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Mercredi 9 avril 2008

Yoko-Ogawa.2.jpgActes sud Babel, (1995-97)

La Piscine : Aya vit dans un institut pour orphelins dont ses parents s'occupent, et elle partage la vie des enfants de tous âges qui  habitent là en attendant une  hypothétique adoption. Elle est très malheureuse, se trouve désavantagée par rapport aux orphelins car elle n'aura jamais la chance d'être adoptée. Manifestement les parents d'Aya n'ont pas su adopter leur fille....

 Elle se distrait à regarder plonger dans la piscine un adolescent de son âge Jun, qui est presque pour elle comme un frère. Elle aime son corps quand il plonge, ses gestes, ses muscles bandés, (il m'est arrivé parfois de vouloir définir la jouissance que j'éprouve au moment où il lève les deux mains comme pour saisir quelque chose dans l'espace avant de disparaître sous l'eau. Mais je n'ai jamais réussi à trouver les mots qui conviennent. Est-ce  parce qu'il s'enfonce dans la vallée reculée du temps, là où les mots n'arrivent jamais ?) ainsi que son humeur toujours agréable.  Jalouse des autres enfants, toutefois elle se plaît à persécuter Rie, une petite fille de deux ans, arrivée depuis peu : la fait pleurer, la fourre dans une grande jarre,( je voulais encore entendre des sanglots de bébés ; je voulais goûter à toutes sortes de pleurs) et finalement lui fait manger une pâtisserie avariée qui la rend très malade. L'originalité de la nouvelle est la façon méticuleuse dont elle décrit sa, perversité, ses sensations de jouissance, distanciée.

Souvent sous forme de questions rhétorique : Est-ce que Jun lui aussi laisse flotter ses muscles en liberté au fond de la piscine comme le fœtus dans le ventre de sa mère ?

 La chute est bonne lorsque Jun le garçon qu'elle chérit physiquement et moralement, tente de la mettre devant ses responsabilités et qu'elle se rend compte qu'il l'observe attentivement lui aussi.

L'Essaim : ce récit est d'une étrangeté totale et assumée. La narratrice se souviens d'une résidence universitaire où elle a vécu. Elle entre en résonnance avec ce bâtiment  lorsqu'elle entend un bruit particulier qui doit presque relever des ultrasons

Pendant que mon esprit remonte vers cette résidence. L'intérieur de ma tête devient tout blanc comme une vaste plaine enneigée et quelque chose résonne faiblement dans le ciel, tout là-haut au-dessus de moi.

En ce qui concerne ce bruit... sa source, son timbre et sa propagation est ambigu, je n'ai plus de mots... j'essaie de lui trouver des comparaisons. Le murmure d'une fontaine en hiver quand une pièce de monnaie tombe au fond en provoquant des éclaboussures ;: le tremblement de la lymphe dans le limaçon tout au fond de l'oreille interne , au moment om l'on descend de manège. ; le bruit de la nuit qui s'écoule à l'intérieur de la paume de la main qui a tenu le récepteur, après le coup de téléphone de l'amant...


Des comparaisons originales belles qui rendent le récit aussi poétique qu'effrayant.

Effrayant car la narratrice intervient auprès du directeur de la résidence pour que son cousin puisse y loger. Et le directeur de la résidence est unijambiste et dépourvu de bras. «  Il peut tout faire tout seul... Le matériel pour écrire, la vaisselle ou la télévision étaient disposés à l'endroit le mieux placé pour permettre une utilisation avec le menton, la clavicule et le pied..".

Je crois vous avoir convaincu que Yoko Ogawa,  surtout dans cette nouvelle, autorise le lecteur à faire preuve d'imagination pour se représenter  des scènes troublantes ...

Malgré sa dextérité, l'homme handicapé ne cesse de décliner rapidement, à l'image de sa résidence qui souffre «  d'une déstructuration particulière » ; elle semble se décatir et s'amenuiser à chaque visite ;  on pense à  la maison Usher,et à son triste occupant,  même   si l' assaisonnement est asiatique.

Le dernier étudiant a disparu, que le directeur affectionnait pour ses doigts de la main gauche d'une agilité remarquable, des doigts vivants. Une tache s'élargit au plafond et semble responsable de toutes ces métamorphoses...semble attirer toute chose dans un gouffre profond...


La Grossesse : la narratrice st témoin de la grossesse de sa sœur avec qui elle vit, et en relève les bizarreries. Elle finit par souhaiter que cet enfant ne vive pas...le thème me ramène à la toute première histoire...



par Dominique Poursin publié dans : littérature japonaise commentaires (1)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Mercredi 20 février 2008

Publié pour la première fois en 1961, le roman a été traduit aux éditions Albin Michel en 1970. J’ai en main l’exemplaire du Livre de poche biblio qui comporte 124 pages.

A 67 ans, Eguchi se considère comme un « vieil homme », encore capable de mener à bien une relation sexuelle. Sur le conseil d’un ami, il se met à fréquenter une maison de tolérance assez curieuse : la mère maquerelle endort elle-même ses employées, de très jeunes filles, avec un narcotique puissant, et leur fait passer la nuit, nues sous une couverture chauffante, avec un client d’au moins soixante ans, le «  client de tout repos » qui n’est pas censé leur faire beaucoup de mal. Lui-même reçoit deux comprimés de somnifère, qu’il n’est pas obligé de prendre…

Nous savons que cette drogue est employée pour violer des filles que l’on enlève. Ici, ce serait un genre de prostitution soft, non dépourvue de danger pour autant. La tenancière, qui accueille Eguchi avec un excellent thé, a des réactions contradictoires : elle le dissuade d’aller trop loin, mais, vu l’exigence de clandestinité, quoi qu’il arrive, il ne saurait être inquiété…   

Eguchi va se rendre cinq fois dans la maison de passe, avec chaque fois une jeune fille différente ; ces expériences sont particulières, et se rejoignent. Il éprouve envers les jeunes filles  la sollicitude d’un père qui s’inquiète qu’elle ait froid, se souvient de ses propres filles, à des moments clés de ses relations avec elles. Le plaisir érotique de la contemplation, du toucher, génère des souvenirs imprégnés de poésie.

Il ressent aussi la frustration de partager la couche d’une femme inconsciente, craint qu’elle ne se réveille, souhaite la réveiller, considère avec émotion les paroles et les gestes de la dormeuse, illusoire communication…

Et cette frustration s’affirme un plaisir suspect : l’objet du désir lui est offert sans défense.   Il sera tenté de les violer effectivement, voire de les étrangler.

A vrai dire, cette situation m’évoque le film d’Almodovar, « Parle avec elle ».

Eguchi finira, comme il le souhaite, par se trouver confronté avec la mort réelle.

 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature japonaise commentaires (2)    ajouter un commentaire
communauté : SOIF DE LIRE...
Vendredi 18 janvier 2008
undefinedYasunari Kawabata. Le Grondement de la montagne
 
Albin Michel 1969.
 
 
 

Juste après la guerre, le Japon se relève difficilement. Près de Tokyo, Shingo Otagwa, 62 ans fait durer mélancoliquement son troisième âge, hanté par la mort et par des rêves de beauté.

 

Il contemple ses échecs familiaux, et se livre à ses obsessions tout en s’en défendant mollement.

 

Son fils Shuichi a pris une maîtresse et délaisse sa femme Kikuko. Shingo est amoureux de cette jeune personne qui lui rappelle une autre jeune fille à présent décédée, dont il était amoureux dans sa jeunesse. Il n’a pu épouser que sa sœur, Yusako, qui ne lui a jamais plu. Yusako elle-même vit dans le souvenir de cette sœur idéalisée.

 

 Shuichi n’a semble t’il épousé une jolie jeune fille à peine pubère, que pour la donner à ses parents…

 

La fille de Shingo, Fusako a des soucis conjugaux elle aussi, et revient à la maison avec deux petites filles.

 

Les pensées de Shingo qui forment la matière du livre, se cristallisent sur des plaisirs et dégoûts esthétiques relatifs aux événements de sa vie et représentés par des atmosphères, des objets d’art, et de menus événements afférents.

 

La mort de la jeune femme qu’il aima, c’est ce bouquet d’érable rougissant sur l’autel.

 

Son mariage c’est la chute d’une châtaigne rebondissant sur des pierres en une belle courbe, un moment de plaisir et un signe menaçant.

Il s'inquiète de la pousse  des végétaux : les queues de renard, le ginkgo sont-ils toujours  en bonne santé, comme si la sienne en dépendait, croit entendre un grondement la nuit annonciateur de séisme.

 

Les animaux font signe eux aussi ! Teru la chienne errante et ses petits qui semblent s’immiscer dans la vie de la famille, et promettre la fécondité… le cri d’un milan qui revient tous les ans.

 

 Les rêves de Shingo jouent un grand rôle et de quasi hallucinations : rêve de mort, rêves érotiques en rapport avec la jeune fille qu’il aime encore et ses diverses incarnations.

 
 
 

Kikuko apprécie les attentions dont elle est l’objet la part du vieux monsieur et partage avec lui bien des plaisirs ; mais elle a aussi une volonté propre et souhaite s’établir avec sa belle-sœur à tenir une boutique. C’est ce qu’on peut leur souhaiter de mieux et Shingo le sait bien, quoiqu’il tente de retenir la jeune fille…

Les rêves éveillés de Shingo soont matière à un récit d'une grande beauté esthétique.

 
 
 
 
 
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature japonaise commentaires (0)    ajouter un commentaire
Dimanche 19 août 2007

la-Derni--re-m--tamorphose.jpgCe récit est publié en 2007 chez Philippe Picquier, et traduit du japonais par Corinne Atlan.

Dans un long monologue théâtral que l’on hésite à qualifier de roman, un jeune homme met en scène son mal de vivre. 

Suite à des problèmes avec son despote de patron, il a décidé de s’enfermer dans sa chambre et de n’en plus sortir, c'est-à-dire de devenir un hikikomori (reclus volontaire).  En outre, il entretient ses parents car son père est au chômage depuis très longtemps. C’est la dépression disent les autres. Lui, il pense à La métamorphose de Kafka, souhaitant parvenir à se transformer en «  cancrelat ». (Mot écrit en gras et répété).

A défaut de réussir une transformation aussi radicale que  Gregoire Samsa, il réfléchit à la Métamorphose ainsi qu’à d’autres nouvelles de Kafka, et fait sur ces textes des  commentaires sur la condition humaine et les rôles que l’on nous impose,tout au long de la vie, la société, les proches (ceci n’a rien de bien nouveau) mais ce qui est plus fin, c’est que l’auteur réfléchit aussi sur les rôles que l’on joue pour soi… en face de soi, pour se duper soi-même.

Bientôt nous apprenons que la réclusion du narrateur fait suite au dépit qu’il éprouva après avoir tenu un blog « journal intime plus critique de livres » sur le Net, avide qu’il était de reconnaissance par un public plus vaste que ses parents et quelques liaisons sentimentales décevantes. Un site qu’il appelait EARL (le comte dit-il mais il y a aussi Lear dedans). Il envisage d’annoncer son suicide sur tous les sites possibles  croyant intéresser les gens par ce biais :

«  Ça fera un sacré grabuge, c’est sûr ! Le téléphone sonnera sans répit dans tous les commissariats du pays, dans le combiné on entendra des cris désespérés demandant d’empêcher mon suicide ! Ils chercheront tous éperdument à savoir qui est EARL ! … les médias eux aussi, ayant eu vent de ce tumulte, se rueront sur mon site !... » Moi désignera en même temps l’ensemble de tous les anonymes du cyberespace ! Tout le monde sera «  Moi » ! »

Le roman s’achève ainsi dans une progression nette vers la paranoïa, l’auteur ayant voulu montrer semble t’il le développement d’un ressassement qui tourne au délire et à l’explosion de haine contre soi.

Le propos est décousu et volubile, le ton vif et rageur donne tantôt dans la dérision, tantôt dans l’analyse introspective, Quelquefois de l’humour et aussi un peu d’ennui. L’ensemble vaut la peine d’être lu.  

 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature japonaise commentaires (0)    ajouter un commentaire
Dimanche 3 décembre 2006
Tristesse-et-beaut--.jpgKAWABATA , YASUNARI ( 1889-1972)
Tristesse et beauté
Roman
Année de publication :1970
Edition : Gallimard
Oki est un écrivain quinquagénaire marié à Fumiko, dont la seule occupation est de servir de secrétaire à son époux. Ils ont deux enfants, Taichiro, professeur de littérature à l'université de Tokyo, et une fille plus jeune et dynamique. Il y a vingt-cinq ans de cela, Oki a eu une liaison avec Otoko, une jeune fille de seize ans. Enceinte, elle perdit l'enfant à dix-sept ans et tenta de se suicider. Oki ne put rester auprès d'elle à cause de la jalousie de sa femme.
Maintenant, il apprend  qu'Otoko , devenue artiste peintre, vit à Kyôto et s'y est fait connaître. Il sait aussi qu'elle peint dans le style traditionnel et vit avec une autre femme, artiste également, Keiko, qui  s'investit dans le style abstrait.

Oki part à Kyôto, brûlant de recevoir son ancienne maîtresse et d'écouter avec elle le carillon du nouvel an, notamment la belle cloche du monastère de Chion.
Otoko n'a pas refusé cette rencontre mais elle s'entoure d'un cortège de protection, son amie Keiko, deux geishas, deux jeunes gens et le lieu de rencontre pour le dîner est public.
Keiko, qui connaît le passé de son amie , sait à quel point il pèse sur elle. Otoko ne s'est pas mariée, elle ne peut oublier Oki, et moins encore le roman qu'il a écrit sur leur liaison " Une Jeune fille de seize ans ". 
Et elle  a formé le projet de  peindre son enfant mort-né qu 'elle n'a jamais vu.

Amitié ou jalousie, Keiko décide de venger son amie. Avec sa peinture, sa présence, ses insinuations ,ses menaces à peine déguisées, elle réussit à troubler Oki et sa femme. Et ce n'est pas encore assez : Taichiro sera sa proie : jeune homme innocent, victime désignée et presque consentante, il se laisse séduire par Keiko, et n'offre aucune résistance lorsqu'il a compris qu'elle voulait se venger sur lui. Personne d'ailleurs ne se presse de le sauver, comme si tout le monde acceptait ce sacrifice…
On ne trouvera là ni tristesse ni beauté au sens occidental du terme à moins de se souvenir  de  la beauté que d'aucun ont pu trouver dans les tragédies, et de la tristesse majestueuse qui s'en dégage. C'est une tragédie, on sait dès le début qu'il y aura un sacrifice, qui va jouer le rôle et pourquoi. On suit le déroulement comme les étapes d'un rituel attendu, participant à la douleur des personnages : ceux qui consentent au sacrifice, la victime, et le bourreau également.

On s'intéresse au monde d'Otoko, à son attachement mélancolique pour ce qu'elle a vécu à seize ans, au bébé mort-né qu'elle ne sait comment représenter. Keiko est son instrument de vengeance, mais elle sait que cette vengeance ne servira à personne, ni à elle, ni à Keiko.
Le sentiment cultivé ici par tous les personnages, et mis en avant, c'est la jouissance,  qui comprend le plaisir et son contraire, et qui ne se limite pas à la sexualité.
 Pris dans ce filet, les personnages entretiennent des relations intenses et ambiguës, par le truchement d'œuvres d'art, de passions sexuelles, entre autres.
par domiwind publié dans : littérature japonaise commentaires (0)    ajouter un commentaire
Dimanche 3 décembre 2006
51F1SQJ87PL.-AA240-.jpgHaruki Murakami : Kafka sur le rivage, Belfond, 2003.
 
Un jeune garçon de quinze ans fait une fugue vers l’île de Shikoku ; il se fait appeler Kafka Tamura, prenant le prénom d’un de ses écrivains préférés. Il veut s’éloigner de la maison familiale son père lui répétant depuis l’enfance une terrible prédiction qui n’est autre que celle qui fut jadis faite à Œdipe, aggravée d’une mesure supplémentaire : « tu me tueras et tu coucheras avec ta mère et ta sœur ». Il ne connaît ni l’une ni l’autre qui ont quitté tôt la demeure familiale.  Même son père, célèbre sculpteur,  lui reste assez obscur.
Réfugié  dans une bibliothèque, il se fait embaucher par le responsable Oshima qui l’a pris en amitié.
Alternativement un autre récit nous narre la vie de Nakata, âgé de soixante ans aujourd’hui, qui, en 1944, à l’âge de neuf ans, alors qu’il cueillait des champignons avec les élèves de sa classe et son institutrice sur la colline du Bol de riz fut victime d’un coma inexpliqué dont il se réveilla sans mémoire et frappé d’altération intellectuelle. Lors d’une recherche pour retrouver la chatte de ses voisins, Nakata, d’habitude doux et effacé est confronté au kidnappeur de chat et le tue sur sa demande. Il s’enfuit vers l’île de Shikoku. Le même soir, Kafka Tamura, se réveille après minuit, dans un buisson, couvert d’un sang qui n’est pas le sien, sans souvenir de ce qui a pu lui arriver. Le lendemain, on apprend la mort de M. Tamura, Kafka craint de l’avoir  tué sans le savoir, Nakata sait qu’il l’a tué et fuit avec un jeune conducteur de camion avec qui il a sympathisé.
Kafka, très inquiet, apprend en outre le secret d’Oshima  (victime du syndrome de Morris, assez fréquent dans la fiction rare dans la réalité) qui le plonge dans l’embarras.
C’est un roman initiatique basé sur le thème du fatum. Peut-on échapper à sa destinée ? Riche en péripéties, en éléments qui se veulent comiques  et ne le sont pas toujours,  autant qu’en suspense, loufoque souvent, et d’une lecture  agréable. On se demande il faut admettre tous les faits surnaturels qui se produisent ou s’ils seront rationnellement expliqués...
 
Puis arrivé à la page 300 environ, on ne se demande plus rien, on se lasse des nombreuses répétitions, des objets particuliers nécessaires à trouver pour continuer la quête.
Une quête qui accumule beaucoup de clichés  et ne sort pas assez de l'ordinaire. On l'aurait supporté d'un thriller, d'un roman d'aventure,  dont on attend un petit plaisir mais pas d'un roman comme celui là qui véhicule le nom de Kafka dans le titre.
On doit  justement ajouter que le héros, Kafka, et le récit qu'il porte, ne ressemblent pas le moins du monde à leur éponyme.  C'est peut-être cela que je lui reproche.

On espérait que Kafka Tamura aura une relation privilégiée avec cet être particulier qu’est Oshima, mais il tombe amoureux du fantôme d’une femme qui se désespère d’amour etc.
J’ai lâché tout le monde.
Bon départ mais enlisement sévère.


Ce romancier est l'auteur d'autres récits qui sont moins célèbres. Peut-être essayerai-je un de ses romans antérieurs.
  Lisez un avis plus enthousiaste sur Passion des livres
par domiwind publié dans : littérature japonaise commentaires (0)    ajouter un commentaire
Samedi 21 janvier 2006

2253059951-08--SCLZZZZZZZ-SS500-.jpgKobo Abe La Femme des sables, roman de 1962. Traduction française : 1979 (Directement du japonais) Edition Stock (Cosmopolite)

 

Trois parties plus deux textes « sommation publique » et « jugement » qui sont des parodies de documents administratifs.

Avec en exergue « Evasion sans punition, évasion sans joie » .

Comme dans « Le Plan déchiqueté », un homme disparaît. Mais ici nous vivons l’expérience du point de vue du disparu non de celui de l’enquêteur.

Niki Jumpei professeur est parti au bord de la mer pour une demi-journée avec un panier et un flacon de cyanure ; il a choisi un endroit désertique au bord de mer pour y fouiner.
Il espère trouver une nouvelle espèce d’insectes de la famille des cicindèles, catégorie qui ressemble à la mouche. On ne peut la débusquer que dans un lieu radicalement différent de ceux qui sont répertoriés.

D’autre part le héros, que le narrateur appelle « l’homme « tout au long du roman, est fasciné par le sable « ce solide qui est un fluide de huit millimètres de diamètre « .
Le soir venu, il n’a rien trouvé.
Un vieux pêcheur qu’il croise, l’informe qu’il a raté le car, et, comme Jumpei demande l’hospitalité pour la nuit, le pêcheur le fait descendre dans un de ces trous de sable immense à l’aide d’un échelle de corde.
En bas vit une femme de son âge, trente ans, qui travaille la nuit à remplir des sacs de sable que des porteurs hissent dans des paniers jusqu’en haut de la falaise. Le jour, elle dort. Cette héroïne sera désignée sous le nom de « la femme »

Son travail est destiné à éviter l’enlisement et elle recommence toujours le même comme les Danaïdes vidant le tonneau qui va s’emplir à nouveau. Révolté tout d’abord, l’homme (son nom ne sera signalé que sur les documents officiels mentionnant sa disparition), refuse le travail et met au point plusieurs manières de s’échapper .
D'abord, il est tombé dans un piège, il ne disposait plus de l’échelle de corde lorsqu’il a voulu remonter.
Toutes ces évasions échouent : l’une d’elle fort longue le conduisent presque à la lisière du village après qu’il ait escaladé la falaise à l’aide d’une échelle confectionnée avec sa chemise. Mais il s’enlise dans des sables mouvants et doit redescendre dans le trou après avoir été « sauvé » par ses tortionnaires.
Sa rébellion (refus du travail de transport du sable) a pour conséquence la disparition des vivres et de l’eau qu’on leur apporte chaque jour.
Il doit céder sur ce point.
D’autres tentatives échoueront de même. Des années passent et l’homme s’habitue à cette existence ainsi qu’à sa compagne de vie. Un jour, elle doit être transportée à l’hôpital, et l’échelle de corde est restée là pour la première fois depuis le début de sa détention. L’homme en fait usage mais il va seulement voir la mer et redescend dans le trou. Il ne veut plus s’enfuir. Ce qui l’occupe à présent, c’est un piège à corbeau qu’il a fabriqué (d’abord en vue d’une évasion), et qui s’est transformé en réservoir d’eau, à cause d’un seau resté longtemps à plusieurs mètres sous terre. Il pense alors que pour son plan d’évasion « il a bien le temps ». Il ne repartira plus. Sept ans se sont écoulés.

 

I L’incipit, annonce la disparition définitive de l’homme ; ainsi que l’explication qui en est donnée par un de ses collègues : l’homme était parti se suicider sans même le savoir, il était schizophrène, il est anormal qu’il s’intéresse de si près aux insectes.
Cette partie comprend également l’installation forcée de l’homme dans cette vie précaire à lutter contre l’ensevelissement, et son essai d’escalader la falaise en l’éboulant. Il reçoit un projectile (black-jack) sur la poitrine lancé d’en haut et s’évanouit.

 

II Flic floc, floc floc ; quel bruit, quel bruit ? Le bruit du grelot !

Floc floc, floc floc. Quelle voix, quelle voix ? La voix du Diable !

 

L’homme reste longtemps couché, feint d’être plus malade qu’il ne l’est. Ensuite, il refuse de travailler, ligote la femme, et on leur coupe les vivres. En fin de compte il doit se mettre à l’ouvrage et compose même une sorte d’ode au travail.
Enfin après son plan d’évasion très mûri mais raté qui l’amène juqu’à la lisière du village, et qu’il est ramené à son trou, il est moins malheureux qu’il ne le pense…

 

III
C’est le dernier plan d’évasion la construction du piège à corbeau auquel il donne le nom d’espérance. Il creuse un trou au fond, y enterre un seau en bois recouvert d’un couvercle de fortune : trois bâtonnets, chacun d’eux noué à un fil très fin , qui se relient à un autre fil à l’extérieur. Un appât y est fixé. Le corbeau qui s’y prend est censé emmener une lettre à la ville, lorsque l’homme le relâche, comme le ferait un pigeon voyageur. Ce système parait très idéaliste et peu propre à la réussite ; de fait l’homme ne l’a réalisé que pour avoir un secret bien à lui. Il réussit à obtenir de l’eau en permanence au fond du seau.
Le roman s’achève : revenu de son escapade au bord de mer, l’homme contemple son réservoir du haut de la falaise : il s’en réjouit.
Ses plans d’évasion sont une activité intellectuelle et concrète qui n’a plus l’évasion pour but.

A première vue, on pense au mythe de Sisyphe. Tous les jours refaire le même travail, aboli la nuit. Remplir les sacs de sable, et recommencer la nuit suivante, la même dose ayant glissé le jour. C’est la femme qui lui apprend à faire ce travail. Il finit par y trouver sa raison de vivre. Camus écrivait « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». C’est ce qui arrive progressivement.
Mais n’y a t’il pas davantage dans cette fable ?

Lutter contre l’ensevelissement : retarder la mort l’enterrement vivant.

Comme tous les grands romans celui-ci est une métaphore de la condition humaine et propose une façon de vivre le moins mal possible.
L'influence de penseurs occidentaux tel que Camus est probable.

 
 
 
 
 
par domiwind publié dans : littérature japonaise commentaires (2)    ajouter un commentaire
Samedi 14 janvier 2006

AbeKobo5.jpgKobo, Abe( 1924-93)  "Le Plan déchiqueté" ; roman japonais . Stock ( Biblothèque cosmopolite).

Un détective d’une agence privée à Tokyo (jamais nommée) est chargée de retrouver un certain Nemuro, disparu depuis six mois, dont la fiche signalétique nous est fournie en exergue du roman : 34 ans, chef de division aux entreprises Dainen, vendeur.

Le narrateur-détective s’aperçoit vite que la personnalité du disparu est difficile à déterminer à cause de sa famille. Nemuro Haru , toujours porteuse d’un discours sibyllin, affirme que le seul indice est une pochette d’allumettes venant d’un bar où l’on semble recruter des chauffeurs de taxis «  au noir ». Mais pourquoi Nemuro serait-il devenu chauffeur ?

Le détective rencontre aussi le supposé beau-frère  de Nemuro, dont il va découvrir qu’il est proxénète ;et fait sans doute travailler sa sœur. Un jeune homme de l’entreprise Dainen, Tashiro, que Nemuro devait voir avant de s’en aller définitivement, entraîne l’inspecteur sur des pistes fausses en avançant des théories et se rétractant ensuite. Perdu dans le labyrinthe  des quartiers de Tokyo, le détective est amené à faire toutes sortes d’hypothèses qui n’aboutissent pas , à  partir de la suspicion qu’on a tenté de se débarrasser de Nemuro. Qui aurait voulu empêcher sa femme de se prostituer.

 Puis le frère de Haru meurt dans une rixe. Et c’est Tashiro qui menace de se suicider au téléphone, si l’on continue l’enquête.

Le détective se retire de l’affaire et se fait tabasser dans le bar où l’on se livres à toutes sorte d ‘activités  illicites. Il perd la mémoire à la suite d’un mauvais coup et vit des expériences éprouvantes : un quartier où il croit reconnaître  des bâtiments cesse d’exister dès qu’il s’en approche. Il erre au hasard, dans la ville et la trouve vidée de ses habitants …

Considérant les maigres indices qu’il possède , sur l’homme qu’il recherchait, il s’en sert à présent  pour tenter de savoir qui il est lui-même. Une pochette d’allumettes. Un numéro de téléphone .celui de la femme de Nemuro , pense le lecteur ( à moins qu’il n’ait également perdu la mémoire ?).

Elle vient le chercher : elle lui dira qui il est. Mais , c’est une femme de petite vertu, aperçue au bar qu’il voit apparaître. Il se dissimule.

Le voilà enfin soulagé : il renonce à en savoir davantage. Il  a l’impression de partir sur un chemin nouveau. :

«  A quoi servirait-il qu’on me découvre ? désormais, j’aspirais à un monde que  j’aurais  moi-même choisi. Ce serait mon monde à moi que j’aurais élu librement ».

 

.Commentaires : Le plan inutilisable de la ville, c’est aussi la « carte » de la personnalité du disparu, remplie de quartiers, immeubles, parkings, bars, anecdotes, photos, … qui sont autant de signes mais pas de points de repère .Lorsque  le détective devient amnésique, il est semblable à l’introuvable homme qu’il cherchait.

Les relations entretenues avec les personnes interrogées  sont autant de dialogues de sourds : elles répondent une question par une autre, ou par une information invérifiable et qui n’a rien à voir avec ce qui est demandé. Le détective apprend bien quelque-chose sur les activités frauduleuses des gens qui entouraient Nemuro. L’enquête policière est d’ailleurs assez banale, même si entourée de mystère et de pérégrinations sans fin sur les lieux que le disparu est censé avoir hanté. Il s’agit bien d’un individu  que l’on a fait disparaître d’une façon ou d’une autre parce qu’il était gênant. Toutefois , l’acharnement du détective qui se passionne pour une histoire inélucidable , d’où il ferait bien de se retirer, son goût particulier pour la fréquentation de gens  qui lui paraissent détenir un secret, pour les lieux  inquiétants, où l’on ne peut plus se repérer, font de l’enquête une quête. Ce n’est pas une quête d’identité : c’est au contraire lorsqu’il est sans recours, en pleine déréliction, que le narrateur  semble avoir atteint un but qu’il ignorait rechercher. Est-ce une opération suicidaire ? Une quête mystique ? ….on peut faire différente lectures.

 

par domiwind publié dans : littérature japonaise commentaires (1)    ajouter un commentaire
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