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Reconquérir sa virginitude

Nous sommes dimanche

M. Birou fait ses prières.   Laurelle et Hardie sont fâchées : c’est de votre faute si nous sommes enfermés ont-elles dit : à force de raconter des bobards, nous a avons cru qu’  elle allait nous recevoir…

Qui ? Alix Krautt ? Mais non ! C’est France Prauffond  son nom véritable.

Ah, vous croyez encore que quelqu’u va nous recevoir !

Puis elles se sont querellées l’une l’autre ; le petit mec aux joues rondes a sorti de son sac de toile un litre de vin ordinaire et un jambon beurre ; il me faisait peine, isolé seul de son âge l’air de rien y comprendre. Un orphelin, me dis-je, un Oliver Twist.

  

Cependant je n’ avais pas le temps de  m’attendrir. A ce stade,   on devait organiser notre évasion ; tout le monde fut d’accord pour creuser un trou dans le sol quand il fut devenu évident que les portes même la porte-fenêtre qui donnait sur le green étaient blindées et que nul ne pourrait en venir à bout.

Creuser un trou mais avec quels outils ? Alonso possède un cran d’arrêt. Les  deux commères des canifs. L’infâme Dominique, que Rosalyne hait puissamment détient un scalpel.

Le trou en restera à l’évocation.  

                                                                                                                   

Alonso Kircensi avait narré à tous son histoire, certainement inventée, de toréador au chômage. Il la répétait sans cesse tout en y ajoutant des phrases du genre ne vous laissez pas abattre, on va sortir d’ici, je vous le promets ; avec des trémolos et en rallongeant la sauce .mais il n’avait pas plus de solution que les autres. Quand même il en aurait eu il ne les aurait pas mises en œuvre car il était bien trop content de nous avoir à sa merci. Nous sommes forcés de l’entendre quand il ne discourt plus, il va vers chacun de nous et prononce quelques mots  à notre adresse ; nul ne lui répond mais il se renvoie la réplique avec conviction. Il déblatère avant de changer de victime puis reprend ses harangues.

Devant cette nouvelle donne, les autres manipulent fébrilement leur mobile pour appeler les amis famille et relations à la rescousse. Sauf M. Birou qui appelle directement le Seigneur, avec son portable invisible.

 Rosalyne est  pragmatique ; compte sur les doigts de  sa main (gauche ?)les relations  à qui   elle est  susceptible d’encore formuler une demande ; appelle Jacky en premier car c’est  son chevalier servant ; il  la comble de gratitude, oui mon chat, ma biche, mon chou je t’adore et promets de venir te délivrer en personne à la tête d’une armée de bienfaiteurs et de zélés fans, et qui sait peut-être  un ou deux faons, mais ce sera difficile à réunir ; et il faut  que j’en  ai  fini avec mes obligations mondaines.

  Elle a  appelé Holly  son « ami de toujours » ; il s’étonne je dois avoir mal saisi la situation ; ou alors je rêve tout éveillée. Enfin dit-il mal convaincu, j’aviserai : tu te mets toujours dans des situations incroyables ! 

Enfin  Rosalyne  forme le numéro de  père. Oui  elle aurait  préféré l’éviter ; ils n’ont plus rien à  se dire depuis longtemps.
- Je suis prisonnière, c’est un guet-apens.

-Pourquoi me déranges-tu, demande- t’il je suis en train de composer une sonate en ré mineur il me faut du silence et de la concentration. Toi tu me tires vers la sonate d’alarme.  Comment es-tu venue  en ce lieu ?

…Comment ? reconquérir ta fleur ? C’est impossible ! On ne peut faire tabula rasa, c’est parce que l’on se lance dans des projets irréalisables que l’on se retrouve dans des pièces d’où l’on ne peut sortir.



Père n’a sans doute pas tort mais à force de vouloir expliquer la situation, il ne fait rien. 

Oliver s’ennuie qui aime l’action. Il n’est pas vilain mais un peu lisse se dit Rosalyne cet épi, ce petit nez pointu ces joues un peu trop rondes… de son côté Oliver a quelques objections à formuler à l’idée de  conter fleurette à Rosalyne de vingt ans son aînée. Il l’aurait préférée avec un jean et une chemise. Sans maquillage.

Ils s’ennuient cependant dans cette prison.

  Mais de toute manière, comment  se feraient-ils la cour ?

On ne peut s’isoler, avec tous ces crétins rassemblés dans une pièce carrée comme des volailles attendant ….

Rosalyne a rappelé son père.

- Toujours pareil papa ! Mais à présent … On dirait que nous sommes morts.

Père s’impatiente :
 « Drôle de métaphore ma fille !

Et… comment la vivez-vous cette mort ? »

Rosalyne trouve son père comique.

C’est rare.
 

- Ben, dit-elle, Alonso s’en fiche d’être mort, pourvu qu’il continue à se faire voir et entendre.  M. Birou prie ou c’est tout comme : donc ça ne le dérange pas non plus.

