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Guillaume W, récit à épisodes

Juillet 1981.


L'arbre grimpait sur deux ou trois mètres  avant de former une fourche d'où partaient deux grosses branches  dont la courbure donnait l'impression de deux jambes à demi repliées, battant l'air de façon  gauche.  Plus haut encore, la ramure se déployait généreusement et dans le plus grand désordre. Vivre auprès d'un grand arbre, présentait des avantages donnait un sentiment de sécurité, cependant Guillaume  ne voulait pas reprendre la maison, vivre dans la proximité de souvenirs d'enfance qui parasiteraient son existence future.  Alors je vends, disait Eve. J'ai vécu dix-huit ans ici, Alida dix-sept, Guillaume  six à temps complets, et cinq à temps partiel...

-La première chose que j'ai faite, coupa Guillaume, lorsque nous avons emménagé ici, ç'a été de grimper aussi haut que possible et je n'étais pas seul...

Nelly imaginait un élevage d'abeilles et des pots de miel de tilleul, des pots ovales joliment incurvés  comme des flacons de parfum, des arbres fruitiers nantis d'une couronne  neigeuse à la belle saison ou d'un rose délicat.

Elle n'y tenait pas vraiment et préférait les quelques plantes en pot qu'elle admirait plusieurs fois par jour et jetait au bout d'un mois, ayant oublié de s'en occuper rationnellement, ainsi que  le bouquet de fleurs séchées qu'elle accrochait au plafond du séjour à la place  d'un lustre. La maison qu'ils achèteraient n'aurait pas de jardin.


 Les Wilson s'étaient éloignés pour cause de séparation.

 Lorsqu'ils avaient rencontré Alida,  pour lui présenter Melk, l'accueil avait été chaleureux. Cependant elle avait scruté presque désespérément l'enfant durant toute l'entrevue, et Nelly l'avait enduré sans rien dire. Personne ne voulait croire que Melk était l'enfant de Guillaume,  lui-même ne le croyait sans doute pas profondément. Par malheur, ils n'avaient aucune espèce de ressemblance physique.  C'était même pour cela qu'ils s'entendaient si bien.


-Monté jusqu'où ? demandait Melk.

- Jusqu'aux fenêtres du premier étage.


Ils s'étaient raccommodés sans se  réconcilier : Eve avait répondu présent à un faire-part l'avisant de la naissance de Camille le 17 mai. Trois jours plus tard, à deux heures de l'après-midi, Eve entrait dans la chambre de la maternité où  Guillaume et elle s'occupaient du nourrisson, avec un bouquet de glaïeuls qu'il tenait maladroitement en les écartant de lui. Le revoir était une chance, Nelly  se rappelait qu'ils avaient évité les questions en suspens, discuté du nouveau-né et du nouveau gouvernement, autant de sujets bienvenus pour ignorer  le passé. Guillaume se réjouissait de l'arrivée de Camille mais pour le gouvernement il aurait préféré Rocard. « Je soupçonne ton inclination d'être sentimentale plus que politique » avait dit Eve, qui lui avait expliqué longuement ce qu'il conjecturait de la situation d'alors. Jamais ils n'avaient été plus loin et Guillaume éprouvait toujours un malaise à le voir.


- Et qu'as-tu vu ?

   -   Moi-même  dans le reflet.


  - Ce costume est joli, apprécia Eve. Lui mets-tu souvent des robes ?

   -Quelquefois ».

Nelly resta évasive. Elle avait acheté une dizaine de robes, et accessoire divers pour le premier âge féminin, de toutes les couleurs et de toutes les formes, et les avait parqués dans l'armoire sans s'en vanter, craignant qu'on ne lui dise qu'elle jouait à la poupée. Il était trop facile de constater que Camille changeait de tenue plusieurs fois par jour. La robe à bretelles et le pull à manches courtes étaient en fin lainage d'un jaune légèrement orangé, assez pour éviter le qualificatif « poussin. »

Eve et Guillaume rivalisèrent de concert pour expliquer ce qu'était un reflet, ce qui les amena à  donner une définition de l'acte de voir.


Nelly les laissa s'embourber dans une discussion invraisemblable où Guillaume qui tentait toujours, mine de rien, de prouver à son père qu'il n'était pas vraiment  con, perdrait la partie une fois encore, vis-à-vis d' Eve, mais pas de Melk... Elle s'éloigna vers la limite inférieure du jardin et s'assit derrière un massif  de verdure. Protégée par la ramure, elle sortit de son sac à main  le porte feuille, en extirpa  la lettre chiffonnée qui  se dissimulait  entre sa carte de prof et sa carte de groupe sanguin.


Chère Nelly

Je t'écris du septième étage de l'université X ; j'y suis magasinier et j'envoie des thèses de doctorat et de troisième cycle   au rez de chaussée suivant les besoins des étudiants et chercheurs ;  j'aime bien ce travail car je suis seul  toute la journée et il  s'écoule environ une heure parfois davantage avant que je ne reçoive des nouvelles d'en bas.  En ce moment, je fume, je bois un café pris au distributeur de boissons et  j'écoute  une chanson que j'adore  «  Somewhere lost in this lonely crowd/ Is a man who swears he's not to blame/ ALl along  the day  I hear him shout so loud/ Crying out that he's been framed..."

Tu devines que cet homme ce n'est que moi ;  et aussi sans doute que je suis toujours avec Isabelle ; je ne gagne pas assez pour partir, et il y a des complications ( elle a voulu un enfant...) . 

 Une chanson que j'aimerais encore davantage si le refrain pouvait me concerner « I see my light is shining/ From the Westt unto the  East / Any day now,any day now/ I shall be released..."

Mais il n'en est rien.

C'est ce que j'avais à  te dire. A te dire à toi ou à Guillaume ? Je ne sais pas.  A toi de  savoir. Tu peux m'écrire en poste restante... »


Nelly lut la missive à Camille  qui ne tétait plus et ne dormait pas. Non sans chantonner la ballade : le bébé commença à pleurer assez fort. Nelly cessa puis reprit son chant d'une voix plus aiguë, provoquant une recrudescence de  protestations. Elle dut s'interrompre. Chuchota à sa fille un « Que dois-je faire à ton avis ? ».

 





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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /2009 10:53
- Par Dominique Poursin

Guillaume était à peine vêtu d'un tee- shirt et d'un caleçon de bain, nu-pied et pas rasé. Ca lui ressemblait peu. L'air épuisé de qui n'a pas dormi depuis plusieurs semaines. C'était possible. Hélas. En compagnie d'une fille blonde en pantalon de coton noir, et petit chemisier Vichy boutonné de travers, qui avantageait ses formes généreuses, alors qu'il s'attendait à le trouver avec Song. Et d'un enfant qu'ils tenaient par la main.

Guillaume lui présenta Nelly, ils admirent s'être déjà vus et Melchior, notre fils.  Eve fut contraint d'être enchanté comme les convenances l'y obligeaient. Guillaume avait renoué avec cette ancienne amie, sympathique et attractive, mais tellement moins intéressante que Song qui était belle, noble de sentiments, pourvue de dons artistiques.  Et puis cette fille-là avait eu un enfant et Guillaume était assez bon pour l'avoir adopté.

Sur la table basse, au premier ils avaient ouvert la bouteille tous les trois et trempaient leurs doigts au goulot tout à tour pour en cueillir la crème, se disputant .joyeusement.

 A la cuisine attenante au salon, Guillaume s'en fut chercher des bols. Eve fut convié à prendre un petit déjeuner à onze heures du matin.

 Quelle erreur il avait commise de donner l'adresse de Guillaume à son ancienne amie ! Elle était venue le rejoindre lui avait fait un enfant ...

Nelly s'éloigna vers la fenêtre, s'absorba dans la contemplation: Le fleuve s'étirait paresseusement avec des remous de vaguelettes ombrées de gris qui se faisaient et se défaisaient. Plus loin, une surface argentée et brillante, la masse échevelée d'une avancée de terre dont on percevait surtout ce qui en faisait l'ornement .Les feuillages de saules. Elle évitait Mr Wilson, évidemment mécontent de .la nouvelle situation. Guillaume aurait dû lui expliquer. Mais il demeurait sur la défensive.

Comme maîtresse pensait Eve  elle convenait très bien, mais Song plus difficile, plus exigeante, s'il avait su la garder !

De temps à autre, il jetait un coup d'œil sur un petit tableau nouvellement accroché au mur, en plus des gravures anciennes qu'on y voyait toujours. Un petit tableau brun que venait rehausser des touches de jaune de diverses nuances en éventail en petites gerbes. Au centre, neufs carreaux bleu et blanc. L'ensemble était mortifié par deux emplâtres gris sur les côtés. Les couleurs  contrastaient mordaient s'infiltraient les unes dans les autres.   Que penser de cela ? ... Eve, se souvenait d'avoir vu beaucoup de dessins à la plume, et au fusain,( Et il lui avait acheté un tronc se reflétant dans de l'eau).

Malheur, leurs regards avaient convergé au même moment, plus moyen de s'esquiver.

-C'est complexe, fit-il, désignant du menton le tableau. Toutes ces couleurs inégalement réparties, c'est particulièrement subtil. J'aime l'élément noir au milieu, continua t'il, suant à grosses gouttes. Est-ce de toi?

Guillaume acquiesça.

-. Chaque fois qu'on le regarde on n'y voit pas la même chose, dit Nelly  dans un effort désespéré de conversation....

 Eve sut également que Guillaume allait bientôt déménager pour rejoindre Nelly et Melk, il exercerait comme professeur dans un lycée ou un collège n'était-ce pas le plus simple ?

Maintenant, tu abandonnes ton poste, soupira Eve, comme tu veux. On vient de créer un capes d'arts plastiques.

Guillaume partit chercher des bières dans la cuisine, Eve le suivit. Il admira une nature morte aux huîtres, une copie d'un tableau célèbre qui décorait le mur... engagea à nouveau la conversation, parla des natures mortes au poisson que Guillaume aimait bien copier autrefois. La Raie. Guillaume dit : avoir  éprouvé de l'enthousiasme pour la Raie parce que c'est provoquant, ça en jette mais il n'était plus tout à fait assez jeune.

Eve posa quelques questions à propos de Song., apprit son départ en direction d'Andrew. Mon union avec elle détonnait par sa facticité, lui dit Guillaume. A bout de force, Eve ne put s'empêcher de lui demander s'il connaissait cet enfant depuis longtemps, s'il était sûr de sa paternité. Guillaume le gifla et fut giflé en retour. C'était la première fois qu'ils en venaient aux mains. Ils s'observèrent avec stupeur «  Nous sommes bêtes... » fit Guillaume, mais Eve se retira sans un mot, sans un regard, sans un bruit.

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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /2009 10:50
- Par Dominique Poursin

   Tard dans la matinée.

   Guillaume et Nelly s'entretenaient depuis la veille au soir de leur vie future, du passé, du présent, mêlant les trois temps et les divers projets qu'ils tentaient d'élaborer. Chacun racontait son histoire  y mêlant la troisième qui leur était déjà commune depuis peu. Les gestes se heurtaient aux paroles les interrompaient ou les accompagnaient dans un désordre. joyeux tendu ou violent.  Guillaume ne parvenait pas à la rendre heureuse ni à se satisfaire :, trop secoué encore de sa récente épreuve ; il tremblait un peu,  comme un vieillard, comme un enfant , comme un homme.

    Elle savait seulement que des liens s'étaient vite noués entre  Melk et lui, et Mathieu l'avait abandonné, pour retourner auprès de cette amie qui réclamait de lui une relation fusionnelle  comme compensation à l'ennui profond qu'elle devait éprouver à vivre...Guillaume explosa : va-t-on parler d'eux ou de nous ? Il reprocha à Nelly son attirance pour d'autres que lui, pour Andrew, qu'elle ne détestait que parce qu'il l'avait repoussée. Elle nia. Il éclata : tu convoitais Andrew avant moi mais les appas trop visibles le rebutent. D'où cette aversion pour ton corps que tu ressasses toujours, inconcevable, si je comptais vraiment pour toi. Nelly pleura d'être en partie devinée. Mais c'était hoqueta-t-elle un ancien affront. Quand elle reprit son souffle ce fut pour mettre en évidence la cour assidue que Guillaume faisait toujours à des danseuse brunes, médiocrement touchées par ses feux et le méchant second rôle qu'elle avait si souvent joué de celle qui se donne, et que l'on prend, faute de mieux. Guillaume démentit avec force. Finalement, ils convinrent que  depuis deux jours  au moins et neuf ans au plus, ils s'aimaient.

   Nelly s'interrompait fréquemment pour s'inquiéter de Melchior. Pourquoi ne donnait-il pas signe de vie ? Il aurait dû frapper à leur porte et même entrer ou appeler. Il explore la maison, disait Guillaume, il est peut-être descendu à la cuisine, pour chercher de la nourriture ? C'est très dangereux, je me lève. Elle en était à son cinquième je me lève, lorsqu'ils entendirent  le carillon. « C'est ton cousin, fit Nelly. Ce Stubborn.

-Pourquoi le nommer ainsi ?

-C'est que je le trouve stupide et borné.

 -Mais, « Stubborn » ne signifie pas «  stupide » ni même «  borné ».

- je le sais, Nelly se leva en hâte, repoussa ses cheveux emmêlés, je vais dans la salle de bain, reçois le comme tu veux.

Au premier,  Guillaume aperçut Melchior assis sur la moquette qui trempait une tranche de pain de mie dans un pot de Chrismas Fruit, suçant délicatement la peau des prunelles. En même temps, il discourait avec un petit personnage bleu auquel on avait peint des cheveux blonds : une fille. Une naine de Blanche-Neige.

 L'enfant ne voulut pas lui montrer le jouet et manifesta une hostilité manifeste. Lorsque Guillaume lui proposa une boisson, il refusa au motif c'était Mathieu qui lui préparait son chocolat.

« Je n'ai pas de chocolat, fit Guillaume ; après un instant de silence. Et c'est moi qui m'occupe de ton déjeuner désormais. »

Pourrait-il un jour parler de Mathieu à Melk  et de quelle manière ? La sonnette retentit encore.

Il fallait répondre.

Ils regagnèrent le living, où prenait l'escalier, le gamin s'apprêtant à descendre avec lui.

Sans doute croyait-il que Mathieu sonnait .

 A ce moment, Nelly atteignait le premier d'une démarche vive et gracieuse, joliment vêtue en noir et blanc, fleurant bon une  Eau de Cologne citronnée. Tous les trois vinrent accueillir le visiteur au  ré de chaussée. Je ne pense pas à Andrew  lui dit Guillaume mais plutôt à Bernard l'éditeur de la Fée du Logos, il m'avait prévenu d'une visite ces jours-ci...

-Ne pourrait-il pas, au fait, publier mes textes de pédagogie ?

-Ah, tu ne me l'avais pas dit que tu écrivais.

- Je voulais écrire des essais mais ce sont de petits ratés.

Guillaume sourit parce qu’il se rappelait la verve de Nelly quand elle parlait de littérature. 

-J’ai lu ta pièce, enfin celle qui t’as inspirée pour Melchior…l’Eveil du printemps… c’est donc moi, ce type lâche, ce Moritz, ce mauvais élève qui rêvasse dans sa tombe, en regardant les turpitudes des imbéciles qui s’agitent en tous sens ? Et puis Melchior, il doit devenir le héros ? Combattre, avoir la réussite économique, gagner la princesse. S’il savait, pauvre enfant !

-Tu n’as pas compris.

Elle n’eut pas l’occasion de lui expliquer, parce que Guillaume ouvrait enfin la porte, et ils se turent.

 C’était Eve Wilson qui tenait à la main une bouteille de lait se préparant à dire que le liquide risquait de tourner si on la laissait dehors par cette chaleur.

Il le dit d’ailleurs, mais avec un certain manque de naturel.

 

 

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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 10:28
- Communauté : SOIF DE LIRE... - Par Dominique Poursin

Vers huit heures, à moitié étourdi, le front brûlant, devant un bol de thé voisinant avec un toast et une coupelle de gelée qu'on venait de lui servir sur une tablette, la lumière blessant les yeux, il eut conscience de  ses deux voisins, un homme âgé, sans doute grabataire, et un blond robuste. Il voulait appeler le standard, et sa main tremblait, non il était préférable de prendre un peu de nourriture. Chacun entreprit de se sustenter, le vieux repoussa le tout très vite, s'allongea en émettant une toux discrète, où qui se voulait telle mais qui tourna à vif. Maintenant, Guillaume sentait qu'il avait eu raison de se forcer à boire et à manger. Du reste, il ne se forçait jamais beaucoup pour la nourriture. Le vieux ne cessait de crachouiller : Seigneur, où l'avait-on mis ?

Il lui semblait que son voisin l'observait ironiquement. Ils échangèrent quelques mots. L'autre était soigné pour la tuberculose. Quelle folie de l'avoir installé là. La colère le prit même si le blond déclarait n'être en aucune façon contagieux. Il se gaussait tellement que Guillaume mourait d'envie de le taper. Il ne pourrait pas frapper efficacement un type avec une charpente aussi solide, quelque soit son mal. Lui-même avait une ossature ridiculement mince, fluette. Il jeta un coup d'œil critique à son poignet. « Poignet d'allumette ».  Si l'enfant lui ressemblait en quelque façon, c'était de cette manière-là : l'ossature.

Tout à coup, il fut en communication avec la sonnerie qu'il entendait retentir dans le séjour et les deux chambres. La pensée de Nelly et Melchior l'une plongée dans un bain, l'autre s'emparant de la chouette en osier et tirant sur sa grosse pupille entrait en conflit avec Andrew et Song s'introduisant subrepticement, l'ayant surveillé, et ayant profité de son départ pour prendre possession de la maison qu'ils attendaient, décidés à chasser les intrus. Il se figurait leurs visages inquiets mais résolus, et la réaction explosive de Nelly, une mêlée confuse, elle se jetait sur l'autre fille, et Stillborn disparaissait dans un nuage de poussière, les sols et meubles en étaient tous saupoudrés, Guillaume oubliait souvent de passer l'aspirateur ...Ou Nelly partait dignement en claquant la porte, l'enfant dans les bras. Pourquoi se battrait-elle contre une rivale déjà fuie. Dehors, elle tombait dans les bras de Mathieu qui l'avait prise en filature depuis son départ.

 Il se rendit compte à quel point il était contrarié d'habiter cette maison, là, sur le qui-vive, ne sachant pourtant pas partir.


 Lorsque l'on décrocha il n'entendit rien, déclina son identité avec un peu  de gêne.     La voix qu'il entendit alors le fit sursauter : Bien posée, elle avait une tonalité enfantine et excellente, un timbre chaud agréable. Guillaume se dépêcha alors de dire à Melchior qu'il était en train de déjeuner, de détailler les faits sans aucun rapport avec la maladie ou l'hôpital, de lui poser des questions fort concrètes, en tournant ses phrases d'une façon bizarre : n'étant pas sûr que l'enfant savait exactement qui il était au téléphone, ce qu'il avait retenu de la veille, il répétait son nom, craignant que le petit ne se mette à lui donner du monsieur, répugnant pourtant à lui dire tu te souviens de moi, encore davantage à lui rappeler quelque petit fait de la veille, même d'avant son malaise

Quand à demander Nelly, il ne pouvait se servir d' aucun vocable tous paraissant inadéquats : le » ta mère », donnait l'impression d'une créature malveillante, le « ta maman », sonnait franchement bête à ses oreilles , et le « Nelly » il hésitait à le prononcer parce que Nelly était cette femme qu'il avait intimement connue et qu'il connaîtrait encore avec un peu de chance, et en l'appelant Nelly  il aurait l'impression  de le mettre dans la confidence, même si Nelly et Noli n'étaient pas les mêmes.. Arrivant avec trois ans de retard, il ne savait même pas la nommer en s'adressant à Melchior... comment les autres s'y prenaient-ils ?

Elle prit le combiné et s'enquit de lui.

« Noli,

-Oui, je suis là, répéta-t-elle deux fois parce que Guillaume paraissait devenu sourd.

Il prononça une série de phrases bien articulées et un peu essoufflées, d'où il ressortait que est-ce que Mic... Melchior se sentait bien, est-ce que je lui ai fait peur, a-t-il pu dormir, attention qu'il n'ouvre pas la chouette en osier, elle est pleine de billes, est-ce qu'il peut encore croire que ce sont des bonbons et surtout : ne partez pas.

« Nous avons eu  peur, tous les trois, non ? dit-elle avec une vivacité maladroite. Tu as été contrarié ? Comment te sens-tu ?

-Non. Oui. J'étais très content de vous voir.

-Oui. Tu nous as si bien accueillis. Tu l'aimes un peu ? Mais cela  a provoqué une réaction violente... un conflit ?

-Est-ce que tu va m'en dire un peu plus au sujet de Mathieu ?

-Je suis venue lui demander conseil sur...la meilleure façon de te parler au sujet de Melchior...C'était en février.

Elle expliqua que c'était un service...

« Vous vous êtes rendu un service sexuel ?

- Oui, et alors ? il a disparu trois mois plus tard, considérant sans doute que c'était absurde et sans avenir, encore qu'il n'ait pas donné ses raisons. J'ignore ce qu'il est devenu. On pourrait cesser de parler de lui.

-Tu crois que c'est facile ?

-Pas du tout.

-Je ne veux pas que tu partes encore...

Je viens d'arriver, voyons. Nous occupons la chambre à deux lits.

-Ah ! C'est... bien. Mais je ne vais pas toujours rester à l'hôpital.

-Que veux-tu  dire ?  Bien sûr que non ! T'as vu le docteur ?

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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 00:07
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin

Lorsque Guillaume lâcha prise, comme il l'avait dit à Nelly, cherchant le moyen de mettre un mot sur l'incident, ce fut bien parce qu'un instrument, une canule lui chatouillait la gorge, s'immisçait dans le pharynx. Des vannes s'écartèrent pour  expulser, rejeter, répandre et laisser perdre des matières, des liquides acides, de l'air vicié, trop longtemps enfermé. Vidé, anéanti.

Il essayait d'envoyer promener la parole muette de l'ennemi intime, cruelle et incompréhensible pour l'instant. «  T'as procréé, maintenant, t'as plus rien  à faire ici, il te reste plus qu'à mourir ». Des mots des pensées, une phrase entière, accompagnaient souvent une crise, ça se réduisait à l'injonction qu'il fallait mourir à présent, et sous n'importe quel prétexte, ou sans raison du tout.

Le souffle revint timidement, aidé par une sonde nasale.

Quel dommage, pensa t-il, alors, j'ai gâché la fête, je me suis oublié, pourvu qu'on ne me voit pas. Las, il n'y avait aucune chance pour que ça passe inaperçu. Tant pis ! Il se sentait léger. L'arrivée au bureau des admissions lui fit seulement penser : serais-je un assez bon sujet devant Saint-Pierre ? Trouverais-je d'assez douces mains pour me nettoyer ?

Il revint à la dure nécessité  en voyant dans le large couloir des arrivants nettement plus en peine que lui.

Et voilà qu'on lui avait dit «  Votre femme vous a apporté des vêtements et un nécessaire de toilette ». Il en avait été irrité. Voilà  que c'était fini, et que ça commençait. 

Personne ne lui avait jamais dit : «  Votre femme... ».

 Autrefois, ceux qui ne les connaissaient pas, dans les hôtels et divers lieux de passage, disaient «  Votre amie », ou «  la jeune femme » « la jeune femme qui vous accompagne... »

L'enfant  changeait tout.

 Et puis, tout à fait revenu, il  songea avec dégoût que l'on remettrait à  Nelly le paquet de vêtements souillés. Eût-il voulu la faire fuir qu'il n'aurait pu mieux s'y prendre.

 De même il  lui revint que Mic...que l'enfant l'avait vu avec le masque  à oxygène. Non que cette vision  fut aussi terrible que les masques portés par les soldats dans les tranchées. Dans le grenier à Verrières, Fiord et lui en  avaient  autrefois déniché un, tout craquelé et revêtu de poussière qu'ils osaient parfois endosser pour quelque jeu terrifiant.

 Il n'avait jamais été soldat. Exempté du Service. Ici et là. Seulement bon pour le service de réanimation. Du côté allongé. Il avait tout de même appris à tirer dans un stand, il était bon nageur tout de même, il...

 il s'était énuméré tout ce qu'il savait faire, de façon hétéroclite, et la phrase de l'ennemi intime était revenue s'était bornée à répéter  crève !, et il lui adressait en retour, toi-même ! On eût bientôt dit un de ces échanges de politesse que se font des gamins dans une cour de récréation. Il arrivait lors de ces pugilats que Guillaume fût à cours de souffle, plus vite que son adversaire qu'il dût aller à l'infirmerie. 

N'importe, il savait combattre... Dans une cour de récréation.



Ils étaient restés peu de temps à ses côtés, à cause de l'enfant. Guillaume était partagé entre le désir de voir Nelly, et l'irritation à l'idée de cette vie domestique qui  pourrait commencer. Toutefois Nelly, toute égarée et décoiffée dans sa veste en coton aux couleurs fraîches, un imprimé Madras, qu'elle froissait avec ses doigts, le regard éperdu,  les gestes troublés, indécis, la peau tiède et douce,  avait chassé l'image de l'épouse impitoyable et organisée, de la tyranne oppressante « qui vous apporte un sac de vêtements ». Rassuré, il avait voulu s'abandonner à sa présence.

   Et puis l'enfant avait désiré voir Mathieu.

Quoi, Mathieu ? Comment et pourquoi ? Lequel avait cherché l'autre ? Non, il n'était pas incongru que Nelly ait noué des liens épisodiques pendant ces années où chacun était parti de son côté. Il avait cru,  qu'elle avait continué à penser à lui, pour le maudire, le regretter, le désirer...

Tu parles !

C'était un peu différent : elle  avait continué à penser à lui, à travers un autre, malgré cet autre, et avec son appui, puisque c'était Mathieu.

Lorsqu'elle avait écrit, c'était dans l'urgence. Plus d'emploi, bientôt plus de toit et  le gamin qui  réclamait Mathieu disparu, il fallait lui trouver un autre père : pourquoi pas l'original ?



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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 00:01
- Par Dominique Poursin

De retour à l'appartement, aux premières heures du jour, ils mangèrent une partie du goûter abondant que, somme toute prévoyant, il avait laissé à peine entamé.

Ils montèrent explorer la deuxième chambre, celle que Guillaume n'avait pas occupée tout à l'heure, et qui comprenait deux lits à une place. Sur une table de chevet, elle reconnut la lampe de Guillaume, celle de son petit logement parisien, dont un griffon  supportait l'ampoule. Elle coucha l'enfant dans le lit correspondant.

Là où Guillaume s'était allongé,  dans l'autre chambre, la couche était spacieuse.

 Elle fouilla tous les tiroirs à la recherche d'une image, d'un écrit, d'un objet appartenant  à la presque mythique thaïlandaise, dont elle doutait qu'elle eût quitté la vie de Guillaume. Cependant, elle ne trouva rien qui attestât de la présence de la fille, rien d'oublié, à croire que Guillaume avait prévu qu'elle chercherait. Dans un tiroir de chevet plusieurs flacon des pilules Ontalgic que prenait Guillaume et une autre variété qu'on devait servir ici seulement. Au-dessus, sur la table, l'aérosol, qui s'était révélé curieusement inefficace, lui-aussi.

 Parmi ses plus anciens souvenirs, elle déambulait dans des maisons comme celle-là, grandes maisons bourgeoises : pas la sienne. Sa mère qui faisait toujours des ménages, l'emmenait avec elle, ne pouvant ou plutôt ne voulant pas la laisser à la Maternelle. Un grande chambre comme celle-là, vide bien sûr, les patrons devaient être absents: elle manipulait  des objets extraordinaires, de petits bibelots, un thermomètre qu'elle avait cassé, le brillant filet argenté comme un un serpent. Et des comprimés bleus et ronds qu'elle avait goûtés : en raison de leur âcreté, elle les avait abandonnés sous un lit.

Le sentiment d'être en effraction, de fouiller la maison d'autrui l'irritait. Même Guillaume ne s'était peut être jamais senti   chez lui  dans une maison prêtée par la famille... fumait-il ici ? Une faible  odeur de tabac flottait alentours, les cendriers étaient vides. Hier il n'avait allumé aucune cigarette.

Elle redescendit au premier, nerveuse, lasse incapable de se coucher. A chacune des extrémités de la cheminée se trouvaient deux lampes, l'une avait pour pied une sorte d'hexagone massif en métal argenté, bosselé, doucement luisant surmonté d'un abat-jour transparent, l'autre  était aussi haute mais plus mince avec un pied triangulaire du même métal uni.

 N'importe qui aurait cherché à obtenir un effet de symétrie en posant deux objets de même volume, ou d'allure correspondante, voire se serait contenté de flanquer grossièrement les deux bords de cheminée de deux fois la même lampe. N'importe qui mais pas Guillaume.

 A son arrivée, elles rayonnaient déjà  à cause du temps maussade, mais elle n'y avait prêté aucune attention.


Un petit tableau, accroché au mur, qu'elle avait déjà remarqué sans s'y attarder. Une sorte d'escalier bordé de fleurs jaunes sur la rampe, le long d'un mur gris... mais non, ce n'était pas du tout cela : ni escalier ni mur, la toile était abstraite : elle n'aimait pas qu'il fît ce genre de chose maintenant : l'abstrait, c'était pour elle de la décoration, il n'y avait rien à comprendre, rien à interpréter, elle ne savait quoi faire en présence de ce type de réalisation. Rien à penser, pas plus que si elle voyait du papier peint, se disait-elle parfois avec une sorte d'agacement: Bien sûr elle taisait son incompétence, ne voulant point passer pour sotte. Elle avait lu des ouvrages sur la question, et répétait en cas de besoin, suivant les interlocuteurs, que la peinture avait gagné son autonomie  d'abandonner  l'illusion des  trois dimensions et de n'avoir plus besoin de représenter des objets «  dont on possède déjà les originaux », elle avait appris par cœur ce qu'il convenait de dire,  mais le cœur n'y était pas ; et l'intellect n'était pas satisfait non plus. Rien que de la décoration ? 

Non ce n‘était pas décoratif cela, des éléments noirs, neuf carrés inégalement répartis de bleu qui formaient le centre et dont le dessin se prolongeait à droite et à gauche en bandes blanches délavées: un chemin peut-être, pas un escalier, entouré d'ocre jaune et de terre de sienne et, mordant sur le motif central, une petite flamme jaune vive. Les deux bandes grises très empâtées en haut et en bas condamnaient les tons chauds.

Au premier coup d'œil, on pouvait aussi bien ne voir  que de lumineux points jaunes dans un mur gris.

Publié dans : Guillaume W, récit à épisodes - Voir les commentaires
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Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /2008 16:11
- Communauté : Les lectures de Florinette - Par Dominique Poursin
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