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Critique essais et documentaires

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Michel Onfray croit –en toute naïveté semble t'il- que l’être humain puisse être réellement athée. Il se pose lui-même comme tel. Rares sont, il le dit lui-même, les penseurs qui ont véritablement misé sur l’athéisme ; y compris ceux qui ont été condamnés pour cela : Spinoza par exemple.

 

« Je désespère [ que les croyants] préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie… »

 

Or la foi ( la foi chrétienne par exemple) n’apaise pas toujours, et sans vraiment chercher, bien des cas nous viennent naturellement à l’esprit : Bernanos, Pascal, Augustin, Claudel…sont constamment tourmentés comme leurs œuvres en témoignent.
le " monde sans Dieu " que décrit Pascal est si frappant, si réel, qu'il ferait perdre la foi à n'importe qui.
En revanche son  texte " félicité du monde avec Dieu" est d'une grande faiblesse d'écriture et là où l'homme se proclame croyant, nous le devinons pétri de doute.  

Il n’est guère que Michel Onfray lui-même qui, en son athéisme proclamé, se déclare serein.

 

Bien sûr, la fréquentations de certains justes ou illuminés nous a exaspéré autant que lui et je ne peux que souscrire à des remarques malicieuses telles que : « J’ai rencontré Dieu souvent dans mon existence » in le chapitre « Cartes postales mystiques ». Ceux qui ont connu leur « moment de grâce » et n’ont de cesse de nous en faire profiter, paraissent s’être laissés complaisamment rapter par de sublimes paysages et des scènes édifiantes.

 

« Dieu est mort ? Cela reste à prouver » constate l’auteur.
Mais si « Dieu est mort » comme le dit Nietzsche, ce "décès" oblige ceux qui y souscrivent à faire le deuil de Dieu. Une telle démarche les plonge dans un fatras de chagrins, condoléances, crises de culpabilité, retour de dévotion, et interminables rituels de commémorations…si Dieu est mort, rien d’étonnant au fait qu’il persiste à gêner.

 

Voltaire préféra dire « S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer », comme s’il craignait par avance les conséquences du deuil. Chaque penseur semble nous dire à sa manière, qu’on ne se débarrasse pas de Dieu à bon compte…Sauf Michel Onfray, qui a des ressources insoupçonnées !


L’auteur a tendance à enfoncer des portes ouvertes ; il nous répète que Jésus n’est qu’un mythe, que ce qui est dans la Bible n’a vu le jour que sous sa forme latine au Moyen Age, que les évènements rapportés dans la Bible ne relèvent pas exactement (souvent pas du tout) de l’histoire. C’est même pour cette raison que l’on a créé le mot « histoire sainte »… et nous « savons « aussi qu’il n’y a pas de dieu mais pouvons-nous réellement dire que nous n’y croyons pas même au niveau de l’inconscient ?

 

Que dit Freud, dans cet ouvrage parfois évoqué, mais non cité par l’auteur, « L’Avenir d’une illusion » ? Que les croyances religieuses procèdent des névroses, que les pratiques religieuses sont des symptômes. Jamais, il ne se risque à dire que quiconque puisse totalement s’en exempter.

 

J’aurais aimé que pour défendre la laïcité et combattre le fanatisme, nous puissions disposer d’un ouvrage plus sérieux que celui-ci. Défendre la laïcité est plus efficace que prôner l’athéologie.

Or, Michel Onfray tout à ses rêves de grandeur, trouve la laïcité « médiocre » comme pensée.
la laïcité n’est pas une pensée, c’est un principe juridique, une loi pour se prémunir du cléricalisme, et des débordements religieux.


Michel Onfray ne se demande pas ce qu’est la croyance religieuse ni ce qui la provoque. Il affirme et questionne peu. Des affirmations souvent gratuites.
Il n’aime pas le questionnement socratique ni la philosophie qu’il soupçonne d’être non athée.
La libre pensée lui paraît suspecte car elle prétend se passer de Dieu mais non de la morale et de l’éthique chrétienne. C’est juste : toute éthique a des fondements religieux. La loi de l’interdit d’inceste fonde la civilisation et la culture.

Enfin, Dieu, chacun se débrouille avec ce mot comme il peut... 

 
Michel Onfray " Traité d'athéologie" Grasset, 2005.
Indice de satisfaction : 6/10 
 
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /2009 00:28
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par dominique Poursin

Hélène Prigent  Mélancolie : les Métamorphoses de la dépression

Gallimard-Découvertes 159 pages, 2005.


Ecrit à l'occasion de la célèbre exposition «  Mélancolie, génie et folie en occident «  qui s'est tenue à Paris au grand Palais en 2004-2005.

Elle cite Robert Burton auteur de l'ouvrage «  Anatomie de la mélancolie «  1621, une somme ! et le commente souvent.

Le chapitre 1 lui rend hommage ainsi qu'aux  penseurs de l'Antiquité qui ont identifié le problème avec la « bile noire », notamment les partisans de la théorie humorale «  qui lie la maladie aux humeur ».

On s'intéresse aussi aux anachorètes qui se retirent dans le désert d'Egypte et de Syrie au 4eme siècle, jugeant la société agonisante. Ils sont frappés par l'acédie (grec akêdia : négligence indifférence ou chagrin abattement du cœur, lassitude ou ennui). A l'appui, des illustrations de Saint Antoine, Jérôme et d'autres, qui, dans leurs retraites solitaires sont  aux prises avec d'effrayants démons, et des pensées morbides.

 

Jan Mandyn St Antoine tenté par les démons


Cette acédie  on l'a appelée aussi démon de midi «  le plus pesant de tous, car .... Il fait que le soleil paraît lent à se mouvoir, ou immobile, et que le jour semble avoir cinquante heures... » Ce sont des pays de soleil : ici c'est la pluie et l'absence de soleil qui favoriseraient l'acédie !!



 On apprend que l'acedia est comptée dans les péchés capitaux selon Evagre le Pontique, théologien ancien diacre à Constantinople, retiré en 383 dans le désert «  huit sont  en tout les pensées génériques qui comprennent toutes les pensées : la première est la gourmandise, puis vient celle de la fornication, la troisième est l'avarice, la 4eme la tristesse ( j'aurais cru que la tristesse et l'acedie c'était pareil mais...), la 5 eme la colère, la 6eme l'acedia, la 7eme la vaine gloire, la 8eme l'orgueil. » donc il y a huit péché capitaux ?

Il manque donc un crime dans «  Seven » ?

Non, car ce sont huit vices «  qui donnent lieu aux péchés lesquels ne seront que 7. »


 la mélancolie prend le nom de « paresse » à l'heure actuelle : c'est toujours un péché ; le mélancolique est plus ou moins à l'écart de la société. Quelques soient ses activités, elles ne sont pas rentables, et pas considérées comme de vraies activités.


 «  Christianisée la mélancolie entre dans le même champ de références que l'acedia. Interprétée comme une sanction de la tentation originelle ... elle se définit à l'instar de l'acedia comme un péché ».

Mais très vite le type mélancolique devient un des quatre tempéraments. «  Le mélancolique est froid et sec, et toujours a le cœur amer. Demeure pâle et maigre et paraît anéanti, et il est tenace, cupide et avare : et il vit en la plainte, peine, douleur et deuil, et à son infirmité il n'y a pas de remède : il est solitaire et semble un homme monastique, sans amitié, et possède une disposition d'esprit imaginative ». La mélancolie est personnifiée par une » dame Mérencolye » vieille femme vêtue de haillons, près d'un feu agonisant.


Dès cette même époque les astrologues arabes lient la mélancolie au dieu Saturne. Il s'agit de Saturne en tant que Cronos (souverain de l'âge d'or, dieu déchu, patriarche qui dévore ses enfants, qui a émasculé son père avec une faucille pour fonder la génération de Titans) ainsi que Chronos le Temps qui dévore les Heures.  Et Saturne le Latin qui préside aux travaux des champs dispense les bienfaits de la civilisation, préside un second âge d'or. Enfin comme planète «  astrologique » elle incarne à la fois l'intelligence suprême, et l'hostilité, la mort.... Et un pot -pourri de tout ce qui précède !

 

Les Enfants de Saturne


Heureusement l'auteur commente aussi les non-chrétiens tel Aristote pour qui la mélancolie est liée au génie. Et à la Renaissance, la gravure de Dürer renoue avec cette idée que le mélancolique est un être de génie. La bile noire  élève l'âme jusqu'à la compréhension des choses les plus hautes ».Le personnage représenté dans Melancholia 1 appartient à la confrérie des philosophes ( melancholia rationis) aussi bien que des artistes melancholia imaginationis.















Les autres chapitres montrent l'évolution du concept de mélancolie à travers les époques plus récentes( Classicisme Romantisme...) en menant la réflexion à la fois dans le domaine philosophique,  littéraire, artistique et psychiatrique en tenant compte des différences de nationalités. Nous avons donc une mélancolie élisabéthaine puis « romantique ». En Italie,  c'est la conception de la «  mélancolie créatrice » qui prévaut.

Arrivé au vingtième siècle, la mélancolie est surtout montrée comme trouble mental ou disposition de l'esprit. L'article de Freud «  Deuil et mélancolie ». Heidegger récupère la mélancolie : parce que la tonalité fondamentale de l'être est l'ennui ce même ennui est aussi à l'origine de toute création en ce qu'il révèle l'écarta entre l'homme et l'être, et donc un manque, et le besoin d'essayer de le combler dans et par l'œuvre. La mélancolie induit  la création dans la mesure où elle désigne d'abord un écart, une inadéquation fondamentale entre l'homme et son propre dépassement vers un au-delà ( Divinité idéal ou l'être même).

Sartre avait baptisé la Nausée «  Melancholia », titre refusé par l'éditeur.


Zoran Music Le Fauteuil gris


Pour finir, la mélancolie est liée au regard et suscite une iconographie de deuil. Elle met en scène une absence. L'image, unique échappatoire, face à une réalité, qui elle reste impensable.Pas mal de clichés, de tartes à la crème, surtout sur le Romantisme. L'encart consacré à Freud ne dit rien  de sa pensée. C'est normal, on ne peut résumer autant de travaux  divers de l'Antiquité à nos jours sans sacrifier les détails.

L'ensemble, quoique banal, apporte des connaissances historiques, donne des envies de lecture. L'iconographie est riche et variée, attirante malgré la petite taille du format. Les esprits chagrins diront que voir une série de personnage de toutes les époques faire la tronche est éprouvant voire déprimant.... Et sombreront dans une mélancolie plus forte encore.











Pour finir on peut écouter «  Melancholy Man »









Et  réciter mentalement ce poème de Nerval (je suis le veuf le ténébreux, l'inconsolé...) que vous aimiez tellement en votre adolescence, que vous l'aviez écrit sur votre table de classe au feutre noir indélé...bile. Vous l'aimez toujours, saviez-vous cela ?


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Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /2009 00:54
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par Dominique Poursin
 Albin Michel, 2007

 J’en ai lu environ 200 pages sur 600 environ.


Ce livre apporte pas mal d’indications nouvelles sur les parcours de Dylan, souvent des propositions, des hypothèses sur ce que l’on ne sait pas, et que l’on peut conjecturer. En ce sens c'est une oeuvre ouverte qui invite à questionner.


Mais questionner sur quoi?


   A-t’on vraiment envie de savoir combien de fois Dylan a rencontré Woody Guthrie et dans quelles circonstances ?

(S'il ne l'a jamais rencontré, et qu'il a inventé sa rencontre avec lui, ce n'en est que mieux...)

Combien de petites amies il a eues et ce qu’elles ont à raconter ?

A t’on envie de savoir s’il a vraiment suivi quelques cours à l’université ou aucun ?

Dans combien de bars new-yorkais il a chanté avant d’être remarqué par quelqu’un qui compte ?

Si son parcours fut progressif et besogneux, ou son ascension rapide ?


A t’il besoin qu’on le défende de s’être fabriqué une biographie imaginaire ?

J’ai bien lu des éléments de cette biographie fantaisie autrefois sur la pochette de « The Times They Are A changin’ » mais je l’ai prise comme de la fiction. Ce qui m’étonne, c’est que l’on ait pu y croire.

A t’il besoin qu’on le défende d’avoir été arriviste, alors que tous ceux qui réussissent le sont ?

Bref tout cela peut compléter ce qui a été dit par ailleurs, sans à mon avis, éclairer davantage l’œuvre, sauf en de rares moments, lorsque Bon parle vraiment pour lui : par exemple à propos de Desolation Row : «  Et si une grande chanson de dylan c’était comme renverser dans une maison d’enfance, un carton de vieux jouets. Il reste de belles couleurs, même un peu abîmées, il y a des cassettes de vieux films, et des livres avec des histoires qui faisaient vaguement peur» ; cette métaphore est excellente, elle s’applique bien à la chanson en question, que du coup l’on voit d’un œil neuf. Elle répond à la question initiale : 

 «  Introduction,’ ou comment devient-on Bob Dylan »

C’est soi-même qu’on recherche.

 Des notations comme celles là il n’y en a pas beaucoup. Il faut de la patience pour les trouver.

Je n’ai pas eu tellement de patience, je n’en ai trouvé qu’une…

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Samedi 8 mars 2008 6 08 /03 /2008 00:47
- Communauté : Lecture sans frontières - Par Dominique Poursin
en-lisant-gracq.gif José Corti, 1981, 302 pages.
 

C’est le dernier volume de critiques littéraires de Gracq.

 
 
 

 Le premier Préférences (1967), contient le pamphlet «  La littérature à l’estomac »où il s’élève contre la médiatisation de la littérature, et dans le reste du recueil rend hommage à ses écrivains préférés Balzac, Stendhal, Chateaubriand, Jünger…

 
 
 

 Pour lire Gracq, tant les fictions que les ouvrages critiques, on doit avoir toujours présent à l’esprit ce qu’il dit dans Préférences (in le chapitre « Les yeux ouverts ») concernant certains de ses souvenirs écrans, certains de ses fantasmes fondamentaux, ceux dont il peut parler :

 
 
 

1) le jour, où, enfant, il aurait vu le départ du paquebot France et aurait eu l’impression d’un «  lâcher tout » d’un vrai départ, d’une « mise en route » d’un mouvement essentiel et particulier, en fait l’essence du mouvement même.

 
 
 

Il aime Stendhal pour cette raison : les personnages y sont toujours en mouvement.

 

Cet auteur a pour principal attrait d’avoir su donner un caractère d’imprévisibilité à la narration, à l’action : on est toujours surpris par la phrase suivante.

 
 
 

2) la sensation de contentement qu’il éprouve à être transporté sur un lieu élevé, sur une hauteur, de regarder une vaste étendue de paysage, et avec vue panoramique sur les environs.

 
 
 

3) La chambre vide : le fait d’entrer dans une pièce habitée familièrement par quelqu’un qui s’est absenté. Cette opération est source de plaisir car, fortement marqué d’interdiction.

 

« L’Etre absent surgit du rassemblement des objets familiers autour de lui ».

 
 
 

Ces fantasmes si bien délimités, Gracq ne cesse de les exploiter dans tous ses livres, les approfondir les développer, les illustrer.

 
 
 

Et je crois que chacun de nous devrait chercher aussi à isoler ses impressions fondamentales pour mettre de l’ordre dans son paysage mental.

 
 
 

 Le 2 et le 3 induisent le goût de l’ouvert, puis celui du lieu clos, ce qui peut paraître antinomique : c’est bien pour cela que l’auteur nous donnera l’impression de se contredire. Mais ces contradictions sont sources d’enrichissement

 

En tout cas, le troisième fantasme, la « chambre vide », invite au geste de la lecture : la joie qu’il éprouve de pénétrer dans une œuvre, c’est bien celle de découvrir le lieu habité d’où l’auteur s’est absenté, laissant son livre.

 
 
 

Il débute par une étude comparée de l’art pictural et de la littérature. «  La parole est éveil appel au dépassement ; la figure figement, fascination. Le livre ouvre un lointain à la vie, que l’image envoûte et immobilise. »

 
 
 

«  Ce qui en littérature se rapproche le plus d’un tableau, la description, ne ressemble en rien à une série de prises de vues qui constamment se ressourcent à leur foyer. En littérature toute description est chemin ».

 

En montrant la différence entre un tableau et une description, JG veut prouver que la littérature est plus vivante. Du moins celle qu’il apprécie…

 
 
 

Continue en développant sa conception de l’œuvre romanesque : la hantise de ce qui est figé, mort, revient sans cesse, en opposition à ce qui est la vie même.

 

Le roman repose sur une contradiction : il est en même temps parfaitement construit rien n’y est mis au hasard (aspect figé, clos sur lui-même) et pourtant l’inspiration existe, l’œuvre est un miracle en soi, un moment de grâce qui se renouvelle à chaque lecture ; JG ne cesse d’insister sur l’ « inconscience merveilleuse du romancier » en particulier à propos de Stendhal et de la Chartreuse…

 

Le romancier est un véritable créateur qui impose arbitrairement son œuvre là où rien ne l’attend. Il passe outre au mystère qui consiste pour lui… à susciter à fabriquer sans aucun secours de ses mains, quelque chose, qui puisse ensuite devenir opaque à son propre esprit.

 

Le roman est un réseau de relations multiples mais aussi une entité indivise.

 
 
 

IL affirme son goût pour les romanciers du 19eme siècle : Stendhal Balzac Flaubert Zola , surtout Stendhal qui, pour lui représente l’apogée de l’art romanesque.

 
 
 
 
 

Flaubert et Zola sont appréciés mais critiqués.

 

Pour Gracq, le romancier cesse d’être inspiré avec Flaubert. « L’Education sentimentale » qu’il n’aime plus, alors que Madame Bovary lui plaisait encore, serait l’un des premiers symptômes de ce déclin. Ensuite vient Proust, qui achève en quelque sorte le roman. Ce déclin c’est la constatation que l’œuvre romanesque se complexifie se dote de moyens nouveaux, mais que ceux-ci l’entraînent vers la mort. 

 

« Ce lâchez tout de ballon libre, dont la sensation nous est donnée seulement de loin en loin dans nos lectures romanesques préférées et qui est peut-être le couronnement de la fiction, parce qu’il est comme la matérialisation même de la liberté, Proust se l’interdit… toute la Recherche est résurrection, mais résurrection temporaire, scène rejouée dans les caveaux du temps, avant de s’y recoucher, par des momies qui retrouvent non seulement la parole et le geste, mais jusqu ‘au rose des joues et à la carnation de fleur qu’elles avaient’ en leur vivant »

 

Ce qui produit cette fâcheuse impression, c’est que Proust en dit trop : il ignore les pouvoirs de la suggestion. L’œuvre de Proust est comparée tantôt à une masse inerte, tantôt « à la jungle étouffante et compacte d’une prose surnourrie dont on n’arrive jamais à s’élancer hors

 

d’elle pour jouer librement… on ne rêve guère à partir de Proust, on s’en repaît ».

 
 
 
 
 

Les Eaux étroites (1976) La Forme d'une ville (1985 combinent l’autobiographie (non intime) et les notes de lecture, les souvenirs se groupant autour des lieux favoris de l’auteur.

 

 Dans En lisant, en écrivant c’est l’écrivain parisien qui évoque des lieux (les architectures modernes telle que la tour Montparnasse, qui lui plaisent) et son appartement parisien. La modernité architecturale le revigore curieusement «  cet après-midi, revenant de la tour Montparnasse et gravissant, le long même de la tour, l’escalier qui mène au terre-plein, le même charme agit sur moi, puissant : ces beaux et vastes volumes aux angles tranchants, aux arêtes nettes, faisaient ma respiration plus ample et plus légère… » il ne me serait pas venu à l’idée, avant de lire ces lignes que ces paysages urbains pouvaient paraître esthétiques et surtout pas insuffler une force de vie.

 
 
 

Gracq multiplie les métaphores originales qui prennent appui sur des champs lexicaux concrets (la cuisine, l’artisanat, diverses techniques, les processus physiologiques).Sa littérature est souvent assimilée à un repas où Stendhal serait l’apéritif et Proust le plat de résistance- à bien des égards indigeste.

 

Le mot «  apéritif «  revient souvent : la littérature, c’est ce qui doit mettre en appétit- mais sans rassasier- sinon c’est l’ennui qui guette.

 

Zola c’est la fiche et le catalogue, Balzac le magasin d’antiquités, c’est pourquoi Balzac vieillit bien et Zola moins.

 

« Ce combat contre l’angoisse du figement donne au livre son harmonie profonde, et alimente les exposés consacrés à la description et au paysage, ou, à travers un débat avec Valéry et Breton, à un éloge de l’arbitraire du roman (Pourquoi pas «La marquise sortit à cinq heures»). 

 
 
 

Pour reprendre ses termes, on va considérer ce livre comme une promenade, un cheminement à travers les formes esthétiques et les auteurs qu’il lit et relit.

 
   
 
 
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Lundi 25 février 2008 1 25 /02 /2008 16:18
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par Dominique Poursin

Amis.jpg Martin Amis «  Guerre aux clichés », recueil d’articles critiques (1971-2000)
Gallimard, 2007. 

 

 C’est très plaisant : contrairement à  beaucoup de  critiques français (écrivains ou pas) Amis n’ennuie jamais son lecteur en faisant des chroniques de livres. Il fait preuve de verve, d’humour, d’ironie féroce, d’un sens maîtrisé de la digression, et l’on rit souvent. 

 

 Voilà des critiques vraiment démocratiques. Il a cette qualité précieuse de se mettre à la place du lecteur ordinaire, lorsqu’il parle des grands textes, et minimise la culpabilité du lecteur qui n’a pas pleinement réussi à  apprécier l’un ou l’autre des grands romans sacralisés.
 

 

Les textes sur «  Cinq grands romans incontournables » vont nous concerner tout d’abord puisqu’il s’agit des ces chefs d’œuvres  de la littérature que l’on a tous lus ou essayé de lire,  avec des fortunes diverses.

 

 Don Quichotte : («  la lance brisée »)

 

«  Lire Don Quichotte équivaut peu ou prou à recevoir la visite du vieux barbon de la famille : il s’attarde indéfiniment, multiplie ses petites farces… déroule le flot interminable de ces souvenirs et radote à l’envi sur ses horribles copains… »

 

et pour la construction «  c’est un agglomérat qui procède simplement par accrétion… pas de suite, rien que du supplément… la bouillie primitive de la fiction : ça fume, ça glougloute, ça grésille de vie en puissance, ça grumelle de prototypes âcres et grossiers ».

 

un monument d’ennui, un livre écrit au temps où il n’y avait pas de roman, pas fait pour le lecteur…celui qui écrit ces lignes en sait quelque chose… il vient de le lire… !

 
Vous allez comprendre un peu plus  pourquoi vous aimez ou n’aimez pas Don quichotte.
 
 
 

 « L’Ulysses de Joyce » :

 

 il faut une semaine pour le lire en ne faisant que ça. Joyce a trouvé le moyen de n’écrire que pour son plaisir et surtout pas pour le lecteur. (Je pense que Amis est aussi un peu dans ce cas, il parle en connaissance de cause ! Certains de  ses livres sont  difficiles à aborder.) 

 

« Son livre est un livre sur le cliché, sur les formules éculées et les tournures toutes faites, sur les métaphores figées  … Ulysses parodie tout depuis le Curso Mundi jusqu’aux manchettes des tabloïds. Quel plaisir, du moins en théorie-de voir notre styliste accompli adopter le langage d’un huissier, d’un annuaire, d’un ivrogne ou d’un texte sacré… » 

 

Ce point de vue n’est peut-être pas neuf, mais pour moi, il relance la réflexion sur Ulysses et mon approche de ce livre. 

 

Martin Amis se moque volontiers des snobismes et des préjugés. Il se demande qui peut lire Joyce et à quel prix comment en tirer profit.
On s'interroge avec lui sur les raisons que l'on peut avoir de lire  de la littérature ( en dehors des contraintes universitaires) sur ce qu'est une "lecture de plaisir", et à quel titre le roman de Joyce peut effectivement en être une. 

 

Philip Roth : « sa bêtise croît sans cesse depuis Portnoy, alors que son style a tendance à s’améliorer… » etc. mais ce serait une erreur de croire que Amis n’aime pas Roth, Joyce, ou même Jane Austen ( lecture intéressante aussi de Pride and Prejudice). Son goût pour ces auteurs dont il se moque apparaît dans la lecture, au moins entre les lignes.

 
 
 

Certains textes sont  également réussis   qui se développent autour de productions  telles que Jurassic Park : l’envahissement par les dinosaures.

 

Même le livre des Records, lui inspire des pages assez plaisantes, avec des digressions loufoques… 

 

Amis ne sacralise pas la littérature, même lorsqu’il voue une admiration particulière  à l’auteur dont il parle (Nabokov, Bellow) et quelque critique que soit son attitude il aide à renouveler la vision que l’on a de telle ou telle œuvre, qu'il met en relation avec la société, la politique.

 
Malgré sa férocité, il n’assassine aucune des œuvres citées.
 

On préfère les textes sur «  cinq grands romans incontournables »ainsi que  la critique centrale  sur les nouvelles de Kafka. .

 

Ceux qui ont lu DeLillo, Updike, Roth et Mailer (ce n’est pas mon cas) apprécieront aussi les pages sur ces romanciers américains. 

 
Un bon moment à passer et pas mal d’idées nouvelles.
 
 
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Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /2008 00:00
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par Dominique Poursin

Paru chez Flammarion en octobre. 350 pages, 200 reproductions en noir et couleur.
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Ce livre consiste en présentations et commentaires d’un choix remarquable d’oeuvres d’art ( peintures, gravures, dessins…) en deux dimensions, qui toutes ont une relation directe avec la sexualité, en particulier avec le fantasme dit de » la scène primitive » soit le moment de la conception de l’être humain.

«  Notre vue ne porte jamais vraiment jusqu’à la scène qui nous fit et que nous répétons sans cesse néanmoins au cours des étreintes où les corps s’additionnent et se redissocient ».

 

Le problème de l’homme est que la conception d’un être humain ne se limite pas, comme pour l’animal, à une  simple copulation mais procède d’un acte sexuel, c'est-à-dire que l’homme imagine et symbolise.

 

 Beaucoup de gens objecteront qu’ils se moquent de savoir quand ils ont été conçus et comment ;  ou encore, que la mère (voire les parents) leur ont relaté la circonstance.

Or il ne s’agit pas de cela, pas de renseignements objectifs, ni d’orientation dans le temps, mais du mystère de l’origine, mystère qui reste entier pour l’homme et ne se peut dater ( «  la scène primitive précède le passé. C’est le jadis, hors mémoire, hors temps »).  

«  Sans doute l’expression utilisée de nos jours de scène primitive est-elle excessive pour désigner le fait que les hommes et les femmes dérivent d’une étreinte entre un homme et une femme autre qu’eux-mêmes, puisque cette étreinte est invisible à leur regard faute d’être déjà conçus. Peut-être faut-il lui préférer l’expression de nuit sexuelle puisqu à n’en pas douter, il n’est plus question dans l’âme inquiète d’une nuit intérieure que d’une figuration originaire ».

Quel sens donne t ‘il au mot « Nuit »  : Quignard oppose la nuit étoilée féconde à la nuit noire démoniaque.

«  Une fois nés au terme de chaque jour, c’est la nuit terrestre. Et si c’est par la nuit qui est en nous interne que nous parlons, c’est dans la nuit externe, quotidienne, que nous nous touchons. Avant la naissance, ce fut la nuit utérine. Après la mort, l’âme se décompose cette troisième sorte de nuit n’a pus aucun sens pour s’aborder nuit infernale.

C’est  l’expression  d’un auteur qui entend ne pas faire oublier qu’il est poète autant qu’essayiste  et véhicule sa pensée  à l’aide de métaphores chargées de sens. Autant de « nuits » que d’événements fondateurs pour la personnalité.  

 

«  Brusque éclair comme le coup de foudre qui tombe longtemps avant que le chant s’élève, longtemps avant que la langue humaine se comprenne. Cette scène précède les corps encore sans existence qu’elle fabrique, qu’elle fige, qu’elle portraiture. Tel est le véritable sens du clair-obscur ».

Aussi le livre se présente t’il sur fond noir, comme au cinéma, même si le cinéma n’est pas convoqué pour l’occasion. On peut d’ailleurs remarquer que certains peintres ( tel Caravage) avaient déjà un grand sens de la mise en scène.

Mais le choix de pascal Quignard est varié (deux cents œuvres sont reproduites avec soin) et d’un goût très sûr. Elles sont présentées selon un vertain ordre, et groupées par  thèmes En fait, l’auteur, à partir de la scène primitive, aborde commente et illustre d’autres fantasmes fondamentaux communs à tous les êtres humains et qui se rattachent à celui là ( la scène primitive) qui pour lui les rassemble tous.

 

On trouvera donc des images commentées sur la dévoration «( «  Saturne »), le (dé)voilement ( Loth et ses filles, Noé et ses fils) ; l’interdit de toucher ( Noli me tangere) , la dénudation ( l’apocalypse qui révèle « ôte le velum »).

Pasacal Quignard aborde aussi les différentes façon de penser ou de représenter les fantasmes suivant les différentes cultures et religions (Grecque, romaine, chrétienne, orientales, musulmanes…)mais de toutes les époques ainsi les peintres actuels sont-ils de la partie ( Rustin , Bacon, Hopper…)

 Parmi  tant de belles pages, on peut noter « le Jugement dernier » de Lucas Signorelli qui, raconte Quignard,  inspira Freud qui le contempla à Florence, pour ses théories sur la sexualité.

Ainsi qu’un hommage à Goya pour ses peintures noires de «  la quinta del sordo ».
 

Voilà une nuit qui se propose de nous éclairer ou plutôt, comme dit Quignard «  de désobscurer la situation ».

Je ne sais si c’est le cas. Mais nous partons pour un voyage émerveillé dans ces œuvres remarquables, et le commentaire de Quignard est toujours intéressant, lettré,pensé, ses propos nous apprennent toujours quelque chose ne serait-ce que sur la mythologie, l’art…bien sûr on peut trouver son expression un peu péremptoire et emphatique. En dépit de ces défauts, le livre est passionnant.

 

Il a aussi été écrit comme protestation, pour défendre l’art contre les diverses formes du puritanisme religieux et dans ce sens, c’est une œuvre politique :

 C’est vraiment une raison politique qui m’a plongé soudain dans l’excitation, dans l’effervescence. Il y a deux ans je me retrouvé aux USA, d’abord à l’université d’Atlanta puis, après, à l’université de Sewanee, quand la loi américaine contre les images indécentes a été votée. Tout le monde sur les campus, toute la gauche américaine, même le petit-fils d’Edgar Poe, George Poe, ne parlait que de cela. La loi a été votée à l’unanimité par le Sénat américain puis plébiscitée avec 95 pour cent des voix par la Chambre des Représentants. Le résultat s’appelle exactement The Brodcoast Decency Enforcement Act. Les images sexuelles ne sont pas interdites, mais dès qu’elles rencontreront le regard d’un enfant ou d’un puritain ou d’une minorité religieuse une amende suffocante tombera comme un couperet. Sachant la rapidité avec laquelle le puritanisme traverse l’océan Atlantique j’ai alors été pris d’une espèce de fièvre. Je me suis dit : « Nous avons mangé notre pain blanc de liberté. »

(Extrait de l’interview accordé à la revue Art Press, octobre 2007).

 
 
Publié dans : Critique essais et documentaires - Voir les 5 commentaires
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Dimanche 11 novembre 2007 7 11 /11 /2007 16:34
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin
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