaire du Pays de Galles, il porte le nom de Dylan, personnage de la mythologie celte : celui-là est né de la déesse Arianrod et de son frère le druide Gwyddyon, nous dit Jean Markkale dans son étude « Les Celtes et la civilisation celtique » publié chez Payot. Dans le mabinogi de Math (récit médiéval d’un chef de guerre celte), ce guerrier veut s’approprier Arianrod « Il la fait sauter par-dessus sa baguette magique … elle donne alors naissance à deux enfants . L’un se précipite vers la mer et sera appelé Dylan Eil Ton (Fils de la Vague) ou Dylan Ei Mor (Fils de la Mer) ce qui constitue un jeu de mots entre Mordr, la mère, et Mor, la mer, ce qui veut dire que Dylan entreprend immédiatement le regressum at uterum. Il est mort-né. »

Les sonorités et la graphie, c’est important, mais la signification aussi. Bien des chansons de Dylan tournent autour de ce « regressum at uterum » ; de la mort aussi ; mais c’est une source d’inspiration fréquente ; aussi n’a-t-on pas trouvé cela particulier. Quant aux chansons qui se réfèrent au déluge, elles sont légion. Souvent les chansons de Dylan sont d’ailleurs un « flooding » un déluge verbal (cette tendance lui est restée).

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Samedi 22 juillet 2006

B-2.JPG  

 

1969.

Le 21 juillet, la famille parisienne s’étant rassemblée autour du poste de télévision pour le spectacle des premiers pas humains sur la lune (J’appris bien plus tard qu’il n’avaient vu ce soir là qu’une mise en scène en studio), j’étais assise en tailleur sur mon lit, et je copiais méthodiquement sur un cahier les mots de vocabulaire que j’ignorais tirés des textes de plusieurs chansons de Dylan qui figuraient sur l’album « Bringing It All Back Home. » Je ne possédais qu’un vieux dictionnaire édition de 1910, ayant appartenu à un arrière-grand-père. On ne m’avait rien acheté de moderne pour la classe. Il était relié demi-chagrin mais cela n’aidait pas vraiment. Pour me donner plus de chance, j’avais écrit sur un cahier quantité d’expressions et de mots mêlant l’argot et le langage familier : ce lexique provenait du « Gimmick » d’une certaine « Adrienne » que j’avais lu dans un magasin ou une librairie et dont j’avais mémorisé le contenu en partie pour le retranscrire, n’osant pas me risquer à tenter de dérober un livre une nouvelle fois tant j’étais inapte à cet exercice.

 

J’ai appris beaucoup d’anglais en peu de temps, car je ne savais presque rien : j’avais détesté cette langue depuis la sixième jusqu’à ce que j’entendisse Dylan chanter. Je trouvais à sa voix, ou à sa manière de chanter une présence particulière une densité, voire dans certains cas quelque chose d’étrangement inquiétant.

Unheimlich.

 

C’était comme d’interminables monologues, un monde très fermé où l’on avait irrésistiblement envie de pénétrer. Si la voix avait beaucoup de présence, nombre de textes parlaient d’absence, de départ, de rupture, de manque et le contraste enchantait.

J ’avais mis longtemps à réunir quelques éléments adéquats pour une approche des textes. J’ai traduit à ma façon un grand nombre de chansons, toutes celles qui me tombaient sous la main, (il y eut aussi divers songes-book,) je les adaptais parfois et j’en ai appris une vingtaine au moins qui, fréquemment dans mon existence devaient surgir et se dérouler sans effort ni hésitation en des circonstances variées ; mentalement en lassante compagnie pour conjurer l’ennui, seule et à pleine voix pour le quotidien diurne ou noctune, parfois en rêve.

Enfin je parlais/lisais/chantais dans une autre langue que la mienne ; c'était comme d'apprendre à parler une deuxième fois.

À l’époque, la plupart de chansons anglo-saxonnes qui retenaient mon attention, me parlaient toujours de sexualité quelque fussent le contenu et les intentions réelles des interprètes.

