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Vendredi 16 mai 2008

Gallimard (l'Imaginaire) traduction Roger Caillois et René Durand, 1977

1) L'Immortel

Cette nouvelle est précédée d'un aphorisme de francis bacon «  Salomon said there is no new thing upon earth »

d'un extrait de Platon «  All knowlodge was but remembrance »
"J'ai été Homère, bientôt je serais Personne, comme Ulysse ; bientôt je serais tout le monde, je serais mort ».

 

 


Ainsi se termine le  fascicule indiqué comme étant la narration de Joseph Cartophile, que la princesse de Lucinges trouve à Londres dans un volume de  l'Iliade traduction de Pope, qui lui a été donné par le libraire, ce même Joseph qui a dissimulé son histoire dans l'Iliade.

 Le récit c'est sa lecture de ces feuillets :

A l' origine, écrit  Cartaphile, à la première personne du singulier,  il s'appelle Marcus, et il  est soldat de l'empereur Dioclétien.  Il a participé à des  conflits armés en Egypte notamment,  mais la guerre en tant que soldat romain ne lui  a pas permis  d'être un héros. Dans les jardins de Thèbes, un cavalier vient lui révéler l'existence d'un fleuve donnant l'immortalité et d'une cité «  des Immortels ».

Il part avec ses hommes (dont il se débarrasse en route) vers la cité en question,  se lance dans cette  aventure qu'il espère enfin héroïque.

Les philosophes romains disaient «  allonger la vie, c'est allonger l'agonie »  Cette pensée le fait hésiter.  Pourtant la vie avec la mort au bout est elle-même une agonie. Atteint dès le départ par le processus de vieillissement, le corps est  tout entier tendu vers la mort.

 Toutefois, il s'introduit dans le labyrinthe, une pièce donnant sur une autre toute semblable.... Tout en faisant des rêves prémonitoires, il atteint la cité en question.

Il rencontre les Troglodytes (ici cela a le sens de « barbare ») qui sont immortels  ils sont devenus muets et illettrés ; l'oubli a fondu sur eux.

Comme les Lotophages dans l'Odyssée.

Cette cité, raconte l'ex-soldat, n'est pas comme le labyrinthe conçu pour y parvenir et qui  plonge l'homme dans la confusion.

 La cité est seulement absurde, sans invention dans son architecture, un complet « non-sens »

Elle est insupportable et elle rend fou. Pas de description possible. Elle résiste à toute synthèse.

«  Etre immortels est insignifiant ; à part l'homme, il n'est rien qui ne le soit, puisque tout ignore la mort. Le divin, l'incompréhensible, c'est le savoir immortel ».

La roue des indiens : chaque vie est la conséquence d'une vie intérieure et détermine la suivante. Aucune ne détermine l'ensemble.

Les Immortels voulurent vivre (après la cité) dans la pensée et la pure spéculation ;  la vanité de toute entreprise leur est apparue.


Le héros boit à un ruisseau devant la cité  pour ne pas mourir de soif.

Devenu lui-même immortel, il  espère  « un autre fleuve » dont les eaux effacent l'immortalité. Car le mode de vie des Immortels c'est d'être invulnérable à la pitié, le destin personnel ne les intéresse plus. Corps dociles, animal domestique. Plaisir de la pensée. Parfois restitution du monde physique, grâce à une excitation particulière produite par ce phénomène naturel qu'est la pluie.


Mais l'aventure en est absente : ce qui fait l'intérêt de la vie, cette urgence qui donne du poids à ce que l'on fait, même les menues activités, c'est la pensée que l'on va mourir...
Si cette pensée vient à manquer, l'on sombre dans un cauchemar  qui n' ren de commun avec ceux des vivants.

Comme disait Franz Kafka " l'éternité c'est bien long, surtout vers la fin". Le héros du conte n'en peut plus...


En 1921, il se trouve à boire dans un ruisseau d'eau claire. Un arbuste le déchire et il sent la douleur et voit son sang : il est redevenu mortel tels qu'autrefois, ayant bu dans un fleuve qui entourait Thèbes. Il retrouve son état antérieur en buvant à une source un peu semblable à celle qui le fit muter.


Le héros évoque ensuite ses vies diverses dont il se souvient pour chaque d'un fait saillant : traducteur, joueur d'échec, astrologue lecteur d'Homère, assistant de Giambattista Vico qui conçut l'histoire «  circulaire » en opposition  à linéaire.

Commentaires sur ses vies : « mots déplacés et mutilés, mots empruntés à d'autres, telle fut la pauvre aumône que lui laissèrent les hommes et les siècles".

Lorsque s'approche la fin, il ne reste plus que des mots. «  Il n'est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui  furent symboles du sort de l'homme qui m'accompagna tant de siècles. »

J.Cartaphile dit qu'il  lui semble parler un peu toutes les langues. Il est libraire en 1929.

