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My Dylan Story

 

Louise et moi étions installées devant le poste. Le petit Jérôme vint nous rejoindre. Jacques voulut l’envoyer au lit.

Louise protesta. 

« Taisez-vous, le film est déjà commencé ! Je n’ai encore jamais vu de western.»


Sur l’écran, un grand type à la mine patibulaire était assis à une table dans un affreux saloon. En face de lui, un blond plus jeune, l’air gai et débordant de vitalité ,buvait son énième whisky. Je suis devenu shérif disait le grand type, je suis plus de ton côté Billy. Maintenant je… il avala le contenu de son verre, je fais régner l’ordre. 

Quoi? fit l’autre. Suivit une bordée de jurons…t’es dingue ?

Non, sérieux, marre de jouer les vanupieds, je chasse tous les hors la loi à présent, tu ferais mieux de rentrer dans le rang, sinon mes hommes te flingueront.

 

Billy haussa les épaules et éclata de rire. J’m’en fous ,hors la loi c’est ma vie ,je veux rien faire d’autre. Pas question de faire partie de ta police. La vie c’est pas fait pour s’ennuyer. 

Tant pis pour toi, dit le grand mec tu fais pas le poids.

 

Je sais ce que j’ai à faire je fais ce que j’aime, dit Bill lui tapant sur l’épaule.

Rit. 

Bravo ! approuva Louise.

Jérôme regardait de tous ses yeux : une bande de cavaliers chapeautés et armés de fusils, foulards rouges autour du cou, arrivaient à toute allure laissant derrière eux une épaisse fumée de sable qui masqua les cactus au premier plan. Un peu plus loin les drôles s’arrêtèrent, s’observèrent, goguenards, mâchouillant des cigarettes jaunes. « Je ne vois plus Billy » s’inquiéta Jérôme. « T’en fais pas il ne mourras pas avant la fin puisque c’est le héros » dis-je. 

- Si tu lui dit tout, c’est pas marrant, je te reconnais bien là.

- On ne sait jamais avec les films de maintenant, dit Louise, c’est tellement tarabiscoté…


  - Un western c’est tout ce qu’il y a de simple, fit Jacques supérieur. Y’a ceux qui ont des flingues et ceux qui n’en ont pas. Les premiers tuent les seconds. Ceux qui ont gagné prennent les femmes.


Les cactus réapparurent. 

Des balles claquent, Jérôme et Louise sursautent.  Se passe-t-il quelque chose ? Une vieille boîte de conserve bondit entre deux cactus. Trois poules blanches filént en caquetant vers un tas de rochers, un essaim de guêpes tombe à terre,  les insectes se répartissent en vrombissant sur l’écran. Un bandit s’inscrit dans le cadre et les chasse en ricanant. « Qui est mort ? « s'inquiète Jérôme.

Trois coquelicots apparurent, gracieux avec leurs fragiles tiges, un individu s’écroula dessus avec cette maladresse que donne la chute non désirée. Les pauvres fleurs furent écrabouillées et l’hémoglobine se mêla à leur couleur. Le bandit ne bougeait plus et les guêpes le prirent d’assaut.

Ce n’est pas Billy, ouf ! dit Jérôme.

Billy fit, dans sa famille, une entrée remarquée, par un clair matin au son d’une musique langoureuse qui contrastait avec sa vigueur. Cinq femmes de treize à soixante-dix ans étaient assises autour de la table et plusieurs hommes ; Billy prit place devant un bol de café au lait. Certains pleuraient, d’autres se fâchaient et Jérôme demandait qu’est-ce qui se passe. 

- Enfin, voyons, dit Jacques c’est un western, c’est pas bien compliqué… 

- Billy fait ses adieux à toute la famille car il est coincé , il sait qu’il n’en a plus pour longtemps.

De fait, c’était triste. Billy embrassa plusieurs femmes d’âges et de couleurs différents et le bébé. Les jeunes enfants pleuraient. Une petite fille tentait de se moucher avec la nappe en toile cirée. 

-Ses enfants, tout ça ? 

Il est trop jeune pour regarder ça, dit Louise. 

-Je lui explique.

