Présentation

  • nuagesetvent
  • : the never ending blog
  • : Comptes rendus de mes lectures avec des aspects critiques + quelques films de fiction Récits de journées et d'expériences particulières Récits de fiction : nouvelles ; roman à épisodes ; parodies. mail de l'auteur : dominique-jeanne@neuf.fr
  • : 01/01/2006
  • : Actualité Voyages culture littérature photos Littérature

Challenge blog-o-trésor

Objectif Pal

Lectures communes

Le 10 novembre La Maison du sommeil de Jonathan Coe avec George

Le 20 novembre Arlington Park de Rachel Cusk  avec George

Le 15 janvier The Bell Jar de Sylvia Plath avec Pimpi

Challenge ABC 2009

Texte Libre

Pour le 1er novembre : une oeuvre de Boris Vian



Rechercher

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles

Je gagne tout et demeure perdant

Le personnage en costume bleu-nuit qui cède passage à l'aurore, membre de gauche de ce jury, avait l'air épuisé, mais avec cette avidité tranquille et patiente de ceux qui attendent leur proie. Son absence vigilante écrasait  le malheureux garçon. De tout l'exposé, de tout l'entretien il ne pipa mot (c’était réglementaire)  tout en conservant l'aspect inquiétant d'un Roderick Usher qui cherche à entraîner  quelque infortuné  dans un caveau.

 Au milieu se dressait le Président du jury, forte carrure, des traits qui évoquaient impitoyablement un chien un peu rustre mais capable de venir d'une porte infernale. A la qualité de son silence, on sentait qu'il se retenait d'aboyer. Le troisième compère, à droite, vêtu d'un blouson d'aviateur, l'œil trop bleu, la coupe en brosse, jeune , avait tout de l'officier nazi frais émoulu des jeunesses hitlériennes et conquérantes. Il ne faisait rien d'autre que d'être secoué, mécaniquement semblait-il d'un fou rire presque silencieux, dont les accès explosaient comme de petits obus. Ceux-ci ne cessèrent pas avec la fin de l'exposé, ni pendant l'entretien. Payait-on des individus pour déstabiliser des candidats au moyen du fou rire? On disait qu'un membre de jury n’était guère rétribué. Peut-être certains percevaient-ils des indemnités supplémentaires pour tenter des procédures plus intimidantes que l’ironie et l’indifférence.

 L’étudiant  décida d'être gai. Même fit-il une diversion imprévue en évoquant le quatuor " La Chasse" Mozart. L’extrait " Chasse avec le roi", au reste, n'avait rien de sinistre, l'orage était encore loin.

Las! Le Ricaneur se mit à glousser de plus en plus violemment, sans s'étrangler, c'était donc bien une feinte, Roderick à l'autre extrémité semblait devoir s'affaisser d'un instant à l'autre sur le pupitre en face de lui, tant sa pâleur augmentait, et les yeux de Cerbère s'agrandissaient et roulaient dans leurs orbites. Peut-être ce quatuor n'avait-il pas encore été composé en 1787, songea  l’étudiant égaré, et cela n'arrangeait pas son affaire!

Et de quel droit établissait- il comme une évidence que Chateaubriand aimait Mozart ?

En quelle année  le vicomte FR de Chat  évoquait-il cette première rencontre avec  l’un des derniers rois de France  devant un chevreuil abattu ? En quel lieu et dans quelles dispositions?

Comme le doute s’infiltrait en lui, il en revint à sa première idée, et termina, comme l'espérait-il, Saint-Just commence, en commentant la vanité et l'aveuglement d'une société incapable de comprendre qu'il n'y a nulle justification à l'existence de la monarchie.

Il était prêt à réclamer la tête du roi.

 L’étudiant était révolutionnaire dans le passé. Pour le présent, et même pour les années 70 déjà loin, il n'avait jamais cherché à appartenir à un groupe politique ou à un parti. Il n'y voyait aucune raison, ses intérêts personnels ne coïncidaient jamais avec ceux d'un groupe. Il aurait sans doute œuvré pour qu'il soit interdit de renvoyer les gens comme lui de leur travail, au bout de quelques mois ou d'un an, mais il ne connaissait pas de " gens comme lui".

Cependant qu'il réclamait des têtes déjà tombées (mais peut-être pas pour lui), Cerbère fulminait toujours davantage en silence et Nosferatu supportait vaillamment les ampoules électriques mêlées, à un rien de jour, pénétrant avec parcimonie dans cette salle de classe aux rideaux tirés. Mathieu était un des derniers candidats. Des cachets d'aspirine devaient être à tous les quatre leur plus secret désir non exprimé.

Pendant l'entretien, Cerbère aboya en français moderne : Pourquoi cette interprétation symbolique? Croyez-vous vraiment que Chateaubriand ait voulu dire cela?  Le jeune homme concéda que  l’écrivain probablement non, mais le narrateur certainement.

Comment, le narrateur? Quel texte avons-nous devant les yeux? Une autobiographie! Cela n'empêche, le narrateur est toujours un autre.

Finalement l'inconscient du gentilhomme breton fut convoqué : c'était ça qui parlait à travers le narrateur, malgré lui.

Puis  l’étudiant  parla de la minceur du propos dans ces deux pages. Est-ce qu'on écrit pour raconter une partie de chasse au déroulement fort banal? Il fallait qu'il y eût un propos sous-jacent. La chasse suppose une mise à mort. Celle-ci ne saurait se réduire à un chevreuil.

Eh bien bougonna le Cerbère il existe des pages sans prétention, le plaisir d'écrire, le plaisir du récit.

 Il  trouvait que ce n'était pas suffisant.

Insuffisant pour quel usage, pour quelle lecture? La sienne fut trouvée quelque peu inadmissible.

Et pourtant, il fut admis. Au moment d'arriver vers ces messieurs, il avait obtenu tous les points nécessaires. Le jury ne jugea pas la faute assez grave pour réclamer l’éliminatoire zéro. Il était rare qu'on se lance dans cette procédure. Cerbère, censé garder la porte de l'Enfer, se trompa et en livra l’accès  au malheureux candidat.


- Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 15 juin 2007
- Par Dominique Poursin

2) Il ne lui restait plus qu'à s'accommoder du gentilhomme breton: beaucoup de touche, de précaution pour préparer sa fin. Il le détestait sans l'avoir lu, sans intention de le lire.

" La Chasse avec le Roi" !  Il ne pouvait faire .sienne l'émotion juvénile de François-René, 18 ans, faisant la connaissance de Louis XVI devant un chevreuil abattu. Faute irréparable, le jeune crétin l'a trouvé avant le   monarque  ayant de ce fait coupé la chasse et  sa majesté  lui dit " Celui-ci n'a pas tenu longtemps", seule phrase de dialogue du texte.

Le Roi qui lui adresse la parole…!

 On était en 1787 et c'était lui,  le Roi qui n'allait pas tenir bien longtemps !   Se dit-il tout joyeux et il entrevit une explication, trouvant urgent, soudain, de rapprocher ce roi qu'il voyait bientôt guillotiné, avec le chevreuil abattu. Ce gibier ne pouvait être, par avance, que l'incarnation du roi en tant que bête immolée. Que Chateaubriand ait réellement voulu dire cela au jour qu’il écrivait (Date que  l’étudiant  ignorait) ? ou même plus tard  avait je ne sais quoi  de farfelu. Mais   pourquoi s’en soucier  alors que l’on tient  enfin le fil d’Ariane. Mieux que cela, il avait une revanche à prendre sur un lointain BEPC où on lui avait arraché sa copie avant qu'il n'ait pu prendre la Bastille.

Pendant l’énoncé de son explication à propos du roi qui annonçait innocemment sa propre fin et que Chateaubriand se retournait dans son Outre-tombe, il regardait le jury tout en parlant ( C'était conseillé) pour tenter de le convaincre ( c'était peine perdue mais il s'amusait un peu à imaginer leur surprise.)

Et puis il s'amusa moins que prévu.
- Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Mercredi 13 juin 2007
- Par Dominique Poursin
Le visage de l'homme était livide, blanc de craie, las, les yeux injectés de sang; les lèvres elles-mêmes dans leurs veinures presque violettes sur fond rose figuraient deux traits minces et cruels.
Les mains blêmes tendirent deux livres et il dut effleurer des doigts glacés. Un frisson   lui parcourut l’échine sous forme de petits spasmes interminables.

Sur une longue bande de papier rectangulaire, j’ai déchiffré les deux termes de l'alternative :

1) Ballade du concours de Blois 
2) Mémoires d'Outre-tombe, livre III, " Chasse avec le Roi"…

   Mais le CAPES, il faudrait bien l'avoir un jour. Cette année là ne lui paraissait pas favorable : à l’écrit, il avait été convoqué dans l'imposante église Saint-Odile, à deux pas de l'endroit où il vivait étant enfant. Un certain nombre de candidats avaient composé dans la crypte. C'était de mauvais augure. Il y avait, pour former des citoyens de la République, davantage de prétendants qu’à l’accoutumée, puisque les établissements d'enseignement ne suffisaient plus à les accueillir.

Il parcourut La "Ballade du concours de Blois"

 Je meurs de seuf auprès de la fontaine

Sa chère ballade des occis morts!
En mon pays suis en terre loingtaine
Il aimait les suites d'antithèses

 Je m'esjouys et n'ai plaisir aucun

le texte lui ressemblait étonnamment et lui était familier.
Rien ne m’est sûr fors la chose incertaine

 L’impression puissante que c’est écrit pour lui.

Je gaigne tout et demeure perdant.
 

Et pourtant, il ne pouvait en présenter une explication: S’il comprenait l'ancien français, superficiellement il ne pouvait ni commenter les tournures de phrase, ni expliquer l'évolution du vocabulaire, encore moins éclaircir la syntaxe. Ce texte n'aurait pas dû être proposé aux candidats,. Qui avait été écrit tout au plus en 1470 .L 'explication de texte, vous disait-on, devait porter sur un écrit postérieur à 1500. Pouvait-il réclamer qu'on change le programme? On était en fin de journée, le papier circulait depuis le matin : d’autres postulants s’étaient déjà plaint. De plus hardis que lui n'avaient rien obtenu…Il butait sur un langage qui lui était sympathique et qu'il ne pouvait réellement s'approprier.

- Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Lundi 11 juin 2007
- Par Dominique Poursin
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés