le baiser de Judas 8

Gaïa-polar, 397 pages 2012 ( titre original Judas Kysset)

 

Christianssund, petite ville sympathique et tranquille au Danemark.

 

Ursula, professeur d’arts plastiques quinquagénaire divorcée, a gagné à la loterie une belle somme qu’elle n’a investie qu’en partie. En outre, elle entretient depuis plusieurs mois une liaison passionnée, avec un homme de bonne mine, qui pourrait être son fils ! Ferait-elle mentir l’adage heureux en amour, malheureux en affaires ?


Hélas, non ! Son trop jeune fiancé vient de s’envoler après avoir vidé ses comptes en banque pour lesquels elle lui avait donné procuration.

Son élève Laura, est la fille de Dan Sommersdahl, dit le dététective chauve » ; il n’est pas détective mais a déjà résolu une affaire criminelle. Laura présente son père à Ursula et sa fille, qui l’engagent pour retrouver l’escroc.


Dans le même temps, un hérisson en quête de nourriture, vient de trouver un corps humain ensanglanté, dans une cabane de jardin. Effrayé par l'énormité de cette proie, il s’enfuit. Finalement c’est une femme, collègue de bureau de l’infortuné Mickaël, qui appellera la police. Mickaël  travaillait dans l’informatique et vivait chez sa mère. On dirait que c’est Satan qui a fait le coup… car ils sont membre de « la Communauté du Seigneur » une branche dissidente des Témoins de Jéhovah.  Le commissaire Flemming, ami de Dan est chargé de l’enquête.

Ils vont se retrouver sur ces deux affaires qui semblent liées…


Deuxième roman traduit de cette auteure danoise, et tout aussi réussi que le premier (Je ne porte pas mon nom) peut-être davantage, car l’humour est au rendez-vous dans celui-ci.

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silas marner  

Titre complet «  Silas Marner ou le tisserand de Raveloe »

Première publication en 1861.

 

Silas Marner, jeune tisserand orphelin, vit une existence ardente et même mystique, dans une secte religieuse « la cour de la Lanterne ». Il tient, de sa mère quelques vertus concernant les plantes médicinales, et pour le reste, est assez simple d’esprit et fort honnête. Sa naïveté lui joue un mauvais tour. Son ami de toujours, William Dane lui prend sa fiancée et le fait accuse d’avoir volé les économies d’un archevêque mourant qu’il veillait.

Silas ne sait se défendre, fuit la ville, et s’insalle à Raveloe : il ne peut rien partager avec ses voisins, croyant les hommes mauvais et le Ciel hostile envers lui. Pendant quinze ans, il s’occupe uniquement de tisser, et de contempler les pièces d’or et d’argent qu’il gagne, sans les dépenser. Il est donc deveu « avare » mais ce n’est pas par peur de manquer.

Godfrey Cass, le fils du squire de l’endroit, a mené une existence dissipée. Marié secrètement avec Molly, une pauvre fille droguée à l’opium et couverte de dettes. Il envoie son frère un gredin, vendre son cheval Eclair pour 120 roupies. Ivre, Dunsay tue le cheval, rentre, arrive par hasard chez Silas parti sans fermer la porte, et vole son argent avant de disparaître.

Godfrey se réjouit de cette disparition. Dunsay le faisait chanter menaçant de révéler son mariage secret.  Godfrey se rapproche de Nancy, sa promise officielle, à l’occasion du bal du jour de l’an.

Mais ce soir-là aussi, on retrouve Molly morte dans les buissons, et son enfant, une fille, réfugiée chez Silas qui, myope, la voyant entrer, a d’abord cru au retour de son or… !!!

C’est dire que la nouvelle arrivante est un vrai trésor. Sous le nom d’Eppie, elle va devenir le personnage numéro deux de ce roman qui dure 55 ans ( la vie entière de Silas) . Le rythme est très lent, et l’on ressent le silence ( c’est Silas qui préside à la narration) . L’on pénètre dans un monde rural, les gens du village parlent avec leurs langages respectifs, les descriptions et petits détails sont abondants, et la maison de Silas est le lieu de passage de diverses personnes, chaque passage dans cette demeure relance l’action.

L’ensemble est un peu lourd et passéiste.

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  Bois-De-Bouleaux-Le-Vo-Brzezina-VHS-626980235 ML

 

 

Dans un petit village de Pologne, un paysan propriétaire ,Borslaw vit avec sa fillette dans le culte agressif de sa femme morte.

Sa cérémonie de deuil c’est de battre la fillette en essayant de lui faire avouer que sa mère trompait son père et donner le nom de l’amant. Michel, le présumé coupable, est un bûcheron de belle taille, calme et ironique. Il incarne une puissance physique évidente. Lorsque Borslaw le voit abattre d’énormes arbres, en contre-plongée et plans obliques, nous avons peur de ce géant souriant et sarcastique.

Borslaw n’ose rien dire et file à toute allure sur son cheval avec la fillette devant, ces chevauchées rageuses sont un leitmotiv du film.

La servanteMalina passe dans le bois, une jeune fille aimable, voire radieuse,n’ayant jamais l’air de besogner, blonde au soleil des clairières. Elle posède un carré de tissu imprimé, de couleurs vives, qui lui sert tantôt de coiffe, tantôt de châle, tantôt de jupe, tout cela avec un égal bonheur.

Borslaw la rudoie, tout en l’obervant avec une aviditée rentrée.

Voici qu’arrive Stanislaw , le frère du veuf. Gai et sympathique, il s’ennuie vite chez son frère, malgré Malina avec qui il débute une liaison. Il réclame son piano, resté à la vielle en ces termes : «  Tant pis, le piano sera plus lourd à porter que mon cercueil ». Stan n’est-il pas venu se reposer quelques mois ?

Oui, mais Stan, étant phtisique au dernier degré, vient finir ses jours ici. Borslaw ne veut pas le croire mais c’est vrai « la fin prochaine donne une certaine vitalité, c’est pourquoi je n’ai pas l’air malade ».

L’attitude de Stan vis-à vis de sa fin prochaine  ne se démentira pas. Souriant, humoristique, il joue du piano, ou avec Malina, devant Borslaw qui l’épie, plus mort que ce moribond enjoué et plein de vie.

Vers la fin, il court vers le bois, avec des signes évidents de souffrance, se nourrit de glaçons, rosées, d’étreintes tant que c’est possible.

 

La caméra se pose sur des détails en gros plan, les corps sans privilégier les visages ni les éviter. La toilette du mort, lente et soignée, effectuée par Malina, ses cris brefs. Après avoir vu Stan si vivant, on verra longuement son corps mort, et la pénombre de la pièce contrastant avec la lumière vive et abondante qui, souvent règne dans le bois. La tombée du jour, le bleu du crépuscule. Des mouvements toujours assez lents qui laissent le temps d’une forte imprégnation. Peu de paroles, sauf Stan qui commente tout ce qu’il voit, et voit clair. Beaucoup de regards des sourires ambigus.

Le bois est toujours associé aux faits et gestes de cette communauté paysanne à laquelle le jeune citadin finissant ses jours se joint avec élégance.

Donc un film d’atmosphère ou d’ambiance ?  Ce type de films du maître polonais est tout aussi réussi que ses films politiques, l’Homme de fer ou Danton. Ils méritent d’être connus davantage.

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Nobody knows 4  

A Tokyo, une femme de trente ans à la voix de fillette, et son fils de 12 ans Akira, emménagent dans un appartement. Aussitôt la porte refermée, les valises s’ouvrent une à une. Trois enfants en sortent, deux fillettes et un garçonnet. Enfants clandestins, non déclarés aux services sociaux, ni à la propriétaire de l’immeuble. Ces enfants ne veulent pas être séparé, les uns des autres ni de leurs mère,  quelqu’en soit le prix. Ce prix, le film existe pour nous montrer à quel point il est élevé.

A voir sortir une, puis deux fillettes des valises, j'ai le souvenir d’un autre film japonais, d’Hiroshi Kurosawa «  Séance ». Une fillette venait se réfugier dans une valise pour échapper à un poursuivant et y restait prisonnière… En un éclair, on imagine un destin peu enviable pour ces enfants là.

Mais le présent est bien assez préoccupant. Les trois enfants clandestins sont condamnés à vivre cloîtrés dans l’appartement. Ils peuvent compter sur Akira, mais  la mère s’absente souvent, et les enveloppes garnies de billets se font de plus en plus rares. Akira cesse d’aller en classe, Kyoko n’espère plus être scolarisée et tapote inlassablement sur le clavier d'un petit piano mécanique. Cet émouvant quatuor d’enfants abandonnés, manifeste beaucoup de savoir-vivre et de sérieux. Ils n’ont pas de relations avec l’extérieur et vivent sur ce que la mère leur a appris. Brossage des dents, vaisselle, bains en commun longuement filmés. Quelque part, les enfants se persuadent de vivre in utero, d’être en sécurité, non sans savoir que de vrais dangers les menacent.

