Derniers Commentaires

Présentation

Images Aléatoires

Musique

Fleur



 













Jeudi 19 juin 2008

Folio, 2007.

Dans la campagne française des années 30 le vieux Silvio reçoit des cousins  Hélène et François, et leurs 4 enfants. La plus âgée Colette vient leur présenter son fiancé Jean Dorin, minotier, un bon garçon à l'air timide et emprunté.  Sa mère Hélène se souvient qu'elle a dû épouser un vieux monsieur pour échapper à sa peu engageante famille, et n'a connu le bonheur qu'une fois veuve. Colette elle ne devrait pas avoir de problèmes...

Mais dès la noce, une jeune femme délurée, mariée à un vieux paysan sur sa faim, et un beau garçon entreprenant des environs, ne tardent pas à  modifier la  donne...

Le pauvre jeune meunier qui ne dort pas assez,  se noie dans l'eau de son moulin.

Le vieux Silvio se souvient...


Un roman vraiment caricatural : les jeunes femmes pleines de feu qui doivent épouser des vieux messieurs au bord de la tombe, les maris sages et ennuyeux et les épouses entreprenantes, les amants  bouillonnants... !

Les vieux volets de bois verts qui grincent d'un son lugubre, les bons feux de bois rougeoyants, et les couchers de soleil...incendiaires !!! Tout est bourré des clichés les plus éculés possibles.

A éviter.



par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (2)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Dimanche 1 juin 2008

L'Olivier, 2008.

233 pages.

Lancelot Rubinstein, un nom difficile à porter ! Le pauvre homme plie sous le poids d'une l'existence complètement subie, à peine revendiquée.  Heureusement il a rencontré Irina, qui aime et protège activement les animaux et la nature, et qui l'aime aussi lui, et peut-être d'autres, c'est ce qu'il craint. Une passion sexuelle partagée s'en suit.

Irina meurt. Sa voiture est précipitée dans l'eau. Lancelot recherche d'éventuels responsables, et  se souvient d'Irina, souvenir avec quoi il lui faut désormais vivre.

 
«  Sa voix ressemble à des clochettes qu'on agiterait pour éloigner les esprits »

 

«  Quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, le jour où elle portait son affreux imper mastic, ses cheveux se détachant de son chignon en mèches folles ( qui avaient quelque chose d'aquatique, c'était comme des algues noires qui se balançaient mollement), sa silhouette minuscule auprès de lui malgré le vertige de ses talons gris, les cernes sous ses yeux de mosaïque byzantine formant de grands arcs bleus, toute sa personne luisant d'une façon si spéciale- c'était ce que Lancelot s'était dit, il ne pouvait exprimer la chose autrement-, quand il avait marché auprès d'Irina la première fois, il s'était senti si chaviré qu'il avait pu enfin entrevoir sa vie sous de justes proportions. »

« je vais t'attendre...

il pensa, Mon trésor ma mie ma lumière,

Tu reviendras saine et sauve...

il la prit dans ses bras,

Je vais t'attendre... répéta-t-il,

Et, au moment où il se mit à la serrer dans ses bras le plus délicatement possible, à lui caresser les chevaux et le visage, devinant ses os de mésange, à ce moment-là, Lancelot se sentit capable d'oublier le peignoir volé, le vinyle qui crissait et les ours mangeurs d'hommes. »

Si vous êtes amoureux et que cette personne vous manque c'est le moment de lire ce livre. Très sentimental.



par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (0)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Mardi 6 mai 2008

 A partir de six ans, j'ai lu   beaucoup d' histoires d'enfants battus, bien évidemment la célèbre comtesse, mais aussi «  Le Petit chose » et «  La petite Cosette ».

 Je me disais «  Il n'y aura pas de Jean Valjean pour toi, rien que des Jean Foutre ».

 J'ai lu l'histoire du Petit Chose en pensant que je lui ressemblais mais aujourd'hui  cela m'indispose que l'on fasse lire aux enfants  l'histoire lamentable de ce juene homme qui veut devenir poète et finit vendeur d'assiettes.

Je versais presque autant de larmes sur la destinée calamiteuse du pauvre Daniel Eyssette que lui-même, et ce n'est pas peu dire ! L'entrée du petit C. au collège de Lyon ressemble à celle de Charles Bovary dans un collège normand excepté que l'auteur ne s'y entend pas à décrire quelque fabuleuse casquette Le narrateur se moque de lui-même gentiment, dit-on et inquiète ou fait sourire les enfants avec ses «  Pauvre petit Chose, tu ne savais pas ce qui t'attendait » et « Qui était sur le mont du navire ? Voyez-vous ça ! le petit Chose qui se prenait pour un grand Philosophe » .

On s'énerve et on pleure lorsque le petit C. rencontre un certain abbé Germane qui ne lui apprend rien, excepté qu'il « restera toujours un enfant ».

Plus tard, vers dix ans, je lus en livre de poche l'intégralité de cette détestable histoire, qui nous emmène dans la loge d'une actrice vénale  qui permet au  Petit Chose  de faire fonctionner sa petite chose en vue d'une perdition certaine ; celle-ci devient définitive lorsque, recueilli par « la Princesse et son Père » (mlle Pierrotte, autrefois appelée «  les yeux noirs », devenue une brave jeune fille sans attrait et pleine de compassion, et son  Papa qui tient boutique), il devient le Petit Chose de porcelaine, vendeur d'assiettes et de théières sous la protection des bienfaiteurs ci-dessus nommées. On a dit que Mme Daudet est l'auteur du «  Petit Chose » ainsi que de tous les mélos non régionalistes signés Alphonse. Je crois en effet que seule une femme peut ridiculiser un personnage du sexe 1 avec autant de férocité.

Cependant je me sentais moi-même atteinte, fragilisée, comme si j'étais promise au même sort.



par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (2)    ajouter un commentaire
Lundi 7 avril 2008

 

Publié aux éditions ArHsens, le 23 janvier 2008.

 


Edouard Prince s'est retiré dans un chalet des Vosges, vers  les Mille Etangs avec son  chien Pavlov. Il n'aime plus beaucoup sa vie : les livres pour enfants qu'il a écrits, il voudrait passer à la fiction pour adultes. Isabelle, son amie, il ne sait trop s'il veut s'engager sérieusement avec elle. Son passé aussi lui pose problème ; il ne sait comment vivre avec  ce qu'il a perdu.

 Voilà qu'allant faire ses courses, un enfant l'interpelle...

Qui s'appelle Edouard comme lui et lit ses romans pour enfants.


Une génération plus tôt, Gloria travaille dans une usine comme manutentionnaire. Elle voudrait tellement  avoir son propre bébé plutôt que de se contenter de garder ses neveux, les enfants de Mireille. Elle y pense tout le temps. Elle se distrait avec ses collègues et amis : Ginette, René, Sophie...

Edouard rentre chez lui après avoir évoqué la mort de son jumeau, enfant et son enfance triste,  rencontré Isabelle, et beaucoup cogité.  Nous faisons connaissance avec  la famille d'Isabelle, son  père, artiste peintre, qui paraît-il, ne l'aime pas, ne saurait aimer que son art. C'est du moins ce que pense la lampe qui pend au plafond de l'atelier de ce monsieur. Cette lampe est le troisième narrateur ; elle exprime  son indignation avec force et humour.


Lucien Cordo (père de Mireille et donc grand-père d'Edouard Prince) dont l'histoire est contée à la troisième personne, est le plus original de ces personnages, le plus pathétique. Il a quitté sa femme et ses filles (Gloria et Mireille)  parce qu'il avait été commotionné pendant la guerre et qu'il perdait la mémoire. Réfugié chez des paysans, Geneviève et Jacquot, il  s'adonne à l'art de façonner le métal pour en faire une  structure mi-humaine, mi animale... avant de mourir en 1971 un jour inoubliable...vous verrez pourquoi.


