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littératures de langue espagnole

 

Métailié ( Suites) 1998, 504 pages.


Un livre qui m'attendait depuis longtemps, puisque j'ai écrit sur 2eme de couverture  janvier 1998, 76 F.


Sont réunis une cinquantaine de nouvelles et trente auteurs de fiction de tous les pays d'Amérique latine dont quatre femmes ( Silvina Ocampo, Gloria Alcorta, Luisa Mercedes Levinson, Elena Garro ).

Chaque auteur est présenté par une mini-biographie en italique et une explication de son œuvre et de l'évolution de celle-ci.

Evidemment tout cela peut sembler daté : de nos jours, onze ans plus tard,  on ne parle plus des mêmes auteurs, excepté quelques grands classiques... ! La mode change à une vitesse stupéfiante.

Cette année Métailié a sorti un recueil de nouvelles  mexicaines pour le Salon ; mais je ne l'ai pas acheté. Il me fallait lire celui-là.


Certains des auteurs présentés sont de grands classiques tel Borges et Cortazar ; d'autres ont été célèbres et on n'en parle pas en ce moment ( Alejo Carpentier...).

Les nouvelles participent de ce réalisme magique qui est l'apanage de la littérature latino. « Nous n'avons pas à être surréaliste, a constaté Octavio Paz puisque nos pays le sont par nature. »( cité dans la préface).


J'ai relu pour la énième fois et sans m'en lasser «  le Sud » de Borges, l'une de ses meilleures nouvelles et de ses plus accessibles. On souffre toujours avec Johannes Dahlmann, fonctionnaire en bibliothèque à Buenos Aires, qui désire secrètement une destinée héroïque comme l'un de ses ancêtres «  qui mourut sur la frontière de la province de Buenos Aires, percé par les lances des Indiens de Catriel » et la réalise en rêve de façon incroyablement  réelle, alors qu'il est sans doute en train de mourir dans un lit, ou de dormir dans un train.

«  Aveugle pour les fautes, le destin peut être implacable pour la moindre distraction » profère le narrateur à propos de l'accident qui mena Dahlmann à succomber à son désir. Le conte est tout aussi plein de sentences que de suspense et d'éléments poétiques. Un récit parfait.


J'ai bien aimé aussi le conte d'Oscar Cerruto  (auteur bolivien né en 1912),  «  les Vautours » qui met en scène un homme qui prend un tramway, y remarque une jeune fille ; le tramway est victime d'un accident, mais notre homme, le voit continuer sa route, indéfiniment, passer des territoires improbables du désert au pôle nord, tandis que tous les passagers sont figés et ne bougent plus. Lui-même ne peut descendre, et attribue de fait à l'attraction  que la belle jeune fille lui inspire. Enfin, lorsque les fameux vautours viennent envahir la tram et attaquent les passagers, il devient de plus en plus évident que ce que l'homme nou narre avec un luxe de détails étranges et baroques, c'est ce que lui inspire son agonie car le tramway a réellement été accidenté et l'allure curieuse des autre voyageurs s'explique parce qu'ils sont morts. Mais rien n'est dit explicitement...


Dans la Maison en Sucre Silvina Ocampo évoque des cas de possession et dédoublement ( une femme se prend pour la précédente locataire de la maison où elle emménage et lui dérobe sa personnalité)

Dans «  Retour aux sources » Alejo Carpentier ( auteur cubain du « Siècle des Lumières ») narre le temps qui fait marche arrière, transformant un mourant en homme en bonne santé puis le transportant vers son enfance, sa vie utérine, tandis que les meubles de la maison où il vit abandonnent leur  forme pour revenir à l'état naturel. Horacio Quiroga rapporte des fables animalières et César Vallejo( péruvien) une histoire de fou qui se prend pour un homme sain d'esprit et se voit entouré de villageois qui se prennent pour des singes ( Les Caynas) de sorte que l'on ne sait plus à la fin qui est fou...Sergio Galindo( Mexicain)conte «  L'homme aux champignons,  tragédie familiale de vengeance filiale...


l'humour est au rendez vous avec Juan-Jose Arreola (Mexicain) qui dans l'Aiguilleur met en scène un voyageur qui n'arrive pas à prendre son train : l'aiguilleur lui explique que les trains sont censés circuler mais ce n'est que virtuel et hypothétique «  le prochain tronçon de chemins de fer nationaux va être construit avec l'argent d'une seule personne qui vient de dépenser son immense fortune en billets d'aller et retour pour un trajet ferroviaire dont les plans qui comprennent des tunnels et des ponts n'ont même pas encore été approuvés par la Compagnie ... dans son désir de servir les citoyens la Compagnie ... fait circuler des trains dans des endroits impraticables. Ces convois expéditionnaires mettent parfois plusieurs années pour effectuer leur trajet, et la vie des voyageurs peut subir des transformations importantes...les décès  ne sont pas rares mais la Compagnie qui a tout prévu, ajoute à ces trains un wagon-chapelle ardente et un wagon-cimetière. Il faut voir avec quel orgueil les mécaniciens déposent le cadavre d'un voyageur-luxueusement embaumé- sur le quai de la gare mentionné sur le billet... »


Comme plusieurs de ces nouvelles, le véhicule de transport assume sa métaphore avec le temps qui passe et la course à la mort...


L'excellente nouvelle de Cortazar «  N'accusez personne » que j'ai chroniquée autrefois, se trouve aussi dans ce recueil.


Enfin, la nouvelle politique est bien illustrée par «  La Tache indélébile » de Juan Bosch( auteur dominicain de l'excellent recueil «  Vers le port d'origine »)  qui se déroule dans un pays totalitaire, où les citoyens se voient convoqués pour s'enlever leur tête qui sont ensuit exposées dans une vitrine...


Le recueil est précédé d'une préface de Claude Couffon, qui a assuré un certain nombre des traductions du livre. Il est utile de la lire, mais seulement après avoir pris connaissance des textes proposés.

 

Lettre H du challenge ABC ( je n'en ai lu que deux ...!)

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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 17:42
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin


folio-bilingue.

J'ai acheté cet ouvrage au Salon du Livre, voulant par là jeter un coup d'œil sur le texte original, que je peux suivre, sans toutefois bien connaître l'espagnol. Mais Folio-bilingue n'a retenu que trois nouvelles ! Le recueil en contient dix-huit...

Je n'avais pas vu la mention «  choix » en dessous du titre.

J'avais aimé l'atmosphère fantomatiques et le concert de voix d'outre-tombe ( chœur, discutions, confidences...) de Pedro Paramo.

Ici, c'est plus ardu de s'impliquer dans ces courtes nouvelles.

 

Le Llano : c'est la terre qui a été distribuée aux paysans après la révolution mexicaine de 1920.  La plus grande confusion règne. Le gouvernement est en dessous de tout, et une rébellion fait se dresser les hommes les uns contre les autres.

C'est le contexte, mais le choix fait par l'éditeur de ces trois nouvelles ne nous met pas en contact avec la situation politique.

La première fait entendre la voix d'un homme en fuite, qui vient de tuer toute une famille La narration décrit sa fuite, la conjugue à sa voix.  En alternance, une autre voix celle de celui qui le poursuit pour venger les siens.

«  Il a fait du bon travail. Il ne les a même pas réveillés. Il a dû arriver vers une heure quand le sommeil est plus lourd ; quand les rêves commencent ; quand après le «  dors bien, on remet sa vie entre les mains de la nuit et quand la fatigue du corps ronge les cordes de la vigilance et les casse ».

«  Je n'aurais pas dû les tuer tous, a dit l'homme. Au moins, pas tous ». C'est ce qu'il a dit.

... Tout en bas, la rivière court, fait ballotter ses eaux sur les genévriers en fleur, berce en silence son courant épais ».

... j'aurais dû me contenter de celui que je devais tuer ; mais il faisait sombre et les formes se ressemblaient toutes. Après tout, pour plusieurs en même temps, comme ça, l'enterrement leur coûtera moins cher ».

Ce n'est pas du cynisme, ni même de l'humour noir. On sent bien que notre tueur est absolument sincère dans ces considérations pragmatiques.

Nous comprenons que le fuyard voulait venger un membre de sa famille, et que le poursuivant voudra à son tour venger ce meurtre, d'où l'impossibilité que cela cesse. En plus, le fuyard s'est trompé de personne et les a tués tous, excepté celui qu'il cherchait ( le poursuivant) !

 Puis la voix d'un témoin qui l'a plus ou moins hébergé et nourri, et dont le discours est je n'y suis pour rien...

 

La seconde nouvelle  Talpa est aussi un road-movie désespérant : Une jeune femme Natalia et son frère rentrent  de Talpa, où ils avaient emmené le mari de la jeune fille prier la vierge pour le guérir « depuis le jour où il s'est réveillé avec des cloques violettes un peu partout sur les bras et sur les jambes... les cloques sont devenues plaies, ce n'était plus du tout du sang qui en sortait mais un machin jaune une sorte de copal d'où suintait une eau épaisse. » Ce mal ressemble beaucoup aux ulcères dont souffrait Job et pour lesquels il maudissait le Seigneur. 

Mais il n'a pas guéri «  parce que Tanilo Santos, c'est Natalia et moi qui l'avons tué. Nous l'avons conduit à Talpa pour qu'il meure...nous savions qu'il ne pourrait pas faire un aussi long chemin ».

Les survivants sont écrasés de culpabilité. Evidemment la longue maladie de Tanilo l'éloignait des deux autres ; le frère et la belle-sœur se sont  rapprochés.

 

La dernière nouvelle met en scène Macario, un simple d'esprit qui vit avec sa tante, s'occupe surtout de se nourrir le corps, et évoque la façon dont la femme qui s'en occupe l'empêche de se jeter sur les gens pour les étrangler, les caresses que lui prodigue la servante Felipa. L'auteur de la préface et des notes trouve une grande ressemblance entre lui et Benjy du «  Bruit et la fureur ». Je pense que le rythme est très différent. Bien plus lent dans le Bruit et la fureur, plus effrayant aussi. Et le mental  de même car Benjy avait peur tout le temps ou presque, ayant subi de multiples agressions.  Ce narrateur-là ne se sent pas trop mal dans la vie...

 

Dans l'ensemble ces nouvelles témoignent de l'existence dans ce qu'elle a  d'élémentaire. Ceci fait alterner des notations très réalistes avec une vision presque mystique.

 

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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 18:15
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

51QFRQE5ZYL.-AA240-.jpg Juan Rulfo : Pedro Paramo. 1992. Gallimard ( L’Imaginaire)

 

Un village du Mexique. Les morts ne s’y tiennent pas tranquilles. Ils évoquent leur passé dans de nombreux et bruyants chuchotements, sans compter les apparitions innombrables qu’ils s’autorisent. Du souvenir des morts, qui forme tantôt un chœur, tantôt se présente sous la forme de confidences verbeuses, surgit l’histoire d’une communauté qui a connu des jours difficiles, des tragédies.

 

Juan Preciado, a promis à sa mère mourante, de venir à Comala, le village de son père, et de le retrouver pour lui demander des comptes. A peine arrivé à destination, il apprend que son père est mort, et qu’il était le père de tous les jeunes gens de son âge, et même de plus âgés que lui, parmi les habitants du village car ce tyran disposait de toutes les femmes de la commune ainsi que de toutes les terres.

 
Comment en est-on venu là ?
 

Ce sont ses acolytes, des hypocrites et des lâches, qui, croyant y trouver leur intérêt, l’ont laissé faire. Puis ceux qui ne voulaient pas de cette situation s’étant trouvés en minorité, ont dû céder.

 

Le curé du village entendait en confession les pires horreurs, et il n’a rien fait pour aider ses paroissiens à lutter contre le tyran. Rongé de culpabilité, il meurt aussi.

 

Juan Preciado ne va pas résister longtemps non plus. Les morts et leur bruyante mémoire ont raison de lui.

 

Il partage un caveau avec Dorotea. Ils se parlent et écoutent les mélopées, plaintes à voix plus ou moins hautes, des autres défunts.

 

Même Pedro Parãmo, le tyran craint et abhorré y va de son histoire. Ainsi que cette étrange Susanna qu’il aimait tant, et qui se mourait de mélancolie dans son lit avant de récidiver au tombeau.

 

Plaintes directes et propos rapportés. Discussion poétique éplorée. Chacun à sa manière raconte comment il ou elle a participé à l’installation du tyran , en a eu horreur et y a aussi trouvé son compte. Pourquoi ?

 
 
 

Expression poétique originale que ce concert de blues funèbre à plusieurs voix qui s’entrecroisent, sans compter les fantômes. Mais c’est le parlé qui domine. Les morts n’en finissent pas de se plaindre et de s’expliquer.

 
 
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 00:31
- Communauté : Lecture sans frontières - Par Dominique Poursin

Points romans, 2007.  270 pages.

 

Ancien photographe de guerre, Faulque s'est retiré dans une tour à Punto Umbria un petit port d'Espagne.  Il y travaille à une fresque qui occupe un pan de mur de son logis. C'est sa grande œuvre : elle représente  deux cités dont l'une antique, est en guerre, et comporte une grande quantité de scènes  où des civils sont mis à mal ainsi que leurs maison, l'autre attend le même sort, et ces deux villes sont séparées par un volcan en éruption. Il s'inspire de Basquiat  mais surtout des maîtres du passé Uccello, Piero della Francesca, Goya et Brugehel dont «  le Triomphe de la mort » déjà avait joué un rôle dans le Tableau du maître flamand.

En tant que photographe il a cherché «  le miracle qui, d'un coup, dessinerait à travers la lentille de l'objectif, dans la chambre noire... de son appareil et sur sa rétine, le secret de ce canevas d'une incroyable complication qui ramenait la vie à ce qu'elle était réellement : une course folle vers la mort et le néant ». En peinture, il le cherche encore.

A cet homme persuadé que la vérité ne peut apparaître qu'au milieu des conflits, il advient de recevoir la visite d'un  ancien soldat de l'armée croate, dont il a fait autrefois une photo qui est devenue célèbre.

Ivo Markovic lui apprend qu'à cause de cette photo il est devenu un symbole reconnaissable, a été torturé, a perdu femme et enfant. Il veut tuer Faulque, pas tout de suite, pas avant qu'ils  ne se soient bien expliqués.

Ces entretiens font l'objet du roman.

A travers ces rencontres les retours de Faulque sur son passé, et l'évocation par lui de sa femme Olvido,  on  chemine d'interrogations en interrogations sur le sens de la vie, la nature de l'art, la mise en question du  fait de photographier les scènes insoutenables... Perez-Reverte, auteur de polar et de romans picaresques, s'est engagé dans un roman philosophique.

 Un  peu long surtout lorsque Faulque se souvient de son amie Olvido, il a tendance à se répéter, il vaut la peine qu'on le suive.    

 

 

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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /2008 10:01
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

Gallimard (l'Imaginaire) traduction Roger Caillois et René Durand, 1977

1) L'Immortel

Cette nouvelle est précédée d'un aphorisme de francis bacon «  Salomon said there is no new thing upon earth »

d'un extrait de Platon «  All knowlodge was but remembrance »
"J'ai été Homère, bientôt je serais Personne, comme Ulysse ; bientôt je serais tout le monde, je serais mort ».

 

 


Ainsi se termine le  fascicule indiqué comme étant la narration de Joseph Cartophile, que la princesse de Lucinges trouve à Londres dans un volume de  l'Iliade traduction de Pope, qui lui a été donné par le libraire, ce même Joseph qui a dissimulé son histoire dans l'Iliade.

 Le récit c'est sa lecture de ces feuillets :

A l' origine, écrit  Cartaphile, à la première personne du singulier,  il s'appelle Marcus, et il  est soldat de l'empereur Dioclétien.  Il a participé à des  conflits armés en Egypte notamment,  mais la guerre en tant que soldat romain ne lui  a pas permis  d'être un héros. Dans les jardins de Thèbes, un cavalier vient lui révéler l'existence d'un fleuve donnant l'immortalité et d'une cité «  des Immortels ».

Il part avec ses hommes (dont il se débarrasse en route) vers la cité en question,  se lance dans cette  aventure qu'il espère enfin héroïque.

Les philosophes romains disaient «  allonger la vie, c'est allonger l'agonie »  Cette pensée le fait hésiter.  Pourtant la vie avec la mort au bout est elle-même une agonie. Atteint dès le départ par le processus de vieillissement, le corps est  tout entier tendu vers la mort.

