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Mardi 1 juillet 2008

L'Olivier, 2007.

Une explosion atomique, suite à un conflit dont on ignore les circonstances, a profondément altéré l'environnement.

La faune et la flore ont été détruites presque en totalité. Infertile, la Terre est vaine. Une couche de cendre revêt toutes choses, les arbres sont morts et les eaux à l'aspect noir ne renferment plus de vie.

Un homme survit depuis plusieurs années avec son petit garçon, né juste après la catastrophe. Il pourrait avoir sept ans (il sait lire et tracer des mots dans le sable), raisonne, et a  développé une éthique de vie.

En sept ans, si le gamin a bien grandi, la Terre est toujours dans le même état : la destruction est trop profonde pour que quiconque ait pu faire mieux que de survivre au jour le jour. Sur la route, on rencontre des cadavres calcinés, figés là depuis des années.

L'homme et l'enfant se dirigent vers le sud, espérant y trouver plus de chaleur et la mer,  subsistent en pillant les maisons trouvées sur leur chemin, les maisons désertées où l'on peut trouver encore des vivres et des vêtements.

Il leur arrive de bonnes surprises : un pommier qui  donne des fruits, une canette de coca dans un distributeur.

Les mauvaises surprises ce sont les rencontres avec d'autres survivants. Ceux-ci sont assez nombreux, parfois organisés en bandes, souvent retournés à l'état sauvage,et assassinent les passants isolés pour les dévaliser. Des actes de cannibalisme ne sont pas rares.

Les armes à feu n'ont pas disparu. L'homme et l'enfant en possèdent une, heureusement.

Le roman est composés de paragraphes jamais très longs entrecoupés de dialogues entre le père et le fils propos laconiques, réservés à maintenir  l'essentiel de l'acte de communication.


 La fonction phatique (dirait Jacobson) tient une place énorme dans ces dialogues, (ainsi que l'informative), et c'est ce qui  en fait la force.


« Il faut qu'on sorte de la route.

Pourquoi papa ?

Quelqu'un va venir.

C'est des méchants ?

Oui. Je le crains.

Ça pourrait être des gentils. Pourquoi pas ?

Il ne répondit pas. Il regardait le ciel par habitude mais il n'y avait rien à voir.

Qu'est ce qu'on va faire, Papa ?

Partons.

On ne peut retourner à notre feu ?

Non. Viens. On n'a sans doute pas beaucoup de temps.

J'ai très faim.

Je sais.

Qu'est-ce qu'on va faire ?

Il faut qu'on se cache quelque part. Qu'on quitte la route.

Ils ne verront pas nos traces ?

Si.

Qu'est-ce qu'on peut y faire ?

J'en sais rien. »

Un dialogue  aussi long est à peu près inutile : chacun des deux sait parfaitement ce qu'il faut faire. Il sert à maintenir la communication. Souvent, le gamin, déprimé par la difficulté de la survie en milieu hostile, se tait, et  le père lui dit «  Il faut que tu me parles ».


La construction du roman épouse le rythme du cheminement au jour le jour. Le sujet c'est bien « la route » et rien d'autre, en tout cas, c'est ainsi que je le reçois. L'auteur nous promène dans une existence réduite à l'essentiel, à l'élémentaire de ce qui fait la vie de deux êtres qui ont un passé, mais pas d'avenir. La transmission des valeurs s'est faite du père au fils,  et peut-être l'auteur veut-il nous dire qu'elle s'est d'autant mieux faite que les deux êtes vivent dans le dénuement, et  frôlent quotidiennement la déréliction.

L'impact de la morale religieuse du roman peut  irriter, mais  on doit en parler : dans la Bible, Caïn est le premier à faire la route. Dieu l'a condamné  à l'errance.  L 'enfant qui chemine est contraint à une morale stricte,  il semble  vouloir  incarner une sorte de rédemption.


Comme dans l'autre roman de Mc Carthy que j'ai lu (L'Obscurité du dehors), la langue est riche, précise, somptueuse, et sobre en même temps et la traduction admirable.




par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (2)    ajouter un commentaire
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Jeudi 26 juin 2008

Belfond, 2007, 378 pages. 

J'ai emprunté ce roman à Montigny la Bibliothèque Georges Brassens. Il était dans un rayonnage intitulé « romans de plage ». Ces ouvrages sont censés être faciles à lire, divertissants, romanesques.

J'ai été surprise de trouver Milena Agus dans cette sélection : bien que je ne l'aime guère, je crois que ses ambitions se situent à un autre niveau. 

Revenons à Douglas Kennedy, dont je trouve les romans plaisants, en principe. 

Celui-là met en scène Harry, professeur de cinéma américain débarqué à Paris en catastrophe, avec peu d'argent,  pour échapper à la justice de son pays : Il a eu une liaison désastreuse avec une étudiante. Les parents de la fille, sa femme, l'amant de celle-ci, l'université,  se sont déchaînés contre lui...

Ses tribulations le mènent à une chambre de bonne dans la rue de Paradis, qu'il loue une modeste somme à Sezer, ressortissant turc. Le même lui propose un poste de veilleur de nuit à 65 euros pour le compte d'une mystérieuse société. Les agissements de l cette entreprise sont forcément illégaux et Harry ne doit pas chercher à savoir. Il ne doit ouvrir la porte que si le visiteur déclare «  je veux parler à monsieur Monde ». Ce clin d'œil à Simenon n'est pas le seul ! Harry ne cesse de lire du Simenon dans sa cellule entre deux exercices d'écriture, car il s'est lancé dans un redoutable roman pour raconter sa vie, en partant de zéro.

Il en a déjà écrit six cent pages, pour dix-sept ans d'existence, lorsqu'il décide d'aller dans un salon littéraire que lui recommande son ami Douglas, avec qui il est resté en contact.  ( remarquez que c'est le prénom de l'auteur!)

La matrone qui  tient ce salon est affreusement snob mais  Harry  va y faire connaissance d' une femme plus âgée que lui, encore belle,  pleine de souvenirs ambigus de sa Hongrie communiste natale. Elle vit rue Linné, au cinquième, d'une façon délicieusement surannée, dans  un appartement des années 70, machine à écrire, disques vinyles, élégantes tenues noires...

Une femme merveilleuse... mais aussi  la pire rencontre que l'on puisse faire...!!!

C'est là une lecture très agréable, un rythme alerte, de l'humour, une intrigue bien menée, et la description du quartier de la Goute d'or excellente, pleine de vie.


 

par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Samedi 31 mai 2008

 


Paru d'abord sous forme de feuilleton en 1895, Jude l'Obscur fit par sa façon franche de traiter des mœurs dans la campagne anglaise de la fin du siècle.

 


Jude Fawley est  orphelin et a dû travailler très tôt dans sa vie. Il livre tous les jours le pain de sa tante la boulangère en échange du gîte et du couvert. Mais il rêve de faire des études, de devenir enseignant écrivant ou chercheur. Lorsque débute le roman, l'instituteur Phillotson, va quitter la petite ville, et s'il avait été sincère, il aurait dû emmener Jude avec lui, connaissant ses aptitudes et ses ambitions. Mais il s'en fiche, admettra seulement de lui expédier des grammaires grecques et latines. Jude  apprendra seul en travaillant. A dix-huit ans, il part à pied pour Christminster (Oxford) après un mariage raté avec une paysanne qui a feint d'être enceinte de lui, Arabelle. Il a appris un métier : tailleur de pierre et s'est beaucoup instruit en autodidacte.

Mais à Christminster, il vit de son métier et ne trouve aucune embauche dans les milieux intellectuels. Les professeurs l'envoient promener en lui enjoignant de rester dans sa classe sociale (le monde ouvrier et artisan).

Jude rencontre sa cousine Sue, elle aussi en mauvaise posture. Elle a quitté ses parents qui ne pourvoient pas à ses besoins. Elle aussi est cultivée et pauvre.  Jude est épris d'elle depuis l'enfance et rêvait à partir de sa photographie.

Sue intègre une école d'institutrices, mais elle est trop libre de pensée et de caractère pour le supporter et s'enfuit. Quoique Jude et elle s'entendent bien, elle ne veut pas lui céder, soit par frigidité, soit pour d'autres mystérieuses raisons. Elle se résout à épouser l'instituteur, qui n'avait guère aidé Jude et qui sera décidément son rival....

Mais la vie conjugale avec cet homme lui répugne et elle s'enfuit encore, se met en ménage avec Jude. «La guerre terrible qui se livre entre la chair et l'esprit»

N'ayant pu vivre de leur  intelligence , ils végètent, font de petits jobs. Malgré leurs connaissances,  ils laissent venir les naissances inconsidérément. Jude doit récupérer le fils d'Arabelle, dont elle prétend qu'il est le sien. Ce petit garçon est  gravement perturbé et se suicide entrainant ses frères dans la mort. Le ménage n'était pas heureux, il explose, et Sue retourne avec M. Phillotson.

 Jude est atteint de tuberculose et  agonit seul dans la maison d'Arabelle, en prononçant des paroles désespérées du Livre de Job en guise d'excipit....






Jude l'obscur est un roman unique :

Thomas Hardy  écrivait dans son journal : «  ce sera une nouvelle sur un jeune homme qui n'a pu aller à Oxford. Ses efforts, son échec.» Hardy estime que «le monde doit savoir» quelles difficultés rencontrent les non-privilégiés pour s'instruire - l'ultime ambition de Jude.

L'auteur  veut aussi contester  les lois sur le mariage, qui «constituent la machinerie tragique de l'histoire».

Effectivement, traiter un tel sujet à l'époque, et avoir des revendications aussi radicales, c'est tout à fait remarquable.

Thomas Hardy n'a pourtant pas complètement réussi son roman. Il tourne au mélodrame : le nombre de pépins qui pleuvent sur les héros finit par agacer et nuit à la vraisemblance. 

Le retour d'Arabelle l'épouse de Jude et ce petit garçon  dont les  penchants sont  tellement destructeurs sont en trop. Le mariage avec Arabelle, tôt dans le roman, m'ennuie.   On a peine à croire que Jude la prenne au sérieus,  se contraigne à l'épouser. Il ne convient pas au roman qu'il soit à ce point naïf. On ne saisit pas très bien non plus pourquoi Jude et Sue, qui sont tout de même des esprits éclairés, enchaînent les naissances non désirées dès lors qu'ils se sont mis en ménage... !

Malgré ces imperfections, Jude l'Obscur reste un roman cher à mon cœur.


Le personnage de Sue est plus intéressant que ses homologues françaises tels que la Marie de l'Education sentimentale, ou encore  Louise de Rênal et Mathile de la Mole dans le Rouge et le noir, deux romans par ailleurs tout à fait bons...  Les romanciers français du 19eme siècle ( pour ne pas parler du 20eme...)  ne mettent en scène que des femmes incultes, tout juste bonnes à tomber amoureuses, faire des dettes,  et/ou à intriguer. Il faut lire les pages où Jude et sa cousine ont des conversations sur la littérature et la société.... !   




par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Mardi 27 mai 2008

(publié en 1961).

482 pages en Penguin classic, et 601 dans la traduction française faite pour les éditions POL qui avaient autrefois lancé une collection de littérature classique, abandonnée hélas, dont je possède encore quelques spécimens.

La préface, excellente, est de René Belletto, écrivain, guitariste, auteur de polars, traducteur.

Je n'achèverai pas ce blog sans avoir chroniqué un Belletto...mais lequel et quand?

 

Pour revenir aux Grandes espérances...

1)Un petit village dans une région marécageuse, à quelques heures de Londres en diligence.

L'ouverture est une scène de cimetière !

Pip, huit ans,  examine les pierres tombales.  Il  fait l'inventaire de sa famille disparue : sa mère Georgiana, et 4 frères. Cette promenade est rituelle.

Puis il s'en retourne chez Joe Gargery, forgeron qui l'élève avec l'aide de sa femme, Giorgiana,  qui est aussi la sœur aînée de Pip, la seule famille qui lui reste. Joe ne se défend pas, et ne veut pas défendre Pip contre cette tyranne domestique. Sa bonté un peu niaise influence même le jeune garçon.

Pip est apprenti forgeron.

Il  fréquente aussi son oncle Mr Pumblehook vendeur de grain, cynique et vaniteux, ainsi que Mr Wosple, le pasteur idéaliste qui rêve de devenir acteur. Deux occasions pour Dickens de camper des personnages pittoresques.

Dans cette ambiance, Pip est appelé chez l'étrange miss Havisham qui vit en robe de mariée depuis trente ans, terrée dans son logis aux persiennes toujours closes. Couverte de toiles d'araignée, elle rôde autour d'une table où trônent un gâteau moisi, et des couverts en piteux état. Son époux s'est enfui le jour des noces...

Pip tombe amoureux de sa fille adoptive, Estelle, jeune orpheline aux origines mystérieuses. Il prend  miss Havisham pour une sorte de bonne fée, (alors que le lecteur la perçoit comme une sorcière, le pendant bourgeois de Giorgiana),  rêve qu'elle lui donnera la main d'Estelle,  au terme d'une série d'épreuves qu'il lui  incombera de surmonter. Et que s'il se conduit bien, elle fera sa fortune, et le juge dès à présent digne de devenir un monsieur.


  Il atteint 15 ans lorsque sa  mâratre de sœur est victime d'une agression dont elle ne se remet pas. Gâteuse et affaiblie, elle ne martyrise plus personne. Une orpheline est employée pour vaquer aux soins de la maisonnée. Biddy va des vues sur Pip.

Mais voilà que le vœu du garçon semble se réaliser : un bienfaiteur dont le nom doit rester inconnu, veut qu'il fasse son éducation à Londres ; une grosse somme d'argent lui est allouée. Pip est sûr que Miss Havisham est derrière tout cela.


2) Pendant 5 ans, Pip va vivre ses années d'espèrance et d'oisiveté...

Cette partie londonienne lui fait croiser de nombreux personnages, le notaire Jagger, qui s'occupe de gérer son pécule à l'étude de la « petite Bretagne » et lui alloue une pension. Un ami, Herbert Pocket, dont la famille est couverte de dettes. 

Pip revient par intermittence visiter miss Havisham pour la faire parler, en vain. 
Estelle est lancée dans le monde, et fréquente l'abominable Drummle, ennemi juré de Pip, qui voit dans ce malotru un obstacle à vaincre pour conquérir Estelle. 

Herbert et lui s'endettent. Il lit beaucoup, mais ne prépare pas de cursus universitaire, ne songe à aucune profession ni occupation séreiuse. Un soir son bienfaiteur se présente : évidemment, ce n'était pas miss Havisham... mais le forçat Magwitch, que Pip avait caché et nourri au cimetière lorsque, à peine âgé de huit ans, il l'avait croisé, en se baladant parmi les pierres tombales.

Le forçat a fait fortune en Amérique, et envoyé de l'argent pour que Pip devienne un gentleman.

Cette révélation déçoit Pip. Il n'a pas aidé le forçat par bonté. Petit garçon, il en avait peur, et l'autre l'avait d'ailleurs menacé.


3)  Pip met Herbert dans le secret et Jaggers ferme les yeux. Magwitch a 60 ans il est toujour passible de la peine de mort. Pip décide de le renvoyer en Amérique par voie fluviale. Le forçat s'en fiche, sa vie s'achève, et il ne peut juger de l'effet réel provoqué sur Pip par ses largesses. 

Pip organise son évasion avec Herbert Startop et Wemich, clerc asscocié à Jaggers.

Entre temps Pip découvre les vraies origines d'Estelle, fille du forçat et d'une mère criminelle qui tenta de la tuer. Une dernière  visite à miss Havisham  se révèle peu probante. La vieille folle provoque un incendie qu'il maîtrise. Elle survit peu de temps, et Pip sera fort malade de ses brûlures. Au moment de faire évader Magwitch, il se rend à un rendez-vous anonyme et manque d'être assassiné par son ancien camarade de la forge, Orlich, qui était aussi l'auteur de l'agression de Giorgiana. Magwitch est repris, tue son  pire ennemi, et meurt à Newgate avant d'être pendu.

Pip et Herbert se décident à prendre des emplois de commis dans une entreprise d'import-export. Estelle a divorcé de Drummle qui la battait. Au village, Joe a épousé Biddy, et ils ont eu deux enfants. Le garçon s'appelle Pip. Ainsi Pip assure la descendance de son prénom, de son diminutif qu'il s'est choisi, mais pas de son nom "Pirrip".

Personne ne l'a jamais appelé autrement que Mr Pip...


Pip est le cousin de Lucien de Rubempré. Il n'a pas d'ambitions littéraires, mais il est comme l'autre, un héros négatif ne devant  son salut ou son infortune qu'à des  hasards qui le dépassent. Le forçat est un brave homme au contraire de Vautrin qui précipitait Lucien à sa perte. Les deux jeunes gens restent immatures. Outre Miss Havisham, personnage de sorcière intriguante, et Estelle qu'elle forme à lui ressembler et à la venger des hommes,  Magwitch est le forçat évadé et repenti, personnage emblématique lui ausssi.

Jaggers et Wemmich sont des notaires qui s'occupent de la fortune de Pip. Très réglementaire, Jaggers « s'en lave les mains », geste obsessionnel à double sens...

La famille Pocket est hystérique, couple mal assorti et enfants livrés à eux-mêmes, qui claquent de l'argent et passent leur temps à échapper à des créanciers. Les mêmes existent chez David Copperfield , et sont représentatifs de la famille de Dickens ...( Mr Pocket est prof d'université, dépassé par sa famille.)


 Dickens a un côté «  bon enfant » qui lui interdit de donner le premier rôle à un gredin tel que Vautrin. Cet auteur  a des idées chrétiennes qui n'effleurent pas Balzac. D'un autre côté sa façon de décrire les situations, de camper les personnages est plus légère, plus fine et humoristique que Balzac.

L'un se sert d'une plume et l'autre d'un gourdin a-t-on dit...

Les personnages les mieux réussis ne sont pas  les héros mais plutôt les seconds rôles importants tels que Jaggers le notaire rigide qui se fait comprendre à demi-mots lorqu'il veut communiquer quelque chose de personnel. L'abominable famille Pocket est bien vue aussi ainsi que Miss Havisham, qui crée une forte impression...



par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (3)    ajouter un commentaire
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Mardi 20 mai 2008

 


Roman acheté, il y a plus de vingt ans que j'ai enfin lu!

 


Dans un manoir hanté sur une côte irlandaise sauvage, Hannah vit recluse mystérieusement entourée de serviteurs qui sont autant de geôliers.





Le mystère : Marian vient d'être engagée comme répétitrice de français auprès de Mrs Green-Smith qui vit dans une sombre demeure isolée qu'entoure un jardin aux grilles défensives, un marécage mortifère, une falaise imposante ; un vieux dolmen à l'air menaçant, et l'océan avec ses lames de fond.

Un certain Gerald s'occupe des affaires d'Hannah e d'elle en personne, d'une manière singulière. Protecteur, sournois, trop plein de sollicitude. D'autres protagonistes jouent le même rôle auprès de la belle jeune recluse.


Et il n'y a pas d'enfant ! Marian découvre que, loin d'être répétitrice, elle sera dame de compagnie d'Hannah. Une appréhension la saisit. Son penchant immédiat pour la maîtresse des lieux qu'elle s'avoue en partie, lui donne envie e savoir pourquoi elle viet si étrangment en huis clos et non désireuse de sortir.

La liberté : lorsque Marian apprend la vérité, elle a le désir le d=faire évader Hannah même contre son gré. En effet, Hannah victime d'un mariage qui se révla vite une mésaliance , aurait poussé son mari du haut de al falaise 7 ans plus tôt. Et serait depuis sous bonne garde grâce à des amis de ce mari que Marian imagine terrifiant, et dont les occupants du manoir craignent le retour.

Cependant Hannah a eu un amant qui vit encore dan sl e manoir d'en face, à ½ heure de là en voiture.  Et aussi un prétendant Effingham qui lui propose en vain la fuite à deux pour tout recommencer de zéro. Cherche-te-elle à expier une faute, est-elle la proie d'un enchantement, comme le croient les gens du voisinage ?

Est-elle seulement terrifiée par la menace latente que représente la situation qu'elle vit, la surveillance que l'on exerce sur elle, le retour de l'époux ?


Hannah est tous d'abord vécue comme une personne inaccessible un être charmant intouchable, dangereux aussi comme l'être fabuleux qui donne son titre au roman. Atour d'elle les geôliers comme des libérateurs en puissance, ne savent eux-mêmes, ce que signifie la liberté pour Hannah ? Ils apprendront à leurs dépends ce qu'a pu lui coûter ces visions fantasmatique


Chacun interprète le silence d'Hannah et sa manière de vivre ou de supporter la vie, comme on cherche à décrypter les paroles de la Sybille. Pour Effinghm, homme de quarante ans, narcissqieu, naïf et paresseux, Hnnah et une enchanteresse, la femme inaccessible des roamns courtois. Mais cet amoureux couard ( un peu caricaturé)n'est pas à la mesure des ancien troubadours !

Pour Max Lejour, le vieux professeur platonicien, qui vit à «  Rider's » autre propriété solitaire le plus proche voisin, Hannah est entrain de trouver la sagesse dns l'épreuve.


Pour Marian, Hannah est victime de sa peur et de la culpabilité, prisonnière mentalement plsu que physiquement, Ey il importe de la sauver malgré elle.

Avec l'aide d'Effingham, elle tente de la soustraire à ses gardiens femmes et hommes. Mais Hannah est surveillée, et Effingham trop bavard. Maladresse qui précipite les événements...

La fin du roman montre qu'Hannah avait pour d'elle-même de ses réactions, quoique une partie restera obscure.

Unr roman d'analyse psychologique, d'intrigue et de suspense, une parodie réussie  des romans gothiques, des réflexions sur des notions telles que culpabilité et liberté, et aussi une bonne dose de satire de mœurs, voilà les points forts du livre.

Effingham est un personnage assez vain qui donne à l'histoire ses moments comiques. Les autres personnages sont moins chargés mais l'ironie s'exerce sur tous ces gardiens de « harem » pour une seule femme, et même à l'égard d'Hannah elle-même et de ses tentatives de conjuration :   la robe de chambre jaune, les deux plantes fétiches : la monnaie du pape et l'herbe de la pampa, la lecture de la Princesse de Clèves sur laquelle Marian et elle s'endorment, donne à l'ensemble une tonalité tragicomique.




par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (0)    ajouter un commentaire
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Lundi 19 mai 2008

J'avais éprouvé un intérêt certain pour «  Enduring Love », «  Une étrange séduction », » L'Enfant volé »  et le dernier «  Expiation ».

Ce n'est pas rien. Mais «  Samedi » m'a énervée.  Mc Ewan met en scène un neurochirurgien, persuadé que « tout est dans les gènes » !!

La journée de début de week-end qu'il va vivre sera  difficile pour lui  et les siens.  Cette famille bourgeoise  va vers  une confrontation difficile avec un  homme dangereux malade et  haineux (que le héros ressent comme tel).

D'habitude, les épreuves endurées par les héros bourgeois de Mc Ewan ne les laissent pas  indemnes. Bien souvent ces épreuves les détruisent, ou les poussent fortement à se remettre en question.

Le roman est tout simplement ennuyeux. Les pensées du chirurgien avec tous ces termes médicaux spécialisés que l'on n'a pas envie de connaître ... son échauffourée avec le  délinquant malade et rancunier qui veut se venger d'une aile de voiture froissée est interminable, elle lasse.

Le récit en flash-back de la rencontre du héros avec sa femme que bien sûr il a opérée autrefois, et sauvée,  paraît bien conventionnel. Ainsi que  l'évocation de ses enfants bien entendu surdoués, des parents exemplaires etc....

 Le suspense engendré par la crise des cinquante ou cent dernières pages est mieux enlevé.


par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Vendredi 2 mai 2008

Titre original " The Sweet Thereafter".

Actes-sud (Babel), 1994. 327 pages.


Un accident d'autocar a eu lieu dans le nord de l'état de New-York à Sam Dent, une petite bourgade enneigée. Les victimes sont quatorze enfants du coin que le bus ramasse tous les matins pour les emmener à l'école.

Le roman consiste en cinq monologues de personnes ayant un rapport proche ou lointain avec l'accident. D'abord la conductrice Dolorès Driscoll, qui a freiné brutalement ce matin là ayant cru voir un chien juste devant elle. Le bus a fait un plongeon dans le ravin (sans garde-fou) et  la moitié arrière s'est abîmé dans une sablière pleine d'eau en contrebas.


Dolorès donne les informations nécessaires sur la tragédie et  raconte ce trajet qui s'avéra  mortel, cherchant sans les trouver des pressentiments et des causes plausibles. Dans son examen (qui est aussi un examen de conscience)  elle présente les principales familles concernées, leurs enfants, maintenant morts (ou non), leurs différents problèmes sociaux et personnels. Ainsi que sa vie à elle, son mari Abbott paralytique et parlant par borborygmes qu'elle interprète comme s'il était une pythie...

Ensuite c'est Billy Ansel, le garagiste, veuf et maintenant privé aussi de ses deux jumeaux.  Depuis l'accident, il a renoncé à sa liaison avec Risa et tous deux ne se parlent plus. Ce monologue est une longue méditation sur la culpabilité et le deuil.

L'avocat Stephens s'exprime pour dire qu'il a voulu s'occuper de l'affaire dans l'idée que l'on pourrait accuser la municipalité, les services sociaux, la compagnie de bus, de négligence, et verser des indemnités aux familles. Il visite les sinistrés et de ce fait nous en donne une idée différente de celle des deux précédents narrateurs. L'avocat  a aussi des ennuis familiaux, sa fille Zoé qui se drogue et se détruit à petit feu, raison pour laquelle il se sent en phase avec les victimes.

Nicole Burnell une rescapée de quatorze ans, se retrouve désormais en chaise roulante. Avant l'accident, elle songeait au suicide, son père  la forçait à des relations incestueuses. A présent, il n'osera plus la toucher, et elle pourra toujours s'enfermer dans  sa chambre. Etant donné qu'elle est interrogée par des avocats, elle lui fait peur et tire satisfaction (amère) de sa vengeance.

Elle trouve des avantages à sa nouvelle situation. Le titre «  The Sweet Thereafter » trouve ici une justification, tout aussi ironique que pour les autres narrateurs, mais plus concrète...

Là aussi le thème de la culpabilité est à l'œuvre et l'accident a mis fin à des relations sexuelles prohibées.

Le dernier monologue est à nouveau  Dolorès Driscoll, mais je n'ai pas eu envie de le lire. Je pense qu'il n'apporte rien de plus...

Un roman réaliste, en prise avec les problèmes sociaux. Des gens qui, à l'occasion  d'un coup dur, très dur, tentent  non seulement de survivre (parfois au prix de se considérer mort) mais de  tirer de cette nouvelle situation des vérités sur eux.

Le premier monologue m'a bien plu ; Dolorès à la fois naïve et réaliste, vive et  méticuleuse dans sa restitution des événements et des sensations  augure bien du roman. Billy Ansel paraît étonnamment lucide, mis à distance de sa vie passée et capable d'en tirer ce qui en était déconcertant, ce qui suscite des questions. Au milieu du monologue d'Ansel, j'ai commencé pourtant à me lasser, et cet ennui relatif a perduré tout le long du rapport de Stephen Mitchell. L'intérêt s'est relancé pour Nicole Burnell : le point de vue de l'adolescente  nous fait changer de monde.

Mais je n'ai pas lu le dernier monologue.

D'où vient cet ennui relatif ?


A chaque monologue, l'auteur épouse bien le point de vue du personnage, son entourage ses expériences personnelles sont bien décrites de sa place.

Un autre travail est de changer  de  voix et de ton pour donner à chacun son accent particulier. L'auteur s'est efforcé de faire parler l'adolescente d'une façon plus directe et plus vive, avec  du mordant. Dolorès a aussi un certain brio, tandis qu'Ansel est porté sur l'introspection, et l'avocat considère les êtres de l'extérieur avec l'objectivité particulière de celui qui ne dépend pas de cette communauté.

Cela ne suffit pas toujours à garantir l'originalité du récit. Lorsque le même événement, la même description est répétée par un personnage différent  il ne rend pas toujours un autre son, n'apporte pas toujours de nouvelles informations. Un certain piétinement, un ressassement sont à l'œuvre.


Dans l'ensemble, c'est tout de même un livre important.


par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
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Jeudi 17 avril 2008

(A Fatal Inversion, 1988) in « Œuvres » traduction  Frédéric Nathan, 1992 Laffont ( Bouquins), 246 pages.

Depuis le « Jeune homme et la mort » en mars, je relis Rendell avec plaisir quand le roman n'excède pas 250 pages en français.

Au-delà, il y a un délayage parfois pénible...qui m'avait fait trouver pesant  le Journal D'Asta et la Maison de la mort.

Rien de tel dans l'Eté de Trapellune, roman de mœurs et psychologique intelligent, et thriller vigoureusement mené.

 L'Eté de Trapellune (Mot français fabriqué je suppose pour faire une anagramme de Nulle part) fait référence à un lieu tenu secret ainsi qu'à l'été 1976, célèbre pour ses températures exceptionnellement clémentes dès le printemps. A Nunes petit village du Suffolk, règne la canicule. C'est par un jour de juin riant qu'Adam, 19 ans, étudiant en linguistique,  découvre le manoir de son grand-oncle et ses dix hectares de terrain boisés avec lac verger, prairies... Le vieil homme, à présent décédé, l'a rendu seul héritier, pour se moquer de son père qui lui léchait les bottes depuis des lustres, en vue d'obtenir ce legs.

Adam s'installe dans ses murs avec son ami Rufus étudiant en médecine. Bientôt d'autres jeunes gens viennent se joindre à eux, l'une veut fonder une communauté, d'autres y squattent  sans but réel, des couples se forment, des conflits éclatent de personnes,de classe sociale et d'ethnies. Ces vacances vont tourner au drame...

Dix ans plus tard, les nouveaux propriétaires de Wyni Hall, qui veulent enterrer leur chien dans le cimetière d'animaux de la propriété, y trouvent des ossements humains. Une enquête policière commence.

 Les souvenirs affluent chez  Adam, Rufus et Shiva qui, chacun de leur côté, ont survécu tant bien que mal au fatal été...

En alternant les points de vue de ces trois personnages dont l'existence est  envahie de plus en plus par le passé et qui mêlent leurs voix en un crescendo affolant.

 

par Dominique Poursin publié dans : Littérature anglophone commentaires (0)    ajouter un commentaire
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