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Jeudi 24 avril 2008

Le fils dure 175 minutes, il est en noir et blanc.


Je ne suis pas très familière des films de Philippe Garrel. A 18 ans, j'ai vu «  La Cicatrice intérieure » que j'ai reçu comme un rituel énigmatique et érotique, dont le sens ne m'a pas paru clair.

Ici, il s'agit, plus réalistement de revenir sur mai 68 et ses  retombées.

François (Louis Garrel, fils du cinéaste) a vingt ans en mai 68. Il étudie la littérature. le soir il fume de l'opium avec ses amis Antoine et Jean-Christophe, puis s'en va dormir chez sa mère. Au matin, la police vient à cause de son service militaire qu'il ne vaut pas effectuer.

François s'enfuit, et se retrouve dans la rue. Vu sa situation délicate, il est enchanté, et on le comprend, de pouvoir participer à ce que l'on croit pouvoir appeler «  la révolution », aux combats de rue.

Nous le voyons attendre devant une barricade, attendre longtemps, rêver tout éveillé  en substituant la scène présente en une scène de la révolution française.  Il dit à ses compagnons qu'il ne veut pas lancer de cocktail Molotov, qu'il ne peut se résoudre à la violence, en regardant flamber des carcasses de voitures.

Fuite, soudain, poursuivi par deux CRS. Il se réfugie sur un toit et y passe quelques heures, réussissant même à somnoler.

Somnoler, c'est un peu ce qu'ils feront ses amis et lui, dans la demeure héritée par l'un d'entre eux, Antoine, pendant deux ans, fumant l'opium dans de longues pipes, défoncés comme de vieux canapés. Deux jeunes filles les ont rejoint.

 Ils ne veulent pas être militants, « Etre militant, c'est être moine ») préfèrent s'essayer à l'art.

 L'un s'adonne à la peinture, l'autre écrit des vers, le troisième s'habille et se promène. Ils se montrent leurs productions respectives.  

On lit un poème, réalisé dans un registre plutôt romantique :

Les nuages, quelques fumées neigeuses
Sont là tellement sur le bleu
Qu'on ne peut les imaginer autres
On dirait des anges
Dans ce lit là, il a dormi celui
Dont le regard s'éveille au hasard
De ce ciel dans l'oubli



En effet la partie amoureuse a commencé à se jouer. Louis et Lilie sont devenus amants sans qu'on l'ait remarqué, car le cinéaste filme avec lenteur certains gestes de  la vie quotidienne, des gestes en eux-mêmes peu significatifs, et des attitudes, quelqu'un se mire dans une glace, réajuste sa coiffure (c'est toujours un homme), deux ou trois se passent une pipe en parlant à voix basse. Nous sommes dans la durée, plutôt que dans le temps et les séquences se succèdent sans heurts.

Lilie veut devenir sculpteur pour réaliser le rêve de son père qui s'adonnait au dessin en cachette de sa mégère de femme, à des moments volés à son travail sans intérêt.

Lilie est de ce fait l'héroïne du groupe, énergique et vraiment impliquée dans un projet qui lui tient à cœur.. En amour, elle a aussi des idées. Lorsqu'elle veut changer de partenaire sans changer d'ami, elle le demande simplement à Louis (je suis attirée par Antoine, puis-je aller avec lui) et Louis répond avec embarras, gêne, ou flegme ? Que, oui, elle peut, ça ne changera rien entre eux.


A cinq ils forment ce qu'on appelait une communauté ; maintenant nous dirions une colocation et l'on entendrait des discussions à propos du partage des tâches et des lieux, de l'argent à donner à Antoine, le propriétaire, chaque mois. Les jeunes auraient tous des occupations à l'extérieur. Lorsqu'un couple se formerait il quitterait les lieux...

A  ce moment-là, c'est le contraire : les couples se défont, et les jeunes cherchent du travail, et parlent d'argent à gagner,  lorsqu'Antoine décide de  gagner le Maroc, pour devenir journaliste, et qu'ils doivent tous partir. D'ailleurs, le logis est surveillé et fouillé par les flics. ..  

Nous a voyons Lilie travailler dans un atelier, chercher un professeur, se faire des relations et partir aux USA. Louis se terre dans une chambre, avec les mêmes problèmes qu'avant, et pas de solution.  Il lit les lettres que Lilie lui envoie. Ce grand jeune homme à chemise blanche e visage blême est plongé dans un désarroi qui tourne à la pathologie...


Pourquoi les «  Amants réguliers » ?

Il y a contradiction entre l'aventure que suggère l'expression « être amants » et le sens habituel de «  régulier », conforme à une norme. Peut-être est-ce un titre ironique même si le film ne l'est pas. L'aventure n'était pas au rendez-vous entre eux, ni l'aventure amoureuse, ni l'artistique, ni la révolution. Et ils furent normatifs en fin de compte.


Voilà un film intéressant qui nous interroge sur  mai 68. Les deux interprètes principaux  Louis Garrel et Cécile Hesme sont extrêmement convaincants dans leurs rôles respectifs et filmés d'une manière originale.



par Dominique Poursin publié dans : Films français et belges commentaires (3)    ajouter un commentaire
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