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Vendredi 30 mai 2008

 

« Plume » est un recueil de récits qui prend la suite des poèmes regroupés sous le titre "Lointains intérieurs". On peut le trouver dans la petite collection "Poésie" de " Gallimard, pour un prix modique.

 


Ces récits sont au nombre de 13, Plume en est le personnage principal. C'est un être marqué par son inadaptation sociale. Les situations auxquelles il est confronté le mettent dans l'embarras.  

Si nous prenons le cas de « Plume au restaurant » et Plume voyage, ou encore Plume a mal aux doigts, on le voit placé dans des situations banales qui deviennent étranges, voir comiques par la façon dont elles sont vécues.


Ces situation aboutissent au surnaturel ou débouchent sur le fantastique. «  Dans les appartements de la reine » ou encore  La Nuit des Bulgares.


Toutes ces situations montrent le héros désemparé, trop poli( «  un serpent tombé d'un régime de bananes rampa vers lui ; il l'avala par politesse..in « L'hôte d'honneur du Bren club »), courtois, étonné, ou indifférent à l'égard de diverses figures de l'autorité. : la police, le couple royal, un juge, un chef de train, un officier de l'armée, un médecin... une épouse, et même des coutumes barbares établies par une instance dont on ne sait rien. Plume est toujours la victime ; dans le meilleur des cas, il ne comprend tout simplement pas.

Ces rapports de force avec l'autorité évoquent les situations chez Kafka. On l'a dit et c'est à juste titre pour une fois.

Excepté le fait que les héros de Kafka multiplient les hypothèses sur les causes et les conséquences possibles des situations qui les gênent, ainsi que les moyens d'y remédier.

A l'inverse, Plume cogite peu. Dans Plume à Casablanca, cependant, il a l'idée de se livrer à toutes sortes de manœuvres pour se faire bien voir de la police mais  en vain ! On ne saura pas ce qu'on lui reproche. Ce texte-là est effectivement très proche de Kafka. De même que Plume au restaurant : il est accusé d'avoir mangé un plat non spécifié sur la carte : non écrit. Ce peut-être une façon de dire qu'il est hors-la-loi  (si la carte des menus  symbolise un écrit juridique fixant les « choses permises »).


Dans « les appartements de la reine », Plume semble avoir une relation sexuelle avec la reine. Il n'est pas sans éprouver quelque chose (« Il touche, il tête avec des doigts peu sûrs, et la recherche des réalités le fait trembler... »), Relation évidemment interdite puisqu'il y a un roi. L'allusion fréquente au «  Danemark » (entretenons-nous du Danemark, sa Majesté aime les Danois) fait penser à Hamlet.  Et dans ce cas, il devra tuer le roi qui entre et l'on sera dans une situation œdipienne, comme dans cette pièce.

Sinon comment interpréter ces références au Danemark et aux Danois ? On peut aussi entendre Danois comme « chien », Plume ne serait qu'un  pauvre chien dans l'affaire.


Les récits des mésaventures de Plume n'ont pas l'étoffement propre au romanesque. Il y manque les décors et les portraits de personnages. De Plume lui-même on ne sait rien. Pourquoi voyage-t-il continuellement? Où a-t-t-il rencontré une épouse aussi acariâtre ?

L'histoire se résume à une série de question et de réponses, une série de contraintes... Plume se trouve à l'issue, victime d'une nécessité si inattendue qu'elle lui échappe.

C'est un être agi par un destin absurde.

L'étrange, l'absurde des situations vient du fait que l'auteur a banni de chaque histoire tout contexte. Pourquoi faut-il tuer les bulgares (la nuit des bulgares) ? De quoi est-il coupable au restaurant ?

Que s'est -il passé dans sa maison et de quoi est victime son épouse ? ( Un Homme paisible)

Chaque représentant de l'autorité réclame une réponse mais Plume ne sait rien.


La dramaturgie est souvent au rendez-vous avec une somme conséquente de mutilations parfois radicales (mort) : 

-Plume a mal au doigt, on le lui coupe. Il reste optimiste.

-Dans l'Arrachage des têtes (Plume n'y joue aucun rôle, il n'y est pas nommé), il semble que     l'on doive offrir des têtes en offrande à un personnage non nommé, qui les réclame et les   recueille sans manifester approbation ni ressentiment. Ce pourrait être un dieu.  Les têtes ne sont pas l'objet d'une grande considération... pas plus que des fruits ou des têtes de clous.

-Dans la nuit des bulgares, on tue des êtres humains.

-Plume arrive dans un pays habité par des culs-de-jatte.

- Une  femme est  découpée en morceaux (un Homme paisible)

C'est le monde de l'inquiétante étrangeté tel que Freud l'a défini (L'Inquiétante étrangeté et autres texte in Folio-bilingue). Freud  prenait l'exemple de «  l'Homme au sable «, dans quoi le héros craignait une mutilation des yeux.

«  Le véritable intérêt de l' »Unheimliche » dans l'homme au sable, c'est le thème de la castration métaphorisée  là par al crainte de la cécité. (L'Homme aux sables « arrache » les yeux).



Cependant l'absence de contexte et l'aspect élémentaire de Plume laisse à penser qu'il est peut-être responsable, et exprime aussi l'humour, un humour noir qui pourrait faire rire si ces situations étaient mises en scène.

Plume fait songer à Chaplin. Même si dans le contexte où évolue Charlot les situations sont beaucoup plus classiques il les transforme souvent jusqu'à l'absurde. On a bien ici cette façon de raconter des énormités en gardant  le style du constat ou celui de la relation neutre du fait banal. On peut penser au style de Camus dans l'Etranger.


Michaux s'est fortement démarqué du surréalisme mais il en reste proche.

par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (1)    ajouter un commentaire
communauté : SOIF DE LIRE...
Vendredi 20 avril 2007
Scarbo
in Pièces détachées.
 

Oh, que de fois je l’ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu’à minuit la lune brille dans le ciel comme un écu d’argent sur une bannière d’azur semée d’abeilles d’or !

 

Que de fois j’ai entendu bourdonner son rire dans l’ombre de mon alcôve et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit !

 

Que de fois je l’ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d’une sorcière !

 

Le croyais-je alors évanoui ? Le nain grandissait entre la lune et moi, comme le clocher d’une cathédrale gothique, un grelot d’or à son bonnet pointu !

 

Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d’une bougie, son visage blêmissait comme la cire d’un lumignon,- et soudain il s’éteignait.


 

 

La nuit et ses prestiges pièce n° 7
Un Rêve

En exergue « j’ai rêvé tant et plus mais je n’y entends note » Pantagruel livre III

Il était nuit. Ce furent d’abord,- ainsi j’ai vu, ainsi je raconte,- une abbaye aux murailles lézardée par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite,-ainsi j’ai vu, ainsi je raconte,- le glas funèbre d’une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d’une ramée,- et des prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice.

Ce furent enfin,- ainsi s’acheva le rêve, ainsi je raconte,- un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d’un chêne.- Et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente, et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d’innocence, entre quatre cierges de cire.


Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s’étaient éteintes sous des torrents de pluies, la foule s’était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides,- et je poursuivais d’autres songes vers le réveil.
par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
Vendredi 20 avril 2007

Gaspard-de-la-nuit.jpgNé le 20 avril 1807, il y a deux cents ans ajourd'hui, sous le nom de Louis Napoléon Bertrand, dans le Piémont, d’un père français, militaire, et d’une mère italienne, Aloysius BertrandJ’aime Dijon comme l’enfant, la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète, la jouvencelle qui a initié son cœur »)  émigra très  jeune à Dijon qui est sa ville d’adoption, et source d’inspiration principale. 

 Tenta sa chance à Paris sans vrai succès. Réussit à intéresser le sculpteur David d’Angers et le grand Sainte-Beuve.

Considéré comme le créateur du poème en prose, il écrit pendant sa courte vie (34 ans tout juste) « Gaspard de la nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et Callot » qui furent publiées en 1842, à titre posthume, avec une préface de Sainte-Beuve.

 

Ce recueil de poèmes en prose fut d’abord intitulé «  Bambochades » et se compose de six livres, qui comprennent chacun 6 à 11 poèmes.

Le recueil le moins cher est actuellement l’édition de Gallimard (Poésie) de 1980, dont on peut encore trouver des exemplaires à 3 euros chez Gibert. Le recueil est pourvu de notes conséquentes et d’une préface de Max Milner.

 

Chaque livre a une unité thématique : « Ecole flamande » (imitation en prose des scènes de genre des tableaux de cette époque) 

«  La Nuit et ses prestiges » (traitement du clair-obscur)

« Espagne et Italie » ( prétexte à des scènes de carnaval où l’on croise des masques inquiétants)

«  Les Chroniques » « Le Vieux Paris » (scènes urbaines) «  et «  Silves »( scènes champêtres).

