Charles, Emma, Léon : remarques sur Madame Bovary :
Charles Bovary, en retard sur ses condisciples intègre une classe de cinquième, complètement inadapté. Il se fait moquer de lui même par le maître. La description
de sa casquette ( un objet extraordinaire jamais vu, et difficile à visualiser est un des morceau de bravoure de ce livre qui n’en manque pas).
Charles devient officier de santé : il est mauvais élève ne comprend rien, ne va pas aux cours, et échoue à l’examen, mais sa mère lui achète le
diplôme.
Il va quitter cette maman si utile pour épouser une femme sèche et maigre Héloïse ( 45 ans et 1200 livres de rentes) qui va mourir
assez vite . Cette femme que sa mère lui a trouvée...
Enfin! Emma Rouault, fille d’un « riche » paysan, fait son apparition page 71 (le roman en comprend
500).
Charles a connu le père Rouault en le soignant d’une fracture « simple, la plus facile qu’il eût pu rêver. » Pendant ses visites à son malade, il
remarque Emma, sa fille, à peine sortie du couvent, qui vit seule avec ce veuf.
Il s’en éprend et a le temps de faire sa connaissance. Il croit le père Rouault riche,à l’apparence de la ferme et à la présence de quelques
vaches, et de troupeaux de volailles variées. En vrai, Rouault a beaucoup de dettes, est avare, et se réjouit de l’attachement de Charles pour sa fille dont il ne
sait trop quoi faire, car elle ne sert à rien dans une ferme. La dot qu’il peut lui donner est maigre ; mais Charles, qui est complètement dans les vapes, ne va pas s’en
apercevoir, et ne réclamera rien. Le père Rouault fait une bonne affaire .
Pour la noce, on relève le deuxième objet extravagant du roman, tout aussi célèbre que la casquette de Charles : la pièce montée du repas de mariage.
Cette très jeune fille, jolie et ignorante, fait le bonheur de Charles mais elle ne tarde pas à s’ennuyer avec lui. Une éducation brève et nourrie de romans
sentimentaux (la Bibliothèque Bleue mais aussi Paul et Virginie, Emma sait lire...) la font rêver. Elle sort peu et un seul bal au château de Vaubyessard suffit à l’éblouir : belle
vaisselle, beaux cavaliers, tapis et tentures, valses, candélabres en argent… Charles décide de déménager.
On quitte Tostes (déjà Toste Funèbre dans le souvenir d’Emma), le petit village normand, pour Yonville, un gros bourg.
La superstar de Yonville c’est le pharmacien Homais, un homme pédant et prétentieux dont les propos stupides provoquent le fou rire chez le lecteur.J'ai beaucoup ri
en lisant Flaubert. Mais dans le pays Homais est très écouté.
Emma se lie avec Léon, un jeune clerc de notaire de vingt ans, aussi romanesque qu’elle. Toutefois, il ne lui plaît guère, physiquement parlant.
A son arrivée à Yonville, elle était enceinte, et en fin d’automne elle accouche d’une fille, Berthe, et ne cache pas sa déception. L’enfant est mise en nourrice.
Emma se distrait en achetant des meubles, des articles de décoration et de la lingerie. Elle commence à s’endetter.
Aux fêtes du comice agricole elle rencontre Rodolphe Boulanger, petit propriétaire foncier qui s’amuse à la conquérir. Emma prends cela au sérieux, croit
vivre une grande passion. Rodolphe enlève moi !
Rodolphe rompt. Désespérée, Emma reprend Berthe, va souvent à confesse, rencontre à nouveau Léon, à Rouen, un jour que Charles l’avait emmenée au théâtre.
Charles ne fait que des sottises : voulant opérer un homme d’un pied bot avec l’aide d’Homais, ils échouent et le malade qui manque mourir, doit être amputé de
la jambe entière.
Emma trouve insupportable ce nouvel échec public de Charles.
Emma se contente désormais d’ébats peu satisfaisants avec Léon, qu’elle voit tous les jeudis à Rouen, sous prétexte de leçons de piano. Ces maigres
consolations ne lui suffisent pas, et elle continue à s’endetter. Son créancier, Lheureux, lui fait vendre une propriété appartenant à Charles, signer des billets à ordre, courir à sa
ruine. Menacée de saisie, elle demande de l’argent à Léon qui refuse, à Maître Guillaumin notaire, qui lui conseille de se prostituer, et à Rodolphe qui la repousse avec
impatience.
Justin, l’employé d’Homais, a toujours eu un béguin fou pour Emma. Hélas, ce n’est pas de l’argent qu’il détient mais la clef du capharnaüm, qu’il lui donne, et où
elle trouve de l’arsenic pour s’empoisonner. S’ensuivent une longue agonie, puis la mort, et les propos cyniques du pharmacien et du curé qui veillent le corps.
Epilogue : Charles apprend qu’il est ruiné mais il aime toujours Emma par delà la mort. Il surprend Rodolphe, qui lui explique sans ménagement que sa femme le
trompait, en ne manifestant ni jalousie ni ressentiment viril. Assez vite, il la suit dans le trépas. Orpheline, Berthe est envoyée à l’usine, comme ouvrière. Homais se lance dans le
journalisme, autant dire la politique, et reçoit une croix d’honneur.
Le mouvement est très lent : Charles a quinze ans lors de la scène inaugurale, et une longue éclipse suit, pendant laquelle il trouve un métier, et une première femme qui meurt.
Lorsqu’il débute sa cour à Emma, elle a 16 ans. L’action proprement dite commence, qui va durer dix à douze ans. L’impression de lenteur subsiste jusqu’à la fin. Le temps ne passe pas.
C'est sans doute ce qui insupporte nombre de lycéens et même des étudiants. Je n'ai, pour ma part, lu Bovary( et tout Flaubert à la suite) qu'à 28 ans, pendant des vacances ensoleillées
sous la tente à Foix( Ariège).
En dehors de tout contexte scolaire. J'ai été émerveillée. Je reprends ces textes assez fréquemment.
Que penser de la première scène du roman ? En quoi constitue-elle un incipit pour un roman qui s’intitule « Madame
Bovary » ?
le récit débute par un « nous » qui englobe les camarades d’école de Charles « Nous étions à l’étude quand le nouveau arriva »
et l’on retrouve ce « nous » de temps à autre dans le roman pour parler de Charles.
Le roman entier pourrait être écrit par un collègue de Charles à qui il se serait confié après la mort de sa femme et qui serait désireux de conter, non
l’histoire d’Emma, mais celle de Charles, (y compris les événements auxquels il n’a pas assisté, et qu’il imaginerait) dont Emma est le personnage central. Ce « nous » implique
une solidarité de l’auteur vis à vis de Charles. Ce "collègue de Charles" est très proche de Flaubert.
Il n’empêche pourtant pas que l’on ait de la difficulté, parfois, à saisir le point de vue de ce narrateur aux phrases assassines.
L’exercice de style : Zola dira que Flaubert change considérablement le roman après Balzac
« Il l’a assujetti à des règles fixes d’observation, l’a débarrassé de l’enflure fausse des personnages, l’a changé en une œuvre d’art harmonique,
impersonnelle, vivant de sa beauté propre ainsi qu’un beau marbre ».
Cela n’incite pas nécessairement à la lecture ; le marbre est froid, dur et inattaquable.
Pourtant le lecteur se prend d’amitié pour Charles, Emma et Léon (des « losers » comme on dit à présent) et trouve que les autres sont
bien campés.
Les émois de Charles sont les nôtres : « il prit l’habitude du cabaret, avec la passion des dominos. S’enfermer chaque soir dans un sale appartement
public pour y taper sur des tables de marbres de petits os de mouton marqués de points noirs, lui semblait un acte précieux de sa liberté qui le rehaussait d’estime vis à vis de
lui-même. C’était comme l’initiation au monde, l’accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle ».
Il est apte à s’enthousiasmer pour ce qui lui paraît défendu. Et ce sont de toutes petites choses,des joies minuscules, qui peuvent sembler banales, parce que
Charles, vous l'aurez remarqué, tout lui est refusé dans la vie, et depuis toujours. Un " loser" grande pointure. Je ne dirais pas "un pauvre type". Bien au contraire...j'aime beaucoup
Charles.
Emma aussi, comme nous tous, se plaît à ce qui lui résiste, ce qui se dérobe à elle.
Mais elle ne trouve pas les fruits défendus si facilement que Charles. C'est là le noeud de l'intrigue.
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