Le ciel plonge de nouveau sur l’écran sa bleuité et y précipite les spectateurs. Horizons immenses, et monotones, fourrés, buissons, monticules rocheux. Bill se sauve au galop avec quelques amis. Il n’est plus qu’un point à l’horizon. La chanson du film annonce sa fin prochaine à moins qu’elle ne l’encourage à suivre sa route avec un genre de mélancolie country. 

Une nouvelle scène de violence menaçe : des individus tiennent en joue un jeune cow-boy novice devant un comptoir où le patron, mine de rien, sert des alcools courants. L’intérieur est sombre, le patron chauve  il feint de ne pas voir que les canon pointent en brillant dans la pénombre. Essuie les verres avec un zèle joué. Silence de mort. Les individus forcent le jeune à lire ce qui était écrit sur les boîtes de conserves rangées sur l’étagère. 

- Après il vont le tuer, regrette Jérôme. 

Le jeune sortit une paire de lunettes. Louise s’esclaffa. « C’est la première fois que je vois un type mettre des lunettes dans un western. Comment dirais-tu, Dominique ? Que c’est surréaliste ? » 

- je ne dis rien. J’attends. 

- Qu’en savez-vous Louise, fit Jacques, vous avez dit que c’était votre premier western ? 

- Beans … beans . Beans… 

- Ça veut dire quoi ? 

- Que c’est la fin des haricots s’exclame Louise triomphante. 

- Ce n’est pas ça chuchotai-je.

 

Le rouge du couchant flamboie avec un maximum d'indiscrétion. 

-Idiot, ce film déclara Jacques tu n’aurais jamais dû laisser Jérôme le voir. Encouragement à la violence et à la brutalité. Louise vous auriez pu intervenir… 

Tout à coup Billy poussa la porte d’une salle de bain, et bondit dans une baignoire mousseuse où une femme, déjà, clapotait.

- C’est bientôt la fin, annonce encore Louise, sinistre et encourageante.

- Il fait la bringue, Billy ? demande Jérôme.

- C’est un homme libre ! apprécie louise.

- Louise ! Suppliai-je comment ose-tu dire de pareilles sottises ? Serais-tu contente d’avoir un mari qui a plusieurs femmes et se fait pourchasser par la police ?

- Ta pauvre vieille tante est d’un romanesque usé !

- Qui es-tu étranger ? aske Billy à un mec en face de lui.
Il était de nouveau à boire un coup à une taverne en terrasse. L’étranger à l’air réservé, sourit pourtant.

- Je m’appelle Alias. 

- Alias quoi ? fit Jacques.

- C’est qui ? dit Jérôme.

- Autrefois, on aurait dit un interlude, dit Louise.

- C’est son double, hasardai-je.

- Jamais de psychologie dans un western, informe Jacques connaisseur.
A vrai dire Billy n’a peut-être pas compris, lui non plus. 

Il l’observe avec un sourire intrigué et par monosyllabes cherche à savoir si c’est ami ou ennemi. Sans compter qu'il le connait peut-être? Il conclut qu’il était opportun de trinquer.

Je suis allée chercher du rhum et du coca pour me faire un cuba libre. Louise eut l’air horrifié et se versa de l’eau d’une carafe. Le couchant tombait sur Billy et Alias qui ne se disaient rien. ça rougeoyait avec insistance.

- Il n’est pas taillé pour l’ouest, celui-là fait Louise. 

- Qu’en savez-vous, ma chère, vous avez dit que c’était votre premier… 

Billy est à nouveau en galante compagnie avec une mexicaine dans une chambre d’hôtel minuscule qui contient tout juste un lit et une armoire. Champ de bataille. En bas, la bande du vieux chérif attend. 

-Billy est un homme libre renchérit Louise, il a choisi sa vie. 

- C’est idiot, personne ne choisit sa vie : autrefois les indiens étaient pourchassés, ensuite certains blancs se sont sentis coupables. Ceux qui l’éprouvèrent le plus voulurent se faire tuer pour éprouver la même chose que les indiens et laver dans le sang la faute de leurs ancêtres en versant le leur. Ce n’est pas un choix. Mais plutôt un destin. Et il n’en sait rien. 

J’étais seule à causer ; ils sont déjà tous montés...

 

"There was nothing at the edge of the river

But dry grass and cotton candy

"Alias, Isaid to him. 'Alias,

Sombody there make us want to drink the river

Sombody want to thirst us"

"Kid, he said, " no river

Wants to trap men. There ain't no malice in it. Try

To understand."

We stood there, by that little river and Alias took off his shirt

and I took off my shirt

I was never real. Alias was never real.

Or that big cotton tree or the ground.

Or the little river;"

 

Jack Spicer "Billy The Kid" III , 1975.

 

 

 

 

 

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Mercredi 16 juillet 2008 3 16 /07 /2008 13:19
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par domiwind

1993:
Dans «  L’Age du rock » un documentaire illustré paru chez Gallimard (Découvertes), que j’ai acheté pour me remettre à niveau, je lis l’extrait d’un article paru dans Libé en 1990, à propos de Dylan.  

L’article est signé « Daniel Dobbels » on en donne des extraits :

 

 « Il faudrait quand on pense à Bob Dylan se rappeler ceci (…) :

 

« Oui je suis un voleur de pensées, non pas , je vous prie, un preneur d’âmes…ce n’est pas mon affaire, m’asseoir et méditer à perte et contemplation de temps pour penser des pensées qui ne furent pas du pensé, pour penser des rêves qui ne furent pas rêvés… »

Qui a écrit cela ? je ne le sais toujours pas…

 et ne plus chercher à instruire une sorte de faux recours en grâce où l’image fixe d’un homme se ranimerait au gré d’un souffle ou d’une vague déjà morts.

Dylan est ce voleur de pensées, toujours dans les parages et n’occupant un lieu, avant-scène ou studio, qu’accidentellement, jalousement, juste pour s’entendre sur un point, un seul, et qui, lui, doit être clair : «  Tu te perds toi-même, tu réapparais, tu découvres soudain qu’il n’y a rien à craindre seul debout avec personne autour quand une voix lointaine, tremblante, indistincte, tressaille et t’éveille et te force à écouter… » (It’s Alright Ma)

Ce point là, c’est ce tressaillement, une voix indistincte, qui ne se laisse entendre qu’à ce moment incontrôlable d’une réapparition, réelle comme un rêve et dont sa voix, sa propre voix, doit enregistrer, traduire et produire l’écho. Dylan sait que lorsqu’il chante il est déjà pris entre deux feux qui ne brûlent pas les mêmes matières, les mêmes sens et les mêmes raisons. Il n’a rien à espérer de leurs lumières. Ou elles frappent trop fort, ou elles le noircissent.

 

Sa seule tâche, son unique travail, c’est de faire que cette voix tremblante (qui n’est pas la sienne) ne disparaisse absolument ni ne devienne l’inquiétante intimité de son chant. Il y a toujours dans uns chanson de Dylan interprétée par lui, le double mouvement d’une invocation et d’une révocation.

 

Que cette voix distante soit faible ou forte, rien ne justifiera jamais qu’il lui laisse toute mesure. L’une de ses chansons les plus énigmatiques le répète à l’envi : «  I’m going, I’m going, I’m gone ». Et pourtant au moment même où le texte creuse une séparation irréparable, la voix maintient en elle une présence sans lendemain, sans fuite possible, lancinante. C’est ça qui rend – et uniquement en ce sens- la voix de Dylan inimitable : cette double injonction, ces deux lignes si profondément antagonistes qu’elle ne peuvent au mieux qu’endurer (…) leur malentendu. »

 
  Comme  c’est bien écrit me suis-je dit,  enfin la vérité sur Dylan !

  Ça nous fait un Dylan hégélien pensai-je.  Rien de moins !

A vrai dire ce texte  ressemblait  à ce que j’avais déjà pensé mais en beaucoup mieux. Et je l’ai recopié de ma main car je n’avais pas d’ordinateur et j’étais mauvaise en dactylo. Du coup, je réécoute les chansons citées et je me procure Going going gone, qui figure sur un album qui ne me disait rien qui vaille.

De temps à autre j’écoute un peu de Dylan, mais je ne vais plus aux nouvelles. Daniel Dobbels a eu le dernier mot.

 

Mais voilà, on dit que Dylan est presque mort ; on entend ça un matin de mai, à la fin des années 90, en 1997 à la radio.

Le soleil brille désespérément.

 Je me dis tiens, il vit donc encore ? J’achète Libé le soir : rien. Le lendemain et encore : toujours rien. Après tout me dis-je, il est peut-être tombé dans l’oubli. Sauf pour cette chaîne de radio,  que je cherche en vain. En septembre, au JT, on aperçoit Dylan, tout de blanc vêtu, à côté du pape quelque part dans une cérémonie. Le pape a l’air surpris, on le serait à moins. Un album est sorti «  Times going wrong » des chansons du folklore : assez agréables.

 

Lorsque François Bon préparait son livre sur Dylan, j’ai pensé «  quel dommage que ce ne soit pas Daniel Dobbels qui l’écrive, ce bouquin ! » car le texte de l’article que j’ai recopié plus haut me parle davantage, même si je ne saurais pas l’expliquer (je n’ai jamais eu autre chose que ce fragment).

 

Quant à cette chanson «  I’m not there », dont il parle, c’est à présent le titre d’un film. J’ai vu des extraits de Cate Blanchett interprétant dylan ; C’est elle le clou du spectacle. Les postures dylaniennes ont été minutieusement reproduites et la comédienne (que j’avais vue pour la dernière fois dans un film d’intérêt moyen « Chronique d’un scandale »), fait un travail de mime qui paraît réussi. Une femme pour jouer le Dylan de Blonde On Blonde, voilà qui fait monter la mayonnaise du fantasme.

Il me plaît de penser que cet androgyne là était en 1966, marié de fraîche date et venait d’être père…

 

Jamais, peut-être, n’en aurais-je fini avec dylan ! C’est pour moi, un peu  comme l’Italie pour Stendhal ou la madeleine pour Proust.

Je ne pense pas pouvoir me faire comprendre ; aussi cet article restera t’il « caché », encore que publié,  antidaté.

LF, 8 février 2008.

D.

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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /2008 00:44
- Communauté : blog culture - Par Dominique Poursin
Les années 80 se terminent : à l’école que fréquentent mes enfants, un petit garçon s’appelle Dylan. Je demande à sa mère si c’est à cause du chanteur qu’elle l’a ainsi nommé.
« Quel chanteur ? » me répond-elle avec stupéfaction.
Je me sens intimidée. Alors lui dis-je, à voix basse, vous avez pensé à Dylan Stark le valeureux soldat sang mêlé pendant la guerre de Sécession, héros que l’infatigable Pierre Pelot reconduit vaillamment sur plusieurs romans historiques ?
Non, celui-là elle ne le connaît pas non plus. Elle m’explique quelque chose à propos d’une bande dessinée...

C’est une époque troublée. Mon fils aîné veut absolument un blouson de 600 fr qu’on ne peut pas payer et sans lequel il ne lui est manifestement plus possible de vivre. Il porte des tee-shirts noirs avec pour décor de sinistres individus qui boivent dans des crânes, ou des signes obscurs. On croit y reconnaître la croix gammée. Il ne porte pas l’uniforme spécifique « hard rock » peut-être le souhaite t’il ? mais un foulard gris sombre semé de têtes de mort. Je l’ai gardé pour m’en couvrir la tête à l’occasion d’une manifestation contre le port du voile islamique. La circonstance a manqué.
Le son qui envahit le premier étage est signé Metallica, Anthrax, Scorpions, les Kinks et Judas Priest (ces derniers ont sans doute pris leur nom dans une chanson de Dylan mais la musique n’a rien de commun). Ceux-là nous paraissent très agressifs mais d’une façon primaire.
Moi je continue à écouter Dylan dans mon coin. Chaque membre de la famille est pourvu d’un walkman, bientôt les lecteurs de CD arrivent.
Un scribouillard excité, dans Télérama, me convainc de me procurer les Bootlegs et c’était un bon legs en effet pour ce qui est du premier disque. Assez de bonnes chansons pour faire un disque de « protest-songs » supplémentaires tout aussi bonnes que les premières. Cela nous ramenait aux débuts. Le même journaliste réussit à me faire acheter dans la foulée Oh Mercy, malgré le titre qui ne me disait rien de bon. Et j’ai regretté cet autre achat.
Tout au plus dans ce « Oh Mercy » me suis-je fait la réflexion à propos d’ « Everything is broken » où le chanteur répète « broken » avec insistance en énumérant une somme considérables de choses qui auraient subi ce dommage, que c’était la voix de Dylan qui était « broken » ; elle l’était de fait et pour la première fois je l’entendais ainsi. L’homme avec qui il avait travaillé pour ce disque avait œuvré pour que cette broken voice soit entourée d’un son et d’une atmosphère qui, sans vraiment masquer la défectuosité, la rendent plausible. Le résultat c’est que le chanteur avait l’air d’enregistrer à cent pieds sous terre dans un caveau avec une voix d’outre-tombe. Lui donner l’esthétique d’une sorte de fantôme, c’était sûrement le pari de Daniel Lanois ( dont Dylan parle beaucoup). Et ce n’était pas une mauvaise idée. Daniel Lanois avait sûrement ressenti le côté unheimlich. Sauf que Dylan gâche l’entreprise parce que ses textes puent la bondieuserie et la morale à bon marché. Et ce sera presque toujours comme cela à l’avenir, quoique les journalistes ou certains fans aveuglés aient pu prétendre.
 
« Good as I Been To You » un album de chansons folkloriques avec juste la guitare. Ce n’est pas mal, sauf que Dylan a perdu sa voix, qui était déjà bien fragile. Il y a des gens que ça émeut, moi pas.
La toute dernière, la comptine « Frog Went-A-Courting » m’enchante. Je me dis aussi que la dernière phrase « If you want any more, then sing it yourself » est le chant du cygne.
 
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Mardi 26 septembre 2006 2 26 /09 /2006 00:20
- Par domiwind

 

  Je ne pouvais cependant m‘empêcher de lire tout ce qui traînait sur Dylan. On en disait beaucoup de mal. Ou des anecdotes. Dylan aurait eu cinq enfants et « on « aurait fait disparaître le cinquième. Il ne s’occupait pas de sa progéniture. (On pense à Rousseau)

Il écrivait ses textes à la machine sur du papier-cul.

Comme le disait Jacques à son Maître « tout est écrit sur le Grand Rouleau ».

On dit des trucs de plus en plus désolants : voilà que Dylan s’est converti au christianisme et qu’il a vu Dieu. Il ne chante plus que du gospel. Le personnage devient de plus en plus conformiste. Je n’ai surtout pas envie d’entendre ces chansons –là : d’ailleurs, je me suis lassée d’écouter les émissions de « jeunes » telles que « Campus » sur Europe 1. Maintenant je préfère France culture, et, à cette époque là, je ne risque pas d’ y entendre Dylan.

On ne veut plus rien en savoir, mais c’est plus fort que nous…

La biographie de Robert Shelton me vient entre les mains, ( No Direction Home : 1985) traduite en partie par Jacques Vassal spécialiste du folk song. Rien de pire que cet ouvrage pour vous dégoûter de Dylan. RS voulant paraître intello fait des tonnes de citations d’auteurs divers en y mêlant des phrases ou des bribes de chansons de Dylan. Puis il le compare à diverses divinités : Orphée tout d’abord, puis Pan parce que sa petite amie de collège s’appelait Echo. L’infortunée nymphe eut aussi à en découdre avec Narcisse. Mais Robert Shelton ne retient pas Narcisse. Voilà qui étonne !

« I can’t see my reflection in the water

I can’t a word to show no pain

I can’t hear the echo of my footsteps

Or remember the sound of my own name”

 

(Tomorrow Is A Long Time( 1963)
Vous pouvez entendre cette chanson  en activant  le compteur Deezer dans la marge de gauche.

Adepte des interprétations sauvages, Robert Shelton tient pour sûre que dans Like A Rolling Stone, c’est de sa mère que Dylan veut parler, laquelle a nom Béatrice Stone. Et, ajoute Shelton, elle a roulé (en voiture) dès l’âge de seize ans.
Après son mariage, (1934) il lui fallut sept ans pour accoucher de notre héros.

 ça ne m'étonne pas !

Sur le Net (depuis un ou deux ans ?) on trouve l’intégralité des interviews effectuées par Shelton auprès des parents de Dylan en 1968.
C’est long et ennuyeux ; quand on aime, décidément on ne recule devant rien car je les ailues ( élu?) toout de même...  on croit saisir que ces braves gens, les Zimmermann, des provinciaux sans histoire, n’ont rien compris de ce qui arrivait, et tentent à la sauvette de faire coller le passé de leur fils (ce dont ils se souviennent) avec cette soudaine célébrité.

Les éléments biographiques continuent de m’ennuyer sans que je puisse éviter de lire n’importe quoi sur Dylan.

La relation que Shelton entretient avec Dylan, faite tantôt de dévotion naïve tantôt d’une sorte de paternalisme, irrite, de sorte qu’on survole l’ouvrage, et l’on ne retient pas toutes les informations, assez nombreuses soit qu’on hésite à les croire soit qu’on n’aime pas la manière dont elle sont présentées.

J’ai juste retenu l’existence de disques tels que « Blood on the tracks » ( aussi bon que ceux des années 60) et « Desire »dans une moindre mesure. Dans ces deux derniers, j’ai surtout aimé les chansons narratives « « Lily Rosemary and the Jack of the Hearts » et « Black Diamond Bay ». Cette dernière chanson est une histoire loufoque, pince sans rire, de gens qui viennent chercher fortune sur une île perdent tout au jeu, l’un d’eux se pend (des pendaisons il y en a beaucoup dans ses chansons, peut-être est-ce simplement une constante du répertoire folklorique) juste avant que l’île n’explose, n’a guère attiré l’attention des critiques. Non plus que « Going Going Gone » étrange petite pièce que j’ai trouvé dans un autre enregistrement ( je n'en ai pas la date) le chanteur n’y fait que dire qu’il s’en va, qu’il est déjà parti avec une voix singulière ( comme toujours) presque désincarnée et d’une forte présence.

Forte présence pour dire l'absence.

 

 

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Jeudi 24 août 2006 4 24 /08 /2006 22:00
- Par domiwind

1969 (suite)

Au lycée je ne parlais pas de mon entreprise, n’ayant trouvé personne qui s’intéressât à Dylan comme il convenait. Si j’avais dit que je le trouvais émouvant avec le nez de travers, le visage long, cette manière de faire la gueule sur les pochettes de disques à compter du troisième LP ( on disait « LP », par snobisme même les plus sobres s’y sont risqués au moins une fois) mais avec un rendu si naturel, les tempes très serrées comme si on l’avait sorti aux forceps… et d’autres bizarreries de ce genre , c’est moi que l’on aurait regardée de travers. Où peut-être aurait-on voulu communier dans le même esprit et ç’eut été pire.

 

Les autres filles écoutaient de « la musique pop » en privilégiant les nouveautés ; je ne parvins jamais à m’y intéresser. Même les autres folk singer, dont Dylan s’étaient un temps inspirés ne me convenaient pas le temps d’un disque : ils ne savaient ni éviter la rengaine, ni jouer de la monotonie, et n’avaient guère d’intensité dramatique.

Je n’ai pas de goût pour le « rock » ; pour moi c’est juste un procédé qui peut se révéler utile pour faire de bonnes chansons. Le folk ne signifie rien de plus. Ni l’un ni l’autre ne sont pour moi des valeurs. Il est vrai que le folk se chante au coin du feu ou autour d’un feu de bois ( même s’il manque ce feu de bois, on ne peut que l’imaginer) et ça peut être sympathique ou horripilant. Horripilant si on le revendique comme une idéologie ; ce que fait Joan Baez par exemple. Dans le DVD de Scorsese, Joan Baez apparaît dans un décor « feu de bois ». Les folk singer sont pavés de bonnes intentions comme l’enfer.

Le rock , ça se joue en concert, ça ne se chante pas vraiment, ça se danse, ça se hurle, ça rassemble des grandes foules ( et le folk des petites), ça peut être excitant. Le feu y existe aussi pour détruire et s’autodétruire. Incendie, électrocution…les rockers se prennent volontiers pour Prométhée.

 

Mais ça favorise l’instinct grégaire. Le folk aussi. Il est dangereux de les prendre au sérieux.

Dylan n’a pas une voix taillée dans le rock. Sur l’album « Bringing It All Back Home » la seule chanson de rock réussie c’est « Subterreanean Homesick Blues » parce que c’est un blues comme son titre l’indique. « Stuck Inside Of Mobile… »( sur B.O.B) est aussi très bonne pour la même raison : c’est le blues qui en est le fondement. D’autres chansons qui ont reçu un traitement rock sont catastrophiques à mes yeux ( « One two many morning » sur « Live 66 »).

Le blues c’est autre chose ; le blues a une histoire, c’est celle d’un peuple déraciné et persécuté ; d’autres qui sont dans le même cas peuvent s’y reconnaître et aussi des individus solitaires. A l’origine ce n’est pas une musique commerciale. Dylan est un chanteur de blues ; et aussi un chanteur de ballades. Les ballades ont souvent pour origine l’amour courtois ; Dylan en récupère les codes à sa manière ( « Sad-eyed lady… » ; « Tomorrow is a long time »…) On dit qu’il a inventé l’anti-chanson d’amour ; non, bien sûr ! la plupart des chansons d’amour courtois sont extrêmement discourtoises…)

Un mois plus tard, à peine venais-je de découvrir Dylan jusque dans ses textes, il fallait déjà l’enterrer. Ce fut ce concert de l’île de Wight, ainsi que le disque « Nashville Skyline » dont parlèrent certains magazines, que je feuilletais à l’époque (Rock and Folk, Actuel Nova Press…). Dylan y apparaissait dans un nouveau déguisement insolite vêtu d’un complet blanc, pourvu d’une barbiche et les traits figés, prêt à intégrer un cercueil. Les commentaires lus dans ces revues, ainsi que le contenu du nouveau disque ne laissaient pas de doute : le chanteur ne pouvait ou ne voulait plus s’adresser à la fraction cultivée de son public, et se contenterait désormais d’être un artiste de variétés sans prétention. Ce message tout à fait clair et qui se révéla juste à quelques albums près, tomba dans beaucoup d’oreilles sourdes et malentendantes ; plus de trente ans se sont écoulés et l’on peut toujours lire à intervalles réguliers dans des magazines éclairés et des revues fort sérieuses, des commentaires dithyrambiques à propos du dernier « Dylan ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /2006 23:08
- Par domiwind

 

C’est quelques temps auparavant (à Minneapolis, où il ne réussissait pas à chanter dans les »bons » clubs ni à se faire des relations utiles) que Bob avait trouvé un recueil de poésies de Dylan Thomas ; le prénom lui plaît pour ses sonorités et sa graphie et il songe à utiliser Allen (son deuxième prénom) pour se faire un nouveau nom :

« Dès que j’aurais quitté la maison, j’allais me faire appeler Robert Allen. C’était bien moi après tout mes parents me les avaient donnés ces prénoms… je me doutais que Dylan avait dû un jour être Dillon, que l’intéressé avait lui aussi changé l’orthographe de son nom... »

Dylan Thomas s’est toujours appelé ainsi. Originaire du Pays de Galles, il porte le nom de Dylan, personnage de la mythologie celte : celui-là est né de la déesse Arianrod et de son frère le druide Gwyddyon, nous dit Jean Markkale dans son étude « Les Celtes et la civilisation celtique » publié chez Payot. Dans le mabinogi de Math (récit médiéval d’un chef de guerre celte), ce guerrier veut s’approprier Arianrod « Il la fait sauter par-dessus sa baguette magique … elle donne alors naissance à deux enfants . L’un se précipite vers la mer et sera appelé Dylan Eil Ton (Fils de la Vague) ou Dylan Ei Mor (Fils de la Mer) ce qui constitue un jeu de mots entre Mordr, la mère, et Mor, la mer, ce qui veut dire que Dylan entreprend immédiatement le regressum at uterum. Il est mort-né. »

Les sonorités et la graphie, c’est important, mais la signification aussi. Bien des chansons de Dylan tournent autour de ce « regressum at uterum » ; de la mort aussi ; mais c’est une source d’inspiration fréquente ; aussi n’a-t-on pas trouvé cela particulier. Quant aux chansons qui se réfèrent au déluge, elles sont légion. Souvent les chansons de Dylan sont d’ailleurs un « flooding » un déluge verbal (cette tendance lui est restée).

 

 

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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /2006 23:05
- Par domiwind
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