 Meurt peu après.


Ce héros ressemble à Borges lui-même, pour qui l'héroïsme est un thème central. Il  veut, comme chez Hegel, mettre sa vie en jeu, et non travailler comme l'esclave.

L'autre thème est l'éternel retour (histoire circulaire, répétition des mêmes schémas toutefois dans des existences diverses).


Un conte philosophique  auquel on peut encore réfléchir.


 






par Dominique Poursin publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (3)    ajouter un commentaire
communauté : SOIF DE LIRE...
Mardi 15 avril 2008

Ce récit a été publié en Argentine en 2005, et chez Christian Bourgois dans la traduction de  Michel Lafon en 2008.


L'auteur l'annonce sans ambages dès l'incipit  («  J'étais une petite fille de sept ans, princesse d'un pays de conte de fées ») il investit le genre du conte. Il a déjà renouvelé et dévié  le récit de voyage initiatique (Un Episode de la vie du peintre voyageur), le roman  psychologique («  Varamo »), le roman noir («  Les Nuits de Flores ») les enrichissant de sa fantaisie et  de son érudition.


La petite ramasse ce qu'elle croit être une pierre précieuse, mais dans au toucher l'objet se révèle mou et sans forme, fait d'une substance onctueuse inconnue, peut-être répugnante, et qui sent bon.

C'est l'annonce de toutes sortes d'expériences à venir, que sa curiosité insatiable lui fera toujours apprécier (je voulais toujours tout essayer...j'étais un cas extrême de je te vois je te veux).

Au deuxième chapitre, elle présente son père «  Le Roi mon père...c'était un saint ou en langage courant un brave homme », et le grand château où ils vivent...

En effet, le héros du conte n'est pas la petite fille en elle-même, mais le couple « la princesse et son père », d'autant plus exemplaire qu'ils ne sont jamais désignés  par un prénom ou un nom.

Pour la fillette son père fut mal marié avec une fausse psychologue  qui a également menti sur son âge, une marâtre, qui torture son père (Bien évidemment, à sept ans elle prend le parti du père), et «  elle venait d'un autre milieu, du monde phosphorescent des célébrités, ambitieuse, passionnée pourquoi avait-il fallu qu'elle épouse un obscur rêveur impénitent »


Le père, employé de bureau, pour échapper à cette conjugalité atroce accepte de « vendre son âme  aux puissances surnaturelles, en échange de la réalisation de tous ses désirs... pour la première fois de sa vie, il paya au prix fort..»


Nanti de ces pouvoirs, le père achète un domaine, procure à sa femme une petite fille ( la source inépuisable me produisit)mais s'occupe seul de cette enfant » ma relation avec papa était la source des histoires, de tout ce qui donnait du charme et de l'intérêt à la vie » , et en fin de compte crée un  royaume pour lui et sa fille «  la monarchie turque de Biscaye » qui peut dès maintenant occuper une place de choix dans la prochaine édition du  dictionnaire des « lieux imaginaires » de Manguel.

Le rationnel côtoie le féérique, non sans ironie : ce pays est reconnu par la communauté européenne. Quoique turc, il se situe quelque part dans le pays Basque...il y a des montagnes ténébreuses, des hivers aux pluies interminables, de drôles de vipères...

Ils ont deux principaux  serviteurs : un goûteur de plat (Prospero) et un  « poète classique biscayen » Héctor, que papa nomme juge errant « chargé de rendre la justice là ou la justice ne parviendrait pas ». La description qui est faite d'Héctor est celui d'un bouffon de cour. Nul n'a jamais lu ses vers « mais il savait distinguer entre la simple extériorisation de sentiments et une véritable confrontation avec  la littérature ».


Un jour, le roi est mis en difficulté par ses sujets à cause de  couteaux qui se transforment en vipères. Des hommes-boucs prennent la fillette en otage et la tiennent prisonnière dans un vieux cinéma désaffecté. N'est rendue que contre son âme. «  Dépouillée de mon âme, c'est-à-dire de mon éternité, j'entrais dans le cour inexorable du temps. Et comme aucun père ne veut que sa fille grandisse et cesse d'être une fillette, il devenait impératif de récupérer mon âme ».

 

Ils se mettent en route vers le cinéma désaffecté. Le poète juge devient porte-bagage... 


 Le récit de « la petite goûteuse » est fort savoureux, mais il n'est pas toujours aisé d'interpréter les différentes séquences. On peut méditer longtemps sur la signification des «  hommes-boucs » ; d'un vieux perroquet qui guérit la surdité lorsqu'il profère un mot ; du poète juge qui devient porte-bagage ; du Christ, personnage à barbe noire qui habite un vieux château, avec des Papes pour servir un repas copieux. On discute de l'opportunité de faire installer l'électricité...  

«  Ma Mère me fait un chantage permanent avec sa mauvaise santé »dit aussi ce Christ-là, qui a néanmoins  un but «  arriver à boucler un jour son grand œuvre, l'herbier chimique des émotions ».