Longtemps après ses épreuves Edouard rencontre le gamin qu'il avait connu au centre commercial vosgien, et qui a dix-huit ans. Edouard junior  s'inquiète : «   un homme sans passé peut-il vivre libre ? »

Christine anime aussi, avec RV,  le blog  Posuto, chroniques politiques et sociales nimbées de fantaisie et d'humour, auxquelles tôt ou tard ( mais avant midi en tous cas) vous aurez succombé.


 Le récit est donc formé en partie de monologues à plusieurs voix, on s'exprime avec fluidité de façon souple et naturelle avec des termes  familiers. Le lecteur n'est pas tenu à distance, mais il apprécie les  métaphores et néologismes surprenants.


« C'est que je m'habitue moi à être sans joie ronchon décalé autocentré. Si elle m'aide je vais être obligé de lucidifier un verbe qui n'existe pas et qui fait vachement peur parce qu'en plus il ressemble à Lucifer. Elle est capable de me transformer en Edouard sûr de lui serein productif créateur responsable. Et qu'est-ce que je ferais du vieil Edouard ? Où est ce que j'entreposerais son cadavre ? Sur mes étagères entre deux phrases tartes ? Je ne sais pas si c'est très recommandé de marcher sans béquille. »


Et bien ces récits nous apprennent comment  on peut  vivre au présent  enrichi par le passé.

Christine anime aussi, avec RV, le blog  Posuto,, chroniques politiques et sociales nimbées d'humour et de fantaisie, auxquelles tôt ou tard, vous succomberez.


par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
communauté : Les lectures de Florinette
Mercredi 9 janvier 2008
Simone de Beauvoir.  L’Invitée. 1943.
 
502 pages Livre de Poche.
 
 
 

Ce roman porte en exergue «  Toute conscience poursuit la mort de l’autre » , tirée de La Phénoménologie de l’esprit  de Hegel.

 
 
 

Simone de Beauvoir est philosophe de formation. Lorsqu’elle écrit son premier roman, autobiographique, elle cherche à vérifier à quel point le processus décrit par Hegel est juste.

 

La théorie de » la dialectique du maître et de l’esclave »à laquelle se réfère cette sentence,  implique de penser les relations  humaines en termes de rapports de force. Pour s’accomplir La « conscience » veut asservir l’autre soit détruire son autonomie, sa liberté, le réduire à néant, pour assurer sa supériorité. Le « gagnant s’appelle le maître, le perdant l’esclave »,  positions qui les lie à jamais, avant que ces rapports ne s’inversent.

 

  Sartre, dont Simone  se sent redevable, enfonce le clou dans «  L’être et le néant » :

 

«Quand autrui me regarde, il me transforme en chose, il me met en danger car je me découvre en position d'objet; autrui, par son existence même, me fait tomber dans le monde des choses…"Autrui est d'abord pour moi l'être pour qui je suis objet" alors que "je suis moi, pour moi-même inaccessible"

 

Françoise est une jeune femme d’environ trente ans qui s’essaie à l’écriture : elle écrit sur la difficulté d’être. Elle partage la vie de Pierre, dans un hôtel à Montparnasse.

 

Pierre est metteur en scène et acteur, et voudrait faire accepter sa conception du théâtre , mélange de stylisation et de réalisme. Des conceptions qui sont bien entendu celle de Sartre ( on peut trouver des similitudes entre Huis clos et l’Invitée…) et, en 1937/38, au moment de l’action, ne sont pas révolutionnaires.

 

Le «  théâtre et son double » d’Artaud peut paraître plus novateur.

 

Le théâtre jour son rôle dans ce roman. Françoise, au début a une conception arrêtée de des rapports humains et de la perception. En tant qu’existence séparée, elle se sent metteur en scène de ce qui l’entoure.

 

«  Au centre du dancing, impersonnelle et libre, moi je suis là. Si je me détournais d’eux, ils se déferaient aussitôt comme un paysage délaissé »

 
 
 

Tout ce à quoi elle ne pense plus, disparaît sans laisser de trace, croit-elle.

 
 
 

Elle a un souvenir récurrent : enfant, elle aperçut un veston pendu à une patère, et le prit pour une personne vivante, avant de s’apercevoir avec angoisse, que c’était un objet «  qu’il n’était rien pour lui-même ». Elle tenta alors de lui insuffler la vie en lui parlant , ne pouvant supporter cette découverte.

 
 
 

Or, ce veston reparaît dans les créatures que Pierre incarne et qui ne sont rien pour elles-mêmes.

 

C’est pourquoi, pense t’elle, elle a en Pierre une conscience absolue. Elles s’imaginent qu’ils pensent les mêmes choses et sont deux dans un. Ils se disent tout, et nul ne fait quelque chose sans penser à l’autre. I
l s’agit là d’un pacte qui peut paraître contraignant mais représente pour Pierre,  qui a de nombreuses aventures, un arrangement pratique.

 
 
 

Malgré une existence qu’elle espère riche et remplie, Françoise s’ennuie. C’est ainsi qu’elle s’entiche d’une très jeune fille de 17/18 ans qui vient de Rouen, Xavière, qu’elle reçoit quelques jours et emmène danser dans un night club. Xavière n’a rien qui puisse intéresser Françoise : sans culture, sans curiosité, , n’ayant d’autres conversation que ses haines et ses enthousiasmes soudains pour un mot, un objet , une quelconque futilité.

 

Françoise, cependant la présente à Pierre. On peut penser qu’elle veut lui procurer une maîtresse, dont elle "saura tout" et  qu'elle va pouvoir contrôler.

 

Xavière refuse les propositions que lui fait Françoise de la faire embaucher ici ou là par une de ses amies.

 

«  En somme, qu’est-ce qui vous intéresserait ? Faire des études, du dessin, du théâtre ? »

 

-  Je ne sais pas dit Xavière. Rien de spécial. Est-ce qu’il faut absolument faire quelque chose ? demanda t’elle avec un peu de hauteur.

 

-   Quelques heurs de travail ennuyeux, ça ne me semblerait pas payer trop cher votre indépendance…

 

-    Xavière fit une grimace de dégoût :

 

-    Je hais ces marchandages : si on ne peut pas avoir la vie qu’on désire, on n’a qu’a ne pas vivre.

 

Nous voyons que d’emblée, Xavière parle en maître. Le propre de l’esclave de Hegel c’est qu’il travaille, pour le maître à qui  tout doit être donné. Toutefois, dans les premiers temps elle manifeste surtout son pouvoir de dénégation, lequel est propre à l’esclave.

C'est ce que l'auteur veut démontrer. 

 
 
 

Françoise croit qu’elle va exercer une influence absolue sur Xavière, la façonner entièrement comme elle le ferait de l’enfant qu’elle n’a pas l’intention d’avoir.

 

 Le couple  installe Xavière à Paris et l’entretient, faisant mine de croire qu’elle évoluera.

 
 
 

Ce qui advient alors, apparaît vite comme une sorte de délire ou du moins d’obsession amoureuse. Françoise et Pierre passent de plus en plus de temps avec Xavière, non contents de l’entretenir, ils s’acharnent tour à tour à vouloir l’amuser, lui arracher un sourire, passent au peigne fin toutes ses déclarations, et même ses moues, ses expressions, pour tenter de les déchiffrer.

 

Françoise pense qu’elle a rencontré une conscience qui lui résiste, qui est entièrement autre.

 

Pierre imagine de créer un « trio sacré » Françoise, Xavière, et lui. Ce trio se consacrerait à lui-même, chacun des membres aux deux autres pendant cinq ans. C’est en somme le «  Grand Jeu » mais à la manière existentialiste, soit une folie qui se donne pour raisonnable, qui ne cesse de se trouver des alibis.

 

Cette symbiose  est le mode particulier à Françoise d’avoir des relations humaines.
Elle ne conçoit aucune distance entre elle et l’autre.

 

Si bien qu’autrui n’est pas pour elle l’intermédiaire entre soi et soi-même, pas la possibilité d'une humanité. Soit autrui ne doit faire qu’un avec elle (Pierre), soit autrui la rejette comme non humaine.

 

«  Xavière ne renonçait jamais. Si haut qu’elle vous situât, même lorsqu’elle vous chérissait, on restait un objet pour elle. »

 

 Françoise va envisager de tuer Xavière, d’abord en pensée, puis sérieusement. : C’est elle ou moi. Elle ne la pense pas en terme de simple rivale ( à moins que le simple sentiment de jalousie soit suffisamment fort pour la déposséder).
  Xavière est une menace pour sa vie. Elle existe indépendamment de Françoise, et cette dernière le ressent de façon intolérable. Elle est devenue l’esclave de Xavière. Doit s’assurer que Xavière pense des choses tolérables pour sa conscience à elle, sinon elle capitule et doit penser la même chose que la jeune fille.

 

Ainsi Xavière pense que Françoise l’a trahie en lui « prenant  ce joli garçon Gerbert, talentueux montreur de marionnettes."

 

 La donne a changé : les deux femmes  se querellent pour un autre.
Pierre, lui, s’est retiré du jeu…

 

Françoise est donc un traître tant que Xavière ne change pas d’avis.

 

Il lui faut supprimer Xavière pour supprimer cette pensée. Etrange folie qui s’empare de Françoise. L’autre s’est mis à exister réellement pour elle. En termes hégéliens Xavière est devenue le «  maître du maître » et Françoise lui est entièrement soumise, on le voit jusqu’à la possession.

 

«  Qu’a fait Xavière ? Que fera t’elle ? Que pense t’elle ? Pourquoi ? Soir après soir, l’obsessions renaissait aussi harassant, aussi vaine, avec ce goût de fièvre dans la bouche, et cette désolation du cœur, et cette fatigue du corps sommeilleux. Quand les questions auraient enfin trouvé une réponse, d’autres questions toutes pareilles, reprendraient la ronde implacable : que veut Xavière ? Comment ? Pourquoi ? Il n’y avait aucun moyen de les arrêter ».

 
 
 

Toutes ces considérations philosophiques ne pourront cependant faire oublier que, dans cette histoire, l’homme se retire, laissant les deux femmes en état de conflit mortel, ce que Xavière ignore, bien que la situation finisse par la gêner.

 

Derrière Xavière, qui obsède Françoise, n’y a t’il pas Pierre, n’est-ce pas lui qu’elle voudrait tuer ? Ne s’est-elle pas trompée de cible ?

 

La dernière page refermée, beaucoup de question, d’un récit riche et ambigu, restent en suspens.

La seule chose de sûre, c'est que le couple Sartre-Beauvoir, tel qu'il est montré ici, suppose à l 'évidence  un seul maître, et c'est l'homme, qui se retire du jeu, avant les problèmes qu'il a lui-même engendrés,  ne l'atteignent. 

Simone de Beauvoir a toujours douté que l'égalité entre homme et femme se ferait réellement. 

 
 
 

Pour lire le témoignage d’une Xavière qui a survécu, Bianca Lamblin « Mémoires d’une jeune fille dérangée ».

 
 
 
 
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
Dimanche 23 décembre 2007
Julien Gracq est mort, de son vrai nom Louis Poirier, il avait eu 97 ans le 27 juillet 2007.

Un des plus grands écrivains du 20eme siècle et du 21eme et le dernier surréaliste vivant; s’il on est jeune on peut lire le Château d’Argol  et le Beau ténébreux où s’expriment l’intensité et l’irrationalité intransigeante de le jeunesse, plus tard Le Rivages des Syrtes un roman d’une actualité politique forte en ce qui décrit avec lenteur et esprit comment un  pays en vient à déclencher une guerre avec un autre quine le menaçait pas.

Et aussi le film Rendez-vous à Braye d’après sa nouvelle «  le Roi Cophétua » occasion de redécouvrir aussi André Delvaux, cinéaste, trop oublié.

Ainsi que ses essais «  La Littérature à l’estomac » qui a inspiré Pierre Jourde et «  En lisant, en écrivant » et tant d’autres ouvrages tous publié chez José Corti. S’armer d’un coupe-papier pour le lire n’est pas le moindre des  plaisirs qu’il nous réserve. Longue vie posthume !

 

par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (2)    ajouter un commentaire
Vendredi 21 décembre 2007
Marie N’Diaye. Mon cœur à l’étroit (Gallimard, 2007)
 
 
 

Nadia et Ange, instituteurs d’un certain âge, qui exercent leur métier avec passion, sont discrédités pour une raison que Nadia la narratrice ignore. Mais qui va loin.
Ange revient de son travail, un soir blessé d'une plaie au flanc gauche, et ne peut ni ne veut bénéficier de soins médicaux. Le  couple  se terre dans l' appartement.
Nadia vit un cauchemar, elle ne sait vers qui se tourner, doit accepter l’aide d’un voisin Noget, auquel elle n’accorde aucune confiance, mais que tous appellent bizarrement «  le grand Noget ». On lui insinue aussi qu’elle devrait savoir la raison de cette hostilité profonde et agressive contre eux ; elle se sent coupable de l’ignorer et ressent aussi qu’elle ne veut pas savoir.

 

Nous avons l’impression que Nadia est juive pendant l’occupation allemande, ou arabe aux temps d’une immigration choisie et sévèrement contrôlée, ou encore première chrétienne tombée sans le savoir dans l’arène aux fauves… nous avons peur, elle se fait traiter d’ »infidèle » par quelques passants, et, sans édulcorer le sens religieux du mot, commence à s’accuser de ses manquements, réels et imaginaires, à l’égard de ses parents, son fils, son premier mari…

 
 
 

Mais voilà, quand elle demande à ses connaissances aussi bien qu’aux inconnus
pourquoi on est hostile envers elle, qui est «  le grand Noget » qui s’est imposé au chevet de son Ange, pourquoi la brume envahit Bordeaux, sa ville chérie, et tant d’autres questions insolubles, on lui fait cette réponse : «  Vous ne regardez donc pas la télévision ? »

 
Non, répond Nadia, courageuse, voire intrépide, Ange et moi ne regardons jamais la télévision, nous n’avons pas de poste.

(Et aussi, c'est plus discutable , Ange et elle ne lisent pas de journaux..).
 

Les gens s’éloignent alors, décontenancés, inquiets, réticents, et ne lui apprennent rien de plus.

 

Mais si Ange, son compagnon, ne regardait pas la télé, il semble bien connaître le programme, à la différence de Nadia, qui a toujours joué le jeu…

 

 Dès lors, faut-il continuer le combat avec ou sans Ange ?

 
 
 

Nous suivons Nadia dans son parcours angoissant et plein d’humour noir,  sa recherche ardue où il s’agit de redécouvrir ses origines,  lever un peu le voile sur le vrai visage de ses proches,  en préservant ses acquis culturels, et sa personnalité.


On apprécie de ressentir avec elle, son vécu physique et mental, ses malaises, ses errements, ses goûts et dégoûts, bref on s’identifie totalement à elle, tant le langage est bien choisi !

 

Pour un noël sans télé, avec une nourriture simple et goûteuse, et tout de même un enfant dans la crèche.

 
 
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
Lundi 3 décembre 2007

Emmanuelle Pagano «  Les Adolescents troglodytes » POL, 2007.

 
 
 

Adèle, la narratrice conduit un bus scolaire (navette) dans une nature rude, montagneuse, épargnée par la civilisation, qui peut évoquer les Causses, le Vercors… Au gré de ses trajets et de ses pauses elle monologue longuement : observation inquiète et amicale des scolaires qu’elle transporte, filles et garçons de 2 à 15 ans, vivant comme elle dans les environs, une nature belle mais souvent hostile, qu’elle aime sans l’idéaliser.

 

Son esprit vagabonde en flash back jusqu’à son enfance ; un frère Axel, la mère décédée lors d’un accouchement difficile ainsi que le bébé.

 

Elle évoque son opération, elle qui, jusqu’à l’âge universitaire, était un garçon et ne pouvait se sentir que fille.

 

 « J’ai été la petite sirène de ma mère » 

 

L’enfant  se rêvait « fendue de douleur » comme la sirène du conte.

 
 
 
 
 

   Nous avons tous un sexe biologique auquel nous essayons de ressembler psychiquement. Nous avons coutume de nous identifier vaille que vaille à ce comportement social et sexuel qu’implique le fait d’être né fille ou garçon. Et il est de bon ton surtout à l’époque des neurosciences pour lesquelles nous ne sommes que des machines programmées par un ADN, de prétendre que le psychique et le biologique ne font qu’un.

 

Mais  Adèle est la preuve vivante que non. L’anatomie ne conditionne pas le psychisme. La nature et la culture ne se confondent pas. Le fait que certaines personnes n’acceptent pas « leur sexe », nous fait prendre conscience que même si nous nous sommes suffisamment  accommodés du nôtre pour le supporter voire l’apprécier, vis à vis de  notre corps,   nous éprouvons parfois une étrangeté irréductible.

 
 
 

Ce thème est traité ici avec pudeur et intelligence. Adèle détaille toutes les souffrances qu’elle a endurées pour accéder à une vie à peu près acceptable.

 

Et aussi comment elle fera face à l’incompréhension des gens qui, peu à peu, vont apprendre qu’elle n’est pas une femme comme les autres.

 
 
 

Adèle fréquente un  homme, un chasseur, avec qui elle réussit à avoir des relations sexuelles, et qui ne s’aperçoit de rien.

 
Difficile à imaginer…
 
 
 

 Je préfère lorsqu’ Adèle  évoque  sa relation complexe et conflictuelle avec son  frère qu’elle aime toujours et réciproquement.

 

Le frère, géologue et alpiniste, affronte les éléments avec un courage physique, une virilité qu’apprécie Adèle.

 

Mais lui est effrayé par la démarche de son frère devenue sa sœur.  Comme, avouons-le, nous le sommes un peu tous.

 

Raison de plus pour ramener à la surface leur ancienne complicité d’enfants.

 

«  S’il venait à moi les yeux pleins, je me levais en répondant à ses questions aphones.

 

Les bavardages étaient ramassés pour jamais autour du temps.

 

On avait plusieurs hypothèses, des sucs de mots en silence, le souffle émondé, les excuses silencieuses de la montagne.

 
 
 
 
 

La nature, Adèle ne veut pas en parler comme pour une carte postale.

 

Elle en décrit les dures nécessités, la difficulté d’y vivre, la joie aussi.

 
 
 

« L’automne de littérature, il ne dure pas. La flamboyance, les orangés lyriques des fayards, les ors brillants des saules, les verts acides mangés de soleil sur les bouleaux les rouges massifs étalés écarlates des érablières, ou à l’inverse, les rouges en pointillés et piquants des érables isolés dans les jaunes des autres arbres, juste le temps de la décrire le temps pour le vent de retourner au sol quelques feuilles et 2 ou 3 trajets avec mes gosses c’est fini. »

 
 
 

Il est intéressant de remarquer que Sylvain, l’adolescent qui connaît l’histoire d’Adèle et la raconte à tous, lorsque le refuge dans la grotte autorise un certain rapprochement, Sylvain donc, qui admet parfaitement la démarche d’Adèle, se comporte lui-même comme un macho, en tatouant son doryphore sur la nuque de son amie, et annonçant que par ce geste, il pose son sceau sur son territoire avec l’assentiment de la jeune fille. Ils sont très tolérants et, cependant  se comportent de  façon traditionnelle…

 
 
 

 Dans l’ensemble, l’expression est souvent juste, la langue est belle, recherchée, mais toujours sobre.

 
 
par Dominique Poursin publié dans : littérature francophone commentaires (1)    ajouter un commentaire
Blog : Collectionneurs sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus