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littérature de langue anglaise

Gallimard, collection l'Imginaire.Roman anglais, le plus simple mais non le moindre de Sylvia Towsend-Warner, excellent romancière, traduite, mais peu lue...

Suckey Bond est retirée de l'orphelinat à douze ans pour aller chez les Noman, des fermiers dans l'Essex. C'est un pays marécageux où les tourbières de confondent avec la mer. Mme Seaborn place régulièrement des écolières dans cette ferme.

Suckey adore Mme Seaborn la femme du pasteur qui lui semble être une déesse. Pourtant le sort de fille de ferme promis à cette enfant nous semble bien injuste. Suckey s'en acquitte avec zèle, passionnée par le paysage, par le fait qu'elle vit «  sur une île » et à cause de la présence d'Eric, énigmatique jeune garçon blond d'une grande beauté dont elle s'éprend.

Nul ne sait xe qu'Eric est censé faire à la ferme, ni pourquoi il y réside : il parle peu, semble indifférent, disparaît dans les alentours toute la journée mais éprouve du plaisir à traire les vaches le soir. Le lecteur le ressent plus ou moins autiste.

A sa manière, il fait des avances à Suckey ; il lui offre de petites pommes acides. Tous deux passent de bons moments ensemble, s'embrasent... ignorante, Suckey se croit enceinte alors qu'ils n'ont pas copulé. Elle veut Eric pour époux et lui demande de tuer un coq pour elle. Effrayé par le sang, Eric s'enfuit et a « une crise d'hystérie ».

Suckey doit quitter la ferme, et part en ville rechercher Eric que Mme Seaborn a emmené.

Elle a compris qu'Eric était son fils, et qu'effrayée par le penchant que Suckey manifeste à son égard, elle le séquestre désormais...

Suckey connaît de nombreuses tribulations avant de se trouver une place de gouvernante ménagère dans la ville voisine. Elle se fat une alliée de la nouvelle employée des Noman, parvient à retrouver Eric qui a perdu son père et dont la mère est devenue folle, persuade le tuteur d'Eric qui ne sait qu'en faire d'épouser ce jeune homme « un peu demeuré ».

Eric va se trouver une occupation l'apiculture à quoi il s'adonnera avec passion. Suckey s'occupera du domaine des Seaborn. Lorsque s'achève le roman, en proie à une plénitude presque mystique, Suckey va mettre au monde une fille... et ce sera Volupté car la romancière nous avait prévenu que le trio Mme Seaborn-Suckey-Eric c'est Vénus-Psyché-Amour.

Une façon originale de développer ce mythe : Junon qui est la patronne du mariage dirige un bordel : «  seules les maisons de tolérance pouvaient préserver la vertu des femmes chastes ».


Le livre ne manque pas d'ironie. Suckey aussi nous plaît par sa naïveté qui lui attire des aventures étranges. Comme toute fillette sortant du couvent, la Bible est son guide, et c'est là qu'elle va chercher la réponse aux questions qui se posent à elle. Son amour pour Eric, après des années de religion, lui parait une révélation, l'accès à un monde païen libre, qui préserve intacte la beauté.

Et, comme toujours Sylvia Townsend-Warner présente le destin d'une femme volontaire, seule, occupée de son désir et de sa singularité, en un cheminement qui lui est propre, au milieu d'une société victorienne rigide à laquelle elle ne comprend pas grand-chose, mais qu'elle parvient à utiliser à ses fins. L'autre point fort du roman ce sont plusieurs passages de prose poétique délicieuse : l'offrande des pommes, la romance de Suckey et Psyché...


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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 00:57
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

A la fin du 19eme siècle, Michel Henchard, jeune botteleur de foin, personnalité ambitieuse, brouillonne, animée de sentiments excessifs, vend sa femme à un marin Newson , un soir d'ivresse, pour cinq guinées.

Il part pour Casterbridge gros bourg dans le Wessex situé à une vingtaine de kilomètres du lieu du délit. Il y devient négociant en grains et ne bois plus pendant 18 ans ayant fait un vœu.

Le voilà  maire de la ville. Mais ce que l'on nous raconte c'est l'histoire de sa déchéance...  


Sa femme Suzanne, que l'on dit simplette, a accepté la transaction commerciale dont elle est l'objet. Avait-elle pris son époux au mot ou espérait-elle gagner au change ? Elle fut heureuse mais très pauvre. Le marin ayant disparu en mer, Susan revient chez Henchard avec Elizabeth-Jane  la fille qu'elle a eue de Newson. Elle porte le même nom que l'enfant que Suzanne avait eu d'Henchard et qui  n'est plus.  

Henchard croit que c'est sa fille et l'on ne dément pas ... Belle, intelligente, cultivée, elle semble attendre son heure...


Deux ans plus tard, Newson réapparaît et  veut la reprendre...

Henchard a pris pour associé Donald Farfrae, jeune blond écossais, économe sans être avare, qui allie la froideur du calcul à la sentimentalité. Il fascine Henchard, qui laisse cet associé le supplanter, sans qu'aucun des deux ne l'ait souhaité.

Devenu pour Henchard un objet de haine, il manque périr sous sa main.


Henchard s'est aussi fait des ennemis : Une marchande témoin de la transaction qui se rend à Casterbridge, pour révéler la vérité et faire tomber Henchard , Jopp qui cherchait une place de régisseur et s'est fait évincer par Henchard se venge en divulguant des lettres qu'il a échangées avec sa maîtresse Lucetta.


Mais c'est Donald Farfrae qui, sans avoir de malice, lui prend tout. Sa place de maire, de premier négociant, sa maison, sa maîtresse Lucette qu'il épouse, sa fille adoptive... Henchard fait toujours ce qu'il faut pour tomber encore plus bas...


J'ai bien aimé ce roman qui  mêle l'analyse sociale et psychologique, en évitant la plupart des clichés. Les personnalités des deux hommes qui s'affrontent est intéressante.

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 11:10
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

1998, 464 pages.

Avec une citation de Rosamond Lehman, en exergue: cette romancière semble avoir durablement influencé Coe. 

 

Dans le manoir anglais d'Ashdown, au bord d'une falaise, vivent plusieurs étudiants, au milieu des années 80. C'est leur dernière année d'université.

Sarah souffre de troubles du sommeil; parfois, elle croit avoir vécu ce qu'elle a rêvé. Ses songes sont très concrets et imitent méchamment la réalité d'où des quiproquos parfois drôles souvent pénibles. Gregory est devenu son ami : 'il s'intéresse à ses bizarreries davantage qu'à sa personne, ce qui a pour conséquence de la faire fuir. Un autre étudiant Robert, en est amoureux, mais elle se tourne vers une femme. Terry se passionne pour le cinéma et recherche le film perdu d'un certain Salvatore Ortese, cinéaste hyperréaliste, marginal, proche de Pasolini par le style.

 

Nous suivons leurs destinées sur deux époques en même temps, car les chapitres impairs sont consacrés aux mêmes personnages douze ans plus tard, lorsque lancés dans la vie active, ils vont bientôt se rencontrer à nouveau, dans cette même demeure attrayante et angoissante, que le docteur Duden a transformée en laboratoire, pour s'y livrer à des expériences inquiétantes.

 

Je ne sais trop quoi penser de ce roman. Il se lit avec plaisir, et l'on suit volontiers le devenir des différents personnages : Sarah et Terry sont vraiment intéressants. Les autres m'ont surtout paru des faire-valoir, et Coe n'aurait pas dû se pencher autant sur leur cas.

Certains aspects m'ont irritée notamment le sentimentalisme de Robert, quelque peu outré, surtout dans ces conséquences. Sarah et lui ont affaire à des psychiatres intrusifs, voire complètement dingues, ces caricatures de psy, que l'on rencontre bien souvent dans les romans finissent par m'ennuyer. La critique sociale dans ce roman est moins bien venue que dans ses autres livres. Dans l'ensemble, je ne suis pas très convaincue. Si j'ai tant attendu pour le lire, ne soupçonnais-je pas précisément qu'il me déplairait?

D'ordinaire, si j'ai un roman de Coe en main, je le lis sur-le-champs.

Je mettrais cet opus loin derrière «  Testament à l'anglaise »( qui reste son meilleur), Bienvenue au club, et La Pluie avant qu'elle tombe...

Et voilà le problème, avec la PAL: ce sont des livres que l'on remet à plus tard, parce, dans plusieurs cas, on a senti, sans se le dire, qu'on avait eu tort de les acheter...

 

Cette lecture est commune avec George, je me demande si elle sera moins sévère que moi...

 

 

 

 

 

 

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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 00:25
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

The Crying Of Lot 49, 1 er publication mars 1966; traduction en 1987 au Seuil( Fiction & Cie).  

 

Oedipa Maas, l'héroïne, s'ennuie avec quelques amies à une tupperware party. Elle a trop bu.

De retour chez elle, une lettre l'attend pour l'informer de la mort de son ex-amant Inverarity Pierce, promoteur immobilier. Il l'a nommée exécutrice testamentaire, ce qui lui vaut de devoir se rendre à San Narciso ( Californie) pour s'occuper de l'affaire.

 

A San Narciso, elle va rencontrer Metzger autre exécuteur testamentaire. Il faudra vendre l'immense collection de timbres appartenant à Pierce: du temps où elle fréquentait cet individu, sa collection l'irritait : à présent, elle trouve sur chacun d'eux le dessin d'un cor postal muni d'une sourdine. Ce dessin,elle l'a vu aussi plusieurs fois sur les murs de la ville ainsi que dans les toilettes d'une auberge avec l'inscription WASTE, un nom ou un acronyme?

Un certain Mike Fallopian au bar du Scope lui conte l'histoire de soldats pris dans une embuscade en Italie, «  des postiers de l'armée » dont on repêcha les os après qu'ils se furent noyés; Lesquels os furent vendus à diverses firmes et servirent à fabriquer des filtres à cigarettes : une société que Pierce exploitait.

Avec la sympathique compagnie, des Paranoïds groupe de rock fondé par de vrais quadruplés ,elle

assiste à une pièce élisabéthaine «  la Tragédie du courrier »particulièrement sanglante, l'héritier d'un duché italien, Niccolo, menacé par la famille de son demi-frère bâtard, et tenu à la clandestinité, s'est enrôlé comme postier; il est assassiné par des brigands .Oedipa médite sur des vers apparemment obscurs «

 Comme Thun and Taxis celui que l'on connut

Tombe sous le stylet toujours par thorn tenu

Tacite désormais pose sa corne d'or

Nulle étoile sacrée ne veille quand il dort

Sur l'ancien compagnon du pauvre Trystero.

 

Le nom de Trystero l'interpelle, bien qu'il ne soit prononcé qu'une seule fois dans la pièce. Il lui faut savoir qui est ce personnage.

Dès lors l'interprétation du testament de Pierce va se confondre avec le possible déchiffrement de ce nom « Trystero », et la démarche d'Oedipa devient une quête fort complexe.

 

Mi résultat d'enquête, mi affabulation de sa part, elle finit par établir qu'un réseau de courrier postal clandestin s'est développé en Europe au 15eme siècle. Le service postal du Saint-Empire romain germanique » Thun and Taxis » fut doublé par un certain « Trystero » l'héritier déshérité d'un membre honorable et décédé dudit service postal.

Ses compagnons et lui pervertirent le service postal ordinaire, soit en volant le courrier , soit en attaquant les messagers officiels, soit en intervertissant les lettres aux destinataires... l'emblème du réseau Trystero fut ce ce cor muni d'une sourdine.

 

Héritier déshérité, imposteur, trafiquant de timbres, bandit des grands chemins,

ancêtre des «  amoureux anonymes »,de part sa parenté phonétique avec Tristan, qui fut Trystero ?

 

Oedipa ( Oedipe au féminin) se débat dans une foule de messages mystérieux. Elle attend du «  système Trystero » l'expression d'une marginalisation étouffée depuis longtemps.

 

Ce mystère devrait s'éclairer avec l'apparition de l'acheteur du lot de timbres.

«  49 » est aussi l'âge de l'auteur lors de la parution du livre ( Pynchon est né en 1937).

 

 

 

«  Si Trystero n'est rien alors l'Amérique est fichue » dit Oedipa dans un long monologue final. Elle s'est entichée et nous la comprenons de ce héros marginal mythique et pense qu'il se manifestera par delà les siècles pour lui apporter un Message essentiel.

 

Pourtant la reconstitution au fil des siècles du système Trystero ( qui n'est autre que la métaphore de la littérature selon Pynchon ,autre langage que l'officiel, messages parallèles et codés, invention d'une autre vie «  souterraine »; tiers exclu de la société, perversion des messages officiels,...) souffre bien des lacunes.

En effet, notre triste héroïne,Oedipa, est amateur de boissons forte : durant toute l'histoire, elle ne dessaoule pas, et ses interlocuteurs non plus,quitte à se pinter...au vin de pissenlit, lorsqu'ils ne trouvent rien de mieux!

 

Dans cette œuvre ouverte ( au sens d'Eco) le nombre de sphinx consultés est élevé : tous se piquent de savoir quelque chose

il est vrai que souvent c'est l'héroïne qui les met au défi de lui apprendre quelque chose et sollicite des histoires...

 


 

 

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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 00:46
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

l-amant-de-Lady-Chatterley.jpg Après lecture du carnet de la cinéaste Pascale Ferran, dans un vieux numéro des Cahiers du cinéma j’ai eu envie de me replonger dans Lady Chatt, lu à l’adolescence, bien oublié depuis . 


A la Fnac, j’ai opté pour l'édition folio-classique avec une intro du professeur Topia ( André)  qui souhaite expliquer l’intérêt socio-culturel d’un roman qu’il serait injuste de considérer comme une partie de jambes en l’air même fort réussie.

 Il  nous dit entre autre que Lawrence jugeait Jane Austen mesquine et sèche,  et qu’il rêvait de l’Angleterre rurale d’avant l’industrialisation. 


Dans la fusion entre deux être se révèle ce qu’ils ont d’unique, pensait cet idéaliste.


…..

Constance ( Connie) est une fille « libre »: elle va à l'université,  et  son père, un intellectuel, la laisse fréquenter  des jeunes gens à sa guise.  Nous sommes au début du vingtième siècle.


Après une première histoire gentillette avec un musicien, elle rencontre Clifford issu de l’aristocratie rurale, qui n’aime fréquenter que ceux de son groupe, tandis que la citadine Connie, bourgeoisie libérale aisée, jouit d'une grande souplesse de mœurs.


Clifford est dépeint comme un jeune homme désabusé jusqu’au cynisme, trouvant tout «  ridicule » : plusieurs pages sont consacrées au « ridicule » selon Clifford, qui s’enferme dans une nihilisme sommaire. L’amour physique fait également partie des ces activités qu’il trouve grossières, et ne supporte qu’à titre de formalité.


Lorsque ce jeune homme revient de guerre, impuissant et paralytique, Connie est encore jeune et n’a plus rien à vivre d’important avec lui, sauf jouer les infirmières ; ils se déclament du Racine, un auteur, qui, pour Lawrence est conforme aux prédispositions de Clifford, pour qui la jouissance esthétique se trouve dans la pureté et le dépouillement.

Clifford finira par s’inventer des plaisirs de chair avec une Mrs Bolton qui ne le cède en rien à cette Irina Palm qui passa sur les écrans, il ya quelques temps .


Et l’histoire d’amour de Connie avec le garde-chasse ?

Vous l’attendiez ?

C’est un brave homme Mellors, il n’est pas bégueule (vous le saviez déjà ?).

Il se dit de jolies choses sur ce que peuvent éprouver une homme et une femme, dans une relation sexuelle réussie.

 Connie ne savait pas grand chose de ce qu'une relation sexuelle peut provoquer, et  sa découverte du plaisir se fait par étapes, lente mais sûre.

Mais pourquoi faut-il que Mellors qui est apte aux plaisirs charnels soit peu instruit et que Clifford, l’intellectuel, ne soit bon à rien ?

Pourquoi faut-il qu’il déclare sa femme d’une «  race inférieure » parce qu’elle a couché avec un « domestique ».

Qu’est-ce que cette sorte d’intellectuel ?

Tout cela est sous-tendu par une idéologie assez primaire.

L'avis d'Ys qui a trouvé les scènes de sexe ennuyeuses. Je suis assez d'accord!

C'est vrai qu'à présent, on varie davantage les postures et les aventures. Pensez que Connie n'a eu finalement que trois amants ( en comptant son mari et le musicien, j'espère que je n'oublie personne? corrigez-moi au besoin...) , c'est peu pour une jeune femmede trente ans . Ajoutez à cela qu'elle n'a pas essayé l'homosexualité, ni les accessoires érotiques.... !!!
 
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /2009 13:21
- Communauté : Lecture sans frontières - Par Dominique Poursin

 Charles, Emma, Léon : remarques sur Madame Bovary :
 

Charles Bovary, en retard sur ses condisciples intègre une classe de cinquième, complètement inadapté. Il se fait moquer de lui même par le maître. La description de sa casquette ( un objet extraordinaire jamais vu, et difficile à visualiser est un des morceau de bravoure de ce livre qui n’en manque pas).


Charles devient officier de santé : il est mauvais élève ne comprend rien, ne va pas aux cours, et échoue à l’examen, mais sa mère lui achète le diplôme.


Il  va quitter  cette  maman si utile pour épouser une femme sèche et maigre  Héloïse ( 45 ans et  1200 livres de rentes) qui va mourir assez vite . Cette femme que sa mère lui a trouvée...


Enfin! Emma Rouault, fille d’un « riche » paysan, fait son apparition  page 71 (le roman en comprend 500).


Charles a connu le père Rouault en le soignant d’une fracture « simple, la plus facile qu’il eût pu rêver. » Pendant ses visites à son malade, il remarque Emma, sa fille, à peine sortie du couvent, qui vit seule avec ce veuf.

Il s’en éprend et a  le temps de faire sa connaissance.  Il croit le  père Rouault riche,à l’apparence de la ferme et à la présence de quelques vaches, et de troupeaux de volailles variées.   En vrai, Rouault a beaucoup de dettes, est avare,  et  se  réjouit de l’attachement de Charles pour sa fille dont il ne sait trop quoi faire, car elle ne sert à rien dans une  ferme. La dot qu’il peut lui donner est maigre ; mais Charles, qui est  complètement dans  les vapes, ne va pas s’en apercevoir, et ne réclamera rien. Le père Rouault  fait une bonne affaire .

Pour la noce, on relève le deuxième objet extravagant du roman, tout aussi célèbre que la casquette de Charles : la pièce montée du repas de mariage.


Cette très jeune fille, jolie et ignorante, fait le bonheur de Charles mais elle ne tarde pas à s’ennuyer avec lui. Une éducation brève et nourrie de romans sentimentaux (la Bibliothèque Bleue mais aussi Paul et Virginie, Emma sait lire...) la font rêver. Elle sort peu et un seul bal au château de Vaubyessard suffit à l’éblouir : belle vaisselle, beaux cavaliers, tapis et tentures, valses, candélabres en argent… Charles décide de déménager.

On quitte Tostes (déjà Toste Funèbre dans le souvenir d’Emma), le petit village normand, pour Yonville, un gros bourg.

La superstar de Yonville c’est le pharmacien Homais, un homme pédant et prétentieux dont les propos stupides provoquent le fou rire chez le lecteur.J'ai beaucoup ri en lisant Flaubert.  Mais dans le pays Homais est très écouté.
Emma se lie avec Léon, un jeune clerc de notaire de vingt ans, aussi romanesque qu’elle.  Toutefois, il ne lui plaît guère, physiquement parlant.

A son arrivée à Yonville, elle était enceinte, et en fin d’automne elle accouche d’une fille, Berthe, et ne cache pas sa déception. L’enfant est mise en nourrice. Emma se distrait en achetant des meubles, des articles de décoration et de la lingerie. Elle commence à s’endetter.

 Aux fêtes du comice agricole elle rencontre Rodolphe Boulanger, petit propriétaire foncier qui s’amuse à la conquérir. Emma prends cela au sérieux, croit vivre une grande passion. Rodolphe enlève moi !
Rodolphe rompt. Désespérée, Emma reprend Berthe, va souvent à confesse, rencontre à nouveau Léon, à Rouen, un jour que Charles l’avait emmenée au théâtre.

Charles ne fait que des sottises : voulant opérer un homme d’un pied bot avec l’aide d’Homais, ils échouent et le malade qui manque mourir, doit être amputé de la jambe entière.

Emma trouve insupportable ce nouvel échec public de Charles.

Emma se contente désormais d’ébats peu satisfaisants avec Léon, qu’elle voit tous les jeudis à Rouen, sous prétexte de leçons de piano.  Ces maigres consolations ne lui suffisent pas, et elle continue à s’endetter. Son créancier, Lheureux, lui fait vendre une propriété  appartenant à Charles, signer des billets à ordre, courir à sa ruine. Menacée de saisie, elle demande de l’argent à Léon qui  refuse, à Maître Guillaumin notaire, qui lui conseille de se prostituer, et à Rodolphe qui la repousse  avec impatience.


Justin, l’employé d’Homais, a toujours eu un béguin fou pour Emma. Hélas, ce n’est pas de l’argent qu’il détient mais la clef du capharnaüm, qu’il lui donne, et où elle trouve de l’arsenic pour s’empoisonner. S’ensuivent une longue agonie, puis la mort, et les propos cyniques du pharmacien et du curé qui veillent le corps.


Epilogue : Charles apprend qu’il est ruiné mais il aime toujours Emma par delà la mort. Il surprend Rodolphe, qui lui explique sans ménagement que sa femme le trompait, en ne manifestant ni jalousie ni ressentiment viril. Assez vite, il la suit dans  le trépas. Orpheline, Berthe est envoyée à l’usine, comme ouvrière. Homais se lance dans le journalisme, autant dire la politique, et reçoit une croix d’honneur.

Le mouvement est très lent : Charles a quinze ans lors de la scène inaugurale, et une longue éclipse suit, pendant laquelle il trouve un métier, et une première femme qui meurt. Lorsqu’il débute sa cour à Emma, elle a 16 ans. L’action proprement dite commence, qui va durer dix à douze ans.  L’impression de lenteur subsiste jusqu’à la fin. Le temps ne passe pas. C'est sans doute ce qui insupporte nombre de lycéens et même des étudiants. Je n'ai, pour ma part, lu Bovary( et tout  Flaubert à la suite) qu'à 28 ans, pendant des vacances ensoleillées sous la tente à Foix( Ariège).

En dehors de tout contexte scolaire. J'ai été émerveillée. Je reprends ces textes assez fréquemment.

 

Que penser de la première scène du roman ? En quoi constitue-elle  un incipit pour un roman qui s’intitule «  Madame Bovary » ?

le récit débute par un « nous » qui englobe les camarades d’école de Charles « Nous étions à l’étude quand le nouveau arriva » et l’on retrouve ce « nous » de temps à autre dans le roman pour parler de Charles. 

Le roman entier pourrait être écrit par  un collègue de Charles à qui il se serait confié après la mort de sa femme et qui serait désireux de conter, non l’histoire d’Emma, mais celle de Charles, (y compris les événements auxquels il n’a pas assisté, et qu’il imaginerait) dont Emma est le personnage central. Ce « nous » implique une solidarité de l’auteur vis à vis de Charles. Ce "collègue de Charles" est très proche de Flaubert.

Il n’empêche pourtant pas que l’on ait de la difficulté, parfois, à saisir le point de vue de ce narrateur aux phrases assassines.
 

L’exercice de style : Zola dira que Flaubert change considérablement le roman après  Balzac

«  Il l’a assujetti à des règles fixes d’observation, l’a débarrassé de l’enflure fausse  des personnages, l’a changé en une œuvre d’art harmonique, impersonnelle, vivant de sa beauté propre ainsi qu’un beau marbre ».
Cela n’incite pas nécessairement à la lecture ; le marbre est froid, dur et inattaquable.

Pourtant le lecteur se prend d’amitié pour Charles,  Emma et Léon (des « losers » comme on dit à présent) et trouve que les  autres sont bien campés.


Les émois de Charles sont les nôtres : « il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement public pour y taper sur des  tables de marbres de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté  qui le rehaussait d’estime vis à vis de lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle ».

Il est apte à s’enthousiasmer pour ce qui lui paraît défendu. Et ce sont de toutes petites choses,des joies minuscules, qui peuvent sembler banales, parce que Charles, vous l'aurez remarqué, tout lui est refusé dans la vie, et depuis toujours. Un " loser"  grande pointure. Je ne dirais pas "un pauvre type". Bien au contraire...j'aime beaucoup Charles.


Emma aussi, comme nous tous, se plaît à ce qui lui résiste, ce qui  se dérobe à elle.


Mais  elle ne trouve pas  les fruits défendus  si facilement que Charles. C'est là le noeud de l'intrigue.

 

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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /2009 18:56
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par dominique Poursin
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