L’hiver arrive, avec les dernières enveloppes de la mère ; ils se font des cadeaux de Noël et commencent à sortir de l’appartement. Le milieu nourricier se doit d’être élargi pour faire face aux besoins. Akira prend l’habitude de se faire donner des repas par un employé du centre commercial après la fermeture du magasin.

 

Voilà un film très juste, qui émeut sans pathos, ni grandiloquence. Toutes les séquences sont passionnantes, et belles, les enfants restent naturels, fiers, pragmatiques, dignes et logiques dans leur lutte pour le quotidien, comme dans les moments tragiques,   vivant de petits miracles : les barres de chocolat de Momoto, ses chaussons qui couinent, le printemps qui arrive, Akira qui va enfin disputer un match de basket avec d’autres enfants, les graines qu’ils ramassent et plantent dans des pots, regardant pousser les plantes. Auront-ils le droit de grandir aux-aussi ?

Mais le pot de fleurs du cadet tombe de la fenêtre et se brise à terre…

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Mort à Venise  

D’après Thomas Mann

 

Aschenbach était professeur dans la nouvelle de Thomas Mann, et il regrettait de n’avoir su écrire autre chose que des manuels scolaires. C’était à Venise qu’il faisait l’expérience que décidément il ne serait jamais romancier dans le sens d’ « artiste de la langue ».  L’objet d’amour qui aurait pu servir à réaliser une telle œuvre, le jeune polonais Tadziou, résistait à cette transmutation d’un être aimé en un outil faisant fonctionner une œuvre d’art.

Le drame d’Aschenbach c’était la fascination le trouble sexuel, face au jeune garçon, absolument indépassable, impropre à toute sublimation, aussi bien qu’à une consommation d’acte.

Visconti transpose le professeur en «  musicien qui ne peut plus créer ». Cet artiste, tout occupé du son, va découvrir tout d’un coup l’espèce de fascination exercée par le visuel et sombrer dans la déchéance et la mort.

Ce n’est pas tout à fait la même histoire.

Visconti a choisi un accompagnement musical  profondément dramatique, lyrique, impressionnant un peu faux à  mon goût, qui convient à son cinéma : des extraits de symphonie de Gustav Malher. Les passages sont bien choisis, on apprécie les longues plaintes mélancoliques.

Tadziou est un petit Polonais ( il semble que l’acteur soit en réalité scandinave) de quatorze ans au seuil de la puberté. Il est bouclé comme un ange sorti d’une peinture italienne du quattrocento.

Il évolue dans l’univers de la plage, des plages à la mode de 1920. Les baigneuses sont moches, le temps est gris. La caméra suit et poursuit le garçon dans ses évolutions dans les rues et à la plage. : elle le perd et le retrouve, espère le traquer, mais il n’est jamais surpris. C’est Ascenbach qui se surprend lui-même à tenter de lui faire signe. Dirk Bogarde s’est donné l’allure d’un homme plutôt gauche auquel il arrive une incompréhensible mésaventure. Il semble frappé de stupeur. Dans le livre, il pensait tout le temps, dans le film il a l’air stupide comme tous les amoureux.

Il ne comprend rien à ce qui lui arrive. L’incident des valises le fait rester, il ne semble pas savoir pourquoi. Le professeur Aschenbach, lui avait des hésitations des résistances, se créait des alibis pour approcher le garçon, «  Je devrais pouvoir lui dire un mot, le toucher, cela me dégriserait peut-être ».

Des hypothèses étaient suggérées sur ce qui arrivait à Aschenbach, sur la passion.

Il le considérait comme « sacré » et s’en rendait compte. L’histoire d’Aschenbach ne s’arrêtait pas à un problème esthétique( cette sublimation qu’empêchait la fascination), elle englobait aussi la problème social, celui de la communication et de la reconnaissance de l’autre que Thomas Mann ne sépare pas de l’art.

Le film est beaucoup plus direct et plus cruel aussi. Il nous plonge dans la fatalité de la passion et ses conséquences. Ascschenbach est immobile, figé, par rapport à Tadziou , qui bouge remue sans cesse, indifférent, malicieux, parfois perplexe. Prend-il parfois la pose, ou est-ce l’autre qui l’imagine ?

Ascehnbach est réduit à néant sous nos yeux, grotesque et tragique, assailli,  avec du rimmel et de la teinture qui lui coule du visage, dévoré par la fièvre, la vue brouillée.

 

 

 

 

 

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Pays de neige

 

 

Biblio-roman, 2008

1ere publication 1955. 190 pages.

Ecrit entre 1935 et 1947.