Lire la présentation de l'auteur sur le site deChristian Bourgois

Un autre article très agréable à lire sur le site du Matricule des Anges 

Mes  billets sur  Varamo et   Un épisode  de la vie du peintre voyageur

Un article intéressant sur le blog Wodka


 

par Dominique Poursin publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Samedi 19 mai 2007

51QFRQE5ZYL.-AA240-.jpgJuan Rulfo : Pedro Paramo. 1992. Gallimard ( L’Imaginaire)

 

Un village du Mexique. Les morts ne s’y tiennent pas tranquilles. Il évoquent leur passé dans de nombreux et bruyants chuchotements, sans compter les apparitions innombrables qu’ils s’autorisent. Du souvenir des morts, qui forme tantôt un chœur, tantôt se présente sous la forme de confidences verbeuses, surgit l’histoire d’une communauté qui a connu des jours difficiles, des tragédies.

 

Juan Preciado, a promis à sa mère mourante, de venir à Comala, le village de son père, et de le retrouver pour lui demander des comptes. A peine arrivé à destination, il apprend que son père est mort, et qu’il était le père de tous les jeunes gens de son âge, et même de plus âgés que lui, parmi les habitants du village car ce tyran disposait de toutes les femmes de la commune ainsi que de toutes les terres.

 
Comment en est-on venu là ?
 

Ce sont ses acolytes, des hypocrites et des lâches, qui, croyant y trouver leur intérêt, l’ont laissé faire. Puis ceux qui ne voulaient pas de cette situation s’étant trouvés en minorité, ont dû céder.

 

Le curé du village entendait en confession les pires horreurs, et il n’a rien fait pour aider ses paroissiens à lutter contre le tyran. Rongé de culpabilité, il meurt aussi.

 

Juan Preciado ne va pas résister longtemps non plus. Les morts et leur bruyante mémoire ont raison de lui.

 

Il partage un caveau avec Dorotea. Ils se parlent et écoutent les mélopées, plaintes à voix plus ou moins hautes, des autres défunts.

 

: même Pedro Parãmo, le tyran craint et abhorré y va de son histoire. Ainsi que cette étrange Susanna qu’il aimait tant, et qui se mourait de mélancolie dans son lit avant de récidiver dans son tombeau.

 

Plaintes directes et propos rapportés. Discussion poétique éplorée. Chacun à sa manière raconte comment il ou elle a participé à l’installation du tyran , en a eu horreur et y a aussi trouvé son compte. Pourquoi ?

 
 
 

Expression poétique originale que ce concert de blues funèbre à plusieurs voix qui s’entrecroisent sans compter les fantômes. Mais c’est le parlé qui domine. Les morts n’en finissent pas de se plaindre et de s’expliquer.

 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
Jeudi 9 novembre 2006
Né en 1949, César Aira est un romancier argentin trop peu connu.


L’action de Varamo se déroule au Panama dans la ville de Colòn en 1923. Varamo, quinquagénaire employé aux écritures au Ministère de l’économie, vient toucher son mois de deux cents pesos. Il a une certitude : on est en train de lui refiler des faux billets ; il ne les refuse pas, parce qu’il se sent coupable de toucher cet argent et d’avoir un emploi « à vie »dans un pays petit mais complexe, le Panama, où la plupart des gens vivotent de combines de rapine et de contrebandes. Ce mois-ci, il se retrouve comme eux, à chercher un expédient pour lui et sa vieille mère.
Au cours d’une soirée exceptionnelle, Varamo, poussé par la nécessité de trouver une solution pour réparer son acte manqué, va se trouver pris dans une série d’intenses réflexions et, sorti de nuit, à des heures différentes, fait des découvertes curieuses, rencontre des voisines qu’il ne connaissait pas, parle avec des éditeurs au café. Pris dans un enchaînements singulier de causes et d’effets, il vérifie ce mot de Sartre « Le génie n’est pas un don mais la façon dont on invente dans des conditions désespérées » en produisant l’espace d’une nuit un grand poème rémunéré sans avoir jamais songé à écrire.  Et grâce à la fausse monnaie, découvre aussi une série de vérités qu’il ne soupçonnait pas. Ce petit fonctionnaire anxieux, cousin de Joseph K, de Bartleby nous avons l’impression de le connaître. Sauf que pour son aventure c’est un « Happy end » qui  l’attend, ce qui n’est pas la moindre des surprises de ce récit surréaliste, philosophique, proche de grands auteurs argentins, Borges et Cortázar entre autres. 
 
 
par domiwind publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
Jeudi 21 septembre 2006

Julio Cortazar : l'Idole des Cyclades. (in Fin d'un jeu)


Deux archéologues, Somoza et Morand ont déterré une statuette dans une petite île grecque Skoros pendant leurs vacances. Morand est avec Thérèse et Somoza porte la chandelle ce qui gêne le couple. Tous trois font passer la frontière à cette « idole » primitive datant des temps préhistoriques. Thérèse a caché l'idole avec succès dans un sous-vêtement de sa propre lingerie.