Plus tôt, au moins trois ans auparavant, lorsque j’entendais « Satisfaction » à la radio, c’était le cri furieux ou railleur d’un amant qui constatait ne pas arriver à l’orgasme avec une fille. Je ne sais pourquoi la scène avait lieu dans un garage ou une mansarde. La fille était-elle consentante ou violée ? C’est là ce que je n’aurais su déterminer. Les auxiliaires du chanteur avaient-ils eux aussi tenté de trouver avec elle la « satisfaction » ? Etait-ce elle qui décidait qui la sautait ou le Maître ? Autant de questions qui ne trouvaient pas de réponse satisfaisante. En tous cas, ils étaient tous impuissants et prenaient le public à témoin. Aussi lorsque je voulais écrire mon histoire là dessus je ne trouvais pas davantage la satisfaction …du mot juste.

« Hey Jude », ça parlait de types qui expliquaient affectueusement à leur camarade coincé comment il devrait s’y prendre pour réussir la relation sexuelle qu’il craignait de rater.

« A-Hard Rain-s’Gonna-Fall » c’était très au-dessus : la fin du monde.

Oui, mais dans quel contexte ?

Une mère pose à son fils des questions apparemment anodines et en fait indiscrètes ; le petit vient de sortir de sa chambre, il est troublé sexuellement : c’est ce qu’indique le refrain qui va crescendo, s’arrête à un acmé et retombe en détumescence, évoquant la montée de l’orgasme, puis l’éjaculation. Sans compter les mots. Hard ? C’est très proche de "I’m hard on". Et cette « pluie », quel genre de liquide évoque-t-elle ? Comment s’étonner que la dangerosité du désir pressant pour la mère toute proche ne génère autre chose que des représentations de fin du monde ?

 

Dans son étude sur le "folk song" ( non réédité en ce moment) Jacques Vassal donne le titre et les paroles de la ballade dont Dylan s'est inspiré pour " Hard Rain" ; cette chanson s'intitule " The Ballad Of Lord Randal". Il s'y trouve aussi le dialogue d'un fils avec sa mère. Le fils a simplement été empoisonné par sa bien-aimée et se couche en agonie. J'ai pu entendre la chanson par Aldred Deller ( je n'ai pas eu accès à d'autres enregistrements). Dylan a fortement "dilaté" la mélodie.

Et en lieu et place d'une agonie , nous avons une naissance, c'est ce que nous apprend le texte modifié en regard du palimpseste.

"A-Hard-Rain S'Gonna Fall" est la chanson par laquelle Dylan s'annonce, s'intronise en quelque sorte tel qu'il sera pour longtemps." Dylan le fils de la Vague" comme le disent certains textes mythiques.

On sent que ça commence avec beaucoup d'énergie dans cette longue litanie

"And I'll stand on the ocean before I 'll start sinkin'/And I'll know my song well before I'll start singin' "

 

 

Dans son étude sur le folk song (non rééditée en ce moment) Jacques Vassal donne le titre et les paroles de la chanson dont Dylan s’est inspiré pour Hard Rain ; il s’agit de la « ballade de Lord Randal » dont le texte a déjà la structure d’un dialogue avec la mère : mais il s’agit d’un jeune homme qui va mourir empoisonné par sa bien-aimée.

J’ai pu entendre cet enregistrement par Alfred Deller et l’on s’aperçoit que Dylan a fortement dilaté la mélodie de la ballade initiale qui lui servit de palimpseste.

On constate aussi qu’à la place d’une agonie il y a une naissance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 18 juillet 2006

Au milieu des années 60, au cours du languissant séjour d’été à Saint-Brévin l’Océan ( petite station balnéaire à la frontière de la Vendée et de la Bretagne) là ma mère louait une villa deux mois et demi. Cette année-là elle avait retenu des places au Casino de la plage où se produisait Hugues Aufray. C’était le premier spectacle (si l’on excepte le cirque) auquel il m’était donné d’assister devant une scène. Evidemment je ne compte pas le cinéma et la télé, ni tout ce qui comporte un écran.

Hugues Aufray interprétait Dylan à sa façon très scout et bien pensante. Ma mère possédait le disque « Hugues Aufray chante Dylan ». Le chanteur, auquel je donnais quarante ans, un âge tout à fait vénérable, avait rendu hommage au maître, à qui « il devait tout ». Le maître était bien plus jeune que le disciple. Le maître aurait pu être le fils du disciple. J’étais fort impressionnée ( En fait, ai-je constaté plus tard si l’on considère les deux dates de naissance, moins de dix ans les sépare).

Hugues Aufray était maquillé d’une épaisse couche de fond de teint ambré : aucune baigneuse enduite d’huile solaire ne pouvait rivaliser avec lui. Même ce chanteur de bonne famille se devait de porter un masque voyant.

Je devins accroc à mon poste à transistor, guettant le moment où j’entendrais enfin Dylan. Je l’emportais partout, au bord de l’eau, le soir. Mais jamais je ne réussissais à l’entendre. La radio diffusait souvent « Tambourine Man » chanté par les Byrds, ainsi que Peter Paul and Mary sur « Blowind In The Wind » ; les même interprétaient « Le Déserteur » en français. D’après ce que je croyais savoir de Dylan, il ne faisait aucun doute à mes yeux que « Le Déserteur » devait être une de ses chansons arrangées en français !

 

Puis nous revînmes chez mes grands-parents en Normandie. Il y eut les imprécations et les tonalités vengeresses de Like A Rolling Stone, c’était le morceau que les chaînes de radio françaises s’étaient mises à propager. Cette fois, c’était vraiment Dylan, mais pas du tout ce que j’aurais attendu. A mes oreilles c’étaient de imprécation et de la vengeance et je n’avais aucune chance de comprendre les paroles, les paroles c’étaait très important ; j’attendais des mots mis en musique plutôt que l’inverse. Aujourd’hui encore je n’aime pas tellement cette chanson autour de laquelle, curieusement on continue de faire du bruit. A l’époque je m’y fit, n’ayant rien d’autre à me mettre sous les tympans. En fait, cette violence ne me déplaisait pas. Les anathèmes dylaniens absorbés, je coupai le son et me précipitai dans la salle à manger où ma grand-mère nous avait servis à Apère et à moi (à moins qu’elle n’en fut au stade de la préparation) deux verres de « Ceylan » et des tartines grillées à la confiture.

 

Un peu plus tard, je me trouvais devant la télé grandpaternelle à écouter Le « Quart d’heure » d’Emmanuel d’Astier (De la Vigerie) avec mon grand père. EADV, un journaliste émérite, grand et maigre qui s’exprimait une fois par semaine environ juste avant les informations sur n’importe quel sujet politique, social, technique, voire les variétés et la chanson « à texte », fumant la pipe entre chaque réplique. Un vieux monsieur qui tentait d’être spirituel et aussi d’exprimer les revendications de ce qu’on appellerait plus tard « La France profonde ». Mon grand-père le trouvait très distingué, intelligent et original et moi aussi à l’époque, j’assistais au « Quart d’heure », qui était annoncé plusieurs jours à l’avance comme le moment essentiel de la semaine. Emmanuel d’Astier se voulait branché et il aimait la jeunesse. Un jour il fit l’éloge de Dylan, et s’intéressa à son concert donné à Paris. Question insolite peut-être, mais qui me tenait à cœur je demandai à me rendre à ce concert de Dylan, sans m’adresser directement à mon grand-père que je craignais , mais en spécifiant que d’Astier en avait parlé. On eût que j’avais jeté un vrai pavé dans une mare. Ils ouvrirent tous de grands yeux ébahis. Personne ne parut comprendre cette demande, ni même connaître l’existence de Dylan. Cependant mon grand-père s’en fut en ville, en ramena un trente-trois tour des Beatles et produisit une explication d’où il ressortait que les Beatles étaient bien plus convenables, à preuve la reine les avaient décorés. J’appris deux chansons « Penny Lane » et « Yesderday » que j’aime encore aujourd’hui. Mais ils n’avaient pas des voix assez masculines et m’énervaient.

 

Il paraissait évident que si les Beatles étaient les fous de la Reine, Dylan était le fou du Roi.

 

 

 

 

 

 

 

 

par domiwind publié dans : My Dylan Story commentaires (0)    ajouter un commentaire
blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus