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Images Aléatoires

Musique

Fleur



 













Mardi 13 mai 2008
Une variation sur le thème : un homme devient père.
 

Il y a la même autoroute que l’on traverse à toute allure au milieu d’un flot de voitures. Et de l’autre côté, la Meuse où l’on manquera de se noyer à nouveau. Il y a une fille qi porte une minijupe et des bottes. Ce n’est plus Rosetta : la jupe lui sied, les jambes sont plus longues , le corps plus délié. Elle porte aussi une belle chevelure et ne craint pas d’être jolie. Elle arrive de la maternité avec son bébé dans les bras. Son ami Bruno est devenu père et ne le sait que trop. Quand elle arrive à l’appartement, un couple l’occupe, affairé au plaisir charnel ? un couple à qui Bruno a sous-loué le studio.

Pourtant, il va tenter de faire plaisir à Sonia, acheter un landau, faire avec elle et l’enfant une virée en voiture, et, mine de rien, reconnaître légalement Jimmy, Nicolas.

Dès lors il n’a de cesse de se débarrasser de cet encombrant fardeau, de la façon qui lui paraît la plus naturelle dans le monde de petite délinquance où il vit : vendre le bébé. Le landau, il ne peut le vendre parce  que cet objet a  un prix. Le bébé, lui, n’a pas de prix.

Tout au long du film, il va se trouver à pousser un landau, vide le plus souvent,  voire à s’en charger dans le tramway ou le métro.
Ces déambulations de Bruno poussant un landau vide, sont  des séquences fortes et  qui symbolisent son désarroi.

Ayant retrouvé le bébé, Bruno va le rendre à Sonia, et, pour cette séquence-là, il le tient dans ses bras pendant tout le trajet, tout à fait comme il le faut.

Mais bien sûr il n’est pas quitte. Pour échapper à la bande avec laquelle il avait fait la transaction à présent annulée, Bruno n’a plus qu’à se faire arrêter pour un nouveau larcin…

 
 

A propos de la faute de Bruno (la vente du bébé) on a voulu souligner qu’elle est différente de se tirer en clamant ça n’est pas le mien. Cette ignoble déclaration, Bruno tente de la faire, pourtant, lorsque l’on a porté plainte contre lui ; la lâcheté de ses semblables lui souffle ces mots. Mais il a déjà reconnu l’enfant. Il vends un enfant qu'il a déjà reconnu comme le sien et se trouve donc en contradiction avec lui-même.

Le délit «  faire du commerce avec l’enfant » existe ici sous son expression la plus élémentaire. Il est bien des façons plus sophistiquées et plus hypocrites de tirer profit d’un enfant. Beaucoup considèrent l’enfant comme un placement pour lequel on investit et qui doit rapporter. De l’argent ?  Pas  toujours : on demande aussi à un enfant de la reconnaissance,  un comportement dont on puisse être fier, de réussir dans la vie… en échange des soins qu’on lui donne.

Le film nous force à réfléchir sur le statut d’un enfant que l’on met au monde, sur la façon de le considérer.

Le refus d’être père, il repose ici pour une bonne part, sur l’impossibilité d’avoir quelque chose à transmettre à un descendant, lorsque l'on vit dans une extrême précarité. Cette précarité peut être morale, culturelle, sans être financière.

J'aime beaucoup ce que font les frères Dardenne et ce film me le confirme. J'ai toutefois tendance à préférer Rosetta et Le Fils, que j'ai autrefois chroniqués

par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (2)    ajouter un commentaire
Lundi 5 mai 2008
Matthew, qui fut un jeune américain venu faire ses études à Paris, se souvient de la façon dont il a vécu « mai 68 ».

Il occupe une belle chambre dans un hôtel cossu, belle mais dépourvue de toilette, raison pour laquelle il pisse fréquemment dans la cuvette du lavabo. Mince, il asperge  sa brosse à dent, dites donc ! Tant pis, il ne s'en sert pas, il se le fait au doigt...

Ne croyez pas que je dise cela  en vain. C'est une de ses occupations principales, en plus d'écrire à sa mère.

Il est  en grève, les cours ayant cessé. La cinémathèque est occupée et Henri Langlois démis de ses fonctions. Au cours de la manifestation de soutien,iI fait la rencontre de deux  jumeaux de 17/18 ans, Théo et Isabelle, étudiants en cinéma comme lui. Ils l'invitent dans l'appartement, rue de Valois, que les parents ont délaissé pour partir en vacances, leur  laissant des chèques sur le frigo.

Les trois adolescents jouent à mimer des scènes de film célèbres, que les autres doivent deviner. Ainsi Isabelle dit « je suis née en 1959 sur les Champs Elysées » et Matthew visionne Jean Seberg vendant des journaux sur cette avenue dans A bout de souffle.

Ensuite, on mime la Reine Christine, les lumières de la ville, Keaton, Scarface, Freaks, Bande à part... Isabelle  c'est Eva Green, le nom me dit quelque chose mais je ne l'avais jamais vue. Elle est mignonne. Louis Garrel  (Théo) semble abonnés aux rôles d'étudiants révoltés et  introspectifs. Ça lui va plutôt bien.

Les trois adolescents vont former un huis-clos dans l'appartement.  Tandis que leurs  camarades politisés manifestent  et se battent sous leurs fenêtre, ils  s'adonnent à des jeux sexuels : Théo se masturbe tandis qu'Isabelle lui plante un ballet O'cédar dans les fesses... Matthew est choqué et fasciné. Bientôt il a un gage et doit faire l'amour à Isabelle  sous le regard de Théo. Il la déflore, le frangin est jaloux. On tente le ménage à trois sans vrai succès.

Les garçons se disputent parce que Matthew se rend compte qu'il y a un soulèvement social d'importance, et que Théo ne va pas rejoindre les grévistes actifs, ce qui ne l'empêche pas de répéter des slogans maoïstes.

Bientôt tout cela ne les amuse plus, et tous les chèques des parents sont dépensés... ils vont fouiller dans les poubelles : il y a du choix ! Les éboueurs sont en grève...
Les jeunes gens s'ennuient : pour lutter contre  dépression, aller dans la rue s'occuper à monter les barricades paraît une solution au moins provisoire !

Ça me fait penser aux Enfants terribles de Cocteau,  en moins terrible, car ici, l'on assiste à une sorte de "mi-happy end".
  En effet, dans  les " Enfants terribles", le huis-clos s'achève sur la mort de tous, et dans "Innocents", celui qui joue le rôle du troisième ( Matthew) ne va pas jouer le jeu jusqu'au bout. Sa fonction est de séparer les jumeaux, et de les abandonner, moins heureux qu'ils n'étaient au début. Lui-même se sent davantage concerné à la fin du film et  commence à  comprendre quelle attitude il veut avoir, vis-à-vis de ses amis, envers la situation politique aussi

Le titre "innocents" laisse à penser que les trois jeunes sont  en-deçà du péché, qu'ils se meuvent dans un espace libre de contraintes,  situation qui se révèle  finalement contraignante. La fin  de l'innocence?

Mais on risque d'interpréter le film comme une dénonciation de  la fameuse «  démission des parents intellectuels qui ne savent pas quoi faire de leurs mômes » ? (cliché rebattu). Ou que les  jeunes de mai 68 sont descendus dans la rue parce qu'ils avaient besoin de tutelle... !

Pas tous !

Ce deuxième DVD du coffret Télérama «  les films de mai 68 » me paraît moins  original, dans son traitement, que «  les Amants réguliers » mais pas si différent : c'est  un film où l'on se rend compte lentement que l'on doit perdre ses illusions et ses rêves à l'approche de l'âge adulte.

Il se laisse voir sans déplaisir mais  je n'y trouve pas la force de grands films de Bertolucci tels que " Le Conformiste".

par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (4)    ajouter un commentaire
Jeudi 24 avril 2008

Le fils dure 175 minutes, il est en noir et blanc.


Je ne suis pas très familière des films de Philippe Garrel. A 18 ans, j'ai vu «  La Cicatrice intérieure » que j'ai reçu comme un rituel énigmatique et érotique, dont le sens ne m'a pas paru clair.

Ici, il s'agit, plus réalistement de revenir sur mai 68 et ses  retombées.

François (Louis Garrel, fils du cinéaste) a vingt ans en mai 68. Il étudie la littérature. le soir il fume de l'opium avec ses amis Antoine et Jean-Christophe, puis s'en va dormir chez sa mère. Au matin, la police vient à cause de son service militaire qu'il ne vaut pas effectuer.

François s'enfuit, et se retrouve dans la rue. Vu sa situation délicate, il est enchanté, et on le comprend, de pouvoir participer à ce que l'on croit pouvoir appeler «  la révolution », aux combats de rue.

Nous le voyons attendre devant une barricade, attendre longtemps, rêver tout éveillé  en substituant la scène présente en une scène de la révolution française.  Il dit à ses compagnons qu'il ne veut pas lancer de cocktail Molotov, qu'il ne peut se résoudre à la violence, en regardant flamber des carcasses de voitures.

Fuite, soudain, poursuivi par deux CRS. Il se réfugie sur un toit et y passe quelques heures, réussissant même à somnoler.

Somnoler, c'est un peu ce qu'ils feront ses amis et lui, dans la demeure héritée par l'un d'entre eux, Antoine, pendant deux ans, fumant l'opium dans de longues pipes, défoncés comme de vieux canapés. Deux jeunes filles les ont rejoint.

 Ils ne veulent pas être militants, « Etre militant, c'est être moine ») préfèrent s'essayer à l'art.

 L'un s'adonne à la peinture, l'autre écrit des vers, le troisième s'habille et se promène. Ils se montrent leurs productions respectives.  

On lit un poème, réalisé dans un registre plutôt romantique :

Les nuages, quelques fumées neigeuses
Sont là tellement sur le bleu
Qu'on ne peut les imaginer autres
On dirait des anges
Dans ce lit là, il a dormi celui
Dont le regard s'éveille au hasard
De ce ciel dans l'oubli



En effet la partie amoureuse a commencé à se jouer. Louis et Lilie sont devenus amants sans qu'on l'ait remarqué, car le cinéaste filme avec lenteur certains gestes de  la vie quotidienne, des gestes en eux-mêmes peu significatifs, et des attitudes, quelqu'un se mire dans une glace, réajuste sa coiffure (c'est toujours un homme), deux ou trois se passent une pipe en parlant à voix basse. Nous sommes dans la durée, plutôt que dans le temps et les séquences se succèdent sans heurts.

Lilie veut devenir sculpteur pour réaliser le rêve de son père qui s'adonnait au dessin en cachette de sa mégère de femme, à des moments volés à son travail sans intérêt.

Lilie est de ce fait l'héroïne du groupe, énergique et vraiment impliquée dans un projet qui lui tient à cœur.. En amour, elle a aussi des idées. Lorsqu'elle veut changer de partenaire sans changer d'ami, elle le demande simplement à Louis (je suis attirée par Antoine, puis-je aller avec lui) et Louis répond avec embarras, gêne, ou flegme ? Que, oui, elle peut, ça ne changera rien entre eux.


A cinq ils forment ce qu'on appelait une communauté ; maintenant nous dirions une colocation et l'on entendrait des discussions à propos du partage des tâches et des lieux, de l'argent à donner à Antoine, le propriétaire, chaque mois. Les jeunes auraient tous des occupations à l'extérieur. Lorsqu'un couple se formerait il quitterait les lieux...

A  ce moment-là, c'est le contraire : les couples se défont, et les jeunes cherchent du travail, et parlent d'argent à gagner,  lorsqu'Antoine décide de  gagner le Maroc, pour devenir journaliste, et qu'ils doivent tous partir. D'ailleurs, le logis est surveillé et fouillé par les flics. ..  

Nous a voyons Lilie travailler dans un atelier, chercher un professeur, se faire des relations et partir aux USA. Louis se terre dans une chambre, avec les mêmes problèmes qu'avant, et pas de solution.  Il lit les lettres que Lilie lui envoie. Ce grand jeune homme à chemise blanche e visage blême est plongé dans un désarroi qui tourne à la pathologie...


Pourquoi les «  Amants réguliers » ?

Il y a contradiction entre l'aventure que suggère l'expression « être amants » et le sens habituel de «  régulier », conforme à une norme. Peut-être est-ce un titre ironique même si le film ne l'est pas. L'aventure n'était pas au rendez-vous entre eux, ni l'aventure amoureuse, ni l'artistique, ni la révolution. Et ils furent normatifs en fin de compte.


Voilà un film intéressant qui nous interroge sur  mai 68. Les deux interprètes principaux  Louis Garrel et Cécile Hesme sont extrêmement convaincants dans leurs rôles respectifs et filmés d'une manière originale.



par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (3)    ajouter un commentaire
Samedi 1 mars 2008

Klein-photo-Mr--Klein-1976-6.jpgEn ouverture, nous assistons à une visite médicale : on examine une femme, dévêtue, suspectée d’être juive ; un prétendu médecin énumère les « particularités de son anatomie » à une religieuse qui prend des notes. Les particularités relevées sont d’une  cruelle précision ( mesure de l’espace aéro-nasal, du front, remarque sur la courbure des lèvres, mimique, faciès…). Le cas est jugé douteux. Dans l’escalier vers la sortie, la femme, mal à l’aise, rejoint son époux qui a subi le même sort. Ils s’interrogent avec anxiété «  comment ça s’est passé ? »

 
-Bien
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Nous voilà chez monsieur Klein (Alain Delon), marchand d’art, d’abord dans sa chambre à coucher cossue, une fille mi-nue sur le lit. Pétain cause à la radio. Nous sommes le 16 janvier 1942. En robe de chambre, Robert Klein, vêtu d’une robe de chambre luxueuse à grandes rayures longitudinales ,  prépare une transaction avec un client  hollandais ( Jean Bouise, excellent comédien) qui lui cède pour 300 francs un Van Ostade «  Portrait d’un gentilhomme ». Klein regrette ironiquement de l’acquérir à un prix tellement dérisoire, l’autre le reprend avec colère et dignité «  Alors ne l’achetez pas ! »

 
Mais l’homme n’a pas le choix…
 
 
 

Au moment où il franchit le seuil, Klein aperçoit «  Informations juives » qui émerge de dessous le tapis de porte. Le client hollandais sort de sa poche le même périodique.

 

 Robert se  rend compte que le journal était adressé à un autre Robert Klein, dont l’adresse a été biffée et remplacée par la sienne.

 

Klein se rend au local d’ »Informations juives » reporter le périodique  et demander qu’on le raye de la liste. Le directeur des affaires de la communauté juive ne peut rien pour lui,  il a dû remettre le fichier des abonnés à la Préfecture.

 

A la Préfecture, Klein explique encore une fois  son cas au commissaire général aux «  questions juives », qui note son nom et va s’occuper de son affaire…

 

Klein est rassuré, nous pas. A sa place on n’aurait pas alerté les autorités.

 

 Il pense que les juifs sont surveillés, en vertu d’une certaine logique, qu’être juif dans ce contexte, c’est répondre à certaines caractéristiques  et que lui, Klein est non juif.

 

 Il se lance dans une enquête personnelle, qui le mène à l’adresse de l’autre Klein,

 

quitte la rue du Bac où il vit pour visiter l’appart dans le modeste quartier des Abbesses. La logeuse a peur, elle ne sait rien de Robert Klein  qui a fui, ou se dissimule,  et craint que celui là ne soit envoyé par la police. Robert fouille le studio de son homonyme, repart avec une pellicule photo qu’il fait développer : Sur le cliché brouillé émerge la silhouette de l’ancien locataire avec un gros chien. Il ne ressemble à personne que connaisse Klein.

 

A une soirée, Klein s’entretient avec son ami avocat, Pierre,  (Michel Lonsdale) et sa femme, qui est sa maîtresse en titre : elle lui reproche d’avoir une sous-maîtresse et de ne pas le cacher.

 

Pendant la fête, deux policiers viennent parler à Klein  provoquant les soupçons de ses amis.

 

Klein reçoit une lettre d’une certaine Florence, qui lui dit de la rejoindre à Ivry la Bataille ( petite localité près d’Evreux, Normandie).

 

Il se doute que ce message concerne l’autre Robert Klein, et, piqué de curiosité, autant que désireux d’éclaircir cette affaire «  pour son bien », il répond encore présent à ce nouvel appel.

 

Vers minuit, il fait les cent pas, dans la sinistre petite gare d’Ivry. Un taxi l’attend, le voilà dans une somptueuse propriété, où se donne une fête plus aristocratique que celles qu’il connaît.

 

Florence (Jeanne Moreau) l’avise que son message visait l’autre Robert.

 

Robert 1 passe la nuit  dans une chambre, les relations entre Florence et lui sont tendues.

 

Robert 1 est vexé que  son homonyme juif  ait une maîtresse plus intéressante que les siennes…

 

Florence fait un portrait flatteur de  l’autre Robert Klein : intellectuel, philosophe, scientifique …avec une conscience et des activités politiques. Robert 1 est dépourvu de ces qualités. Désormais, L’autre Robert est en quelque sorte son double et son concurrent.

 

Peu après les faits, la compagnie qui vivait clandestinement à Ivry, a disparu «  pour le Mexique et revendu la propriété »…

 

Ont-ils fui ? ont-ils été arrêtés ?

 

A force de répondre présent à tous les appels  concernant  Robert Klein 2, Robert 1 est réellement suspecté de judéité. On lui ordonne de produire les certificats de naissance de ses grands parents paternels, et, il apprend que sa famille a une branche hollandaise dont elle ne sait rien.

 

Il tente de se divertir avec sa première maîtresse dans une brasserie où l’on donne un spectacle de pantomime : une femme vêtue de noir (la mort) voilée chante une mélopée devant une danseuse blonde et fardée en tutu rose. La femme en noir enlève son voile, elle ressemble à un Pierrot et aussi à un homme… apparaît un Gnafron qui représente le juif, en lequel Robert croit voir son client hollandais déguisé… Il se promène avec une pancarte ; la caméra s’attarde sur l’assemblée, coiffures et chapeaux extravagants, agapes, tout le monde se goinfre. Toute une population s’affiche, obscène, en pleine guerre  dans les lieux de plaisir.

 

Dans la salle, un serveur dit qu’on demande Klein au téléphone. Comme à l’ordinaire, Klein  se rue sur l’appareil au lieu de faire le mort.

 

Plus tard dans la nuit, il retourne rue des Abbesses, le téléphone sonne : c’est « Isabelle » qui a vu de la lumière et appelle de la rue en face. Klein raccroche. Il enquête désormais sur cette femme qui se trouve avoir de multiples identités ; elle se cache, de même que l’autre Robert, que Klein  voudrait surprendre dans  son studio la nuit

 

Un chien commence à suivre  Robert comme son maître. Il croit reconnaître le berger allemand de la photo floue.

 

Robert rentre chez lui, des voilures, se remplissent de policiers et filent à toute allure comme pour une chasse à l’homme. L’atmosphère est de plus en plus angoissante. La police est chez Robert et fouille. Robert proteste de son innocence, il ne s’est caché de rien ni de personne

 

«  Ce ne serait pas la première fois que l’on se montre pour mieux se cacher ».

 
 
 

Klein est saisi de folie. Pierre procure à Robert de faux papiers pour fuir. Ils s’arrangent pour la vente de son appartement. Dans le train il a pour voisine la femme  aux identités multiples …. Il se rend compte que Robert Klein 2  l’a accompagnée à la gare et qu’il l’a croisé sans le savoir. L’urgence d’une rencontre avec ce double rival dont la vie parallèle intervient dans la sienne, se fait sentir. Klein revient chez lui et appelle rue des Abbesses. Les deux Klein se donnent enfin rendez-vous sans intermédiaire…

 

Pierre, l’ami avocat  l’informe qu’il a fait arrêter  Robert Klein 2 avant que la rencontre n’ait lieu.

 

 Le lendemain Klein 1 est « arrêté » lui-même à l’occasion de  la rafle du Vel d’hiv  le 16 juillet 1942, du moins est-il « pris » dans le mouvement. Va t’il enfin rencontrer Klein2 ? Dans la foule, il reconnaît le client hollandais,  qui l’observe un instant… ou peut-être ne reconnaît-il personne ? En tout cas le spectateur les voit réunis comme ils le furent lors de la vente du tableau…

 

C’est un très grand film, une réussite sur tous les tableaux. Traitement subtil du thème du double, dénonciation crue et efficace du racisme, de ceux qui s’enrichissent frauduleusement pendant la guerre, dynamisme du film noir, excellence du suspense, monstration de la culpabilité inconsciente  du grand bourgeois contraint malgré lui de devenir Klein, et de le payer cher.

 
Sur une note comme celle-là le blog peut s’achever.  
par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (4)    ajouter un commentaire
Mardi 5 février 2008

Le 21 janvier Arte a diffusé Jules et Jim pour fêter les 80 ans de Jeanne Moreau.   Je n’avais encore jamais vu ce film de Truffaut.

 

De ce roman de Pierre-Henri Roché (dont il adapta également Deux anglaises et le continent) , qui ,à lire, m’avait paru maniéré et ampoulé, il a tiré une tragi-comédie contée sur un ton à la fois léger et sérieux. Truffaut installe une distance grâce à la voix off, ironique, désinvolte, qui raconte en laissant défiler les images, la vie du couple sur une génération, laquelle comprend la Grande guerre qui va éloigner Jules de Jim: Catherine les remet en présence.

  On s’intéresse à  l’affaire sans éprouver de peine lorsque Catherine se suicide avec Jim qui se laisse faire et que Jules est doublement veuf.

 
D’ailleurs on dit qu’il est plutôt soulagé.
 

Ces deux hommes, me suis-je laissée dire, sont liés par un attachement homosexuel qu’ils ne veulent ou ne peuvent réaliser, et se servent d’une femme pour s’aimer par procuration.
Le coup de foudre c'est d'abord entre les deux jeune gens qu'il a lieu. Des jeunes gens oisifs, cultivés qui cherchent des occupations dans le journalisme, l'écriture, l'art, les femmes...
C'est ensemble qu'il s'éprennent d' une statue au regard sublime  et vont l'admirer en Grèce, puis croient en trouver l'incarnation, en la personne de Catherine dont le sourire  ressemble à la statue. Ce qui pourrait nous rappeler aussi Swann aimant une femme, Odette, qui présente une mystérieuse ressemblance avec la Vénus  de Boticcelli…
Catherine n'a d'une statue que le sourire, elle bouge tout le temps, papillonne, danse,court, instable, fantasque, inssaisissable.

 

Lorsque Jules Catherine et Jim sortent ensemble, on se souvient que celle-ci spontanément se déguise en garçon pour leur première promenade et fait illusion sur les passants.

Une sorte de pacte semble se conclure ( à quel moment, je n'en sais rien, je ne peux revoir le film...) et Catherine accepte de devenir la "reine" des deux hommes.

 Catherine n'est pas «  libre » comme on l’a dit, mais prise entre deux feux, va jouer tour à tour le jeu de l'un, le jeu de l'autre, devenir suicidaire, et entraîner Jim, consentant, jusque dans la mort.

 

Le  duo masculin est aussi soudé que conflictuel ; pendant la guerre, ils sont opposés l’un à l’autre par leur nationalité et craignent de s’entretuer.

 

(Je me rend compte que dans Rendez-vous à Braye, André  Delvaux a dû s’inspirer de Jules et Jim. Les ressemblances sont fortes : un Français et un Allemand lié s par une amitié sérieuse, une femme entre eux, une femme qui ressemble à une œuvre d’art,  la grande  guerre entre eux, et les noms aussi qui correspondent aux noms que Jim avait donné aux personnages de Jules et lui dans son roman (Julien et Jacques), Jacques qui est volage et julien qui est chaste…) 

 

Cependant Jules est décidé à faire quelque chose de sa vie qui soit  plus constructif que le fameux «  tourbillon ». Il épouse Catherine, l’installe dans une maison,  procrée, travaille à des tâches sérieuses. Jules est le personnage  qui tente de se tirer d’affaire.

 

Jim  croit désirer la même chose mais il échoue. Catherine et lui se servent d’une stratégie, prendre chacun un amant pour rendre l’autre jaloux. Ainsi ne savent-ils jamais ce qu’en réalité ils désirent, et s’en vont-ils vers la noyade, seule la mort peut les délivrer d’un jeu  qu’il ne maîtrisent pas, et qui les fait souffrir lorsqu’il a fini de les amuser.

 
 Il faudrait revoir " Deux anglaises et le Continent" qui  met également en scène un trio ( deux femmes et un homme) et des solutions encore différentes...

La télé a diffusé plusieurs films dont Jeanne Moreau est la vedette; l'un des plus intéressants est " Une Histoire immortelle" d'Orson Welles, s'ils pouvaient le passer...
 
 
par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (1)    ajouter un commentaire
Jeudi 24 janvier 2008
AbdelaHafsia-Herzi.jpgttif Kechiche La Graine et le mulet
 
 
 

A 61 ans, Slimane, ouvrier sur un chantier naval du port de Sète est mis au chômage. Il ne travaille plus assez vite, et, ici comme en Angleterre (Voir It’s A Free World), on préfère embaucher des étrangers, voire des clandestins, à bas prix, et sans mesures de sécurité.

 

Il ne peut espérer de retraite digne de ce nom même ayant travaillé trente cinq ans. En effet, la société qui l’embauche ne l’a déclaré que durant les quinze dernières années.

 
 
 

Il rentre chez lui plus soucieux que jamais, distribue un lot de poissons que lui ont donné ses amis pêcheurs à sa famille. Son ex-femme et sa fille ne font pas grand cas des mulets, son ex-femme préférerait de l'argent dont elle manque ;  sa fille aussi qui travaille à la conserverie, et  se bat pour conserver un salaire décent ; mais sa compagne qui tient un hôtel modeste où il vit, et  sa belle-fille, Rym, l’accueillent avec chaleur. Apprenant son problème,Rym  lui propose d’ouvrir un restaurant sur le port. Le bateau dont il est propriétaire servira à cet effet. Slimane, on le sent, ne s’intéresse pas vraiment au projet, tandis que Rym y tient beaucoup, elle ne veut pas finir sa vie comme serveuse de bar.

 
 
 

Cependant, digne et obstiné (comme un mulet ?)  il accompagne la jeune fille dans les démarches officielles qui s’avèrent peu prometteuses. Alors, Rym et lui décident de faire retaper le bateau et d’offrir un repas de couscous de poisson  à toute la municipalité. Ce plat doit devenir la spécialité du restaurant.

 

Slimane commence à y croire, fait travailler ses fils. Le soir tant attendu arrive. Des problèmes de ravitaillement inattendus vont causer des dommages irréparables, mais aussi réconcilier l’ex femme de Slimane et sa compagne actuelle, ainsi que les enfants de Slimane et sa belle fille, pour mener à bien le projet.

 
 
 

Ce film est comme une invitation. Abdelattif Kechiche nous convie dans sa communauté, nous fait vivre au plus près des membres de  cette  famille d’immigrés qui assument pleinement leur exil, assister à leurs déchirements, leurs joies, leurs espoirs, à tous les gestes de la vie quotidienne. Une ambiance chaleureuse, des gens sympathiques, sincères, artistes, surtout les femmes, et qui savent nous toucher.
Le metteur en scène montre aussi que la communauté maghébine  vit normalement sans la moindre trace de fanatisme religieux.

Nous les  admirons , car les français, pour la plupart n 'ont pas ces qualités humaines.

Comme dans  l'Esquive, Abdelatif Kechiche évite la grandiloquence, le happy end artificiel aussi bien que le mélodrame.   

 
 
 
  graineetlemulet04-copie-1.jpg
par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (1)    ajouter un commentaire
Mardi 23 octobre 2007
Osman Elkharraz et Sara Forestier
© Rezo Films Galerie complète sur AlloCiné
Une cité HLM à Saint-Denis.

Krimo se lasse de son amie Magali et s’intéresse à Lydia qui joue un rôle dans la pièce de Marivaux «  Les Jeux de l’amour et du hasard » que les collégiens préparent avec leur prof de français pour une représentation de fin d’année.

Krimo veut plaire à Lydia et pour ce faire lui donner la réplique. Ses copains le critiquent disant que le théâtre c’est pour les pédés. Il tente néanmoins de faire Arlequin déclarant sa flamme à Lisette déguisée qui porte le costume de Madame, et la démasquant. C’est le moment où les masques tombent pour les serviteurs.

 

Krimo ne parvient pas à jouer. Le professeur, une femme, leur dit que la clef de la pièce c’est précisément qu’il n’y a ni amour ni hasard. Malgré les déguisements et les changements d’identité les couples se forment comme la société le prévoit les serviteurs ensemble les enfants des maîtres idem, liés par intérêts et affinités de classe sociale, quand bien même ils invoqueraient l’amour.

Cette lecture est intéressante et mériterait un approfondissement.

 

Les rôles de cette scène correspondent à ce que vivent les adolescents. Lydia a plu à Krimo avec la robe de Madame dans laquelle elle se promenait fièrement dans tout le quartier. Elle se débrouille avec des langages et des cultures appris à l’école et s’intègre à la société. Beau garçon Krimo est déjà largué et condamné à rester dans la cité. La fille s’esquive et ne peut répondre lorsqu’il lui demande de sortir avec elle.

Cette hésitation et les pressions exercées par les amis de Krimo sur le groupe de Lydia créent une forte tension et une échauffourée avec des flics cogneurs.

 

Tous les clichés romanesques sont évités et le cinéaste se garde bien de dénouer les conflits.

Les jeunes comédiens amateurs jouent d’une façon véridique avec beaucoup d’enthousiasme.

 

Ce film a été diffusé sur Arte le 3septembre 2007. Malheureusement je ne l’ai pas vu en salle.

par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (3)    ajouter un commentaire
Jeudi 18 octobre 2007
Andy Gillet et Stéphanie de Crayencour
© Rezo Films Galerie complète sur AlloCiné

L’Astrée est un gros roman du début du 17eme siècle  un roman pastoral, en fait l’un des derniers du genre.

Il met en scène des bergers,  ce terme ne désigne pas un métier mais une façon de vivre à la campagne, sans autre occupation que l’amour, chanté, célébré de toute les façons, débattu, mais chaste en principe. Dans le film de Rohmer, c’est loin d’être  certain.

 Le roman pastoral  a quelque  rapport avec le roman courtois et l’on se souvient que Rohmer a adapté  Perceval dans les années 80.

   

L’action se situe dans une Gaule imaginaire. Astrée et Céladon sont  donc amants.

Astrée a vu son ami flirter avec une autre bergère au bal. Elle le chasse et lui ordonne de ne pas reparaître devant elle. Au désespoir, il se jette dans la rivière, est sauvé et recueilli par des nymphes et un druide. Libéré des assiduités pour lui importunes d’une des nymphes, il prétend cependant ne pouvoir reparaître devant Astrée sans l’accord de celle-ci qu’elle ne saurait lui donner puisqu’elle le croit mort. Après un séjour vagabond en forêt, à  chanter son affliction en vers libres, il accepte de se faire passer pour la fille du druide pour entrer en contact avec Astrée.

 

Le seul extrait du livre que je connaissais est le discours d’Hylas en faveur de l’amour libre. Les enseignants disaient que c’était très moderne pour l’époque ce plaidoyer. Mais pour notre époque qu’en dire ?

 

Lycidas, le copain de Phillis, amie d’Astrée, défend le point de vue de la fidélité : l'amour est éternel en l'autre on recherche ce qui est en soi ; dans l’amour, deux être ne font plus qu'un.

Hylas, partisan de l'amour libre, réplique au contraire on ne désire que ce qui est hors de soi. Disons : ce que l’on n’a pas ; l’autre que soi.

 Pour Lycidas l'autre forme un cercle avec soi. ??

Hylas lui répond  si tu te penses semblable à Phillis c’est que tu es une femme.

 Lycidas objecte que dans cette fusion amoureuse seules les  âmes sont semblables.

 Hylas lui dit tu vas garder l'âme de Phillis et tu me prêtes le reste, son corps, on verra qui sera le plus heureux.
C’est un joli tour de rhétorique et Hylas a gagné la partie.

Mais ils ont raison tous les deux l’amour est à la fois narcissique et recherche de ce qui nous manque et il s’éteindrait d’être comblé.

Ces débats pour ou contre la fidélité conjugale sont  intéressants mais  convenus et l’on sait que, de toute manière ni la fusion de deux en un, ni l’inconstance ne donnent de résultats satisfaisants.

Les mises en parallèle du monothéisme et de la fidélité conjugale, que professe le druide un peu plus tard,  Rohmer nous les sert depuis toujours. Mais les variations sur ce sujet furent plus piquantes dans des films comme Ma nuit chez Maud.

Ici rien de piquant car tout est donné d’avance et l’on sait pertinemment aussi comment va se terminer le différend amoureux des protagonistes. Absence de suspense et tout le monde est innocent. L’innocence la pureté l’absence de vraies contradictions chez les héros les rend niais. On assiste aussi à une grande quantité de célébrations et de rituels sacrés et champêtres qui finissent par lasser. 

Peut-être est-ce tout simplement que l’Astrée, monument que bien des agrégatifs redoutent de trouver au programme, n’est décidément pas recevable pour tous les publics de lecteurs d’aujourd’hui.

Rohmer s’il a eu l’intention de le moderniser on peut ne pas percevoir cette volonté. On a dit que le travestissement de Céladon était une péripétie passionnante.

Mais dans le film cela n’apparaît nullement comme une péripétie. Céladon avait réussi à fréquenter Astrée autrefois en se faisant passer pour sa copine aux yeux des parents. On se doute bien que le recommencent de leur relation va passer par le même biais.  

Pour moi le plus mauvais film de Rohmer.

Ses adaptations littéraires sont agréables si l’on aime l’ouvrage en question la marquise d’O. et moins déjà Perceval  avec ce choix de faire crucifier le chevalier à la fin. Il faut pourtant reconnaître que cette action avait quelque chose de terrifiant, de la grandeur. L’ensemble très fabriqué mais des passages délicieux comme celui de «  la pucelle aux petites manches » avec un André Dussolier génial.

Mais L’Astrée ce n’est  guère  palpitant.

 Le langage est pourtant assez agréable, je crois que ce sont les images qui  m’ennuient…

 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (1)    ajouter un commentaire
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