Deux ans plus tard, Somoza possède toujours la statuette dans son atelier. Il est tombé amoureux de cette déesse préhistorique et en a fait de nombreuses copies ; il n'est satisfait d'aucune mais tient des propos bizarres à Morand comme s'il était  possédé et cherchait à se mettre en transe. Morand décide de mettre les choses au point. Il se rend à l'atelier, y donne également rendez-vous à Thèrése,  écoute son ami lui dire qu'il a réussi à entrer en communication avec le monde de la statuette (qu'il a nommé Haghesa,)  et qu'il est prêt pour le sacrifice, le voit  se mettre nu et saisir une hache de pierre ; Morand, qui a voulu avoir l'air détendu se lève et lui adresse la parole en des termes raisonnables : «  Si tu veux me tuer à quoi bon cette mise en scène nous savons très bien que c'est pour Thérèse mais à quoi cela te servira t'il puisqu'elle ne t'a jamais aimé et ne t'aimeras jamais ? » mais il doit se défendre de l'adversaire qui l'attaque, d'une prise de karaté. L'adversaire reçoit sa hache de pierre en plein front.

« Légitime défense » se dit Morand, pour se rassurer, et lorsque Thérèse arrivera je n'aurai aucune peine à expliquer...mais la situation se retourne brutalement en une chute d'autant plus excellente qu'elle est rapide et parfaitement logique sans être vraiment attendue...


La Nuit face au ciel

«  Et à certaines époques, ils allaient chasser l'ennemi : on appelait cela la guerre fleurie »


C'est une nouvelle à un seul personnage (comme  le singulier  récit «  N'accusez personne » ) ; un jeune motocycliste est victime d'un accident de moto en voulant éviter une femme qui traverse au vert. Après l'évanouissement, il revient à lui, se voit transporté, prend acte d'un membre cassé, de son transport à l'hôpital et perd conscience de nouveau. Sa conscience de blessé hospitalisé, plâtré, buvant un bouillon, ou de l'eau minérale, écoutant les malades autour de lui, alterne avec un mauvais rêve dans lequel il doit lutter contre les Aztèques pour éviter d'être sacrifié.  Puis le rêve devient cauchemar il est enfermé dans un cachot, le scarificateur approche... l'homme  se dit que ce rêve était la réalité et qu'il a seulement rêvé qu'il était un motocycliste venant d'avoir un accident pour alléger ses souffrances. Nous ne pouvons pas trancher. Ni savoir s'il est entré en agonie ou est victime d'un  cauchemar.  Le récit en tout cas est une vraie réussite ; insoutenable de part en part à cause de tout petits détails de vie quotidienne se mêlant au grand rêve du guerrier luttant contre les barbares, à cause du rendu  de l'interminable souffrance physique et morale du personnage.


Fin d'un jeu

La nouvelle qui donne son titre au recueil est l'une des plus réussies.

Le peu que je sais de la biographie de Cortazar ne fait pas état de frère ou de sœur ni de progéniture ; cependant plusieurs de ses nouvelles mettent en scène des enfants ou de jeunes adolescents et ce ne sont pas les moins bonnes.

Ici  c'est une narratrice d'une douzaine d'années qui prend la parole ; elle est la cadette de trois sœurs qui ont l'habitude de se déguiser et de faire du théâtre après le déjeuner aux alentours de la maison familiale «  au bas d'un remblai  à l'ombre des saules près de la voie ferrée ». C'est beaucoup plus sophistiqué. Le jeu est dirigé par Léticia leur aînée qui tire au sort l'une d'entre elle et le jeu qu'elle doit jouer : soit une statue, soit une attitude ; les « attitudes sont des allégories de sentiments : l'Envie, la Charité, la Honte... qui doivent être jouées avec un maximum de mimiques expressives et peu d'ornements. Les statues doivent être inventées à partir d'une série d'ornements fournis.  «  quand le jeu disait « attitudes l'élue s'en tirait bien mais les statues éteint parfois des échecs terribles ». En effet les « ornements » sont des pièce de linge et des objets inutilisés for disparates et dont il est difficile de tirer une pose.

Léticia l'aînée, maîtresse du jeu, est invalide ; elle souffre d'une malformation de la colonne vertébrale,  qui l'ankylose, rend ses mouvements difficiles et beaucoup d'entre eux impossibles ; elle ne peut pas tourner la tête. Et lorsqu'on la voit de près elle est très maigre, raide, « une planche à repasser ».  La narratrice l'appelle aussi la « Vénus de Nino » qui renvoie effectivement à une statue, mutilée de surcroît.

«  Elle savait qu'on ne lui dirait rien, que dans une famille où quelqu'un a un défaut de conformation et beaucoup d'orgueil, tout le monde, à commencer par la malade elle-même, fait semblant de l'ignorer ou plutôt ont fait ceux qui ne savent pas que l'autre sait. »


Si les filles se donnent autant de  mal c'est bien entendu qu'elles ont des spectateurs ; celle qui se déguise est prête pour le passage du train qui vient de Tigre à  deux heures huit.  Certains passagers du train qui doit ralentir à cet endroit leur envoient de compliments et salue celle qui joue sa partie.  Ces trois étonnantes Grâces attendent le jugement de Pâris qui doit venir d' « Ariel B. un jeune garçon aux boucles blondes aux yeux clairs » qui  laisse tomber des messages  sous forme de bouts de papier attachés à un boulon ; Ariel ne tarde pas à communiquer sa préférence pour «  la plus flemmarde des trois » ainsi rend-il compte de son interprétation du comportement de Léticia qui, invalide, ne fait guère de mouvements. Le jeu va prendre une nouvelle tournure le jour où l'admirateur dit qu'il va descendre à la gare la plus proche pour venir y rencontrer Léticia...




Chaque nouvelle du recueil «  Fin d'un jeu «  révèle en effet la dangerosité du jeu ( de la mise en scène à laquelle se livrent des partenaires liés par une sorte de mauvaise plaisanterie qui débute de façon très ordinaire, comme un jeu ou comme une  politesse qu'on se fait, une histoire que l'on se raconte pour éviter la réalité gênante l'embellir ou n'en parler que par euphémisme. Cependant le jeu se développe, prend une ampleur inattendue et  les personnages  s'y trouvent englués, parfois incapables de s'en sortir  autrement que par une issue fatale. Beaucoup de ces nouvelles sont des histoires de possession (voir aussi «  Les Ménades »)




par Dominique Poursin publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
Vendredi 25 août 2006
TOUS les feux le feu . 1966 .
 Nous avons huit nouvelles : le titre fait référence aux deux nouvelles en contrepoint qui s’annulent l’une l’autre dans une incendie.
 
Toutes les nouvelles jouent sur deux séries qui s’opposent et se rejoignent : deux vies, deux personnages, deux espaces, 2 récits différents
 
 
L’Autoroute du sud.
 
Cette nouvelle a été adaptée au cinéma par Ettore Scola sous le titre «  Le Grand embouteillage ».
 
Le changement de vie : des automobilistes immobilisés sur une autoroute recréent une société, forment une communauté, reproduisent une organisation sociopolitique. Le personnage principal dit «  l’ingénieur de la 404 » représente le point de vue dominant.
Bientôt les personnages sont identifiés à leurs véhicules. «  Dauphine » « Taunus » ( c’est le chef) « simca » . Où en référence à leur âge : «  les vieux de la DS » ou à la religion «  les bonnes sœurs de la 2CV »
 
Des événements essentiels se produisent de ceux qui contribuent à souder une communauté : des décès ( le suicidé de la caravelle) ; des repas, ; des échanges de véhicules/domiciles.
 
Le cadre devient anachronique lorsque survient la première neige sur cette autoroute de retour de vacances. On commence à assurer la circulation des biens grâce à « La Porsche », dont le propriétaire a des relations avec l’extérieur au départ et de ce fait organise une activité commerciale au sein du groupe.
 
 Le temps subit des distorsions importantes puisque plusieurs saisons se succèdent en vingt-quatre heures qui sont vécues comme de longues périodes de temps.
 
Et puis, le « bouchon » cesse, les autos repartent, la vie recommence : les occupants des véhicules veulent croire que c’était un rêve sauf l’ »ingénieur de la 404 » qui croit bien avoir procréé.
 
2) La Santé des malades.
 
L’humour noir y est prédominent, davantage encore que dans la précédente : Il s’agit aussi d’une situation courante mais pathologique. Les membres d ‘une famille entretiennent la vie de leurs morts par discours lettres et pensées. Les vivants sont les vrais morts. Dans cet univers carcéral, quitter la mère, c’est mourir : (Ceux qui ont quitté la maison familiale succombent à des accidents) Alexandre le fils, ayant terminé ses études, a pris un avion pour Buenos Aires où l’attend une bonne situation. L’avion s’écrase sans survivants…
L’agencement ingénieux du récit c’est de le débuter sur Célia qui va mourir puis de faire un long flash-back sur Alexandre.
On a caché à maman ( diabétique, dépressive) la mort d’Alexandre qu’elle n’aurait pas supporté de savoir. Garder le mort en vie pour la mère, se révèle un avantage : Charles prend la place de son frère plus brillant …et mort. Maintenant il faut lui dissimuler la mort de Célia dont les malaises et le passage de vie à trépas sont évoqués entre parenthèse ou par petites phrases rapides pour laisser place au grand jeu : comment maintenir une morte de plus en vie pour maman ?
Les filles se racontent à l’envi «  la vie des morts » qu’elles inventent pour en faire le récit à maman. Il y a aussi ces lettres innombrables que les vivants doivent écrire pour en faire la lecture à maman et qui remplacent les visites que les morts remettent toujours à plus tard grâce à d’ingénieux prétextes. C’est aussi ce que fait l’écrivain avec ses personnages pour le lecteur. La création littéraire est souvent montrée dans ces situations apparemment sans rapport.
C’est un thème fréquent et on l’exploite pour montrer que le « disparu » dont on veut cacher le décès par égard pour quelqu’un  n’est mort pour personne surtout pas pour les mystificateurs, très heureux de maintenir sa présence ! On se souvient du film «  Good Bye Lenin » où c’est la chute du mur de Berlin qui est cachée à la mère  dont la santé chancelante ne pourrait le supporter… à grennd renforts de moyens audio-visuels sophistiqués ; plus récemment, on pourrait aussi évoquer le film de Julie Bertuccelli «  Depuis qu’Otar est parti » qui exploite le même thème avec autant de talent que Cortazar me semble t’il.
 
La pointe qui clôt le récit est l’une des meilleures jamais trouvées.  L’une des filles survivantes reçoit une lettre d’Alexandre ( écrite à l’intention de maman par son frère sa sœur ou elle ) la lettre d’un mort qui s’adresse à une morte puisque maman elle aussi s’est éteinte, rendant inutile la comédie qu’ils se jouaient . Mais comment vivre si les morts doivent être vraiment morts ?
Aussi la jeune femme qui reçoit la lettre se demande spontanément : «  comment annoncer à Alexandre la mort de maman ? »
 
 
3) Réunion : le narrateur de l’histoire est supposé être Che Guevara non nommé, mais parfaitement reconnaissable.
En 1958, ils prennent le pouvoir à Cuba, renversant Battista avec Castro ( «  Luis dont personne ne peut porter le masque »). L’accent est mis sur l’enthousiasme révolutionnaire dû à la jouissance de faire la guerre, de risquer sa vie,  comme un jeu, à la solidarité au sein du groupe. Des thèmes peu pratiqués jusque là par Cortazar mais qui témoigne  d’une époque où l’auteur amalgame esthétisme et dénonciation sociale et envisage la littérature comme un acte révolutionnaire. Toutefois, des idées, un programme éthique sérieux, est revendiqué. Méditation sur le « quatuor « La Chasse » de Mozart en contemplant des feuilles d’arbres, un lyrisme qu’ à priori je n’aurais pas  prêté à Guevara mais la nouvelle est inspiré de son livre « passage de la guerre révolutionnaire ».
 
4) Mlle Cora
 
Plusieurs monologues et dialogues se succèdent sans transition, ponctuation ni incises et reviennent de l’un à l’autre. Les locuteurs ne se présentent pas de sorte qu’on a l’impression de surprendre des bribes de pensées ou de conversation.
Un adolescent hospitalisé se rapporte la relation qu’il a avec son infirmière Mlle Cora en le commentant. Elle fait de même. Ils se répondent imaginairement sans s’entendre. La communication est d’une nature particulière puisque les paroles qu’ils ont échangées ne sont qu’évoquées. Et peut-être ne se sont-ils rien dit en réalité.  Secondairement, on lit aussi des paroles et des transcriptions de pensées attribuables à d’autres personnages : des chirurgiens dont l’un est lié à Mlle Cora, la mère de l’adolescent…
Cette manière de transcrire le discours donne lieu à des ambiguïtés
Intéressantes.
Mais je ne vois pas la nécessité de faire mourir l’enfant : ceci n’a rien à voir avec le but recherché : témoigner d’une certaine forme de communication.
 
5) L’île  à Midi. Vie monotone Ennuyeuse, autre vie entrevue par un hublot : fantasme. Il arrive si vite qu’il en meurt. Impression que l’avion n’est pas tombé par hasard mais par l’effet de la volonté du narrateur.
 
6) Directives pour John Howell est une variation sur le « Paradoxe du comédien » . Fiction jeu et réalité. Où l’on est un autre personnage. Doubles l’acteur improvisé et le principal. Rice est le vrai nom du personnage et Howell celui de l’acteur. L or qu’ils se rejoignent à la fin, on pense qu’ils se prennent l’un pour l’autre et pourraient se détruire.
 
 
 
7) Tous les feux le feu
Deux histoires en contrepoint. Comme chez « Mlle Cora », les paroles de deux personnages.
A) A Rome, un empereur, mari jaloux , une femme , un gladiateur séduisant que le jaloux va sacrifier.
B) De nos jours, un ménage à trois, même histoire, même déroulement. Les deux histoires prennent le relais l’une de l’autre sans transition apparente mais le parallélisme est évident. Les victimes se succèdent dans le même ordre : le jaloux, le troisième qui n’en peut mais. Et l’incendie qui éclate dans chaque histoire fait flamber les deux récits ensemble et mourir les personnages restants.
8) L’Autre ciel.
 
Les deux hémisphères. Deux lieux, deux vies pour le narrateur qui s’ennuie à Buenos Aires, et, chaque fois qu’il emprunte le passage Guèmes, se retrouve à Paris avec Josiane, menant une existence passionnante à la poursuite du fantôme de Lautréamont. Cf la citation en exergue.
Rue Vivienne, le quartier où vivait l’auteur des « Chants » , il retrouve Josiane, quand il se lasse de son épouse à Buenos Aires. Ce pourrait être une histoire qu’il se raconte mais il la présente comme vraie : au-delà du passage de Guèmes, c’est l’univers du fantasme : Josiane est une prostituée amie, elle est plus excitante que l’épouse ( Schéma classique…) et autour d’elle rôdent des personnages ambigus haut en couleurs plus ou moins hors-la loi. L’existence magique commence donc à Paris, toujours à la nuit tombante, dans des bars mal famés ; un serial killer hante le coin. Il a tué des femmes, et ne peut être que Maldoror, suivant l’étroite communication que le narrateur entretient avec les « Chants ». Josiane et lui croisent plusieurs fois un individu qui leur paraît louche et intéressant à la fois. Ce pourrait être le tueur, ou un observateur fasciné une sorte de double du narrateur : et bien sûr, il est Isidore Ducasse, non nommé mais reconnaissable ce qu’on dit de lui ressemble au peu que l’on en sait, dans la fiction. Et un jour, le tueur est pris, et l’étrange individu disparaît. Ne faisait-il qu’un avec le tueur ?
Puis c’est toute l’histoire qui s’effiloche : Josiane quitte le quartier, le narrateur doit renoncer à son rêve éveillé…
la rencontre de Cortazar avec Lautréamont est fort intéressante. Si l'on ne devait lire qu'une seule de ces nouvelles, on pourrait peut-être choisir celle-là.
 
 
par domiwind publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 23 août 2006

 

Deuxième nouvelle de " Tous les feux le feu" ( 1966)

   L’humour noir y est prédominent, davantage encore que dans la précédente : Il s’agit aussi d’une situation courante mais pathologique. Les membres d ‘une famille entretiennent la vie de leurs morts par discours lettres et pensées. Les vivants sont les vrais morts. Dans cet univers carcéral, quitter la mère, c’est mourir : (Ceux qui ont quitté la maison familiale succombent à des accidents) Alexandre le fils, ayant terminé ses études,  a pris un avion  pour  Buenos Aires où l’attend une bonne situation. L’avion s’écrase sans survivants…

 

 

L’agencement ingénieux du récit c’est de le débuter sur Célia qui va mourir puis de faire un long flash-back sur Alexandre.

 

 

On a caché à maman ( diabétique, dépressive) la mort d’Alexandre qu’elle n’aurait pas supporté de savoir. Garder le mort en vie pour la mère, se révèle un avantage : Charles prend la place de son frère plus brillant …et mort. Maintenant il faut lui dissimuler la mort de Célia dont les malaises et le passage de vie à trépas sont évoqués entre parenthèse ou par petites phrases rapides pour laisser place au grand jeu : comment maintenir une morte de plus en vie pour maman ?

 

 

Les filles se racontent à l’envi «  la vie des morts » qu’elles inventent pour en faire le récit à maman. Il y a aussi ces lettres innombrables que les vivants doivent écrire pour en faire la lecture à maman et qui remplacent les visites que les morts remettent toujours à plus tard grâce à d’ingénieux prétextes. C’est aussi ce que fait l’écrivain avec ses personnages pour le lecteur. La création littéraire est souvent montrée dans ces situations apparemment sans rapport.

 

 

C’est un thème  fréquent et on  l’exploite pour montrer que le « disparu » dont on veut cacher le décès par égard pour quelqu’un  n’est mort pour personne surtout pas pour les mystificateurs, très heureux de maintenir sa présence ! On se souvient  du film «  Good Bye Lenin » où c’est la chute du mur de Berlin qui est cachée à la mère  dont la santé chancelante ne pourrait le supporter… à grennd renforts de moyens audio-visuels sophistiqués ; plus récemment, on pourrait aussi évoquer le film de Julie Bertuccelli «  Depuis qu’Otar est parti » qui exploite le même thème  avec autant de talent que Cortazar me semble t’il.

 

 

 

 

 

La pointe qui clôt le récit est l’une des meilleures jamais trouvées.  L’une des filles survivantes reçoit une lettre d’Alexandre ( écrite à l’intention de maman par son frère sa sœur ou elle ) la lettre d’un mort qui s’adresse à une morte puisque maman elle aussi s’est éteinte, rendant inutile la comédie qu’ils se jouaient . Mais comment vivre si les morts doivent être vraiment morts ?

