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Films anglais


Mike Leigh a tourné vingt six films : j'ai vu déjà Secrets et mensonges. J'en ai peu de souvenirs. Pourtant, il m'avait intéressée.

On appelle familièrement Mike Leigh «  The Kitchen and Sink film maker ». L'utilisation de procédés documentaires pour servir la fiction est ici la règle. Et pur lui, cela signifie Montrer des objets et des situations usuels. Faire entendre des dialogues peu ou pas écrits à l'avance par des comédiens qui ne principe ne se connaissent pas avant de répéter. Utiliser DES couleurs passe-partout, souvent monochromes ( ici c'est la cas). Donner l'impression que les gens sont laids et mal bâtis (partant du principe qu'on les magnifie toujours au cinéma...)

Enfin montrer les classes laborieuses, leurs vies.



A la fin de l'année 1950, Vera Drake (ce patronyme signifie dragon, c'est voulu, ou c'était le vrai nom de cette femme qui a réellement existé ?) est ouvrière. Elle travaille à fabriquer des ampoules électriques. C'est aussi une femme généreuse qui visite sa vieille mère grabataire,  toutes les personnes en détresse qu'elle connaît, et fait en complément des ménages dans une maison bourgeoise où l'atmosphère est froide, glaciale,  aseptisée, avant de rentrer chez elle dans son petit logis chaleureux, aux teints marron (rouge brun avec une lumière naturelle et intimiste). Son mari est garagiste ils ont deux enfants adultes.  Sa fille Ethel est quelque peu handicapée mentale. On lui a trouvé un prétendant un peu lent d'esprit lui aussi, et ils hésitent à se faire des déclarations d'amour. Voyant ces tourtereaux défavorisés et le manège empressé de Vera pour retenir le prétendant, mon conjoint me souffle «  tiens ! On dirait ta mère, elle veut marier sa fille, elle aussi ! ». J'ai adoré la comparaison.


Ethel est difficile à caser et ne peut travailler.

Nous avons là une accumulation de clichés sur la classe ouvrière qui peuvent gêner...


Vera Drake a connaissance par son amie Lily de jeunes filles dans le pétrin, et passe régulièrement chez elle pour les aider à avorter. Toujours les mêmes paroles, toujours les mêmes gestes. Elle n'utilise que du matériel sobre et réputé peu efficace : eau savonneuse, poire à lavement... ni sonde, ni aiguille à crocheter. Elle ne revient jamais voir les jeunes filles qu'elle a ainsi « purgées ». Elle ignore si ses interventions ont réussi, je pense que non la plupart de temps, mais elle n'en sait rien. Si Vera tente d'aider ces jeunes filles, c'est que sa mère elle-même aurait bien préféré ne pas l'avoir. Et que, peut-être elle-même s'est aussi fait avorter.  La loi, on le sait interdit ces pratiques, qui ne seront permises en Grande Bretagne qu'en 1967.  En parallèle, nous voyons une jeune fille de la maison bourgeoise où elle travaille être enceinte, et se faire délivrer un certificat de permis d'avorter par un médecin psychiatre grassement payé pour la déclarer psychiquement mal en point.

Un jour une des « patientes » de Vera se retrouve à l'hôpital avec une sérieuse infection. Vera est appréhendée car la jeune fille a été son contact le plus marquant. Son amie Lily , qui se fait payer pour l'envoyer  faire ce travail ( ce que Vera ignore), restera impunie.


Vera est unanimement réprouvée par sa famille, et surtout par son fils aîné, mais le futur beau-fils soi-disant demeuré prendra sa défense. «  Heureux les simples d'esprit ? » faut-il entendre ?

En prison Vera retrouve d'autres avorteuses. Elle ne reconnaît pas si facilement avoir transgressé la loi. Elle persiste à dire, voire à penser qu'elle ne faisait qu' »aider ».

 Malgré les clichés qui m'agacent je vois une dénonciation de l'hypocrisie, du  moralisme prêché par ceux qui veulent profiter de la situation et c'est toujours une bonne chose...


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Vendredi 6 février 2009 5 06 /02 /2009 11:30
- Communauté : blog culture - Par Dominique Poursin

1- Merlin la donne à Uter Pandragon afin qu'il pénètre dans le château de roiet prenne son apparence pour être accepté dans la couche d'Ygraine, sa femme qu'il convoite. Morgane, la fillette dYgraine assiste à l'étreinte.

2- Après la femme, Uter prend le château, le pouvoir... et les reperd ainsi que l'épée.

3- Merlin vient réclamer son dû : Arthur, fruit de l'union qu'il a permise, et qui doit fonder un royaume. Bien éduqué,devenu adolescent, il s'empare de l'épée fichée dans le roc.

4- Arthur est roi. Mais l'épée se brise lors de la première rencontre musclée avec Lancelot d'où Arthur reconnaît en Lancelot l'ami et l'ennemi. Ils font alliance.

5- la Dame du Lac redonne une épée intacte à Arthur.

6- Lancelot se blesse avec l'épée qui devient l'épée de la Mémoire; et l tombe amoureux de la reine.

7- Lancelot et Guenièvre s'éloignent du château pour consommer leur union. Arthur place l'épée entre eux ( épisode emprunté à «Tristan?») et quitte le royaume.
Chroniqueur de l'aventure, Merlin annonce« le temps du dieu unique».

8- Arthur retrouve l'épée près de Guenièvre retirée au couvent et la reprend.

9- Arthur se débarrasse de Mordred le fils incestueux qu'il a eu avec Morgane; grâce à son épée.

10- Mordred mort, Merlin se débarrasse de Morgane qu'il avait rendue magicienne. Répète sa morale « Le temps des enchanteurs est révolu, voici le dieu unique...»
Rend l'âme pour donner du poids à sa proposition.

11- Arthur retrouve Lancelot mourant sur le champ de bataille et l'assure de son amitié avant de maudire l'épée qui n'a pu sauver ce chevalier. L'épée est à présent faillible.

12- Arthur meurt à son tour, confirmant que l'épée est désormais sans valeur. Le petit valet la ramasse, et va la jeter dans le lac, comme Arthur le lui a fait promettre.

Dans le monde qui va naître, on se passera de l'épée magique.

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Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /2008 10:06
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

Klein-photo-Mr--Klein-1976-6.jpg En ouverture, nous assistons à une visite médicale : on examine une femme, dévêtue, suspectée d’être juive ; un prétendu médecin énumère les « particularités de son anatomie » à une religieuse qui prend des notes. Les particularités relevées sont d’une  cruelle précision ( mesure de l’espace aéro-nasal, du front, remarque sur la courbure des lèvres, mimique, faciès…). Le cas est jugé douteux. Dans l’escalier vers la sortie, la femme, mal à l’aise, rejoint son époux qui a subi le même sort. Ils s’interrogent avec anxiété «  comment ça s’est passé ? »

 
-Bien
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Nous voilà chez monsieur Klein (Alain Delon), marchand d’art, d’abord dans sa chambre à coucher cossue, une fille mi-nue sur le lit. Pétain cause à la radio. Nous sommes le 16 janvier 1942. En robe de chambre, Robert Klein, vêtu d’une robe de chambre luxueuse à grandes rayures longitudinales ,  prépare une transaction avec un client  hollandais ( Jean Bouise, excellent comédien) qui lui cède pour 300 francs un Van Ostade «  Portrait d’un gentilhomme ». Klein regrette ironiquement de l’acquérir à un prix tellement dérisoire, l’autre le reprend avec colère et dignité «  Alors ne l’achetez pas ! »

 
Mais l’homme n’a pas le choix…
 
 
 

Au moment où il franchit le seuil, Klein aperçoit «  Informations juives » qui émerge de dessous le tapis de porte. Le client hollandais sort de sa poche le même périodique.

 

 Robert se  rend compte que le journal était adressé à un autre Robert Klein, dont l’adresse a été biffée et remplacée par la sienne.

 

Klein se rend au local d’ »Informations juives » reporter le périodique  et demander qu’on le raye de la liste. Le directeur des affaires de la communauté juive ne peut rien pour lui,  il a dû remettre le fichier des abonnés à la Préfecture.

 

A la Préfecture, Klein explique encore une fois  son cas au commissaire général aux «  questions juives », qui note son nom et va s’occuper de son affaire…

 

Klein est rassuré, nous pas. A sa place on n’aurait pas alerté les autorités.

 

 Il pense que les juifs sont surveillés, en vertu d’une certaine logique, qu’être juif dans ce contexte, c’est répondre à certaines caractéristiques  et que lui, Klein est non juif.

 

 Il se lance dans une enquête personnelle, qui le mène à l’adresse de l’autre Klein,

 

quitte la rue du Bac où il vit pour visiter l’appart dans le modeste quartier des Abbesses. La logeuse a peur, elle ne sait rien de Robert Klein  qui a fui, ou se dissimule,  et craint que celui là ne soit envoyé par la police. Robert fouille le studio de son homonyme, repart avec une pellicule photo qu’il fait développer : Sur le cliché brouillé émerge la silhouette de l’ancien locataire avec un gros chien. Il ne ressemble à personne que connaisse Klein.

 

A une soirée, Klein s’entretient avec son ami avocat, Pierre,  (Michel Lonsdale) et sa femme, qui est sa maîtresse en titre : elle lui reproche d’avoir une sous-maîtresse et de ne pas le cacher.

 

Pendant la fête, deux policiers viennent parler à Klein  provoquant les soupçons de ses amis.

 

Klein reçoit une lettre d’une certaine Florence, qui lui dit de la rejoindre à Ivry la Bataille ( petite localité près d’Evreux, Normandie).

 

Il se doute que ce message concerne l’autre Robert Klein, et, piqué de curiosité, autant que désireux d’éclaircir cette affaire «  pour son bien », il répond encore présent à ce nouvel appel.

 

Vers minuit, il fait les cent pas, dans la sinistre petite gare d’Ivry. Un taxi l’attend, le voilà dans une somptueuse propriété, où se donne une fête plus aristocratique que celles qu’il connaît.

 

Florence (Jeanne Moreau) l’avise que son message visait l’autre Robert.

 

Robert 1 passe la nuit  dans une chambre, les relations entre Florence et lui sont tendues.

 

Robert 1 est vexé que  son homonyme juif  ait une maîtresse plus intéressante que les siennes…

 

Florence fait un portrait flatteur de  l’autre Robert Klein : intellectuel, philosophe, scientifique …avec une conscience et des activités politiques. Robert 1 est dépourvu de ces qualités. Désormais, L’autre Robert est en quelque sorte son double et son concurrent.

 

Peu après les faits, la compagnie qui vivait clandestinement à Ivry, a disparu «  pour le Mexique et revendu la propriété »…

 

Ont-ils fui ? ont-ils été arrêtés ?

 

A force de répondre présent à tous les appels  concernant  Robert Klein 2, Robert 1 est réellement suspecté de judéité. On lui ordonne de produire les certificats de naissance de ses grands parents paternels, et, il apprend que sa famille a une branche hollandaise dont elle ne sait rien.

 

Il tente de se divertir avec sa première maîtresse dans une brasserie où l’on donne un spectacle de pantomime : une femme vêtue de noir (la mort) voilée chante une mélopée devant une danseuse blonde et fardée en tutu rose. La femme en noir enlève son voile, elle ressemble à un Pierrot et aussi à un homme… apparaît un Gnafron qui représente le juif, en lequel Robert croit voir son client hollandais déguisé… Il se promène avec une pancarte ; la caméra s’attarde sur l’assemblée, coiffures et chapeaux extravagants, agapes, tout le monde se goinfre. Toute une population s’affiche, obscène, en pleine guerre  dans les lieux de plaisir.

 

Dans la salle, un serveur dit qu’on demande Klein au téléphone. Comme à l’ordinaire, Klein  se rue sur l’appareil au lieu de faire le mort.

 

Plus tard dans la nuit, il retourne rue des Abbesses, le téléphone sonne : c’est « Isabelle » qui a vu de la lumière et appelle de la rue en face. Klein raccroche. Il enquête désormais sur cette femme qui se trouve avoir de multiples identités ; elle se cache, de même que l’autre Robert, que Klein  voudrait surprendre dans  son studio la nuit

 

Un chien commence à suivre  Robert comme son maître. Il croit reconnaître le berger allemand de la photo floue.

 

Robert rentre chez lui, des voilures, se remplissent de policiers et filent à toute allure comme pour une chasse à l’homme. L’atmosphère est de plus en plus angoissante. La police est chez Robert et fouille. Robert proteste de son innocence, il ne s’est caché de rien ni de personne

 

«  Ce ne serait pas la première fois que l’on se montre pour mieux se cacher ».

 
 
 

Klein est saisi de folie. Pierre procure à Robert de faux papiers pour fuir. Ils s’arrangent pour la vente de son appartement. Dans le train il a pour voisine la femme  aux identités multiples …. Il se rend compte que Robert Klein 2  l’a accompagnée à la gare et qu’il l’a croisé sans le savoir. L’urgence d’une rencontre avec ce double rival dont la vie parallèle intervient dans la sienne, se fait sentir. Klein revient chez lui et appelle rue des Abbesses. Les deux Klein se donnent enfin rendez-vous sans intermédiaire…

 

Pierre, l’ami avocat  l’informe qu’il a fait arrêter  Robert Klein 2 avant que la rencontre n’ait lieu.

 

 Le lendemain Klein 1 est « arrêté » lui-même à l’occasion de  la rafle du Vel d’hiv  le 16 juillet 1942, du moins est-il « pris » dans le mouvement. Va t’il enfin rencontrer Klein2 ? Dans la foule, il reconnaît le client hollandais,  qui l’observe un instant… ou peut-être ne reconnaît-il personne ? En tout cas le spectateur les voit réunis comme ils le furent lors de la vente du tableau…

 

C’est un très grand film, une réussite sur tous les tableaux. Traitement subtil du thème du double, dénonciation crue et efficace du racisme, de ceux qui s’enrichissent frauduleusement pendant la guerre, dynamisme du film noir, excellence du suspense, monstration de la culpabilité inconsciente  du grand bourgeois contraint malgré lui de devenir Klein, et de le payer cher.

 
Sur une note comme celle-là le blog peut s’achever.  
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Samedi 1 mars 2008 6 01 /03 /2008 18:50
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin
Le-Messager.jpg Le film a été réalisé d’après le roman de Leslie-Pole Hartley.
 

Dans un train roulant à vivre allure, un vieux monsieur célibataire chuchote des bribes de mots à une dame encore plus âgée. Maria veut que Léo parle à son petit-fils d’événements anciens, dans lesquels Léo a joué un rôle important et qui pourraient renseigner ce jeune homme sur sa filiation.

 

Il y a cinquante ans Léo Colston est un garçonnet qui vit seul avec sa mère. Leurs revenus sont modestes. Néanmoins il fréquente une public school, son intégration y est fragile, toutefois Marcus Maudsley, l’un de ses camarades l’invite quelques jours dans la propriété familiale à la campagne.

Léo n’est fier que d’une chose qu’il répète avec anxiété : «  il est un Lion (Léo) et va avoir treize ans le 27juillet ». Il croit aussi à la magie et sait faire des « tours » pour amuser l’assistance. La chaleur, une fois n’est pas coutume, déferle sur l’Angleterre en juillet 1900. Léo ne possède pas de vêtements légers. Marian (Julie Christie), la sœur aînée de David, titille sa virilité naissante. Il tente de gauches manœuvres de séduction à son égard, près de la rivière. Mais, aussitôt apparaît un nageur musclé : le fermier  Ted Burgess qui, au passage, éclabousse tout le monde. Plus tard, Léo se distingue dans un matche de criquet et réussit à se faire rhabiller. Maria lui achète un costume d’été …vert. Ce vert, « green » est un sujet de plaisanterie et de jeux de mots à l’encontre de Léo.

Marian s’intéresse à Burgess, c’est une évidence pour le gamin. Il rôde aux alentours de la ferme.

David attrape la scarlatine et doit garder la chambre. Plus seul que jamais, Léo erre dans la propriété sans la protection  de son alter ego.  Sur une demande de Ted, il accepte de jouer le facteur qui fait circuler les lettres entre Marian et Burgess. La poursuite de cette relation qui doit rester secrète, dépend de lui. Marian est fiancée à  Hugh Trimingham, un jeune noble qui pérore abondamment. Léo ne saisit pas le sens de ses discours, mais  commence à se sentir coupable, tente de se soustraire à son rôle.

C’est trop tard : Marian le menace, et Burgess aussi. Léo tente de tirer sa petite épingle du jeu ; il va trouver Burgess chez lui, avec la lettre du jour, le trouve en train de manier un revolver… Léo admire l’arme (dont suppose t’on, il aimerait se servir à l’encontre de l’homme), essaie de parler à Burgess, de lui faire expliquer ce que sont les relations sexuelles. Le fermier ne sait quoi dire, rabroue l’enfant, le chasse.

David est sorti de sa chambre, et maintenant Léo le trouve embarrassant, la difficulté à remettre les messages devient grande. Le 27 juillet, pour l’anniversaire de Léo, on prévoie de lui offrir un vélo. Mais c’est aussi ce jour là que Marian est en retars pour le dîner, qu’un orage survient, que la mère de Maria surprend les deux amants en flagrant délit dans la grange de Burgess. Lequel se suicide effectivement, tandis que Marian enceinte, épouse Trimingham.

  

 A travers l’évocation du passé, Marian et Léo devenus vieux, surgissent plusieurs fois avec la nouvelle sollicitation de Marian à son égard. Mais Léo ne s’est pas remis des aventures de l’été cinquante ans plus tôt.

Il est resté célibataire, seul, et semble t’il fixé à une attitude de petit garçon, complice d’un couple. Il refuse de parler au petit fils de Marian, de servir à nouveau d’intermédiaire. 

 

Le gamin qu’interprète Léo, Dominic Guard, a une expression inoubliable, l’air traqué, gêné, effrayé, avec son petit sourire d’excuse.

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Jeudi 28 février 2008 4 28 /02 /2008 23:00
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

 J'ai  copié ceci sur le site de l'unef , à l'occasion de la projection du film en avant-première:

 Notes de Ken Loach, réalisateur.

Ken Loach s’attache toujours à dépeindre avec réalisme et sans concession la société britannique mais aussi et surtout la classe ouvrière. Après avoir évoqué le conflit anglo-irlandais des années vingt dans LE VENT SE LEVE, il aborde à présent avec IT’S A FREE WORLD le sujet des ouvriers immigrés en Angleterre :

« L’origine de cette histoire remonte au documentaire que j’avais réalisé dans les années 90, THE FLICKERING FLAME, sur les dockers de Liverpool qui luttaient pour leur emploi. La disparition de la sécurité de l’emploi des travailleurs et l’augmentation du nombre d’agences de placement sont des éléments très significatifs sur lesquels on ne communique pas. C’est pourtant un fait explicite de la manière dont la vie des gens a changé, et aussi le résultat d’une décision politique, qui peut être remise en question. Mais il n’y a pas d’opposition là-dessus : le New Labour comme les Tories ou les Libéraux, tous sont pour le marché. Ils sont tous d’accord, c’est cela qu’ils veulent. Cela s’appelle la modernisation, et c’est considéré presque comme une force naturelle : il est normal que les choses évoluent ainsi. Ce que je crois, moi, c’est que cela se produit parce que c’est l’intérêt d’une seule classe, et que l’on nous trompe en nous amenant à penser que c’est de cette manière que l’on doit vivre. Ce n’est pas vrai.

BREAD AND ROSES évoquait les immigrés mexicains à Los Angeles, et JUST A KISS les immigrés de la deuxième génération en Grande-Bretagne. THE NAVIGATORS parlait quant à lui d’un groupe d’ouvriers du rail luttant contre la privatisation.
Le scandale de l’exploitation des travailleurs immigrés en Grande-Bretagne est plus fort que jamais. Ce glissement dans la manière dont on accomplit le travail, l’intérêt de l’immigration et des immigrés, l’existence qu’ils mènent, ce qui les pousse à venir chez nous… Toutes ces routes convergeaient vers ce nouveau film, IT’S A FREE WORLD.

Bien sûr, nous avons pensé aux histoires qui surgissent régulièrement dans les journaux, comme les ramasseurs de coque clandestins d’origine chinoise qui ont péri noyés dans la baie de More cambe en 2004. Ces histoires réapparaissent régulièrement au fil des ans. Mais cette fois, nous avons pensé qu’il serait intéressant de se pencher sur l’attitude et l’état d’esprit des gens qui sont de l’autre côté, les exploiteurs. Faire un film sur les exploités aurait été trop prévisible.

Nous avons choisi de situer notre histoire à Londres parce que c’est là que bat le cœur du capital britannique. Cette question est au cœur du système économique et ce qui est intéressant, c’est l’hypocrisie avec laquelle elle est ordinairement traitée. D’une part, les gens disent que l’économie ne pourrait pas survivre sans la main-d’œuvre de base, sans les clandestins. Et de l’autre, la droite prétend les expulser pour le bien du pays. C’est d’une hypocrisie absolue.

Le scandale de l’exploitation des ouvriers est bien connu. Ce film n’est pas une révélation, il ne prétend pas dénoncer de nouveaux faits mais plutôt défier cette « sagesse » prédominante qui voudrait qu’un esprit d’entreprise sans pitié soit la seule manière pour la société de se développer ; que tout soit une question de contrats, de compétition, qu’on ne raisonne qu’en termes d’économie orientée vers l’acquisition de marchés. Je refuse l’idée que c’est ainsi que nous devons vivre. Cela aboutit à l’exploitation. Cela engendre des monstres. »

Le contexte


Des centaines de milliers d’immigrants sont venus en Grande-Bretagne depuis l’élargissement de l’Union européenne en 2004. Beaucoup ont prospéré. Ils apportent leur pierre à l’édifice, leur écot au Trésor public britannique.

Mais ceux qui n’ont aucune qualification et ne parlent pas anglais, sont devenus une nouvelle sorte de force de travail. Ils sont arrivés en espérant un salaire raisonnable, et en croyant travailler à plein temps. Au lieu de ça, ils se sont retrouvés ouvriers temporaires, ignorant chaque matin s’ils vont travailler ou non ce jour-là, et souvent liés à leur employeur par les dettes et les circonstances.
    
La Grande-Bretagne est ravie de les avoir : ils font le travail que les Britanniques refusent (1). Les employeurs savent que l’économie pâtirait sans ces immigrés, et souvent, ceux-ci sont préférés aux Britanniques, particulièrement dans l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration (2). On les préfère parce que les immigrés sont généralement plus qualifiés (3) et qu’ils offrent souvent une plus grande « flexibilité » (4).    
La flexibilité est un bel euphémisme. Si certains travailleurs immigrés ne souhaitent effectivement pas être liés par des contrats de longue durée, le plus souvent la « flexibilité » est synonyme d’une force de travail qui peut être engagée, congédiée, maltraitée et sous-payée en toute impunité.

En contrepartie de cette flexibilité, ces travailleurs ont très peu de droits. Ils peuvent par exemple, se voir proposer des indemnités de licenciement temporaires et non renouvelables. Mais les indemnités temporaires empêchent les travailleurs de faire appliquer leurs droits, car il faut généralement avoir occupé un poste au moins douze mois pour s’opposer à un licenciement abusif (5).

Certains travaillent illégalement. Mais c’est l’une des grandes ironies du système : les caractéristiques d’une économie libérée – les agences de recrutement, l’externalisation et l’intérim, de longues chaînes de sous-traitants – encouragent toutes le travail forcé, le trafic du travail et l’immigration clandestine. Des papiers sont perdus, c’est la faute de quelqu’un d’autre, et tout cela convient très bien à tout le monde. Ce n’est pas une coïncidence si, dans le système actuel, les employés sont punis uniquement pour des manquements administratifs ou pour ne pas avoir des documents certifiés. Si le gouvernement britannique voulait vraiment combattre l’exploitation, les employeurs seraient d’abord condamnés pour abuser des immigrés dans des conditions assimilées à de l’exploitation.

Quelles mesures le gouvernement prend-il ? Dans le cadre de l’Accord de Warwick 2004, le Parti travailliste s’engageait à introduire une législation nationale pour protéger les travailleurs intérimaires, au cas où l’Union Européenne échouerait à atteindre un consensus sur une Directive européenne. Il est à présent évident qu’un tel consensus est très improbable – en partie à cause du désir de certains gouvernements européens de conserver la « flexibilité » de leur marché du travail.

Le 30 janvier 2007, un projet de loi, le Temporary Agency Workers (Prevention of Less Favourable Treatment) Bill, a été proposé par Paul Farrelly, le député travailliste de Newcastle-under-Lyme. Il cherchait à donner aux travailleurs temporaires les mêmes droits que les employés à plein temps sur des questions clés comme les salaires de base, la maladie et les congés payés. Les syndicats du Royaume-Uni croyaient que ce projet de loi s’accorderait à l’Accord de Warwick du Parti travailliste. Mais il n’a pas pu connaître de deuxième lecture le 2 mars, par « manque de temps parlementaire ». De toute évidence, certaines institutions sont plus flexibles que d’autres…

(1) Une étude à Londres du Queen Mary College indique que les immigrés constituent 90 % des travailleurs les moins payés dans les entreprises de nettoyage, l’industrie hôtelière, l’entretien du domicile, et la transformation des aliments.
(2) Home Office, 2006
(3) Dans son étude à Londres, l’institut Evans et al (2005) a trouvé que 49 % des travailleurs immigrés sous-payés ont obtenu une qualification supérieure avant de venir au Royaume-Uni.
(4) Home Office, 2006
(5) JCWI Bulletin, 2005

  Origine : le site de l'UNef 

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Mardi 15 janvier 2008 2 15 /01 /2008 00:08
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

It-s-a-free-world2--copie-1.jpg xIt’s A Free World Ken Loach

 
 
 
Londres de nos jours.
 

Une jeune femme de 33 ans, Angie, recruteuse dans une anpe privée, est victime de harcèlement sexuel de la part de ses patrons? Ne voulant pas leur céder, elle perds son emploi.

 
 
 

Avec son amie Rose, égalment malchanceuse professionnellement, elle monte leur propre agence de recrutement dans l’arrière-cour de la brasserie qu’elle connaisse. Elles fournissent à des entreprises diverses, une main d’œuvre bon marché, de travailleurs immigrés. Ceux-ci sont en situation précaire, et même se retrouvent «  journalier » comme on disait autrefois !

 

Bientôt, elle doivent élargir leur recrutement aux sans-papiers, aux clandestins, voire à des réfugiés politiques ( ne bénéficiant pas de l’asile politique). Angie prévoit de travailler légalement dès qu’elle en aura les moyens mais cette issue heureuse se fait attendre, d’autant plus que, apparemment, les agences qui font travailler les clandestins, bénéficient d’une relative immunité.

 
 
 

Angie se venge de ses humiliations précédentes : elle est son propre maître, c’est elle aussi qui se choisit, parmi les travailleurs qu’elle recrute, des hommes sexuellement plausibles pour un soir, à l’occasion.

 
 
 

Si les autorités ferment les eux, le métier n’en est pas moins dangereux, Angie se fait molester par des ouvriers qu’elle n’a pu ou voulu payer, et qui, en outre, ont eu des accidents du travail, pour lesquels ils n’ont pu se faire soigner.

 

Elle continue, infatigable, quitte à se retrouver en contradiction avec elle-même : un jour, elle fait  chasser d’un bidonville des sans-papiers, pour y loger  un groupe de travailleurs clandestins qu’elle va placer dans  des entreprises. Dans ces victimes se trouve une famille qu’elle a autrefois hébergée…

 

Cette Angleterre que l’on nous montre, alors que Tony Blair fait sa publicité pour devenir gouverneur de l’Europe, est victime de l’ultra libéralisme. La grande majorité des gens travaillent énormément, dans de mauvaise conditions, pour de très mauvais salaires, sans couverture sociale (contrairement à ce que prétend Michel Moore dans Sicko qui voit la Grande Bretagne comme un paradis au niveau des soins médicaux).

 

Les Anglais, tels qu’Angie, se retrouvent souvent exploiteurs et exploités en même temps.


J'ose confesser que malgré son comportement fâcheux, j'ai bien aimé cette femme, vive, énergique, pleine de vie, comme d'ailleurs la jeune pianiste dans " Just A Kiss" ( un film plutôt mal accueilli,  et que je n'avais pas osé défendre).

Chez Ken Loach, il y a aussi un autre type  de personnage féminin,  des femmes vaincues par la société, déprimées, en pleine détresse physique et morale comme la mère du jeune garçon dans Sweet Sixteen, ou encore  la jeune fille de Family Life : on ne les oublie pas aisément non plus...

 
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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /2008 14:37
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin
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