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Samedi 10 mai 2008
Publié en 1980, le premier roman d'Eco fut traduit en français  deux ans plus tard aux éditions Grasset. Il fut un succès de librairie et  reçut le prix Médicis du meilleur livre étranger.

Jusque là Eco, professeur de sémiologie à Bologne, n'avait écrit que des ouvrages de critiques littéraires utilisant les découvertes linguistiques, les plus lus étant «  Lector in fabula » et «  « L'œuvre ouverte ».

Ce premier récit inaugurait une carrière de romancier prolixe, phénomène rare chez les linguistes. Actuellement, Eco a publié «  La Reine Luana » toujours dans la même veine mêlant les  genres, aventure, histoire, et intrigue plus ou moins policière. Dans chacun de ses romans, on est sûr de s'instruire sur un sujet donné.
Je lis peu de romans historiques, celui-là pourtant fut un véritable régal.


A la fin de sa vie,  Adso de Melk, moine franciscain, rédige un épisode de son adolescence qui dura sept jours et le marqua pour toujours.

En novembre 1327, il accompagne Guillaume de Baskerville, moine franciscain dont il est le novice, dans une abbaye bénédictine. L'ordre franciscain a envoyé Guillaume là-bas pour  organiser une rencontre  entre les  envoyés du pape Jean XXII, et les représentants de l'empereur Louis de Bavière,  qui doivent tenter de résoudre des conflits politico-religieux.

Arrivé à l'abbaye, Guillaume explique au moine cellier comment retrouver son cheval, et lui fait la description de l'animal qu'il n'a jamais vu, des raisons pour lesquelles il a dû partir et du lieu où il s'est rendu. Le lecteur reconnaît alors Guillaume pour un détective. Ce passage parodie ouvertement le Zadig de Voltaire. Baskerville désigne  aussi  le livre de Sherlock Holmes.

Le lecteur se trouve d'emblée  dans un espace d'intertextualité ludique, contrairement au narrateur Adso qui restera le naïf de l'histoire.

L'abbé Abbon, chef de l'abbaye, qui les reçoit, est affolé : le jeune moine Adelphe d'Otrante a été retrouvé mort au pied de la tour.

L'abbaye comprend une tour carrée dont chaque angle est interrompu par une tourelle octogonale.

Ces données nous orientent vers le roman gothique (Otrante, château, mort mystérieuse...)

Adelphe était enlumineur.

Guillaume s'intéresse vivement au crime, ainsi qu'à la bibliothèque de l'abbaye au-dessous des cuisines, où travaillait Adelme l'enlumineur. Dans le scriptorium, il apprend, du moine Béranger, qu'Adelme s'est jeté du mur d'enceinte et qu'un éboulement l'a fait glisser au pied de la tour.

Avec le vieux Jorge, conservateur aveugle de cette bibliothèque, l'atmosphère est tendue : cet homme ferme sa bibliothèque de l'intérieur, refuse l'accès à certains livres qu'il juge « impies » et qui, par exemple, font l'apologie du rire. Le rire vient du Malin.

Venantius, moine traducteur de grec, affirme, contre l'opinion de Jorge,  qu'il existe un traité du rire dont l'auteur est Aristote.Guillaume confie à Adso qu'il a accepté la mission diplomatique afin de consulter ce livre qu'il recherche depuis longtemps...

Le lendemain un autre moine est découvert  mort dans une cuve emplie du sang d'un porc tué la veille... et ce n'est pas fini !



En plus de son enquête,   Guillaume reçoit  les visiteurs dont il doit organiser la rencontre. Parmi eux, Bernard Guidoni, inquisiteur de renom,  s'enchante de ces crimes, et désigne comme hérétiques deux moines de l'abbaye.  Ce personnage est un obstacle de taille à l'enquête, et force Guillaume à  préciser ses idées dans le domaine de l'éthique.

En effet il fut lui aussi un inquisiteur « qui  se trompait » et a révisé ses positions. A présent il est opposé aux actes de bravoure inutiles, et ne défend pas le moine que Guidoni fera brûler, même s'il le juge innocent.

Au terme des sept jours,  Guillaume  réussit à  faire éclater la vérité sur les crimes de sang, et à en empêcher d'autres, au prix de mille tribulations, et n'obtient pas ce qu'il veut.

Adso reçoit de lui plusieurs  messages à méditer de l'aventure, d'abord un fort penchant pour le scepticisme. La passion de l'assassin pour une vérité unique, son fanatisme, le transforme en antéchrist alors qu'il croit servir Dieu. L'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de toute passion pour nous approcher de la  vérité.

Le lecteur est un peu surpris qu'Aristote fasse figure de danger public. Dante, qui était chrétien, le considère comme un de ses maîtres. Mais Guillaume se méfie  des fictions et n'aime pas l'auteur de la Divine comédie. Guillaume a lui aussi ses limites.

Le vieux Jorge est à mon sens le vrai héros du livre, un héros tragique. La machine dramaturgique en œuvre dans le roman, le pathétique, l'émotion (tout ce qu'Aristote exige d'un héros tragique) sont assumés par le vieux Jorge.

Adso de Melk est un personnage secondaire et essentiel. Il a « tout enregistré de ce qui s'est passé » et le redit fidèlement, y incluant ce qu'il ne comprend pas, et même ce qui ne peut l'intéresser, dans un souci d'objectivité. Pour lui donner consistance, Eco lui invente une amourette avec une fille du village.

Le roman est à grand spectacle avec de longues descriptions : scène vues par Adso sur le portail de l'église évoquant des toiles de Bosch.


Dans "l'Apostille au nom de la rose"( livre de poche biblio), Eco  prétend livrer en même temps que ses réactions  à la sortie du roman, les secrets de fabrication de son oeuvre. Il reconnaît avoir pris Borges pour modèle du vieux Jorge. Ce personnage est très négatif...  

Titre : le nom de la rose, c'est «  tout ce qu'on veut » dit Eco, la « structure ouverte «  du titre. " la rose" est un signifiant "ouvert" qui peut recouvrer  une infinité de  contenus  ( celui qui conviendra au lecteur).

Mais ce n'est pas comme si Eco avait écrit " Sans titre"...

On peut penser à la Rose de Paracelse de Borges (histoire très curieuse d'un alchimiste qui ne veut plus de disciples...).

 Eco explique le choix du  contexte historique :

-Guillaume a reçu les leçons du philosophe anglais Roger Bacon, il le cite et porte des lunettes inventées au treizième siècle.

-Pour que Guillaume, franciscain, puisse se conduire en détective, il faut dit Eco  que « les signes soient interprétés, non pas en tant que symboles, mais en tant que traces du réel ». Cela nécessite que l'on soit au moins au quatorzième siècle, vu l'évolution de la pensée.

-Adso doit pouvoir rapporter les discussions entre Guillaume et les émissaires du pape ainsi que les argumentations théologiques.  Il ne le peut qu'à partir du 14eme siècle.

 On apprend quel conflit divise  alors les franciscains. Les uns «  les petits frères des pauvres »aussi appelés les ordres mendiants,  adoptent une conduite sévère et  vivent dans la pauvreté...Attitude que Guillaume condamne comme fanatisme.

Les trompettes de l'Apocalypse : l'assassin a copié  des détails de ce livre de la Bible, pour perpétrer ses crimes et montrer qu'il exécute la vengeance de Dieu.

Ce petit opuscule est intéressant mais ne répond pas à toutes les questions.


Cela reste un bon livre. Peut-être est-ce à lui que l'on doit cette avalanche de  romans  utilisant l'enquête policière, un contexte historique donné,  et l'ésotérisme, car Eco a lancé une mode.  Certains sont excellents, d'autres, comme les Da Vinci code, ne sont pas du tout à la hauteur...



par Dominique Poursin publié dans : littérature italienne commentaires (5)    ajouter un commentaire
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Samedi 12 avril 2008

 

Métailié, 2007. 133 pages.

 

Pour ses quatre vingt ans, Camilleri a écrit un roman autobiographique, non policier.

Nous voilà dans la Sicile de la fin des années 30. Nenè est un petit garçon qui vit à côté d'une maison de tolérance. Il ignore ce qu'on y fait mais les femmes nues l'attirent déjà, vu que sa cousine et compagne de jeu Angela est assez délurée. En grandissant, il est admis avec deux de ses amis de lycée, à la pension. Mais bientôt la guerre mondiale arrive jusqu'en Sicile. Les péripéties que vivent les filles, les clients et la tenancière la Signura Flora vont se corser des divers tourments que peut rencontrer un pays en guerre.

Et pourtant, on observe des miracles à la pension Eva. Par exemple Ambra, une  jeune femme inspirée, voit descendre du ciel un ange nu qui atterrit sur la terrasse de la pension en repliant ses ailes... de parachute. Une autre va rencontrer saint Loca en personne. Un vieux monsieur très distingué retrouve sa fièvre virile à cause d'une bombe qui explose à ses côtés. Jacolino, un ami de Nenè, nul en latin et grec, s'améliore fortement en fréquentant la pension.  Il arrive que l'amour naisse entre un client et une fille, et leur avenir n'est pas tracé d'avance...

A la fois roman de formation, documentaire sans concession sur la guerre vécue chez les civils, et  récit plein de fantaisie et d'esprit, ce roman est  aussi bon, voire supérieur aux enquêtes policières. On peut noter aussi, que le langage est nettement plus classique que dans les romans policiers de l'auteur. Certains diront "moins inventif" d'autres "plus lisible"...


par Dominique Poursin publié dans : littérature italienne commentaires (0)    ajouter un commentaire
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Lundi 2 juillet 2007
la-Peur.jpgLaura Grimaldi «  La Peur » Métailié, 1994.
 

Ce roman décrit admirablement , à l'aide d'un  style précis et concret, la fin de règne d’un tyran domestique Contaldo Glisensi, à Bergame, au vingtième siècle, probablement de nos jours ou presque, sans que rien des événements politiques, ou des caractéristiques contemporaines  ne vienne filtrer dans le récit  pris en charge par les divers membres d‘une famille traumatisée, cloîtrée et réduite à une survie angoissée en huis clos.

Munda, fille unique de bourgeois aisés, a été mariée très jeune, juste après la guerre à  cet  homme plus âgé qu'elle, Contaldo ,   un monsieur qui parlait anglais,  avait une bonne place dans une étude notariale, et  qu'elle  avait vu deux trois fois avant la noce, jamais en tête à tête.

 Violent, vulgaire, sexuellement très avide, Il a dégoûté la jeune fille et s’en est  fait détester. Les parents de Munda  étaient  âgés, timides,  et très bien élevés. Elle aussi. Contaldo s’est installé en maître dans leur maison. Il a fait venir de la campagne Concilia, une fille sans ressource,  pour contenter ses appétits. Les parents de Munda  ont feint d’ignorer la situation.

Munda a eu un premier fils, Eugénio, qui, âgé de deux ans, refusait de s’habiller.  Conduit chez le psychiatre, ce dernier  a  stigmatisé Munda : elle n’avait pas désiré l'enfant, elle est une mère «  algide ».

Il a« oublié» de s’enquérir du père…
 

Au moment de la résolution de crise, Eugénio a presque quarante ans. Il est relégué au sous-sol de la maison familiale par Contaldo qui l’appelle « le fou ».  Il se vêt avec du papier, se confectionne des costumes avec des papiers raffinés de toutes sortes dont il aime le bruits  de froissement «  frtt », plus ou moins chantant, qui l’accompagnent dans sa solitude.

Maddalena la sœur cadette  occupe  le premier étage avec Erasmo qui travaille dans l’étude de son père et dépend de lui. Giovanna la benjamine, mange toute la journée ; elle est devenue obèse jusqu’à la difformité pour échapper à son père qui la tripotait. Les autres souffrent d'anorexie.

Contaldo a décidé de vendre la maison de ses femme et enfants dont il a exigé des procurations longtemps auparavant. Il compte  placer Génio en institution,  envoyer Maddalena  et Erasmo  vivre  ailleurs , et virer  Concilia sa vieille maîtresse qui ne lui plaît plus.

Munda, ses enfantset son beau-fils, abouliques, terrorisés, songent au suicide ; Concilia, qui s’est consacrée au Maître, ainsi qu’à la famille comme gouvernante, n’a nulle part où aller.   Elle  n’appartient pas à la famille, et veut agir…

Autres romans du même auteur : La Faute ( sûrement son chef d'oeuvre); " le Soupçon"  et " Monsieur Bovary" qui a fait un peu parler de lui , livre non réédité que je ne trouve nulle part pour l'instant .... 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature italienne commentaires (0)    ajouter un commentaire
Samedi 23 juin 2007

mal-de-pierre-copie-1.jpgLa triste vie d’une femme Sarde qui a presque quarante ans en 1943 lorsque ses parents la marient de force. Le Mari est un ouvrier venu d’une ville voisine qui l’épouse parce qu’il a perdu sa famille dans un bombardement.

Jusqu’ici la malheureuse était impossible à caser : elle avait couru après trop de fiancés en réclamant l’Amour là où, dans ce milieu modeste, il n’a pas sa place.

 Cette femme subit la Guerre dévastatrice la Mère ignoble l’Epoux enduré mais aussi les accusations de folie,  les coliques néphrétiques.

Elle a la chance d’aller en cure connaît une idylle avec le Rescapé, et réussit à mettre au monde le Fils qui devient pianiste comme le Rescapé, car sa Mère fera des ménages pour qu’il puisse étudier…

Ces thèmes sont tous très intéressants ; mais ils ne sont pas servis par une écriture inventive.

Ce qui est irritant c’est le ton employé par la narratrice   pour évoquer sa grand-mère : celui d’une adolescente faussement naïve, qui veut raconter une histoire édifiante avec des personnages exemplaires.
Le meilleur des sujets,  servi par un style très travaillé mais  difficilement supportable.

par Dominique Poursin publié dans : littérature italienne commentaires (1)    ajouter un commentaire
Mercredi 24 mai 2006

9782864244516.gifLaura Grimaldi « La Faute ». Métailié, 2003.

Titre original « La Colpa » 1989. I

ici, pas de manichéisme.

Troisième roman traduit de l’auteur, après « La Peur » où l’on assistait à la désagrégation d’une famille bourgeoise milanaise terrorisée par la figure d’un tyran domestique du père. Dans cet autre roman, un jeune homme séquestré dans une pièce du sous-sol et dont feignait d’avoir oublié l’existence, servait de bouc émissaire.

255 pages et trente chapitres que précède le prologue « Les Faits » qui narre avec une froide précision la découverte du cadavre de Corinna Lotus Martini assassinée d’un coup sur la nuque asséné à l’aide d’un objet contondant, les voies de faits infligées au corps : une bouteille de champagne enfoncée dans le vagin, le clitoris (très développé, semblable à un petit pénis) sectionné et placé entre les dents de la victime, sans compter que Corinna a été crucifiée sur le parquet de sa chambre avec de gros clous.

La victime une femme mature exerçait un pouvoir de domination sexuel avec son corps adolescent, longs cheveux noirs, absence de poils, particularité clitoridienne. On arrête Alfiero Falliverni, professeur d’histoire à l’université de Milan, amant de la victime, qui l’avait vu peu de temps avant le meurtre, précisément pour boire cette bouteille de champagne devenu instrument de crime.

La suite conte en alternance le devenir d’Alfiero incarcéré à la troisième personne du singulier (Alfiero est quelqu’un qui prend ses distances), et celui d’Aleardo son frère, à la première personne (c’est quelqu’un de dynamique) pendant l’année qui suit ces événements. Accusé du crime, Alfiero a tout perdu même sa mère de qui il était le préféré ne vient pas le voir, ne lui écrit pas. Aleardo, avec qui il avait peu de contact, et des relations conflictuelles depuis l’enfance, répond à sa demande d’aide. Pour ce faire, il devra s’éloigner de sa femme, prendre contact avec une jeune délinquante pour apprendre les us et coutumes des comportements des parents de prisonniers, ainsi qu’avec Maria-Anna, amie de Corrina, jeune femme infantilisée par un enfance difficile, qu’il fréquente pour faire son enquête.

Aleardo est artiste verrier, il reproduit des tableaux sur vitrail, c’est un bon vitrier, un artiste (par rapport au « mauvais vitrier » de Baudelaire, référence implicite) et Alfiero un intellectuel à l’esprit analytique. Il survit correctement au régime carcéral, et résiste à toute provocation aux aveux.

C’est avec intérêt que l’on pénètre dans cet univers carcéral, différent de ce que l’on croit, pas plus effrayant. Alfiero est tenu pour un cas particulier, par les autres détenus qui ne le persécutent pas. A l’opposé, les avocats, procureurs… font tout ce qu’il peuvent mais ne l’atteignent pas.

La relation sado-masochiste existant entre Alfiero et Corrina, se reproduit entre Anna-Maria et Aleardo. Mais celui-ci apprend que les deux femmes avaient une relation particulière, et que Corrina était atteinte du syndrome de Morris (il s’agit d’une erreur dans la formation du fœtus masculin ; lors de la sexuation le chromosome Y reste inefficace, et l’enfant qui naît n’a pas d’organes reproducteurs et ses organes sexuels sont normaux parfois atrophiés souvent : en tous cas, l’individu ainsi affecté ressemble toute sa vie à un androgyne). Corrina n’était ni une femme ni un homme. Elle savait tirer parti de ses particularités anatomiques pour se « venger » des hommes, se sentant exclue de leur communauté. « La faute » est aux hommes et à ceux qui veulent s’y coller. Dont Alfiero. Anna-Maria à qui Corrina a servi de mère et d’amante luiavait aussi enseigné la façon de s’y prendre avec les hommes, ce qu’il fallait penser d’eux

« persuadée que la relation idéale ne pouvait s’atteiendre qu’à travers plusieurs relations partielles… le besoin de tendresse et de protection pouvait être satisfait dans une relation avec une personne capable d’offrir les deux, mais pas toujours en mesure de donner autre chose. En revanche quid du besoin d’un défi intellectuel ? Où du besoin perpétuel de stimulation érotiques ? Selon Corrina plusieurs personnes peuvent apporter tout cela, chacune dans son domaine particulier… »

L’intérêt du roman est l’approfondissement des relations entre les deux frères, d’abord ennemis, et les changements psychologiques et moraux qu’opère chez Alfiero la condition pénitentiaire. Sa vie en prison, les relations qu’il a avec de vrais criminels, ses méthodes de survie. On assiste à une sévère critique de la justice et des méthodes d’intimidation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 14 janvier 2006

4166S57SA4L.-AA240-.jpgMoravia Alberto ( Rome, 22 /11/ 1907- Rome 26/0/ 1990)

 
Eléments biographiques :
 

Fils d’un architecte, famille juive, ni rite ni conviction religieuse ; sa mère préfère le catholicisme. Formation marquée par une maladie ( tuberculose osseuse) et le fascisme montant ^puis triomphant ( 1917-1927). Mussolini prends les pleins pouvoirs en 1925.

1929 ; parution de « les Indifférents » qu’il avait commencé à l’âge de 17ans.

En suite, pendant quinze ans il fait de « l’expérimentation littéraire » selon des propres mots. On retient « L’imbroglio » et « Rêves du paresseux «

En 1943 Mussolini est arrêté et constitue dans le sud de l’Italie une « république sociale » qui s’achève avec la défaite allemande. Menacé par les rafles allemandes, Moravia se réfugie avec Elsa Morante son épouse, dans un village de la banlieue romaine. Il vivent alors dans une communauté paysanne pauvre dont il fit plus tard la description dans un roman « La Ciociara » en 1957.

Avec la fin de la guerre, Moravia publie « Agostino » en 1944 et retrouve la notoriété des « Indifférents «. On considère qu’il est un des représentants du courant néo-réaliste avec Pavese. On admire chez lui l’analyse psychologique ; mais il se réclame de l’existentialisme sartrien dans des œuvres comme « Le Mépris « en 1954 ? « L’Ennui » en 1960 ; on apprécie ses « fresques sociales » ses descriptions d’individus aux prises avec la société dont la vie difficile, violente rappelle celle des « Ragazzi di vita » que Pasolini , dont il est l’ami, montre au cinéma. Dans cet ordre d’idées , il convient de citer « Le Conformiste « en 1951, « La Provinciale et autres récits »,en 1952, « Nouvelles romaines » en 1954.

Il fut également voyageur et journaliste pour Le Corriere della sera et livre ses réflexions sur le monde contemporain qui ont été publiées. Considéré par certains comme un compa gnon de route des communistes, il ne s’engagea jamais mais accepta en 1984 de se porter candidat à l’élection au parlement européen et fut élu sur une liste d’indépendants de gauche.

Il vécut 25 ans avec Elsa Morante, 18 avec Daria Maraini, dix avec Carmen Llera, sans compter de nombreuses aventures féminines.


 
 
Le Mépris.

Richard Molteni, scénariste et Emile sa femme forment un couple sans histoire mais Emile se montre d’une froideur déconcertante et un jour dit à son mari qu’elle ne l’aime plus et même qu’elle le méprise. Le récit est consacré aux vains efforts déployés par Richard pour tenter de comprendre. Ai-je commis une faute ? Me méprise-t-elle pour ce que j’ai fait ou pour ce que je suis ?

Emilie le quitte, et meurt peu après la rupture d’un accident de voiture.

Molteni envisage d’écrire ses souvenirs à la première personne pour comprendre ce qui s’est passé. Les récits rétrospectifs assortis de réflexions doivent préluder à l’écriture proprement dite du narrateur.

Iles deux premières années, ils habitaient dans une chambre meublée ; Richard écrivait pour le théâtre mais n’avait que de petits revenus. Emilie souffrait de n’avoir pas de maison. C’est à la suite d’un achat d’appartement qu’il se voit contraint pour payer les échéances de devenir scénariste pour des films à succès, emploi qui lui est proposé par un producteur de cinéma ( Battista). Richard n’aime guère ce travail qui n’est pas pour lui créatif ; de plus, il est au service de Battista qui s’oppose à toute sorte de productions ( le film réaliste parce qu’il montre des aspects négatifs de l’existence). Emilie se prend d’aversion pour Battista alors même que Richard tente de composer avec lui. Dans le même temps elle devient froide à l’égard de Richard ; il comprend d’autant moins son attitude que c’est pour elle qu’il a dû prendre cet emploi déplaisant.

Suit la scène pénible : Emilie lui dit qu’elle ne l’aime plus et qu’elle le méprise. Elle ne dit pas pourquoi.

II
Richard et Emilie partent travailler à Capri. Battista et Rheingold, metteur en scène allemand, tournent un film sur Ulysse et Richard doit se joindre à eux. Rheingold explique que cette histoire mettra en lumière le problème conjugal entre Ulysse et Pénélope : Ulysse tarde à rentrer à Ithaque non par goût pour l’aventure ou du fait du hasard, mais parce qu’il craint, en retrouvant sa femme, d’essuyer son mépris à cause des prétendants qu’il a laissé s’installer dans sa maison et combler Pénélope de leur dons. Il ne s’est pas comporté en « homme » ; pire : il multiplie les obstacles pour retarder son retour et aggrave la situation comme en témoigne le nombre d’indésirables qu’il a dû finalement affronter.. En écrivant le scénario, Richard le compare à sa propre histoire ; il craint qu’Emilie le méprise pour les mêmes raisons, pense aussi qu’il a donné à sa femme l’impression qu’il souhaitait qu’elle séduise Battista pour améliorer leurs revenus. Malgré tout, il ne croyait pas à l’interprétation de Rheingold, et avait pour ce film des idées précises qui le menaient à cent lieues de son « problème conjugal ».

Pourtant, il décide de rompre avec Battista, de renoncer au film et plier bagage illico avec Emilie. Cependant, Emilie a sans doute cédé à Battista : elle part avec lui en voiture ; l’accident se produit peu après.

III
Malgré les faits , ce qui s’est passé est loin d’être clair ; qui était vraiment Emilie ? Et lui-même ? A-t-il poussé Emilie dans les bras du producteur ? Si c’était le cas, l’a-t-il fait parce qu’ils ne s’entendaient plus ? Sinon est-ce une méprise d’Emilie qui la conduit au mépris? Pourquoi l’accident ? Ne pouvant répondre aux questions il commence à écrire « pour exorciser « un fantôme…

Roman d’analyse psychologique , le Mépris s’explique au premier abord par des considérations d’ordre social qui rendent Emilie moins « mystérieuse » que son amant ne le voudrait. L’origine sociale modeste d’Emilie la conduit à s’éloigner de Richard ; c’est avant tout une femme d’intérieur qui se plaît à s’occuper de sa maison. Il est surtout préoccupé d’écriture et de théâtre. Tous deux s’ennuient peut-être ensemble et ne se l’avouent pas pour préserver leur entente sexuelle.

Lorsque Richard lui présente le producteur Battista, elle le soupçonne de vouloir la lui vendre ; c’est que Battista est plus proche d’elle : il ressemble aux hommes qu’elle a dû côtoyer dans son milieu social : inculture, vulgarité, promptitude à la séduire sans y mettre les formes ; si Richard ne s’aperçoit de rien, c’est qu’il ne veut pas savoir. Aussi se demande-t-on s’il ne cherche pas à se débarrasser de sa femme tout simplement, sans nécessairement chercher à la « vendre » ?

S’il la juge mal, pourquoi cède-t-elle au producteur ? Mais cet accident ne serait-il pas un suicide maquillé ?

par domiwind publié dans : littérature italienne commentaires (0)    ajouter un commentaire
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