 

Shimamura se rend dans une station thermale au début de l’hiver. Il voyage en train depuis Tokyo vers ces montagnes neigeuses non nommées. Au sortir d’un long tunnel, une jeune voyageuse s’adresse à un aiguilleur pour lui poser une question. Shimamura apprécie son timbre de voix chaud profond vibrant. Ensuite, il l’observe reflétée dans la vitre, s’occupant de son compagnon de train malade. Le jeu des lumières dans son visage reflété lui donne un aspect particulier. Cette jeune femme lui rappelle Komako, la femme qu’il va retrouver à la station thermale, devenue sa maîtresse à son premier séjour, au  printemps dernier, et il évoque cette époque. Son séjour hivernal va ressembler au précédent et en différer sur plusieurs points. La neige est omniprésente, Komako devenue geisha à plein temps, est surmenée, insatisfaite de sa condition, et Yoko la femme du train apparaît de temps à autre pour soigner l’homme malade, puis bientôt l’enterrer. Elle était son infirmière et peut-être davantage. Komako a été aussi liée à cet homme. Shimamura cherche à en savoir plus, à comprendre le vécu de ces deux femmes. Mais les propos et attitudes de Komako et Yoko resteront en partie énigmatiques à  Shimamura. D’ailleurs, son regard sur les choses et les êtres est dominé par la contemplation esthétique, ainsi que par la perception de signes à déchiffrer.     

Il y aura aussi un troisième séjour de Shimamura, à l’automne suivant.

A chaque séjour, correspondent pour cet homme oisif et fortuné, qui a beaucoup écrit sur l’art traditionnel de son pays, les plaisirs esthétiques qui changent à chaque saison, blancheur et neige en hiver, nature renaissante au printemps, couleur rouge des bois d’érables en automne, et blancheur de première neige et d’étoiles, bleu et noir de la nuit( ces couleurs correspondent aussi à des événements importants), les plaisirs  qui se répètent, les bains et les rencontres avec sa maîtresse, ainsi que  les apparitions de Yoko. Le blanc et le rouge, en particulier, se retrouvent dans le maquillage de Komako, le noir dans sa chevelure.  Car les femmes aussi font  partie du paysage. Elles n’en sont pas moins vivantes, de plus en plus stressées à chaque séjour, et l’anxiété liée à leurs conditions précaires, augmente, jusqu’à créer un climat sombre et pessimiste. Shimamura est parfois pressé par l’une ou l’autre femme, de les emmener, en pure perte. Il a une famille à Tokyo. Il est aussi et avant tout observateur, jouisseur, esthète, consommateur.

Même si les souvenirs de Shimamura remontent au printemps, le récit commence et s’achève par une voix de femme, celle de Yoko au début de l’hiver, inquiète, celle de Komako à la fin de l’automne suivant, effrayée et criant.  Entre les deux, cette histoire belle étrange et triste, où ce qui compte est suggéré davantage que dit.   

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La Terreur de vivre

Actes sud Noir, 2011.

Titre original : " The Terror Of Livng".

 

C'est en cherchant " Serena" de Ron Rash dans les rayons de la bibliothèque, et ne le trouvant pas, que je me suis décidée à emprunter ce qui semblait être un autre polar rural dans le même genre, plutôt bien écrit, d'un auteur dont je n'ai encore jamais entendu parler. ’Urban Waite dit s’être inspiré deGraham Greene et Cormac Mc Carthy,  notamment No Country For Old Men.

De fait, il a mis en scène Grady ,un psychopathe crédible et  vraiment terrifiant.

 

Cela se passe dans l’état de Washington au-dessus de Seattle. Un éleveur de chevaux, Phil Hunt, réceptionne de la drogue à la frontière canadienne pour assurer des fins de mois difficiles. Il a passé sa jeunesse en prison pour avoir tué un homme en légitime défense lors d'un petit braquage, et a maintenant 54 ans. Il aime sa femme Nora , et regrette de n’avoir pas eu d’enfant, raison popur laquelle tous deux chérissent profondément leurs chevaux. Lors d’un passage de drogue, Phil et son acolyte se font courser par l’adjoint au shérif, Bobby Drake, très zélé, qui veut se faire une réputation sans tache, car son père est incarcéré.

Cette intervention déclenche la fureur des trafiquants pour qui travaillent non seulement Phil, mais son ami Eddie, un avocat véreux, ainsi que de pauvres jeunes femmes contraintes de transporter de la drogue dans leur estomac… Le tueur fou est lancé à la poursuite des intermédiaires…

Un bon polar avec une intrigue correcte, de stimulantes courses-poursuites, et une atmosphère bien rendue (  la nature, plaines, montagnes, forêts, fleuve…). L’auteur a 30 ans, et franchement il débute très bien !

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