 

Gaspard de la nuit est aussi le titre du prologue dans lequel Louis Bertrand dit comment il  a rencontré Gaspard,  un  étrange personnage parti à la recherche de l’art et qui a ressenti le frisson poétique à entendre rire une gargouille, une monstrueuse figure de damné attachée au flanc d’une cathédrale et en a conclu « puisque dieu et l’amour sont la première condition de l’art-ce qui dans l’art est sentiment- Satan pourrait bien être la seconde condition-ce qui dans l’art est idée ». Il donne  au narrateur  un manuscrit dont il laisse entendre par des paroles sibyllines qu’il est plein de diableries  avant de s’enfuir en ricanant.

Il a essayé de créer «  un nouvel genre de prose » dit-il dans une lettre à David d’Angers en septembre 1837.

Pour la forme, il s’inspire d’un auteur régional qui restera inconnu, lequel écrivait des poèmes en prose  longs et décousus. Bertrand en a changé la thématique et resserré la forme pour rendre des scènes d’allure énigmatiques où l’essentiel reste implicite.

Ces poèmes prennent place dans le genre de la prose poétique prisée depuis le 17eme siècle et épousent la forme de la ballade à cause de leur division en couplets de 5 à 7. Ils restituent aussi l’atmosphère de ce type de poème par leur tonalité et le langage médiéval.

Le Moyen âge exotique est très prisé par les romantiques et Bertrand exploite cette veine, mais il s’inscrit aussi dans une tradition picturale (« Combien de pinceaux j’ai usé sur la toile »dit Gaspard dans le «  prologue ».

 

1) Rembrandt : «  Faire naître la vague aurore du clair-obscur », savoir traiter la lumière . Cela signifie essentiellement pour Bertrand utiliser l’imparfait ou le présent qui étirent la durée ou figent la scène :

«  Des lampes sont allumées dans les tentes au chevet des capitaines morts l’épée à la main »

(La nuit après une bataille)

«  La nuit et ses prestiges »en  est le morceau de choix le plus souvent cité sans doute le plus réussi.   

 Il se sert des contrastes : rêves, hallucinations visuelles, bruits entendus, magie des apparitions surgies de la nuit, référence aux contes.( Ondine )

Dans cette  célèbre « Ondine » la sophistication du langage se mêle à la spontanéité de l’invocation : «  Ecoute ! Ecoute !c’est moi Ondine qui… »

 

Le fantastique médiéval est lié au lexique autant qu’à la thématique : on recherche le maximum d’archaïsmes. Certains ont reproché à Bertrand l’artificialité de ses poèmes un art trop travaillé et surfait : d’autres les ont loués pour les mêmes raisons : les artifices explicites servent ici à créer un autre monde.

 

Callot : c’est la recherche du grotesque, burlesque et farfelu genres qui créent aussi l’inquiétante étrangeté par d’autres moyens.

«  Les Cinq doigts de la main » sont les membres d’une famille qu’on n’aimerait pas fréquenter. Détails triviaux, humour féroce, macabre.

 

A. Bertrand est un faux romantique : il ne doit rien à l’abandon, à l’épanchement ni à  l’effusion sentimentale.

Il est tout occupé de la forme, pratique l’art de la pointe, le dépouillement la simplicité plus proche de l’esthétique classique. 

 
 
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (2)    ajouter un commentaire
Vendredi 30 mars 2007
DEMOCRATIE.
 
 

« Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.

 

« Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.

 

« Aux pays poivrés et détrempés !- au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.

 

« Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorante pour la science, rouée pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route ! »

 
Rimbaud « Illuminations ».



On me dit que Sarkozy cite Rimbaud.
Aurait-il cité ces lignes au premier degré?


La première publication de démocratie , c’est 1886 dans le magazine Vogue en même temps que  d’autres proses. Le manuscrit original n’est pas consultable.

Le texte peut être considéré comme politique comme «  après le déluge » ; rimbaud s’y montre concerné par les discours idéologiques.

 
 

 Le texte  est placé entièrement entre guillemet, le titre excepté,  comme s’il s’agissait déjà d’une citation, nos voyons donc que le je du texte n’est pas celui de l’auteur, qu’il prend ses distances.

Le « je » du texte est un « nous » c’est là une communauté, une foule,  dans quoi l’auteur ne se compte pas.

 
On peut considérer  que le poète s’exprime ainsi :

 voila ce que j’entends dire à propos de  votre démocratie,voila en quoi elle consiste :  un discours communautariste,  qui parle au nom du  peuple et qui montre le peuple comme une force bestiale tout entière prête à massacrer l’esprit ( les révoltes logiques, la philosophie). Un discours foncièrement bête et qui promeut la bêtise( ignorants pour la science,roués pour le confort). Ce discours je le reproduis tel que je l’entend.

 
Notre patois : c’est le paysan, le patriote, le réactionnaire qui est  interpellé ; c’est  en son nom  que les  hommes politiques prétendent parler.

Ainsi que les «  Conscrits du bon vouloir »  soit  les soldats, le peuple des soldats, les appelés, pas les élus…

 

 Ceux qui font des discours au nom du peuple répandent  des paroles de violence, perversion, répressions : philosophie féroce, cynique prostitution (à prendre aussi au sens figuré), massacrer les révoltes, étouffer

 

Le lexique est celui de la violence et aussi de l’armée : drapeau, tambour,  massacre, militaire, crevaison.

 

Les pays poivrés, détrempés : sont les pays tropicaux que l’on colonise et où l’on envoie les insurgés en taule ( soit par exemple Louise Michel en Nlle Calédonie après la Commune de Paris).

 

Ce texte ressemble  à « Mauvais sang », d’ »une saison en enfer » sauf que dans Mauvais sang , Rimbaud parle en son nom, exprime son propre désarroi, face à ce qu’offrent les dirigeants pour le citoyen qu’il est.

Ici,il imite le discours dominants qui prétend s’appuyer sur le peuple mais en rendant ce discours excessivement provocateur et nihiliste , ce qu’il est en réalité.

 
 
 
 
par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mercredi 14 février 2007
mansour.jpgUn autre poème pour la Saint-valentin!


Je ne veux plus

Je ne veux plus de votre visage de sage

Qui me sourit à travers les voiles vides de l?enfance

Je ne veux plus des mains raides de la mort

Qui me traînent  par  les pieds dans les brumes de l?espace

Je ne veux plus des yeux mous qui m?enlacent

Des cratères qui crachent leurs spermes froids de fantômes

Dans mon oreille

Je ne veux plus entendre les voix chuchotantes des chimères

Je ne veux plus blasphémer toutes les nuits de pleine lune

Prenez-moi comme otage comme cierge comme breuvage

Je ne veux plus maquiller votre vérité

Je ferais le grand écart pour vous impressionner

Seigneur.

Joyce Mansour. Déchirures, 1955.


  "poète française d'ascendance égyptienne, Joyce Mansour est née en 1928 à Bowden en Angleterre. Élevée en Angleterre, elle la quitte pour la France en 1956. Elle est proche du mouvement surréaliste et d?André Breton, André Pieyre de Mandiargues, Henri Michaux, Pierre Alechinsky. Son ?uvre se caractérise par un ton sombre, un érotisme cruel et un humour noir. Roberto Matta, Hans Bellmer, Wilfredo Lam, Pierre Alechinsky entre autres, illustrèrent ses poèmes. En 1991, l'éditeur Hubert Nyssen, Actes Sud,  a rassemblé tous ses écrits avec l'aide de son mari, Samir Mansour. Elle est morte en 1986." In Poézibao
par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 13 février 2007
petit poème pour la St Valentin :


  "Il avait cent ans évidemment, le capitaine, et avec une longue barbe blanche. J’en avais dix-huit et j’étais orpheline. Le capitaine trop fougueux brisa le bateau sur des récifs. Nous touchâmes une île exquise. Sa barbe tombée, le capitaine retrouva ses vingt ans ; nous eûmes beaucoup d’enfants. Et voilà les histoires que j’aime."

Géo Norge
   ( "Les Oignons" in "Poésies 1923-1988" )
 Gallimard-Poésies


 Contemporain des surréalistes, Norge, grand sceptique lucide,  s'est rapidement éloigné de tous les mouvements et communautés poétiques pour faire entendre sa différence. Les "Oignons...pour ne pas pleurer" publés en 1953, sont des contrefables sobres et exprimant l'essentiel dans des formes resserrées.



géo Norge
(voir Poezibao)




par domi publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
Mardi 31 octobre 2006

La Fin du monde (Guillaume Du Bartas)
(poète français, première moitié du dix-septième siècle)

 
Un jour de comble-en-fond les rochers crouleront,
Les monts plus sourcilleux de peur se dissoudront,
Le ciel se crevera, les plus basses campagnes,
Boursouflées, croistront en superbes montagnes ;
Les fleuves tariront et si dans quelque étang

Reste encore quelque flot, ce ne sera que sang ;

La mer deviendra flamme, et les sèches baleines
Horribles , mugleront sur les cuites arènes ;
En son middy plus clair le jour s’épaissira,
Le ciel d’un fer rouillé sa face voilera.
Sur les astres plus clairs courra le bleu neptune
Phoebus s’emparera du noir char de la lune ;
Les étoiles cherront. Le desordre, la nuit,
La frayeur, le trespas, la tempeste, le bruit,
Entreront en quartier ; et l’ire vengeresse
Du juge criminel, qui jà déjà nous presse,
Ne fera de ce Tout qu’un bucher flamboyant,
Comme il n’en font jadis qu’un marez ondoyant…
 
Autre exemple : Agrippa d’ Aubigné)
 
… Voici la mort du ciel en l’effort douloureux
qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux
Le ciel gémit d’ahan, tous ses nerfs se retirent,
Ses poulmons près à près sans relasche respirent
Le soleil vest de noir le bel or de ses yeux ;
L’âme de tant de fleurs n’est plus épanouie,
Il n’y a plus de vie au principe de vie ;
Et, comme un corps humain est tout mort et blessé,
Ainsi faut que le monde et meure et confonde
Dès la moindre blessure au soleil, cœur du monde.
La lune perd l’argent de son teint blanc et clair,
La lune tourne en haut son visage de sang
Toute estoile se meurt ; les prophetes fideles
Du destin vont souffrir éclipses eternelles
Tout se cache de peur ;le feu s’enfuit dans l’air,
L’air en eau, l’eau en terre ; au funebre mesler
Tout beau perd sa couleur. Et voici tout de mesmes
A la pasleur de tant de visages blêmes
Prennent l’impression de ces feux obscurcis,
Tels qu’on les voit aux fournaux paroistre les transis…
 
par Dominique Poursin publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
Samedi 30 septembre 2006
C’est en 1938 que Henri Michaux fait paraître pour la première fois «  Lointains intérieurs » que termine « Un certain Plume » l’histoire chaplinesque en treize récits d’un personnage clé dont les aventures étranges tragiques et dérisoires sont symboliques des parcours de l’écriture et du désarroi de l’être au monde. Ces récits d’humour noir sont ce qu’on connaît le mieux de son œuvre.
Le recueil comprend en outre « Entre centre et absence »  «  La Ralentie » «  Animaux fantastiques «  « l’Insoumis » et « Je vous écris d’un pays lointain »  séries de séquences en prose poétique où le poète  s’introspecte  à l’aide de récits imaginaires. La seconde partie « Poèmes »  comprend treize compositions qui sont plus proche du vers libre que de la prose poétique.  ; le poète en découd avec L’angoisse en phrases précises et rythmes dodelinés.
 
« Difficultés » est la troisième partie constituée d’autoportraits (Le Portrait d’A.)
 
«  Le défaut d’être qu’il éprouve conduit Henri Michaux à n’apparaître que multiple et éparpillé, quoique souvent campé avec violence par sa révolte intime. Nulle certitude centrale, hormis celle de sa faiblesse ou de l’insoumission, nul appui, mais le vertige et la chute en de « successifs abîmes » intérieurs… Michaux s’effondre sans cesse en lui-même ». (Jean-Michel Maulpoix : « Michaux, passager clandestin » Champ Vallon)
 Voir Poezibao  le site de Florence Trocmé et rechercher Michaux pour en savoir plus. 
Unique en son genre, Henri Michaux ( 1899-1984) se situe tout de même dans une sorte de tradition celle de Rimbaud et surtout Lautréamont «  Vous mes copains Ruysbroek et toi Lautréamont qui ne te prenait pas pour trois fois zéro… » ; C’est la lecture des « Chants «  qui le décide à écrire en 1922. L’énergie qui s’en dégage, l’affirmation non de soi mais d’une « conscience » qui résiste par le langage et dont la violence est plus satisfaisante que les langueurs mélancoliques des poètes qui ont exprimé le mal du siècle.
Le goût pour Ruysbroek traduit son attirance pour le mysticisme.
HM est aussi héritier du surréalisme ; il en a le penchant pour la rupture, la libre association, mais aucune inclinaison pour l’esprit de groupe .  D’après ses textes, le  monde est une somme de conspirations, de machinations pleine d’hostilités  et l’humour poétique naît  d’une prise de conscience qu’il faut lutter contre cette animosité et  d’une somme de petits combats remportés   sur l'inimitié  grâce à  l’arme du langage. Poésie agressive dans la mesure où le monde est attaqué comme par un acide, par le langage qu le nomme pour l’exorciser. Cette poésie est aussi faite d’humour noir et lyrique ; le célèbre «  Contre » ( In « la Nuit remue ») qui est  un manifeste  poétique de «  Contre création » veut être une affirmation de la rupture de l’esprit à ce qui le menace, et de même une approbation  à tout ce qui le « sauve » (mais pour HM il n’y a pas de salut) amis d’éphémères moment de grâce.
«  Je mes suis uni à la nuit à la nuit sans limite ». (In Poèmes)
 
« Difficultés » rassemble  7 récits de  prose poétique (1930) « Le Portrait de A. » qui l’ouvre, est une sorte d’autobiographie à la troisième personne d’un être qui se conçoit comme une espèce de boule imparfaite. Ce n’est pas exactement la vie d’un être mais celle de l’humanité puisque « il » devient « nous » : «  La chute de l’homme est notre histoire …notre histoire est notre explication ». Et aussi «  A. : l’homme après la chute ».  Les deux textes suivants « La Nuit des embarras » et « La Nuit des disparitions » font l’amalgame de toutes sorte d’objets et de situations à priori saugrenues qui empêchent l’homme de se trouver une unité et une cohérence dans le chaos de l’existence. D’autres textes de la même section reprennent le texte de l’existence chaotique et entravée ( « Naissance » , une  mise au monde  sans cesse recommencée et avortée) «  Destinée » aussi : bien des textes ressemblent à des corps morcelés où les constantes poétiques ( répétitions, allitérations) se trouvent sans cesse bousculées et mises à mal par d’étranges interventions.
« Chant de mort » se distingue de ces sept textes : à priori il est  le plus satisfaisant: il ressemble davantage à un poème en prose ; sa forme est simple et plus enlevée avec ses quatre longues phrases souples , progressant à l’aide de nombreuses virgules, et   qui reprennent chacune le même départ «  La Fortune + complément attribut et se termine par une chute ( le sol dur, ) et des locutions adverbiales qui reviennent «  à tout jamais » ; «  maintenant » .  Les quatre phrases se développent de façon identiques : un moment de bonheur prévu dès le départ ironiquement éphémère ( « par erreur » ; « pour un instant ») se trouve contré par un obstacle d’une forte hostilité ( pétard, couteaux, groupe armé) ou par un accident ( décrochement,), provoque la chute.   Chaque phrase s’élève avec une grâce ( dont peut-être l’auteur n’est pas coutumier) parce que la fortune a des ailes au moins dans les premières phrases ce qui est conforme à une tradition mythologique,(encore que « la fortune aux ailes de paille »n’élève pas si on la considère dans le détail)et que  ces ailes nous préparent à des attributs plus curieux : « aux draps frais » incite au sommeil aux songes et aux illusions le décochement qui se produit incite à penser que l’infortuné narrateur est tombé du lit. 
La fortune  « comme un cheveu qu’on prend et qu’on  tresserait avec les siens 
 m’ayant pris et indissolublement uni à elle » cette comparaison entraîne l’évocation d’une Parque ou d’une Moire : ces divinités filent le destin ; l’une d’elle représente la Mort .
La fortune n’est  pas toujours bonne, à la quatrième reprise, c’est elle-même qui mène  
à la Mort répétée trois fois et majuscule. De  la première phrase à la dernière nous voyons la fortune de devenir progressivement suspecte ; dès le début de l’ultime phase «  la langue d’huile » ne cesse d’inquiéter même si elle  mène tout en douceur vers la fin.
C’est un poème fortement ironique, dont la forme classique, élégante et le trait peu forcé  se rassemblent pour un équilibre que Michaux approuve peu, même s’il y cède : dans sa postface au lecteur il s’insurge contre l’équilibre la synthèse, parle de la » foule qui est en lui » du « monde » dont il est constitué, insiste sur l’éparpilleme
par domi publié dans : Lecture poésie commentaires (0)    ajouter un commentaire
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