 Les autres et moi,  nous voulons en sortir quoique ces autres prisonniers soient fort peu estimables…

 

- Ici ça ne vaut  guère mieux que  dans ton songe, Rosalyne. Mais j’ai bien analysé  ta situation : tu peux sortir de ton cauchemar. Ils peuvent aussi partir, n’importe lequel d’entre eux, il suffit de dire le  mot de passe.

- Le mot de passe ?

 - Oui, cette phrase célèbre  qu’un autre a dit dans une situation  similaire.  

- Je ne la connais pas !

 - Rosalyne, voyons ! Réfléchis ! Ne te rappelle-tu point une scène semblable ?  Et cette réplique  fameuse en cinq syllabes et six mots dite par un certain Garcin !

-Jérôme Garcin?

- je ne le connais pas... non, Garcin tout court! Et Inès et Estelle, ça ne te dit rien?

Rosalyne  se creuse les méninges, ne  saisit pas. Père n’a pas été assez explicite.

Père voudrait la lui souffler, la phrase, mais le Malin a paralysé sa voix.

Les autres ? A priori, ils ne trouvent pas non plus. Ils ne cherchent peut-être pas ? 

Rosalyne veut mourir ; l’éternité c’est très long et ceci bien avant la fin.

Aidez Rosalyne à trouver le mot de passe !

 
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Samedi 3 mars 2007
- Par Dominique Poursin

virginitude-39.jpg Plusieurs jours se sont écoulés ; nous sommes toujours dans la salle d’attente de Mme Krautt ; la situation n’évolue pas.

Le premier jour,  j’ai observé les patients  tous assis par terre entre les plantes grimpantes et les cactées  aux pointes aiguës.

Alonso passait le temps à mâchouiller un chiffon rouge souvenir du temps qu’il fut torero ; Fernandel écholaliait , incompréhensible, avec de grand gestes obscènes,  M., mutique, fumait sans discontinuer, hochait la tête et, parfois à voix basse récitait des vers ou des suites de chiffres,  M. Bacante, le dernier venu bêlait avec ses brebis, M. Birout  rédigeait son curriculum vitae en grec latin et basque,  sûr d'être appelé le premier, la suite le détromperait. Deux autres femmes que moi sont assises à terre en jean l’une massive la coupe en brosse et l’autre filiforme, Laurelle et Hardie. Deux autres femme que moi! lol! Sont-ce vraiment des femmes? Elles ont récupéré des jeans et des pulls informes dans des brocantes! Elles sacrifient à la nouvelles mode " moins je me maquille, plus j'ai l'air dinde plus j'ai de chance d'avoir ma photo dans une revue  . Cette mode des femmes qui osent être laides! Vous avez vu ça! Elles nous observaient avec acrimonie, supposant que je voulais flirter avec Alonso. ce pauvre Alonso avec son sourire niais et sa figure comme un jour sans vin.

Pourtant,  Mme Krautt ne m'appelant pas, je me suis résignée à  confier à  Alonso comment j’ai perdu ma virginitude au pied d’un mur d’où j’étais tombée en compagnie d’un individu du sexe 1 ; je lui expose mes raisons de vouloir redevenir vierge «…  Au moment qu’il y parvenait, dis-je il m’a crié tu n’es plus gamine ! j’ai trouvé cela sympathique, car c’était spontané, comme dans son village … mais il avait laissé sa radio portative à nos côtés dans l’herbe, et l’on entendait « les Bals populaires »… une faute de goût insupportable ». Je n’ai eu de cesse de recouvrer ( recouvrir ? ) récupérer! ma virginitude."

-Attendez fait Alonso, les balspopu… de michel sardou ? moi j’aime bien !  Bon, je vous accorde  que l’on peut préférer «  si les ricains n’étaient pas  v’nus… »

Vous me connaissez, j’ai des principes ! Il n’était plus question que je parle à Alonso.

Je me suis tue.

Un petit mec joufflu à peine majeur,des épis dans les tiffes, regardait sa montre avec impatience. C’est alors que je me suis rendue compte ( rendu conte ?) que nous attendions depuis des heures. L’impatience a gagné l’ensemble des infortunés  que nous sommes.  

 Nous avons d’abord cru à un retard, puis remarquant que nul n’était appelé par la secrétaire,  Fernandel a voulu ouvrir la porte de communication qui  mène au corridor ; cette dernière implacablement résistait à toute manipulation de la poignée ainsi qu’à diverses poussées qui furent effectuées par les  présents.

Je  n’ai encore manqué de rien car j’ai coutume d’emporter avec moi ma part de pizza royale mon petit chèvre, mon fraisier  ainsi que ma bouteille de chianti. Alonso  garde par devers lui  des sandwiches à la turque, et de la vodka Zwsk.   Les autres se contenteront de leurs médicaments ; il y a très longtemps qu’ils ne jurent plus que par clairasil, Mogador, déroksatt, et autre ontalgic.

