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Jeudi 19 juin 2008

Editions Fayard 2001

L'auteur,  Ed Mc Bain, une référence dans le domaine du polar,  a commandé trois « novellas »  (plus longues que des nouvelles, et plus courts que des romans, soit de 70 à cent ou cent vingt pages environ) à des romanciers reconnus.


Des billets sur la planche

Le premier texte est de Westlake et c'est une aventure de Dortmunder. Ce dernier et son complice Kelp acceptent d'aider Querk,  employé d'imprimerie, à fabriquer des billets de banque pour un petit pays d'Amérique latine. Pendant la fermeture de l'usine, ils en émettront un certain nombre et devront ensuite se rendre dans ce pays les échanger contre des dollars... mais  Kelp et Dordmunder se méfient de l'amie de  Querk qui tient une agence de voyage...


Otages

Le deuxième opus est d'Anne Perry. En Irlande du nord la famille d'un pasteur intransigeant se trouve prise en otage par un groupe catholique qui veut faire prendre au pasteur Connel sa retraite pour le remplacer par un modéré. Le pasteur ne veut pas céder même si ces messieurs sont armés et sa famille en danger. C'est Bridget,  jusque là épouse soumise et vouée aux rôles subalternes, qui  va créer une stratégie de survie...


La princesse Maïs : une histoire d'amour.


De Joyce-Carol Oates, qui a excellé aussi bien dans le roman psychologique que dans le polar.

Passionnée par les psychopathes, elle met ici en scène Jude Trahern, élève de 4eme d'un collège privé. La gamine vit avec sa grand-mère, malmenée par l'âge, incapable de l'élever. Avec deux copines qui se trouvent laides, elle a tenté sans succès de plaire au jeune professeur d'informatique.

Toutes trois  échafaudent un plan terrible : kidnapper  Marissa une élève de sixième un peu farouche et mal adaptée, qui possède de magnifiques cheveux blonds très clairs, en l'entraînant chez elle, sous le prétexte de lui offrir une bière dans laquelle elles ont mis de la drogue.

                                         « Bandes de cons !

Quoipourquoi mais ses cheveux pardi voilà pourquoi.

Non mais ces cheveux ! Et bon moi comme je les ai vus au soleil ils sont blonds doré pâle comme des soies de maïs le soleil y allumerait presque des étincelles. Et ses yeux qui me souriaient  avec comme de la nervosité et de l'espoir l'air de ne pas savoir ( mais qui pourrait savoir ?) quel vœu Jude a fait. Car je suis Jude l'Obscure, je suis la maîtresse des regards. »


Marissa est ensuite enfermée dans la cave ;  Jude veut procéder au sacrifice de la fillette pré pubère, semblable à ceux qu'accomplissaient les Iroquois pour demander au dieu de bonnes récoltes de maïs.

L'auteur nous montre des victimes qui s'attaquent à d'autres victimes : Jude Trahern et ses amies ont un physique ingrat, se sentent abandonnées par leurs familles. Leur souffre-douleur, marginale aussi, vit seule avec sa mère, dans un cocon. Toutes sont en échec scolaire.

Le seul avantage de Marissa, aux yeux de Jude, sont ses « magnifiques cheveux » et sa mère qui s'occupe d'elle jusqu'à la couver.  

Les adultes pâtissant aussi de la vengeance des fillettes (la mère de Marissa, et le jeune professeur d'informatique)  sont également fragiles,  et mal intégrés dans la société.


La construction est habile : on entend des monologues  en « j e » et en « il », les voix des  différents personnages alternant entre elles, semés de  rapports de dossiers psychologiques sur la fillette ( dont les résultats se contredisent), de coupures de journaux relatant la disparition et l'enquête, au final une utilisation judicieuse de différents procédés narratifs.  


Cette dernière histoire est fort réussie,  le portrait de la psychopathe intéressant ainsi que le suspense bien conduit. Voilà une novella qui devrait être éditée à part.


En tous cas j'ai bien l'intention de lire les quatre volumes de «  Transgressions »...


par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (0)    ajouter un commentaire
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Jeudi 19 juin 2008

Métailié-Noir, 2006, 192 pages.

Silvano reçoit une demande en grâce de la part de Raffaello, incarcéré à perpétuité, par l'entremise d'un avocat et de charitables  visiteuses de prisons.

Quinze ans plus tôt, Raffaello a braqué une bijouterie avec un complice. Drogué, et interpellé par les flics il a tué la femme et l'enfant de Silvano que tous deux avaient pris en otage...

A présent Raffaello est malade et pourrait bénéficier d'une suspension de peine.

Silvano n'a en tête depuis quinze ans que Clara sa femme, qui, à l'instant de mourir lui communiquait sa détresse «  tout est noir, je ne vois plus rien, Silvano, j'ai peur... »une phrase qui se répète comme un leitmotiv.  


A l'aide d'une narration alternée, nous suivons  le développement du conflit entre les deux hommes, tantôt dans les pensées et le récit de Raffaello tantôt de Silvano. Tous deux souffrent...et agissent.

Le suspense est bien mené, le récit enlevé, sans ornements.

Certaines choses sonnent faux : la façon de parler du délinquant, à mon avis trop saturée de gros mots  et de vulgarités faciles, pour imiter le parler « taulard ».

«  Putain, j'arrive pas y croire. Quand le type des achats s'est pointé avec ses journauxet qu'il m'a dit : «  Y'a une lettre de Contin pour toi, je pensais qu'il se foutait de ma gueule et j'avais déjà pensé à lui en faire passer l'envie en lui tailladant la tronche aux douches. Mais c'était vrai. Putains, de fêlé de Contin a pondu une belle petite lettre bien nickel ».

 Peut-être est-ce juste et bien documenté, mais c'est un peu forcé.


 Raffaello devient sur la fin, bandit au grand cœur, issue pas invraisemblable, mais ici un peu débordante de bons sentiments.


Ces défauts n'empêchent pas de suivre l'action avec intérêt ; la construction est bonne.


par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Mercredi 18 juin 2008

Gallimard (la noire) 1977.

Sous le nom d'Aimée Joubert, Mélanie Horst, tueuse sans gages, qui ne s'autorise que d'elle-même,  assassine méthodiquement  les hommes «  les gros cons » de Bléville (capitale du fric) et des environs. Des bourgeois bien sûr, petits et grands de toutes les professions,  mais aussi un noble, le baron Jules qu'elle aurait voulu épargner.  Puis,  le drame : une autre femme Sonia, lui fait la peau parce qu'elle a estourbi son mec, et se fait justice.

Les deux agonisantes se réconcilient.

Aimée mesurait 1mètre 61 pour  46 kg.

Je le confesse, non sans honte : c'est surtout ça que je lui trouvais d'admirable. Pour le reste, ce roman est un peu facile et pas très surprenant, quoique bien écrit. Très inférieur au Petit bleu !

Jean Echenoz a signé la postface. On remarquera  que Ravel (dans le roman « Ravel »  que j'avais commenté, je viens de relire mon article, il ne m'a pas ennuyée...) a des mensurations pratiquement égales à celles d'Aimée Joubert !

Cette intertextualité m'impressionne.

par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Dimanche 25 mai 2008

 

Gallimard (Noire), 1976.184 pages.

 

Le titre original  fait signe aux polars américains ( côte Ouest, bleu = blues) que Manchette appréciait ceux de Chandler en particulier.

Georges Gerfaut cadre commercial, femme, enfants, existence sans surprise,  s'apprête à partir en vacances en famille à St -George-de-Didonne, comme tous les ans.

Il a coutume de rouler sur le périphérique de nuit, enivré au whisky, en écoutant du jazz ; c'est même son loisir favori. Une nuit, il porte secours à un automobiliste qui vient d'avoir  un accident grave. Il le laisse à l'hôpital...

Bientôt il se rend compte que deux tueurs veulent le liquider...

Georges Gerfaut qui n'a jamais eu affaire à la délinquance, ni même tenu une arme, doit se défendre contre des tueurs  professionnels. Il leur résiste, et parvient à les anéantir, ainsi que leur chef, escroc notoire, et même à se trouver un complice. Pour eux il n'est que » l'imbécile » qui doit être éliminé, pour avoir été en relation avec le type qu'ils poursuivaient, et que Georges a cru victime d'un accident de voiture...

Gerfaut devrait être un héros. Mais la façon d'écrire ironique, distanciée, sèche,  imitée des polars « hard-boiled », donne de la saveur de l'intelligence, et du réalisme au  récit. On prend plaisir au style de Manchette autant et plus qu'au contenu du roman.

L'auteur est un maître de la  description : introduction de la femme de Gerfaut :

-C‘est idiot, c'est une histoire de fou, dit Béa.

Béa : Béatrice Gerfaut, née Changarnier, des origines catholiques et protestantes, bordelaises et alsaciennes, bourgeoises et bourgeoises ; exerçant la profession d'attachée de presse free lance après avoir enseigné les techniques audiovisuelles à l'université de Vincennes et tenu une épicerie diététique à Sèvres...femme -jument superbe et horrible »

la description d'autant plus intéressantes qu'elle ne sert à rien pour l'action ni la compréhension,  la femme en question n'ayant qu'un rôle extrêmement mineur. On y retrouve la misogynie des romanciers de la série noire, que l'on veut bien endurer tant qu'elle nous amuse.

Manchette joue avec les noms et les apparences Béa (béat) grande femme brune solidement charpentée, Gerfaut ( nom d'un faucon) blond  plus petit et sans carrure spéciale, qui changerai de nom pour Sorel ( parodie  du roman de formation).

Il joue aussi avec les contradictions de la pensée:
«  je ne t'aime pas, dit-il à Alphonsine. Je ne t'aime pas. Tu es très belle, mais tu es une personne de qualité moyenne. Tu me plais beaucoup ».

Les deux tueurs sont naïfs,  sympathiques,un peu ridicules( leurs dialogues de braves types qui parlent simplement de choses et d'autres... la façon dont Carlo fait le deuil de son ami : il lit une ode à Spiderman, profère des imprécations de vengeance, suivies d'un peu de latin de pages roses...) 

l'un d'eux est «  le type aux dents de cheval » l'autre c'est «  l'homme aux mèches livides ». Ils n'ont rien de commun avec les  forfaits qu'ils accomplissent.

Les milieus sociaux décrits témoignent que rien n'a vraiment changé depuis trente deux ans dans le domaine de l'immigration : "les bûcherons portugais étaient huit...ils séjournaient illégalement en France,n'avaient aucune sorte de sécurité sociale et touchaient un peu plus de la moitié du SMIC pour un travail de soixante à soixante-dix heures par semaine..."

Celui-ci possède un prélude et une fin qui se rejoignent montrant pour l'éternité un homme qui roule sur le Périphérique grisé de musique et d'alcool, qui a peut-être rêvé ce qui lui est arrivé...



par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Lundi 21 avril 2008
Ken Bruen : Le Martyre des Magdalènes Gallimard ( noire), 2006.9782070305209.gif
(une enquête de Jack Taylor) .

Nous sommes le 21 avril

   Après un prologue désespérément sadique, où une jeune femme récemment dépossédée de ce qu’elle avait de plus cher, et qui  nettoie, en larmes,   le sol  d’une buanderie,  se fait  attaquer  par une nonne armée d’un rosaire…
 
Jack Taylor entre en scène à la première personne du singulier. Plus déprimé que ce flic là vous aurez peine à en dénicher un. A ses côtés, le Philip Marlowe de Chandler, qui écluse autant,  l’inspecteur Melchior de Demouzon, le Kurt Wallander de Mankell, et même l' Erlendur d'Indridason, font figure de  joyeux lurons.

Toutes les semaines, Jack atterrit à l’hôpital ivre-mort et ce doit être la dernière fois ( qui se prolonge). Les jours ordinaires, il " mange seul, boit seul, renaît seul »et relit l’essai d’Alvarez sur le suicide «  j’étais arrivé au chapitre où il exposait sa propre tentative, avortée. S’il y avait une chose de moi (que) je ne voulais pas foirer c’était ça. » .

Jack est  PS. ça veut dire "prétendant au suicide".

On  ne sait trop s’il voudrait trouver le moyen d’en finir au plus vite, ou s’il cherche de l’aide. En tout cas il est dans une phase aiguë qui doit durer trois semaines, et se chuchote des prédictions «  je serais mort à Noël » «  je ne verrai pas l’été » ( mais Léthé seulement).
 Cherche un appui auprès des gardes-barrières.
Si vous êtes garde-barrière, faites quelque chose pour Jack Taylor  !

 
Il est de Galway  et l'on pense à cette jeune femme dans «  Les Morts » qui évoquait le souvenir de son premier amour ( mort jeune), à l'occasion d' une  fête familiale  sinistre ( le jeune homme était originaire de cette ville d'Irlande. Peut-être Jack est -il la réincarnation de ce Michael Furey?

 
Je la lui prêterais bien, à Jack, la seringue qui trône depuis longtemps au-dessus du four à micro-onde dans ma cuisine à côté d’une bouteille thermos et d’un bougeoir (nul ne sait pourquoi  ces objets s’obstinent à rester là) cela ferait une occase ; mais je ne sais s’il le veut vraiment.
S'il n'en veut pas je saurai quoi en faire.
A force de nager dans la blogosphère, c'est à dire l'" universel reportage " où, blalblabla, on s'autopromotionne, on bling-blingue à souhait...

Et l’enquête dans tout ça ?
Eh bien Jack est contacté par Bill, un pote dont la mère était une « Maggie », une fille- mère placée dans la terrible blanchisserie des Magdalènes ; elle n’a dû son salut qu’à Rita Monroe qui lui a permis de s’enfuir.

Retrouve Rita Monroe, Jack!
C'est pas gagné ... Jack  se sent incapable de mener une véritable enquête. En  revanche, il bouquine, et le roman est truffé de citations qui nous impressionnent grave mais n'aideront pas les victimes à s'affranchir des assassins.
 

 
 
par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (2)    ajouter un commentaire
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Samedi 12 avril 2008

Seuil, 2006.

330 pages.

Surtout connu pour ses romans policiers, Henning Mankell a aussi écrit plusieurs romans ; celui-là est aussi bon que certains de ses polars.

Voilà un écrivain  qui  énerve son éditeur à ne publier que des recueils de « poèmes hermétiques ».  Ce dernier le presse d'écrire un polar pour se vendre enfin.  En outre, il vient de passer trois semaines aux îles et  se plaît à observer son bronzage. Son ami Andréa est infirmière parce qu'il est hypocondriaque ; mais elle va bientôt le quitter car il ne veut pas d'enfant et ils avoisinent la quarantaine.


Un jour, une lecture à la bibliothèque de Göteborg va changer la donne. Les  participants sont des travailleurs immigrés invités par la bibliothécaire pour  qu'ils prennent contact avec les livres. L'échange est plutôt  musclé,  il prend conscience qu'il existe un autre monde... à force de fréquenter les quartiers annexes, il  va faire la connaissance de trois jeunes filles. la première est africaine, la seconde russe : sans papières, ni domicile fixe, elles sont arrivées en Suède après avoir subi de terribles épreuves. La troisième, iranienne, persécutée par les hommes de sa famille vit aussi un enfer.

Il se met en tête d'écrire un livre pour les faire témoigner de leurs expériences, et leur obtenir  le droit de séjour...

Nous avons là trois récits bouleversants  sur  les problèmes et souffrances des immigrés en Suède.

Le portrait du romancier  me trouble: avant de connaître les trois jeunes filles et  le poids de la précarité sociale, le héros écrivait des poèmes hermétiques et se regardait bronzer. Je me demande  qui Mankell voulait épingler. Tous les poètes ne se regardent pas bronzer, et  le mot "hermétisme"  est-il ici une condamnation?

 

par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Vendredi 28 mars 2008

Le-JEUNE-homme-et-la-mort.gifLe Masque 1993. 250 pages.

Titre original :  The Face Of Trespass, 1974.

Gray Lanceton n'écrit plus.

Son roman " le Vin de l'étonnement" ne lui rapporte presque plus rien. Il s'est fait prêter une maison en bois dans la forêt d'Epping à trente kilomètres de Londres, et vit chichement et retiré sans calendrie, à relire des romans.

La forêt d'Epping, c'est  beau et surprenant; on y croise même des vaches.  Mais solitaire.

  Deux ans plus tôt Gray a fait la connaissance de Drusilla, jeune femme d'un quadragénaire riche, et ils ont eu une liaison ; mais Dru voulait à tout prix qu'il élimine son mari, et ne pouvant se résoudre au crime, il a rompu et remâche ses souvenirs, à peine soucieux de ce qu'il vit au jour le jour. Seul le laitier vient le rappeler à l'ordre, trois fois la semaine. 

Le téléphone l'obsède, il s'interroge«  va-t-elle appeler vais je l'appeler ? » et pour se détendre, il le décroche souvent... . Mais voilà que le jour où il se décide à raccrocher le téléphone,  le monde extérieur de précipite sur lui : sa marraine veut qu'il garde la chienne pendant son absence à l'étranger, son beau-père français le presse de venir en Normandie, sa mère étant mal en point...

Sur un thème très classique, le plus courant peut-être de toute la littérature policière, Ruth Rendell construit un excellent roman psychologique, plein de suspense, et de péripéties, une réussite.

Avec de l'humour noir, le principal interlocuteur du jeune Gray étant le téléphone ( un ancien téléphone en bakélite), «  un téléphone immobile expectant, suffisant, qui attendait sa reddition. Et qui, bien que silencieux, semblait dire «  je suis le magicien, le sauveur, le briseur de cœurs, le lien entre les amants, le dieu qui redonnera vie à un chien et te replongera dans l'esclavage » 

Que n'eût-il subi de la part d'un portable !!!

La dame est pessimiste comme toutes les psychologues et multiplie les sentences : « Il y a en chacun de nous un enfant effrayé qui sommeille.  Notre degré de maturité correspond à notre capacité de l'obliger à rester, coi, confiné, invisible ».



 

par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (1)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Dimanche 23 mars 2008

Titre original " Boy A" Traduit de l’anglais par Isabelle Maillet en 2006 (Gallimard la noire)

 
313 pages.  
 

Publié dans la série noire, ce roman n’est pas un « policier »mais un roman social. 

 

L’auteur s’est inspiré d’un fait divers célèbre : deux garçons de dix ans avaient tué un enfant de deux ans dans un centre commercial à Liverpool, au début des années 2000. Ils furent considérés comme des monstres.

 

Cette histoire est modifiée de manière à nous faire pénétrer dans l’existence d’un jeune meurtrier qui, sa peine purgée, tente de se réinsérer.  

 

26 chapitres, un abécédaire, de A comme Avocat (l’avocat du diable) à Z comme zéro pour raconter la vie de « », de 12 à 24 ans. 

A vient d’être bénéficier d’une remise de peine. Il a vingt quatre ans et a passé la moitié de sa vie en détention. Lorsqu’il avait douze ans, il a poignardé une fillette de son âge, avec B, son copain, une fillette d’une classe sociale élevée, qui refusait leurs avances et menaçait de les dénoncer…

 

A et B étaient en échec scolaire, dans la cité de Stonelee , » une ville minière au cœur d’une région montagneuse rude et froide , minante et minée C’était le règne du chômage et des petits boulots. On prenait ce qui se présentait » passaient leur vie dans la rue, A subissait les coups et humiliations de voyous plus âgés, lorsqu’il se mit sous la protection de B, déjà délinquant, qui possédait un couteau. 

« Les accusés furent condamnés à sept ans d’emprisonnement, une peine sévère mais pas injuste compte tenu de la gravité des faits. Le ministre de l’Intérieur, cependant, plus influencé par la volonté du grand public et déjà présenté comme un imbécile par les tabloïds, réclama la perpétuité. Motivé peut-être par un sondage d’opinion. Et parce que les politiques savent bien-mieux que les hauts fonctionnaires n’ayant pas de responsabilités face aux administrés -qu’à l’approche des élections la justice doit condamner »

 
 
 

En prison, B se fait tuer par d’autres détenus tandis que A, en réchappe plusieurs fois de peu, grâce à un voisin de cellule sympathique et éclairé, et à un éducateur spécialisé, Terry avec qui il noue une relation positive. Terry lui a trouvé un job au sortir de prison, des papiers faux et un nouveau nom « Jack. ». L’ancien, on ne le connaîtra pas…

  A devenu Jack ne peut cependant espérer de réinsertion véritable. Sa mise en liberté n’a pas été tolérée par l’opinion, manipulée adroitement par des journalistes, des associations, des conservateurs, et il doit se cacher, mentir à sa logeuse à ses collègues de travail.  

 

  « C’est au journal télévisé que Jack a appris le rejet de son ultime recours en appel par la cour européenne des droits de l’homme. D’une manière ou d’une autre, la BBC avait réussi à le savoir avant même que l’avocat de Jack n’ait eu le temps de téléphoner au centre fermé ».

 

 
 

Le récit va et vient de la nouvelle vie de «  Jack » à ses années d’enfer en prison, et de ses errances de petit garçon dans les rues de M. avec son copain, au récit du crime et de ses circonstances.

 

Toujours traqué, Jack s’installe provisoirement dans sa nouvelle vie, s’investit passionnément dans son travail ses relations sociales et intimes, profite avec intensité des grandes choses comme des petites ( la nourriture, la bière, faire un achat personnel, marcher seul dans la rue, câliner un chat) plusieurs mois, avant que tout ne bascule…

 
 

«  Et s’il coule, eh bien c’est que ne devaient pas se passer ainsi. En cette magnifique journée au bord de la mer, il se sent libre. Délivré des remords et de la tristesse. Il a connu l’amour, il a eu un travail, il s’est fait des amis, il a découvert le sexe, il a sauvé une vie. Il a eu sa journée de soleil qui brille toujours ».

   Trigell-Jeux-d-enfants.jpg
 

Un roman profondément émouvant à lire et relire en ces temps répressifs où certains veulent que les détenus présumés dangereux finissent leurs jours en prison.

 
 
par Dominique Poursin publié dans : Polars commentaires (0)    ajouter un commentaire
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