 Toutefois, il s'introduit dans le labyrinthe, une pièce donnant sur une autre toute semblable.... Tout en faisant des rêves prémonitoires, il atteint la cité en question.

Il rencontre les Troglodytes (ici cela a le sens de « barbare ») qui sont immortels  ils sont devenus muets et illettrés ; l'oubli a fondu sur eux.

Comme les Lotophages dans l'Odyssée.

Cette cité, raconte l'ex-soldat, n'est pas comme le labyrinthe conçu pour y parvenir et qui  plonge l'homme dans la confusion.

 La cité est seulement absurde, sans invention dans son architecture, un complet « non-sens »

Elle est insupportable et elle rend fou. Pas de description possible. Elle résiste à toute synthèse.

«  Etre immortels est insignifiant ; à part l'homme, il n'est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, l'incompréhensible, c'est le savoir immortel ».

La roue des indiens : chaque vie est la conséquence d'une vie intérieure et détermine la suivante. Aucune ne détermine l'ensemble.

Les Immortels voulurent vivre (après la cité) dans la pensée et la pure spéculation ;  la vanité de toute entreprise leur est apparue.


Le héros boit à un ruisseau devant la cité  pour ne pas mourir de soif.

Devenu lui-même immortel, il  espère  « un autre fleuve » dont les eaux effacent l'immortalité. Car le mode de vie des Immortels c'est d'être invulnérable à la pitié, le destin personnel ne les intéresse plus. Corps dociles, animal domestique. Plaisir de la pensée. Parfois restitution du monde physique, grâce à une excitation particulière produite par ce phénomène naturel qu'est la pluie.


Mais l'aventure en est absente : ce qui fait l'intérêt de la vie, cette urgence qui donne du poids à ce que l'on fait, même les menues activités, c'est la pensée que l'on va mourir...
Si cette pensée vient à manquer, l'on sombre dans un cauchemar  qui n' ren de commun avec ceux des vivants.

Comme disait Franz Kafka " l'éternité c'est bien long, surtout vers la fin". Le héros du conte n'en peut plus...


En 1921, il se trouve à boire dans un ruisseau d'eau claire. Un arbuste le déchire et il sent la douleur et voit son sang : il est redevenu mortel tels qu'autrefois, ayant bu dans un fleuve qui entourait Thèbes. Il retrouve son état antérieur en buvant à une source un peu semblable à celle qui le fit muter.


Le héros évoque ensuite ses vies diverses dont il se souvient pour chaque d'un fait saillant : traducteur, joueur d'échec, astrologue lecteur d'Homère, assistant de Giambattista Vico qui conçut l'histoire «  circulaire » en opposition  à linéaire.

Commentaires sur ses vies : « mots déplacés et mutilés, mots empruntés à d'autres, telle fut la pauvre aumône que lui laissèrent les hommes et les siècles".

Lorsque s'approche la fin, il ne reste plus que des mots. «  Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui  furent symboles du sort de l'homme qui m'accompagna tant de siècles. »

J.Cartaphile dit qu'il  lui semble parler un peu toutes les langues. Il est libraire en 1929.

 Meurt peu après.


Ce héros ressemble à Borges lui-même, pour qui l'héroïsme est un thème central. Il  veut, comme chez Hegel, mettre sa vie en jeu, et non travailler comme l'esclave.

L'autre thème est l'éternel retour (histoire circulaire, répétition des mêmes schémas toutefois dans des existences diverses).


Un conte philosophique  auquel on peut encore réfléchir.


 






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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /2008 00:24
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par Dominique Poursin

Ce récit a été publié en Argentine en 2005, et chez Christian Bourgois dans la traduction de  Michel Lafon en 2008.


L'auteur l'annonce sans ambages dès l'incipit  («  J'étais une petite fille de sept ans, princesse d'un pays de conte de fées ») il investit le genre du conte. Il a déjà renouvelé et dévié  le récit de voyage initiatique (Un Episode de la vie du peintre voyageur), le roman  psychologique («  Varamo »), le roman noir («  Les Nuits de Flores ») les enrichissant de sa fantaisie et  de son érudition.