 

 

Aussi la jeune femme  qui reçoit la lettre se demande spontanément : «  comment annoncer à Alexandre la mort de maman ? »

 

 

 

 

 

par domiwind publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (1)    ajouter un commentaire
Samedi 19 août 2006

       Antonioni s'est inspiré de cette nouvelle pour « Blow up » : je me souviens d'un photographe de mode, David, qui, dans un parc londonien, prend une photo de couple et s'aperçoit, l'image développée tirée et agrandie qu'il s'agissait d'un crime  et non de jeux amoureux. 

     Le narrateur de la nouvelle, Michel, qui parle de lui à la 1ère et troisième personne, tantôt relater ce qu'il fait, tantôt le critiquer ( « A quelle personne faudrait-il raconter cela ?» et «  qui a vu ? ») prend des photos en  amateur et ne souhaite pas faire de l'esthétique  (il est traducteur d'espagnol de son métier) mais lui aussi tient à dérober une part de réel, à traquer,  à voir ce qu'il ne devrait pas voir et le retenir ;  jusqu'ici  il s'est borné à surprendre de petits spectacles étranges,   des moments d'instabilité  «immortaliser  un chat en équilibre précaire sur une vespasienne », et ce jour-là il est intéressé par un couple à la pointe de l'île St Louis ( ici  l'action est à Paris)un garçon très jeune et une jolie femme qui pourrait être sa mère : jeux amoureux qu'il regarde «  s'il y a une chose que je sais faire c'est regarder » inventant une petite biographie pour l'adolescent et s'amusant à supputer jusqu'où iront les choses s'il perdra sa virginité ou non avec cette femme et imaginant la suite de l'histoire. Quand il a pris enfin son cliché, la femme l'a vu, la femme réclame l'image, le garçon s'enfuit, un homme plus âgé apparaît...

« Ils me regardaient, lui surpris et interrogateur, elle irritée et hostile de corps et de visage, qui se savaient volés, ignominieusement pris dans une petite image chimique » ; le récit le dit et le répète à l'envi sous diverses formes prendre la photo c'est aussi un crime, c'est voler les gens, voler leurs corps leur image,  et peut-être leur âme. Et  l'on ne prend la photo que pour surprendre ( et prendre)  quelque spectacle interdit. Celui qui prend la photo est criminel, voleur  ceux qui se font prendre se rendaient également coupables de quelque étrangeté qui justifie précisément qu'on  les « prenne », étrangeté qui devient un délit au moins dans l'interprétation du photographe. 

La photo en question n'est pas récupérée, et il n' s'agissait pas non plus d'un crime de sang. Tout au plus un couple pervers  voulait-il corrompre un mineur lui promettant de l'argent ; c'est ce qui apparaît sur l'image qui hante le photographe ; une interprétation à partir des gestes, des expressions  et de ce qui advint lorsque son cliché fut pris. «  cette femme n'était pas là pour son plaisir, elle n'encourageait pas, ne caressait pas pour s'emparer de l'ange dépeigné et s'amuser ensuite de sa terreur de sa grâce haletante. ..le maître véritable attendait ...il n'était pas le premier à  envoyer une femme en avant-garde pour lui ramener des prisonniers ligotés de fleurs »    Mais le photographe a  interrompu la manœuvre et «  sauvé  le garçon pour cette fois.  Ce spectacle interdit peut s'énoncer « un homme et une femme persécutent un enfant  qui veut faire comme les adultes »  variante de la scène du crime imaginée par Antonioni.


Pourquoi  « les fils de la vierge » ? Ici une ambiguïté surgit du fait qu'en français  fils (ficelles) et fils (rejeton) sont  homonymes. Ce n'est pas le cas en espagnol.

Le garçon aux prises avec les adultes mal intentionnés «  prit se jambes à son cou ... et se perdit comme un fil de la vierge dans l'air du matin » dès lors que l'altercation au sujet du cliché  détourne l'attention de ses persécuteurs supposés. « Mais les fils de la vierge s'appellent aussi dans mon pays la bave du diable et Michel dut  supporter  de minutieuse invectives ...de la part de la femme et l'homme en gris. »  Double signification : cheveux  d'ange ( le garçon est plusieurs fois comparé à un ange )  et  aussi fils minuscules secrétés par les araignées pour tisser leur toile.  Le narrateur se laisse prendre dans le filet où les deux adultes voulaient faire tomber le jeune garçon. Ce filet, c'est aussi et en définitive lui qui le tisse, écheveau inextricable de rêveries fascinées par les images vues et ce qu'elles supposent de luttes d'enfant ange avec les parent- démons, de crime,  de perte de virginité...



par Dominique Poursin publié dans : littérature hispano-américaine commentaires (0)    ajouter un commentaire
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