 

 Toutefois, devant l’impossibilité d’ouvrir la porte-fenêtre qui donne sur un carré d’herbe, lequel paraissait séduisant à cause des possibilités qu’il offre de  satisfaire à des besoins naturels,   nous  commençons à  nous inquiéter.

Nous craignons un je ne sais pas ? une sorte de ...hui(t ? s ?)
clos!

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Vendredi 23 février 2007
- Par Dominique Poursin

Virginitude-3.jpg Rosalyne et moi on fait la queue chez la toubibe dans le but de reconquérir notre virginitude.

Devant et derrière nous , des silhouettes, des ombres  Un de nos frères passe devant elle, quelle surprise il s’est un peu arrangé, le sourire n’est plus celui de Fernandel, la posture est droite, le geste élégamment désinvolte, est-ce le comportement ou la chirurgie esthétique ?

Il s’éloigne sans rien expliquer, à présent voici l’homme que j’avais vu s’inscrire sur l’écran de télévision un jour de noir et blanc à l’émission « Messieurs les jurés », il défendait un homosexuel, il s’appelait Mathieu, il était journaliste, avait des cheveux bruns et bouclés en désordre tout cela dans un nuage de fumée blanche.

Rosalyne me dit je n'ai pas confiance en lui, tu sais!


Ah cette fumée blanche qui masque et dévoile un peu de charnelle incarnation !

On s'en fout, on ne veux rien savoir de ces messieurs.

On veut reconquérir notre virginitude.

on sait ce qu'on veut le programme est précis; pas de » j’ai du malêtre, jsuis angustiée je comprends plus rien à lavis…"

Non.

Nous entrons dans une salle à décor de plantes vertes de type cactées. Des magazines culturels illustrés en couleur traînent sur la table basse, nul ne s’en préoccupe. La salle d’attente d’ Alix Krautt, une psychothérapeute chez qui tous les névrosés bien informés font la queue en ce moment, moi comme les autres et elle qui a bien voulu m'accompagner.

je les visite tous et je fais des comparaisons. Laquelle me fera conquérir cette virginitude après quoi j’aspire comme dans une paille plantée dans un verre vide ?

Pas de place assise. Tout de même !

Nous ne voyons pas leurs visages, tous sont penchés sur leurs médicaments : ils ont déjà reçu des traitements médicaux nombreux et variés. Indiscrète, on les écoute parler de leurs remèdes homéopathiques, des gélules de diverses couleurs et des comprimés.

Toutes les cinq minutes, l’un d’eux vérifie la mollesse des gélules qui trempent dans une cuvette remplie d’eau. Je reconnais ces gélules c’est du Carbosylane rouge et noir ; et puis voilà le Cleareasil, les Pall Mall si grandes et blanches, les Cachoubes ronds couleur « Bois de rose » et hérissées de petites pointes au doigt.

« Des Pall Mall dans l’eau ! Si ce n’est pas une honte ! »

« Je ne peux pas les avaler sinon je m’étrangle, geint le patient d’une toute petite voix.

-Quel est votre nom ? Demande Rosalyne, curieuse

« Alonso Kiskazy ; me répond-il découvrant des dents trop parfaites. Toréador, j’ai perdu mon emploi.

- Moi c’est Rosalyne Geole. Je suis là pour... présente-toi chuchotet'elle ne sois pas timide.

J'ouvre la bouche et, c'est comme les rêves aucun son n'en sort.

Alonso ne mouffte pas et continue à tremper ses cibiches, gravement.

Ce patient a suffisamment perdu la tête pour confondre des cigarettes et des médicaments.

Enfin l’un de ces hommes se lève, brun et trapu, cette fois, et fait remarquer que ces médicaments vont être inutilisables, l’eau c’est très corrosif, la preuve : les falaises qui s’effritent. Un autre me dit qu’il a acheté pour mille euros de médicaments encore remboursables et qu’il s’apprête à les congeler pour qu’ils servent encore quand ce sera hors de prix.

« Bandes d’hypocondriaques ! » me dis-je en moi-même ; mais à haute voix, diplomatiquement je feins de les approuver.

Rosy hoche la tête : « Il ne faut pas recongeler ce qui l’a été une fois déjà » c’est d’un philosophe d’antan.

Soucieuse d’élever le débat et de le pousser à son paroxysme, je poursuis : « On ne peut pas se recongeler deux fois. Si tu te réveille après ton sommeil de mort que tu as eu la chance que ton fils unique t’ai congelé et l’autre chance que le corps médical ait été plus que scientifique, alors ne meurs plus ; si c’était le cas, tu n’aurais pas une troisième chance…

« Objection, votre honneur !dit l'Alonso faiblement, on peut congeler deux fois mais pas dans le même frigo. »

- Mon honneur, justement c’est ce que je voudrais retrouver…

A ce moment, je disparaîs spectatrice de Rosalyne qui continue seule à jouer.

C'est normal, je m'évanouis très vite dans la plupart des situations et elle prend le relai.

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Dimanche 11 février 2007
- Par Dominique Poursin
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