La petite ramasse ce qu'elle croit être une pierre précieuse, mais dans au toucher l'objet se révèle mou et sans forme, fait d'une substance onctueuse inconnue, peut-être répugnante, et qui sent bon.

C'est l'annonce de toutes sortes d'expériences à venir, que sa curiosité insatiable lui fera toujours apprécier (je voulais toujours tout essayer...j'étais un cas extrême de je te vois je te veux).

Au deuxième chapitre, elle présente son père «  Le Roi mon père...c'était un saint ou en langage courant un brave homme », et le grand château où ils vivent...

En effet, le héros du conte n'est pas la petite fille en elle-même, mais le couple « la princesse et son père », d'autant plus exemplaire qu'ils ne sont jamais désignés  par un prénom ou un nom.

Pour la fillette son père fut mal marié avec une fausse psychologue  qui a également menti sur son âge, une marâtre, qui torture son père (Bien évidemment, à sept ans elle prend le parti du père), et «  elle venait d'un autre milieu, du monde phosphorescent des célébrités, ambitieuse, passionnée pourquoi avait-il fallu qu'elle épouse un obscur rêveur impénitent »


Le père, employé de bureau, pour échapper à cette conjugalité atroce accepte de « vendre son âme  aux puissances surnaturelles, en échange de la réalisation de tous ses désirs... pour la première fois de sa vie, il paya au prix fort..»


Nanti de ces pouvoirs, le père achète un domaine, procure à sa femme une petite fille ( la source inépuisable me produisit)mais s'occupe seul de cette enfant » ma relation avec papa était la source des histoires, de tout ce qui donnait du charme et de l'intérêt à la vie » , et en fin de compte crée un  royaume pour lui et sa fille «  la monarchie turque de Biscaye » qui peut dès maintenant occuper une place de choix dans la prochaine édition du  dictionnaire des « lieux imaginaires » de Manguel.

Le rationnel côtoie le féérique, non sans ironie : ce pays est reconnu par la communauté européenne. Quoique turc, il se situe quelque part dans le pays Basque...il y a des montagnes ténébreuses, des hivers aux pluies interminables, de drôles de vipères...

Ils ont deux principaux  serviteurs : un goûteur de plat (Prospero) et un  « poète classique biscayen » Héctor, que papa nomme juge errant « chargé de rendre la justice là ou la justice ne parviendrait pas ». La description qui est faite d'Héctor est celui d'un bouffon de cour. Nul n'a jamais lu ses vers « mais il savait distinguer entre la simple extériorisation de sentiments et une véritable confrontation avec  la littérature ».


Un jour, le roi est mis en difficulté par ses sujets à cause de  couteaux qui se transforment en vipères. Des hommes-boucs prennent la fillette en otage et la tiennent prisonnière dans un vieux cinéma désaffecté. N'est rendue que contre son âme. «  Dépouillée de mon âme, c'est-à-dire de mon éternité, j'entrais dans le cour inexorable du temps. Et comme aucun père ne veut que sa fille grandisse et cesse d'être une fillette, il devenait impératif de récupérer mon âme ».

 

Ils se mettent en route vers le cinéma désaffecté. Le poète juge devient porte-bagage... 


 Le récit de « la petite goûteuse » est fort savoureux, mais il n'est pas toujours aisé d'interpréter les différentes séquences. On peut méditer longtemps sur la signification des «  hommes-boucs » ; d'un vieux perroquet qui guérit la surdité lorsqu'il profère un mot ; du poète juge qui devient porte-bagage ; du Christ, personnage à barbe noire qui habite un vieux château, avec des Papes pour servir un repas copieux. On discute de l'opportunité de faire installer l'électricité...  

«  Ma Mère me fait un chantage permanent avec sa mauvaise santé »dit aussi ce Christ-là, qui a néanmoins  un but «  arriver à boucler un jour son grand œuvre, l'herbier chimique des émotions ».


Lire la présentation de l'auteur sur le site deChristian Bourgois

Un autre article très agréable à lire sur le site du Matricule des Anges 

Mes  billets sur  Varamo et   Un épisode  de la vie du peintre voyageur

Un article intéressant sur le blog Wodka


 

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Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /2008 00:46
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin
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